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interviewBLAST (sur YouTube)· 30 mars 2023 11 min

E. MACRON, OU LA VIOLENCE ILLÉGITIME

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Non, les gendarmes n'ont pas lancé de LBD en quad. Seules des grenades lacrymogènes ont été tirées. Non, aucune arme de guerre n'a été utilisée par les forces de l'ordre à Sainte-Soline.

Seules les armes intermédiaires ont été utilisées. Depuis trois jours, vos mensonges ont éclaté au grand jour. Des armes de guerre ont bien été employées samedi.

Des brigades motorisées étaient bien équipées de LBD. Des secours ont été entravés et empêchés d'intervenir sur ordre de la gendarmerie. Gérald Darmanin a préparé un récit pour justifier derrière les violences policières.

Il voulait taper du manifestant. Moi, c’est n’est pas qu'il voulait taper du manifestant. Mais si, c'est ce que vous dites, allez au bout.

Comme vous, et comme bon nombre de nos compatriotes, j'ai été profondément choquée par le déchaînement de violences ce samedi à Sainte-Soline contre les gendarmes, contre l'ordre républicain. Le 21 mars 2023, Emmanuel Macron, chef de l’État français, a tranquillement déclaré, devant les parlementaires de son parti, réunis à nos frais à l’Élysée, La foule, quelle qu'elle soit, n'a pas de légitimité face au peuple qui s'exprime souverain à travers ses élus. Ces propos appellent quelques remarques.

Par exemple, il peut être intéressant de relever que juste avant de faire cette déclaration extravagante, Emmanuel Macron venait de passer plusieurs semaines à empêcher la discussion parlementaire sur la réforme des retraites à grands coups d'article 47.1 pour limiter la durée des débats à l’Assemblée nationale et d’article 44.3 pour imposer un vote bloqué au Sénat.

Après quoi, cerise sur le gâteau : il a purement et simplement interdit aux députés de voter, en leur imposant une nouvelle fois l’article 49.3. Parce que je suis attachée à notre modèle social, et parce que je crois dans la démocratie parlementaire, c'est sur votre réforme, sur le texte du Parlement, fruit d'un compromis entre les deux assemblées, que je suis prête à engager ma responsabilité.

Aussi, sur le fondement de l'article 49, alinéa 3 de la Constitution, j'engage la responsabilité de mon gouvernement. Juste avant de proclamer que les manifestants qui défilent depuis des semaines contre la réforme ne sont pas légitimes, et que la seule légitimité qui vaille à ses yeux est celle du peuple qui s’exprime à travers ses élus, Emmanuel Macron venait donc de passer plusieurs semaines à empêcher ces mêmes élus de s’exprimer. Pour le chef de l’État français, il y a donc d’un côté « la foule », qui selon lui n’est pas légitime, et dont il n’écoute par conséquent pas les revendications.

Et il y a, de l’autre côté, le « peuple qui s’exprime à travers ses élus », et dont il assure qu’il le trouve, lui, légitime mais dont il n’écoute pas non plus les revendications, puisqu’il empêche les élus qui sont censés le représenter de s’exprimer et de voter. Et comme Macron ose tout : ce travail de sape de la légitimité des institutions parlementaires ne l’a absolument pas empêché d’accuser sans rire La France insoumise de vouloir je cite « délégitimer les institutions ». Jean-Luc Mélenchon et ses amis, ce sont les rentiers de la colère, les rentiers de la misère des petites gens, et ils sont les actionnaires de ces formes de violences.

Il faut le contester, je le dis, il y a d'un côté ceux qui sont prêts à saper nos institutions pour les causes qu'ils servent, et ceux qui les défendent. Et ceux qui les défendent, elles sont de notre côté. Autre remarque : contrairement à ce qu’il suggère, la « foule » qu’Emmanuel Macron stigmatise fait pleinement partie du « peuple » dont il voudrait la couper. 70% des Français au moins ne veulent pas de la réforme des retraites qui leur est imposée : c’est donc bien « le peuple », très largement majoritaire, et non pas seulement une « foule » de manifestants, qui est catégoriquement opposé à cette réforme.

C’est bien « le peuple », qui, après avoir constaté que le chef de l’État français l’empêche de s’exprimer à travers ses élus, manifeste massivement et très légitimement pour protester contre ce coup de force. Et c’est bien « le peuple », que le chef de l’État français accable encore une fois de son mépris en le réduisant à une « foule » dont il nie la légitimité. Dernière remarque : Emmanuel Macron, qui se permet donc de dire qui est légitime et qui ne l’est pas, ne peut quant à lui se prévaloir d’aucune légitimité, lorsqu’il impose aux Français une réforme des retraites dont les Français ne veulent pas et surtout pas de la légitimité des urnes.

Rappelons en effet que ce n’est pas du tout parce qu’ils se reconnaissaient dans son programme que des millions d’électeurs de gauche ont voté pour lui en 2022, et lui ont ainsi permis d’être réélu. c’est parce que c’était le seul et unique moyen d’empêcher l’élection d’une candidate d’extrême droite. J'ai conscience que ce vote m'oblige.

Il ne peut d’ailleurs pas non plus se prévaloir d’une quelconque légitimité populaire, puisque selon deux sondages publiés il y a quelques jours, sa cote de popularité part en vrille : plus des deux tiers des personnes interrogées considèrent qu’il « ne fait pas un bon président de la République ». Pour le dire plus simplement : le peuple n’est pas très fan d’Emmanuel Macron. Répétons-le calmement, et distinctement : Le président de la République ne peut se prévaloir d’aucune légitimité populaire lorsqu’il prétend que les manifestants qui protestent contre sa politique ne sont pas légitimes.

Il faut toujours se méfier quand on dit les Français. Si les Français ne percevaient absolument pas et étaient totalement en colère, sans doute n'aurais-je pas été réélu il y a moins d'un an. Mais cette affirmation lui est très utile, parce qu’elle permet de justifier la répression qu’il déchaîne contre les impertinents qui ont l’effronterie de protester contre ses diktats.

Car en effet : s’il reconnaissait que ces manifestations sont parfaitement légitimes, Macron pourrait difficilement assumer cette violence. Tandis qu’à partir du moment où il dénie toute légitimité aux manifestants, il devient beaucoup plus facile de les molester. Tiens, ramasse tes couilles enculé !

Et pour le cas où ce projet en illégitimité ne suffirait pas : le chef de l’État et les membres du gouvernement dénoncent désormais en chœur les « violences et dégradations » auxquelles se livrent certains manifestants et disent leur « reconnaissance » et leur « soutien » aux « forces de l’ordre mobilisées » pour protéger les braves gens contre ces barbares. Pour ma part, je veux leur rendre hommage. Ils nous protègent, ils protègent nos institutions et l'ordre républicain.

Problème : ça ne prend plus. Tout le monde peut voir désormais où est la véritable violence, et plus personne – ou presque - n’est dupe des misérables falsifications auxquelles se livrent le chef de l’État et les ministres. Tout le monde peut voir les images, tournées pendant les dernières manifestations parisiennes, montrant les déchaînements de violences policières qui se sont abattus sur des manifestants pacifiques.

Je t’ai dit de te casser putain, dégage ! Tout le monde a pris connaissance de l’enregistrement, diffusé par Le Monde, des policiers de la BRAV-M expliquant à des personnes interpellées à Paris le lundi 20 mars, entre gifles et commentaires homophobes, racistes et sexistes : « On en a cassé, des coudes et des gueules. » Tout le monde sait qu’un cheminot a été éborgné par une grenade de désencerclement lors de la manifestation du jeudi 23 mars.

Et cetera, et cetera. Bien entendu, il se trouve encore et comme toujours en de tels cas de complaisants commentateurs pour prétendre que les victimes de ces exactions sont moins à plaindre que leurs auteurs. Il y en a assez de ces gens qui vivent dans le monde de oui-oui pour qui la violence serait toujours du même côté.

Il y en a assez d'Amnesty qui ne jugent que le recours à la force et pas la dangerosité des manifestants violents. Il y en a assez du syndicat de la magistrature qui dénonce la répression policière et qui ne rêve que d'anarchie. Heureusement que dans la défense de nos institutions, tout au bout de la chaîne, il y a des forces de l'ordre, ce sont eux qui sont en première ligne et qui sont là pour assurer la protection et la sécurité dans notre pays.

Ou pour expliquer doctement, comme l’a encore fait le politologue de droite Dominique Reynié le 24 mars dernier, La violence policière c'est quand même la violence légitime, c'est quand même l'Etat, et donc on ne peut pas considérer qu'on est dans la même situation. Mais là non plus, plus personne ou presque ne se laisse prendre à ce renversement de la réalité. Et là aussi, tout le monde comprend que c’est précisément parce qu’elle s’exerce sous le couvert de l’État et au prétexte du maintien de l’ordre que la violence policière est odieuse, et intolérable.

Le macronisme, pourtant, ne règne plus que par l’exercice de cette violence, complètement débridée. Cela s’est encore vu le week-end dernier à Sainte-Soline, dans les Deux-Sèvres, où plusieurs milliers de personnes s’étaient réunies pour protester contre la construction d’une mégabassine dont les effets sur l’environnement seront catastrophiques. Deux cents manifestants ont été blessés dans la répression de ce rassemblement, où la gendarmerie a fait usage de grenades lacrymogènes GM2L et de lanceurs de balles de défense qui sont considérés, contrairement à ce qu’a ensuite prétendu le ministre de l’Intérieur, comme des armes de guerre.

Au moment où j’écris cette chronique, deux de ces manifestants sont toujours dans le coma, entre la vie et la mort. Comble d’abjection : selon un enregistrement obtenu par Le Monde, « les forces de l’ordre » ont empêché l’intervention du SAMU, qui aurait pu prendre en charge ces blessés et les évacuer par hélicoptère. La famille d’un manifestant atteint à la tête par une grenade explosive et dont le pronostic vital est toujours engagé a porté plainte pour « tentative de meurtre » et « entrave aux secours ».

Emmanuel Macron, trop occupé peut-être à trier le bon peuple de la méchante foule, n’a pas eu le moindre mot de compassion pour cette victime, parmi tant d’autres, du déchaînement de violence policière qui s’abat désormais sur quiconque ose protester contre sa politique. Mais il est vrai aussi que lorsqu’un chef d’État autoritaire a perdu toute légitimité aux yeux de l’immense majorité de ses administrés : il ne lui reste plus guère que la force et la violence policière, pour espérer tenir. Il y a des gens totalement sincères, comme vous l'avez été, qui expriment leurs convictions, mais il y a des gens qui ont décidé de s'infiltrer et en quelque sorte de dénaturer cela.

Ils ont détruit, ils ont menacé, ils ont frappé les forces de l'ordre, c'est-à-dire les gens qui vous défendent au quotidien. Ne parlez pas de répression ou de violence policière, ces mots sont inacceptables dans un État de droit.