Fabrice Luchini : "Si le public voit des surcharges émotionnelles sur la langue, la langue ne parvient plus"
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
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Questions et réponses
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- 0:53OuverteRéponse directe
Qu'est-ce que ça veut dire, 'c'est mon premier Hugo' ?
- 2:28OuverteRéponse directe
Le lyrisme de la banalité, alors je ne sais pas si perdre sa fille, l'expérience du deuil, c'est...
- 3:06OuverteRéponse directe
C'est un Hugo foudroyé que vous interprétez, Fabrice Lucchini, ou que vous lisez.
- 5:30OuverteRéponse directe
On a vécu une expérience totalement différente. C'est-à-dire qu'il y avait un silence quasiment religieux, Marion, quand on regardait ou quand on assistait, quand on admirait Fabrice Lequini hier.
- 10:20OuverteRéponse directe
Vous, vous avez commencé, je vais vous parler du confinement, à lire les fables pendant le confinement et vous dites que c'était un remède à la dépression. Et là, vous lisez Hugo qui est très déprimé, qui est désespéré. Au début ! Puis après, vous avez vu que nous allons vers la vraie problématique, c'est-à-dire Bose.
- 14:09OuverteRéponse directe
Vous avez le droit d'engueuler une salle ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:30Locuteur non identifiéFait
« Malarmé, dit Jules Renard, est intraduisible, même en français. »
- 2:03Locuteur non identifiéFait
« Hugo, c'est une montagne. »
- 2:14Locuteur non identifiéFait
« Nous allons, et oser, parler, car il a, comme dit Claude Roy, une forme de génie qui est le lyrisme de la banalité. »
- 2:46Locuteur non identifiéFait
« Le 4 septembre, sa fille meurt noyée avec son mari. »
- 3:02Locuteur non identifiéFait
« Et le 9 septembre, il apprend dans un journal, grâce au journal de Juliette Drouet, que sa fille est morte. »
- 6:49Locuteur non identifiéFait
« Je devenais la caricature, j'ai poussé un peu, mais pas tellement, de l'homme inquiet de son pauvre pognon sur la banque. »
- 7:03Locuteur non identifiéFait
« Philippe de Sertine m'avait dit que le week-end prochain, si Sarkozy, Merkel et Trichet ne réinjectaient pas de la liquidité, nous allions perdre tout notre pognon. »
- 7:34Locuteur non identifiéFait
« Je jouais devant 1000 personnes. »
- 8:08Locuteur non identifiéFait
« Je sais que vous avez envie de le savoir. »
- 8:12Locuteur non identifiéFait
« Il n'y avait plus un bruit. »
- 9:12Locuteur non identifiéFait
« Il a recommencé bien plus tard quand il était à Guerneset. »
- 10:37Locuteur non identifiéFait
« A-t-on le droit de dire Bose Endormi qui fait neuf minutes ? »
- 10:52Locuteur non identifiéFait
« C'est dans la Bible et ça se trouve dans la légende des siècles. »
- 10:56Locuteur non identifiéFait
« C'est vraiment le livre qui devrait réunir tout le monde puisque nous sommes du même livre. »
Temps de parole
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France Inter, Alibadou, Marion Lourdes, le 6-9. Le grand entretien d'Inter ce matin avec Marion Lourdes. Nous recevons l'un de nos grands auteurs, acteurs, comédiens. C'est aussi un immense lecteur. Il fait vivre les auteurs du répertoire, des écrivains, des poètes, des romanciers. Rimbaud, Peggy, Baudelaire, Céline Lafontaine, évidemment, en cours d'un show, un vrai spectacle de 2h30. Bonjour Fabrice Lequigny. Bonjour Alibadou. Bonjour. Vous êtes surtout en ce moment au Théâtre du Petit Saint-Martin pour des lectures de Victor Hugo. Des poèmes sombres, magnifiques, bouleversants.
La plupart tirés de ce recueil, les contemplations des poèmes écrits après la mort de sa fille, de la fille d'Hugo, Léopoldine, à à peine 19 ans. C'est assez fascinant, c'est assez déroutant de vous voir dans cet exercice. Vous dites que c'est mon premier Hugo. Qu'est-ce que ça veut dire ? Personne ne parle comme ça, Fabrice Lequigny. Dire c'est mon premier Hugo.
Je n'avais jamais... La poésie, c'est une chose particulière. On peut tomber très vite dans le côté terrifiant du côté poète. Prends ton lutte et me donne un baiser. Il y a une phrase très belle de Jules Renard, qui n'est pas géniale, mais qui est quand même merveilleuse. « Malarmé, dit Jules Renard, est intraduisible, même en français ». Alors, pourquoi je vous dis ça ? Parce que Malarmé est un poète de génie. Moi, je voulais taper dans un spectacle qui ose la poésie, mais par un poète qui a une amplitude, qui n'est pas du niveau, si on voulait jouer les cuistres, les intellos, les critiques. Évidemment que des poètes comme Rimbaud, les fulgurants...
Hugo est capable du plus grand comme du plus évident, du plus facile, du plus immense, du plus poignant, du plus génial. Hugo, c'est ce que dit Jouvet. Hugo, c'est une montagne. Vous l'aimez ou vous l'aimez pas, on s'en fout, elle est là. Et Hugo était l'idéal pour moi pour essayer de dire au public pendant une heure et demie, « Nous allons, et oser, parler, car il a, comme dit Claude Roy, une forme de génie qui est le lyrisme de la banalité. »
Le lyrisme de la banalité, alors je ne sais pas si perdre sa fille, l'expérience du deuil, être face à la mort, c'est...
C'est évident. Vous avez raison. Il donne un autre exemple. Évidemment, cette période que j'ai choisie, c'est une période tragique. C'est la période où il est avec Juliette Drouet en Espagne. Il remonte. Le 4 septembre, sa fille meurt noyée avec son mari. Elle venait à peine d'avoir 19 ans. Il s'était marié quelques semaines auparavant. Lui meurt aussi. Et lui, le 4 septembre, il est en Espagne. Il remonte. Et le 9 septembre, il apprend dans un journal, grâce au journal de Juliette Drouet, que sa fille est morte.
C'est un Hugo foudroyé que vous interprétez, Fabrice Lucchini, ou que vous lisez. Il est mélancolique, il est brisé par la mort, alors qu'on a l'impression qu'Hugo, c'est justement la montagne dont vous parliez à l'instant, que c'est justement le roc et la plus haute des montagnes.
Alors, la phrase dans Hernani, je crois, quelqu'un de ces personnages dit, je suis une force qui va. Et on aurait envie de dire à Hugo, de lui demander, qui vous êtes, Victor Hugo ? Qui êtes-vous, Victor Hugo ? C'est un journaliste. Qui êtes-vous, Victor Hugo ? C'est avec la psychologisation de l'époque. Qui êtes-vous, Victor Hugo ? Et on imagine très bien que la meilleure des réponses, qui dépasse la psychanalyse, qui dépasse la psychologie ambiante, c'est, je suis une force qui va. Et si je commence le spectacle par le seul poème où il est anéanti, que je trouve sublime, et je vais vous raconter une anecdote.
Je suis rentré la semaine dernière dans le théâtre, et au moment où j'attaque ce premier poème, qui commence par, j'ai bien assez vécu, puisque dans mes douleurs, je marche sans trouver de bras qui me secourent. Donc, j'attaque, je commençais à attaquer ça, et j'entends les 210 personnes qui se mettent à hurler, « Happy birthday to you ». Parce que c'était mon anniversaire, un anniversaire qui commence à devenir lourd, donc on ne va pas en parler. Non, nous n'en parlons pas. Alors là, j'ai été sidéré, et j'ai eu ce réflexe de leur dire, je suis extrêmement touché, mais on va tout recommencer.
Alors donc, je suis ressorti de la salle, parce que dire, j'ai bien assez vécu, puisque dans mes douleurs, je marche sans trouver de bras qui me secourent. J'aime beaucoup le deuxième vers, puisque je ris à peine aux enfants qui m'entourent. Il y a quelque chose d'étonnant chez Hugo. La phrase de Claude Roy est assez prodigieuse. La banalité, c'est un verre banal. « Je ris à peine aux enfants qui m'entourent, puisque je ne suis plus réjoué par les fleurs. Puisqu'au printemps, quand Dieu met la nature en fête, j'assiste, esprit sans joie, à ce splendide amour. Puisque je suis à l'heure où l'homme fuit le jour, hélas, et sans de tout la tristesse secrète. » Bon, voilà.
Avec Marion, nous, on a vécu le silence. On a vécu une expérience totalement différente. C'est-à-dire qu'il y avait un silence quasiment religieux, Marion, quand on regardait ou quand on assistait, quand on admirait Fabrice Lequini hier.
Effectivement. Les gens qui étouffaient leur tout pour pouvoir vous entendre. Vous avez réagi un peu quand même.
Non, quand j'ai toute la compassion possible, je comprends qu'on ait des problèmes. Des virus. Je comprends. La seule chose qui est très dure, c'est l'affirmation de l'atout comme une vérité. C'est-à-dire l'homme qui fait du bruit dans le... Là, c'est beaucoup. Et là, hier, il y en a eu un. Alors, si vous voulez, on prend une minute sur le problème de l'atout. Une minute, très rapidement. C'est une science exacte à un moment. Ce n'est pas pour citer mon prof Jean-Laurent Cochet. Je vais vous donner un exemple. Non, mais vous êtes un expert. Alors, en tout cas, depuis 40 ans, je suis quasiment tous les soirs au théâtre. Bien.
Je jouais, il y a deux ans ou trois ans ou quatre ans, cinq ans, un spectacle inspiré par un travail de Dominique Régnier. Ça s'appelait Les écrivains parlent d'argent. Dans lequel, il y avait du Marx, il y avait du Freud, il y avait du Zola, il y avait du Balzac, il y avait du Guitry. Donc, il y avait plein d'écrivains. Chacun parlait d'argent. Donc, je n'avais pas... Et à un moment, j'avais fait une sorte de création modeste, personnelle. J'ai parlé de la crise de 2008, des surprises. D'accord ? Et je devenais la caricature, j'ai poussé un peu, mais pas tellement, de l'homme inquiet de son pauvre pognon sur la banque.
Donc, je racontais aux gens que Philippe de Sertine m'avait dit que le week-end prochain, si Sarkozy, Merkel et Trichet ne réinjectaient pas de la liquidité, nous allions perdre tout notre pognon. Donc, je poussais un peu en racontant mon angoisse dans les banques, en disant qu'est-ce qu'il faut faire ? Et les banquiers me disent mais qu'est-ce que vous avez comme angoisse ? Le week-end prochain, si Trichet, machin, ne réinjecte pas. Et à un moment, je disais, maintenant, évidemment, j'avais une assurance vie en fonds euro. Vous imaginez bien. Je jouais devant 1000 personnes. Au lieu d'être dans le petit, j'étais dans le grand. 1040 personnes. Tous les soirs, 1040 personnes.
Et je rappelle à nos éditeurs que vous parlez de la toux, là. De la toux. Et là, bizarrement, sur Peggy, il y avait de la toux. J'essayais de calmer le jeu. Sur Rimbaud, il y avait de la toux. Il y avait de la toux. Pas trop, mais il y en avait. Puis il y en avait des discrètes, puis il y en avait des affirmées, des arrogantes. Et à un moment, je disais, ceci dit, maintenant que je vous ai dit tout ça, vous allez vous demander mais quel était le montant de son assurance vie en fonds euro ? Et là, je l'ai traîné 11 minutes, ce silence. J'ai dit, je sais que vous avez envie de le savoir. Il n'y avait plus un bruit. Écoutez-moi bien. Il n'y avait plus un bruit.
Donc c'est une offense aux écrivains.
Il n'y avait plus un bruit. C'est le pognon qui fait taire ? C'est pas simplement que la toux est le résultat d'un rejet. Je ne dis pas la petite toux, mais la toux sur Baudelaire, au mort, à Paris, il est temps, le volant, il y a de la toux. Sur l'assurance vie de Fabrice, il n'y a plus du tout de tout. Donc la toux est une analyse scientifique. Je ne dis pas que c'est merveilleux, moi j'ai la chance d'avoir un public, mais sublime. Il y a des femmes qui s'étranglent et qui ressortent.
Mais c'est vrai que quand je dis, quand même, mes amis, quand je dis « Oh je fus comme fou » dans le premier moment, c'est-à-dire qu'il n'a écrit que dix ans après la mort de sa fille, il n'a plus écrit de poésie, il a refait ses activités politiques, il a refait « Chose vue ». Mais impossible d'écrire de la poésie pour Hugo après la mort de Léopédie. Donc il a recommencé bien plus tard quand il était à Guerneset. Bien plus tard. Et quand quelqu'un commence et que tu dis « Oh je fus comme fou » c'est pour moi un des plus beaux poèmes que je connaisse. « Oh je fus comme fou dans le premier moment hélas et je pleurais trois jours amèrement.
Vous tous à qui Dieu prie votre chère espérance, père, mère, c'est ma souffrance, tout ce que j'éprouvais, l'avez-vous éprouvé ? Je voulais me briser le front sur le pavé. Puis je me révoltais et par moments terribles je fixais mes regards sur cette chose horrible et je n'y croyais pas et je m'écriais « Non, est-ce que Dieu... » Et là, quand vous dites ça, que quelqu'un crache fort, c'est pas possible. Alors des fois, je dis « Soyez gentil, ne me forcez pas à hurler, j'ai pris une petite salle, vous allez me faire la regretter. »
C'est un écrin et vous avez eu raison parce que c'est vrai que ça crée une proximité avec vous, ça crée quelque chose de très fort dans le rapport qu'on a à cet homme qui écrit sur la mort de sa fille.
Et on voit d'ailleurs que c'est un homme désespéré, on l'entend, il y a ce poème où il veut mourir qui est peut-être un des seuls où Hugo dit qu'il veut mourir. Vous, vous avez commencé, je vais vous parler du confinement, à lire les fables pendant le confinement et vous dites que c'était un remède à la dépression. Et là, vous lisez Hugo qui est très déprimé, qui est désespéré. Au début ! Puis après, vous avez vu
que nous allons vers la vraie problématique, c'est-à-dire Bose. La vraie question. J'ai eu envie de dire Charles Péguy et Bose Endormi. C'est une question passionnante. A-t-on le droit de dire Bose Endormi qui fait neuf minutes ? Bose, la naissance, la naissance du peuple d'Israël. Moi, ce n'était pas dans les événements que nous traversons. Ça fait dix ans que je le travaille. Mais c'est dans la Bible et ça se trouve dans la légende des siècles. Et donc, c'est dans la Bible et dans l'Ancien Testament. Je ne me trompe pas. Donc, c'est vraiment le livre qui devrait réunir tout le monde puisque nous sommes du même livre. Mais dire Bose en 2023, pas avec les événements tragiques. Non, non.
Dire Bose. Ne pas dire « Bose était couché de fatigue accablée ». Non. Essayez de travailler pour que... Et là, c'était miraculeux hier soir. Pas moi, mais eux, vous. Vous étiez extraordinaires. Et les critiques, Fabienne Pasqua a écrit un truc très beau. Elle dit « On part vers le désespoir et tout va vers la lumière ». Alors, ça, c'est le coup de bol. Je n'avais pas imaginé que ma construction modeste avait une construction dramaturgique qui allait de plus en plus vers la lumière.
Et il faut le dire, vous le disiez, sans affect, sans mettre trop de... Surtout pas. Voilà, de sentiments. C'est la différence entre un acteur et un comédien.
C'est quelqu'un qui a une personnalité un peu trop forte, c'est-à-dire moi, et qui n'est pas... Ce n'est pas une vertu pour dire des textes. Et il faut essayer de disparaître. Et Bose est le prétexte à disparaître.
Oui, mais c'est très compliqué, vous savez, quand on va vous voir sur scène, Fabrice Lucchini, de vous imaginer disparaître parce que vous êtes présent, omniprésent, hyper présent. Est-ce que j'empêche votre perception du goût ? C'est la seule question. Au contraire. Ah. Parce que vous expliquez quelque chose de très fort à un moment. vous donnez quasiment une masterclass pour l'un des poèmes qui est, allez, le plus enseigné dans les écoles Demain des l'Aubes. Voilà. Et vous dites, voilà, ce poème-là, et ça vaut pour la poésie en général, il faut le dire d'une voix neutre.
Alors que quand on imagine, Fabrice Lucchini, dire un texte, on imagine tout sauf la neutralité ou la banalité comme vous parliez tout à l'heure, Dugo. Eh bien,
c'est mon obsession, c'est mon ambition pour que le texte parvienne. Mais si le public voit des surcharges émotionnelles sur la langue, la langue ne parvient plus. Si vous dites, demain dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne, je partirai. Je sais que tu m'attends. J'irai par la forêt, j'irai par la montagne. Je ne puis demeurer loin de toi. Pourquoi il fait comme ça ? Attendez, on sort une guitare. Il ne faut pas faire ça. Il faut essayer d'être à la hauteur du précepte de Jouvet. Il faut disparaître. Disparaître pour que le public reçoive.
Et pour ça, il faut des années, il faut 30-50 travail, vous dites.
Oui, il faut être obsessionnel, une analyse un peu ratée. Et puis là, je vous avoue, si les auditeurs ont la gentillesse de venir, maintenant je vais, en janvier, aller dans un petit théâtre qui est une merveille, là où a joué Pitoef. Je vais aller au théâtre des Maturins, qui est tout petit, mais qui est quand même un vrai théâtre où je vais pouvoir mettre 400 et quelques personnes parce que là, on refuse des gens, c'est pénible et ça m'a... J'ai eu peur que... J'ai eu peur d'avoir l'air antipathique avec cette dame, quoi.
Non, vous ne l'avez pas été et de toute façon, c'est votre nature et c'est votre caractère, Fabrice Lucchini. Plus personne ne s'offuse que vous avez gagné ce droit-là. Je ne sais pas comment, vous avez une explication ? Euh... Vous avez le droit d'engueuler une salle ? Engueuler ? Je n'ai pas engueulé comme ça. Non, mais vous avez le droit de rappeler à l'ordre.
Vous nous avez dit aussi qu'on n'avait pas lu Peggy ?
Peut-être vous, vous l'avez lu, c'est évident. Ça, Ali Badou, il a lu Peggy, vous aussi. Mais vous avez vu ce texte ? Vous avez entendu ce texte qui amène ? Vous savez que Beaux-Endormis est pour Proust un des événements majeurs de l'histoire de l'humanité. Pour Pierre Michon, Beaux-Endormis est une histoire... Bon, et j'ai osé finir là-dessus et la musique de Beethoven.
Et Beethoven. Mais c'est assez étonnant. On va... Encore une question sur Hugo. Quand on pense à vous, Fabrice Lucchini, on se dit, bon, Hugo, c'est quelqu'un qui est parti de la droite conservatrice lorsqu'il était jeune pour terminer vieux progressiste ultra engagé à gauche.
Avec un refus de la haine de la propriété. Oui. Il détestait l'idée qu'on a les appartements. Il n'aimait pas ça du tout. Il n'aurait pas aimé Mélenchon, Victor Hugo. Pas du tout. Il aurait aimé un parti socialiste en forme. Ce qui n'est quand même pas évidemment le cas même si François Hollande est venu la semaine dernière voir le spectacle. Et il m'a dit une chose pas bête du tout. Il m'a dit je ne comprends pas pourquoi ce spectacle n'est pas subventionné et pourquoi on te lâche dans les lois du marché. Car c'est tellement hallucinant ce que tu fais que ça devrait te protéger. Et j'ai trouvé ça pas bête. Mais moi, c'est ma condition. Hugo a commencé à droite et il a fini à gauche.
Pas marxiste. Non. Pas du tout. Ça n'intéressait pas du tout. Jamais réac. Alors, jamais réac. Et vous dites oui mais enfin n'importe comment on ne va pas comparer une personnalité de génie avec un vague petit interprète qui adore travailler. J'ai un boulevard avec le politiquement correct qui me permet que vous savez dans mon spectacle parce que je continue la fontaine. Je joue mon parnasse deux fois par semaine. et je fais rentrer les retardataires et les pauvres je travaille un peu à Nidalgo évidemment pour dire ça n'est pas de votre faute si vous êtes en retard. Le projet était de qualité. Elle a voulu des mobilités douces et elle a transformé Paris en un chaos de haine.
Parce que maintenant c'est comme l'archipel de Fourquet le vélo n'a plus rien à voir avec le piéton le vélo crache sur le visage du piéton la trottinette méprise la bagnole le seul qu'on n'entend plus c'est la bagnole. il y a encore 40 ans il était un peu pittoresque un peu beauf le mec en bagnole il ouvrait la fenêtre et connard maintenant on ne l'entend plus il est dépressif il a fait 38 mètres en 1h53.
Oui mais vous n'êtes pas un sociologue déprimé comme Jérôme Fourquet vous croyez encore en la poésie vous croyez encore en la possibilité je crois
je crois à ce moment unique dans l'histoire du alors que c'est une parole fragile c'est la parole la plus fragile mais je crois que quand on réussit un silence quand on voit sur le La Fontaine 750 personnes même là avec 200 personnes quand tout est suspendu on a le sentiment profond que nous sommes une humanité reliée j'aimais pas les termes excessifs des acteurs de gauche toujours prêts à être supérieurs aux autres qui sont des merdes l'acteur de droite est une merde mais je vous répète que j'adorerais être de gauche mais le niveau est à d'exigence continuez à lire Hugo continuez à lire Hugo vous y arriverez je vais y arriver avec Hugo
et vous dites que La Fontaine c'est plus satisfaisant à dire que Hugo puisque vous faites les deux simultanément en fait un autre dans la même soirée
je vais vous dire La Fontaine est un événement majeur totalement majeur dans la la concision c'est l'anti-proust vous voyez La Fontaine c'est très peu de choses quelques mots il n'y a rien de plus il n'y a rien de moins Hugo on a affaire à une puissance qui écrit énormément et là j'avoue que j'ai eu cette chance de faire ce montage et c'est extraordinaire parce que ce n'est qu'un petit bout d'Hugo c'est 1843 et vous avez vu l'étape tournante l'étape qui parle l'étape qui marche
et communiquer avec les esprits par le biais des tables
c'est merveilleux parce que les gens rient quand même là il y a un moment de joie au moment des tables
oui mais c'est sérieux la philosophie spirite les dialogues d'Hugo ce qu'il en fait d'ailleurs puisqu'il retranscrit ses séances de spirit de spiritisme pour le dire assez vite dans un livre 300 séances 300 soirées à faire parler les esprits à dialoguer avec eux
et d'autant qu'il sait même mais il faut le prendre au sérieux vous avez remarqué que je ne pactise pas une très belle phrase de Thomas Bernhardt il n'aime pas les acteurs particulièrement ceux du Burke théâtre parce qu'il dit il pactise toujours avec le public contre l'auteur c'est une des phrases les plus extraordinaires un acteur est indigne quand il pactise avec le public dans ce qu'il a de plus immédiatement envie de ne pas s'emmerder quoi et qu'il abandonne l'auteur moi au moment des tables ça fait rire évidemment qui est là Molière bon Jésus Jésus Galilée Galilée la critique et la critique qui est là la critique mais moi je ne dois pas pactiser mais c'est vrai que je suis content qu'il rit
et à propos de pactiser peut-être avec un auteur ou pas vous avez eu une réflexion hier vous avez dit heureusement que je ne vous joue pas Céline en ce moment parce que vous êtes un grand adepte de Céline
enfin adepte je pense que Le Voyage au bout de la nuit un grand amateur est un message il y a Emmanuel Berle qui était juif l'a dit Lévi-Strauss qui était juif l'a dit Voyage au bout de la nuit c'est un moment monumental j'adore les écrivains qui répondent dans les émissions de Bunel moi ça ne me branche pas terrible je veux bien mais on va lire tes livres mon chéri le problème c'est qu'il a écrit un morceau que même Frosky alors Emmanuel Berle disait il y a deux tempéraments il pouvait lui en vouloir deux tempéraments fondamentaux dans le 20ème siècle c'est Proust et Céline Emmanuel Berle Lévi-Strauss tout vraiment c'est presque une doxa mais j'estime qu'un génie peut être bête et ça peut même aller ensemble parce que pour que Céline ait cru qu'il ait donné cette importance au peuple juif parce que c'est quoi Céline c'est un délire antisémite en pensant que tout est organisé par eux et que tous les pauvres goy tout le monde est absolument niqué voilà c'est un délire et ça c'est en 36 ce délire alors qu'il pouvait rester dans le voyage au bout de la nuit il était adoré par la gauche André Breton le traduisait et on ne peut plus le jouer aujourd'hui ah je ne peux plus le jouer moi je suis sur d'autres sujets si on pourra toujours dire des phrases comme c'est l'âge aussi qui vient peut-être et nous menace du pire on n'a plus beaucoup de musique en soi pour faire danser la vie voilà toute la jeunesse est allée mourir déjà au bout du monde dans le silence de vérité et où aller dehors je vous le demande il est aux Etats-Unis il est 3h du matin et où aller dehors je vous le demande quand on n'a plus en soi la somme suffisante de délire la vérité c'est une agonie qui n'en finit pas la vérité de ce monde c'est la mort il faut choisir mourir ou mentir les messieurs qui disent du mal de ça je veux bien mais j'ai été lire leurs livres n'en parlons pas mais tout le monde a le droit moi je l'en Céline il a fait aussi des choses très mauvaises je parle de littérature mais le voyage au bout de la nuit c'est incontournable c'est pour moi un des plus grands livres avec la recherche du temps perdu c'est presque un lieu commun dernière question Ali Badou
il y a le choix des mots vous citez d'ailleurs un poème de Hugo le mot il commence avec ses deux vers braves gens prenez garde
la chose que vous dites on se l'a fait non on a le temps oui tout peut sortir vous savez c'est Marie Marquet Marie Marquet était une grande résistante elle était comédienne à la comédie française comme une idiote un soir avec des allemands elle a dit vous savez moi je suis dans la résistance et d'ailleurs mon fils aussi c'est à peu près ça et malheureusement le fils il y est passé et dix ans après on lui a dit dites le mot le mot c'est un chef d'oeuvre que je dis depuis 30 ans et ça commence par et je le dis à tous les auditeurs de France Inter braves gens prenez garde aux choses que vous dites tout peut sortir d'un mot qu'en passant vous perdite tout la haine et le deuil et ne m'objectez pas que vos amis sont sûrs ou que vous parlez bas écoutez bien ceci tête à tête en pantoufle porte close chez vous sans un témoin qui souffle vous dites à l'oreille au plus mystérieux de vos amis du coeur ou si vous préférez vous murmurer tout seul croyant presque vous taire dans le fond d'une cave à 30 pieds sous terre un mot désagréable à quelqu'un d'individu ce mot que vous croyez qu'on n'a pas entendu que vous disiez si bas dans un lieu sourd et sombre court à peine lâché part bondi sort de l'ombre tenez il est dehors il connait son chemin il marche il a deux pieds un bâton à la main de bons souliers ferrés un passeport en règle au besoin il froidrait des ailes comme l'aigle il vous échappe il fuit rien ne l'arrêtera il suit le quai franchit la place etc passe l'eau sans bateau dans la saison des écrus et il va tout à travers un dédale de rue droit chez le citoyen dont vous avez parlé il sait le numéro l'étage il a la clé il monte l'escalier ouvre la porte passe entre arrive et railleur regardant l'homme en face dit me voilà je sors de la bouche d'un tel c'est comme ça que je finis mon spectacle pourquoi ?
parce que quand on nous dit je vais te dire un truc mais le dis à personne moi je réponds ne me le dis pas parce que le bonheur c'est de le répéter prenez garde à ce que vous dites tout peut sortir d'un mot Victor Hugo
Victor Hugo ce sera le mot de la fin merci infiniment merci infiniment Fabrice Lucini c'est moi qui vous remercie c'était un vrai bonheur de vous recevoir ce matin sur France Inter vous êtes et vous jouez à guichet fermé donc au Happy Few au théâtre du Petit Saint-Martin et après au Maturin à partir de janvier mais il faut se manier parce que c'est déjà plein et tout ça sera sur le site de France Inter évidemment bonne journée merci infiniment
j'étais très heureux de vous d'être avec vous ah ça me pfff j'ai envie de travailler à France Inter je sais pas moi merci Fabrice Lucini