Instéco | Macron, le carburant de Marine Le Pen | Thomas Porcher
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Questions et réponses
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- 0:28OuverteÉludée
Comment expliquer l'abstention des électeurs de gauche face au Front Républicain ?
- 1:56OuverteRéponse directe
Que s'est-il passé en quatre ans à gauche ?
- 4:18OuverteRéponse directe
Qu'a fait Macron pour que les électeurs de gauche ne veuillent plus voter pour lui ?
- 4:29OuverteRéponse directe
Qu'a fait Marine Le Pen pour que des électeurs de gauche ne veuillent plus faire barrage ?
- 5:52OuverteRéponse directe
Cette inquiétude sur le comportement de l'électorat de gauche est-elle justifiée ?
- 6:50OuverteRéponse directe
Une union de la gauche est-elle possible pour 2022 ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 3:57InvitéFait
« Macron, c'est plutôt le carburant du Front National. »
- 4:55InvitéFait
« François Hollande a été encore plus loin sur la réforme du marché du travail que Nicolas Sarkozy. »
- 5:00InvitéFait
« Macron, qui était dans le gouvernement d'Hollande, va encore plus loin que Hollande sur les réformes du marché du travail. »
- 19:32InvitéChiffre
« Avant la crise du Covid, vous aviez 5-6 millions de chômeurs, la moitié ne sont pas indemnisés. »
Temps de parole
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L'Instant Éco, présenté par Elisa Marguerita. Macron, le carburant de Marine Le Pen. Avec Thomas Porcher. Bonjour à tous et merci de nous retrouver sur la Web TV Le Média, dans le cadre de l'Instant Éco, où je vous retrouve en compagnie de notre chroniqueur Thomas Porcher, économiste et membre des Economistes Atterri. Bonjour Thomas.
Bonjour.
Aujourd'hui, nous évoquerons trois sujets. La question a fait l'objet de deux unes consécutives du journal Libération. De nombreux électeurs de gauche ne feraient pas barrage en 2022 si le second tour des présidentielles opposait, encore une fois, Emmanuel Macron à Marine Le Pen, consommant ainsi la rupture avec le candidat barrage de 2017. Comment expliquer cet état d'esprit de la part de ceux-là même qui partent deux fois dans l'histoire de la Vème République, en 2002 et en 2017, ont appelé au Front Républicain ? Un an et trois mois nous séparent des élections présidentielles et les derniers sondages ne sont pas rassurants. En tête, Marine Le Pen et Emmanuel Macron.
La gauche est une nouvelle fois divisée sur de nombreux sujets et semble peinée à trouver un candidat convaincant. Quelle stratégie adopter afin d'éviter le scénario catastrophe que semblent justement redouter les électeurs de gauche peu pront à faire barrage ? Il s'agit probablement de l'une des dernières grandes réformes de ce quinquennat, la réforme de l'assurance chômage présentée le 2 mars dernier par la ministre du Travail, Elisabeth Borne. Contestée par les syndicats, la ministre se défend en expliquant que cette réforme viserait à lutter contre la précarité et les injustices liées au système actuel de l'assurance chômage. Mais qu'en est-il réellement ?
Ils ont fait barrage, mais cette fois, c'est fini. C'est la gueule de bois pour de nombreux électeurs de gauche qui se refusent à voter pour un candidat qui ne les conva pas. Et ceci même s'il s'agit de faire un front républicain. Ainsi, au barrage des élections de 2002 et 2017, où le parti d'extrême droite se trouvait au second tour, ces électeurs préfèrent l'abstention. Thomas, comment comprendre cette réaction des électeurs de gauche et que s'est-il passé en quatre ans à gauche ?
Alors, en tirant ça de mon expérience personnelle, puisque j'ai voté Macron en 2017 et j'ai voté en connaissance de cause, puisque je savais que Macron avait un programme dur à l'égard des classes populaires. Je l'avais dénoncé dans un livre en 2016, je l'avais dénoncé pendant la campagne de 2017. Je ne faisais pas partie de ces gens d'une gauche un peu plus molle qui se disaient que Macron avait quelque chose de novateur. Je savais que son programme était dur. Mais j'ai voté quand même au deuxième tour pour Emmanuel Macron contre Marine Le Pen. Et aujourd'hui, je fais partie de ces électeurs à qui on ne pourra pas refaire le coup. Vraiment, je m'interroge là-dessus. Pourquoi ?
Parce que je pense qu'une grosse partie de ces électeurs de gauche en ont marre de cette grande comédie qui consiste finalement à faire monter Marine Le Pen pour se retrouver au deuxième tour face à elle et puis après appeler au Front Républicain, quel que soit le programme que l'on fasse, pour gagner face à Marine Le Pen. Et c'est ce qu'a fait Emmanuel Macron en 2017. Moi, je me souviens, à l'issue du premier tour, il avait déjà gagné la présidentielle. Vous vous en souvenez ? Il est arrivé, il n'arrivait même pas à se contenir alors qu'on avait quand même le Front National au deuxième tour. Il a fait monter sa femme sur scène, il a invité tout le monde au restaurant, il avait déjà gagné.
C'était son plan. Et c'est le plan aujourd'hui de beaucoup de politiques, de faire monter Marine Le Pen pour se retrouver face à la deuxième tour et appeler le Front Républicain et être sûr de gagner. Et cette mascarade, je crois que plus personne n'en veut. Ça, c'est la première des choses. Et puis la deuxième des choses, c'est que Macron nous proposait un programme libéral. Alors, il y a des gens qui ont le droit d'être des libéraux très bien, même si j'ai l'impression que beaucoup de gens l'avaient mal lu puisque on se rend compte que beaucoup de gens sont surpris. Tiens, la flexibilité du marché du travail, ça ne profite pas aux emplois précaires.
Tiens, la baisse de l'ISF, ça n'a pas permis d'investir. Il y a des gens qui sont toujours surpris. Moi, ça m'étonne toujours, alors que c'est des choses qui ont déjà été faites. Mais bon, on pensait que c'était un libéral, c'est tout. Puis on se rend compte qu'aujourd'hui, sur beaucoup de thèmes, il drague finalement l'extrême droite. Enfin, il drague, je mets vraiment des guillemets pour ne pas dire qu'il applique presque le programme de l'extrême droite.
Quand on voit la loi contre les séparatismes, quand on voit les trois mois qu'on vient d'avoir de débats avec des ministres qui montent au charbon, comme Darmanin, qui font des débats avec Marine Le Pen en lui reprochant de ne pas être assez ferme comparé à lui, là, on se dit pour qui on a voté en réalité. Donc, je pense que Macron, c'est plutôt le carburant du Front National. Et donc, je comprends qu'aujourd'hui, les gens, que j'arrive à comprendre, que les gens se disent pourquoi je ferais barrage pour voter quelque chose qui est le carburant du Front National. Donc oui, cette question est légitime.
C'est vrai qu'on se pose souvent cette question de savoir qu'a pu faire Emmanuel Macron pour que les électeurs de gauche ne veuillent plus du tout voter pour lui dans le cas d'un Front Républicain. Mais à l'inverse, qu'a fait Marine Le Pen ou n'a pas fait Marine Le Pen pour que des électeurs de gauche qui, historiquement, ont souvent fait barrage ne veuillent plus du tout faire un Front Républicain contre l'extrême droite ?
Moi, je pense qu'il faut retourner la question, en fait. C'est plutôt qu'a fait la gauche ou la droite ces 30 dernières années ? Marine Le Pen, bon, sa ligne a beaucoup bougé sur l'économique, mais le Front National était à 1% dans les années 80. À 1%. Aujourd'hui, il fait 35% au deuxième tour en 2017. C'est à peu près ça. Qu'est-ce qui s'est passé entre-temps ? On a eu la droite et la gauche au pouvoir. Et en fait, ces gens-là ont appliqué le même programme. François Hollande a été encore plus loin sur la réforme du marché du travail que Nicolas Sarkozy.
Macron, qui était dans le gouvernement d'Hollande, va encore plus loin que Hollande sur les réformes du marché du travail et sur la baisse de la fiscalité à l'égard des plus riches. Ben voilà. Vous savez, partout où le modèle libéral a été appliqué avec force, et là, moi, je parle des deux exemples, on a souvent parlé de capitalisme, Thatcher-Reagan. C'est les deux pays, le Royaume-Uni et les États-Unis, qui ont appliqué ce modèle libéral avec le plus de fermeté. Quelle a été la finalité de ça au niveau politique ? La victoire de l'extrême droite avec Trump et la victoire de l'extrême droite avec le Brexit.
Les libéraux, de gauche ou de droite, parce qu'ils ont appliqué quasiment le même programme, sont le carburant qui a fait monter le Front National. Et là, plutôt que de se demander ce qu'a fait Marine Le Pen pour gagner des voix, il faudrait plutôt s'interroger de ce qu'ont fait la droite et la gauche ces dernières années pour gagner des voix. Elle n'a pas fait grand-chose, puisqu'ils ont appliqué la même politique.
Clément Bonne déclarait dans Libération que si ce scénario se réalisait, le comportement de l'électorat de gauche l'inquiétait fortement. Il y a de quoi s'inquiéter ?
Je pense qu'il faut aussi retourner la question, parce que quand on regarde ce monsieur, c'est très sympa de dire ça, mais il a commencé au Parti Socialiste, puis après il a fini avec Macron. Avec Macron, il était soi-disant de gauche pour lutter contre le Front National. Maintenant, il est avec Darmanin, qui fait finalement la politique presque en termes de thématiques du Front National. Il était contre la droite, puis maintenant il se retrouve avec Aurore Berger. C'est quoi ce truc ?
Donc voilà, c'est plutôt lui, il devrait faire son autocritique et se rendre compte qu'en fait, le macronisme, c'était d'abord l'arrivisme de certains, que vous avez quand même des partis qui ont offert un certain nombre de ministres et de députés, notamment le Parti Socialiste, à la Macronie, que ces gens du Parti Socialiste qui étaient opposés à l'UMP se retrouvent aujourd'hui ensemble et défendent le même bilan. Donc voilà, plutôt que de stigmatiser ou d'attaquer les électeurs de gauche, il faut faire son autocritique.
On voit apparaître dans les articles de Libération un vieux refrain de la gauche, celle de l'Union. Malgré les divisions à gauche, notamment sur la question européenne, subsiste-t-il un espoir d'une candidature commune ? Regardons un petit zap à ce sujet. Alors, vous nous parlez ce matin de la nouvelle utopie à gauche, c'est-à-dire une candidature unique, j'ai bien dit unique, en 2022.
Oui, car il y a quatre forces à gauche qui parlent d'union pour la présidentielle, les écologistes, les socialistes, les insoumis et les communistes. Avec l'espoir qu'avec un seul candidat, ils ont une chance d'être au second tour. Mais à quatre, pour se mettre d'accord, ça laisse pas mal de possibilités quand même. D'autant que chez tout le monde, il y a des gens qui veulent bien d'une alliance si c'est eux le candidat.
Alors Jérôme a une question extrêmement simple. La réponse, c'est peut-être plus compliqué. Êtes-vous de gauche ?
Moi, mon histoire, elle est de gauche. Aujourd'hui, je suis écologiste. Moi, mes valeurs, c'est la solidarité, c'est le féminisme, c'est la démocratie. Mais quand je regarde les victoires qu'il y a eu hier soir, c'est pas simplement le camp de la gauche qui a gagné.
Alors il y a une sorte de refrain qui dit la gauche doit s'unir. Très bien, parfait. Examinons la question. Je commence d'abord par dire que les insoumis ont fait une proposition pour les régionales et les cantonales dont le résultat est suivant à cette heure. Nous proposions qu'on ait un cadre national et que tout le monde se mette d'accord. Pourquoi ? Parce que les gros sujets qui fâchent, ils ne sont pas en cause dans les régions et dans les départements, c'est-à-dire l'Europe, c'est-à-dire la constitution de la VIème République, c'est-à-dire la planification écologique, c'est-à-dire les plans de nationalisation d'un certain nombre de secteurs.
À gauche, c'est un courant d'idées né. En gros, ce courant d'idées considère que la seule chance pour la gauche en 2022, c'est une sorte d'alliance entre vous et Jean-Luc Mélenchon. Est-ce que vous avez entendu ça ?
J'ai entendu ça, mais moi, mon sujet, ce n'est pas les alliances. C'est-à-dire que les alliances où un parti plus un parti, ça ne fait jamais deux. Vous voyez ? Jamais. Pourquoi ? Parce que c'est des accords... Mais ça fait des accords d'appareil, en dehors des gens. Donc moi, je ne suis pas du tout convaincu de ça. Je ne pense pas que ça marche, premièrement. Et qu'est-ce qui marcherait ? Je ne sais pas, justement. Quand on voit l'état des divisions à gauche, je ne sais pas ce qui marcherait. Parce que chacun est dans son couloir. Alors Thomas, j'ai une question.
Une union de la gauche est-elle possible pour 2022 et sur quelle base, notamment économique, pourrait se faire l'union de la gauche et quel thème rassemble la gauche aujourd'hui ?
Vous savez, moi, j'ai fait partie de ces gens qui ont cru pendant très longtemps à l'union de la gauche. Moi, j'ai toujours défendu le fait qu'il fallait aller parler avec des gens qui n'avaient pas la même vision, finalement, de ce qu'était la gauche ou la même vision économique que moi. Par exemple, j'ai signé l'appel à la primaire des gauches en 2016 parce que quand Hollande a fait ce tournant, en fait, ce tournant de droite avec la politique de l'offre, le CICE, avec Valls, etc., en tant que Premier ministre et le matraquage des étudiants et ainsi de suite, il y a eu un certain nombre de gens du Parti Socialiste qui se sont dit des frondeurs. Et je trouvais ça plutôt sain.
Moi, j'ai connu des élus du Parti Socialiste, des militants qui ne se retrouvaient pas du tout dans cette politique-là et qui ont été des frondeurs. Donc, je trouvais ça bien. Arnaud Montebourg, Benoît Hamon, etc. Donc, à ce moment-là, moi, je trouvais qu'il y avait une possibilité d'union avec la France insoumise, avec une partie d'Europe Écologie, les Verts, pour représenter une partie de la population qui pèse plus de 20 %. Et là, pour moi, ça avait un sens pour 2017. Ensuite, il y a eu les européennes. Les européennes, vous regardez Manon Aubry, Aurore Laluc, qui sont des gens qui se connaissent, qui ont milité sur des thèmes communs parfois. Même Raphaël Glucksmann.
Pareil, il y avait une politique de Macron qui a été mise en place et vous vous dites pourquoi pas une alliance à ce moment-là, pourquoi pas ? C'est vrai, pour montrer que derrière la politique de Macron, il y a des gens qui sont contre et qui peuvent représenter plus de 20 % des voix. C'était jouable. Mais là, on est dans une période de crise. Donc, la situation n'est pas la même. Ça, c'est la première des choses. C'est-à-dire que là, on ne pourra pas se contenter d'une politique molle qui consiste juste à dire faire de la relance économique, avoir une vraie vision sur la politique contre-acyclique, les déficits, la dette, etc., que n'a pas une grosse partie de la gauche, en réalité.
Je veux dire, la gauche du PS, même celle qui a fait des choses bien comme les 35 heures, c'est quand même la gauche qui a privatisé beaucoup, qui a eu du mal à prononcer le mot ouvrier et ainsi de suite. Donc, ce n'est pas une gauche qui est pour moi prête à la crise qui arrive. Et si cette gauche-là gagne, ça revient pour moi à perdre, en réalité, puisque la politique qui sera menée ne sera pas la bonne politique pour répondre à la crise. Ça, c'est la première chose. Et puis, la deuxième chose, c'est les déceptions de ces gens que j'ai rencontrés. Parce qu'ils sont toujours chaud bouillants, ils sont toujours chaud bouillants au départ.
Ils vous expliquent toujours qu'avec une certaine naïveté, ils se sont trompés, ils n'ont pas vu les choses venir, qu'ils ne savaient pas que ça allait être comme ça et que maintenant, ils regrettent. Et puis, dès qu'il s'agit d'être aux manettes ou d'avoir accès aux manettes, là, ils redeviennent ce qu'ils sont, comme un élastique. Vous voyez ? Donc, par exemple, aux Européennes, certains défendaient l'Europe de Delors. L'Europe de Delors, c'est l'Europe des mouvements des capitaux, c'est l'Europe qui a permis qu'il y ait des paradis fiscaux en Europe, c'est l'Europe qui a permis que tous les ajustements structurels reposent sur les populations plutôt que sur la monnaie.
Donc, on ne peut pas assumer cet héritage si on sait de quoi on parle, un minimum. Et tu as beaucoup de gens qui faisaient ça. Comme au PS, il y a des gens, ils sont aujourd'hui contre, ils sont chaud bouillants contre Macron, alors qu'ils l'ont vu toutes les semaines en Conseil de ministre six mois avant, qu'ils ont voté la première loi travail, ils sont contre la deuxième loi, ils ont voté le CIC, mais ils sont contre la baisse de la fiscalité. Enfin, c'est n'importe quoi. Aujourd'hui, il y a un vrai problème là-dessus.
Donc moi, revenant de cette expérience et face à la crise actuelle, cette union des gauches, pour moi, ne sera pas la solution parce que ce sera une gauche diluée qui ne répondra pas à la crise actuelle. Et pour moi, la gauche aujourd'hui, elle ferait mieux plutôt que de s'occuper des accords d'appareil, de penser et de s'occuper des citoyens.
C'est une question qui ne se pose pas réellement à droite la question de l'union. Est-ce qu'il y a plus de thèmes qui divisent la gauche que de thèmes qui divisent la droite ?
C'est vrai que Macron, quand il a fait campagne, il n'a pas dit je vais faire l'union du centre ou l'union de la droite et du PS parce que c'est ce qu'il a fait dans les faits. Encore une fois, dans son gouvernement, il y a autant de gens issus de droite que du PS. Il ne s'est pas dit ça. Il a fait son programme et puis après, les gens, encore une fois, par arrivisme et opportunisme, l'ont rejoint. Parce que là, on le sent bien qu'il y avait une guerre des postes. L'extrême droite, pareil, ne se dit pas ça. Voilà, c'est des gens qui font leur programme. Et moi, je pense qu'à gauche, c'est exactement ça.
C'est que là, plutôt que de se dire bon, on est d'accord sur quoi et puis à la fin, on se rend compte qu'on n'est pas vraiment d'accord quand on creuse, notamment sur la question européenne, sur la question de la remise en cause des traités européens. Certains veulent faire à l'intérieur des traités, d'autres veulent carrément en sortir. Je pense que sur la flexibilité du travail, je pense qu'on aurait des grosses différences.
Je pense que plutôt que d'essayer de s'accorder sur un programme et puis après de se redistribuer des postes parce qu'il y a toujours ça à la fin, attention, il y a toujours quel poste tu prends, comment tu vas pouvoir manger parce que pour beaucoup de gens, c'est un métier, la politique, et on l'a bien vu, je le répète, c'est que le parti de gauche qui a offert le plus de ministres et de députés à Macron, c'est le PS. Puis après, vous avez Europe Écologie Les Verts qui en a offert aussi pas mal, un certain nombre, notamment de députés, Pascal Canfin, M. Durand, ça commence à être un peu fatigant toute cette histoire.
Donc là, moi je pense que la gauche devrait se concentrer sur les citoyens et aujourd'hui, il ne faut pas faire une union des gauches, il faut plutôt faire une union des citoyens. Il faut que des différentes catégories de ce que compose la France au-delà de leurs différences culturelles, sociales, géographiques, puissent se retrouver dans un programme pour accéder au pouvoir et ce serait un programme pour moi qui se baserait en priorité sur l'économie parce que ce qui rassemble toutes ces personnes c'est qu'ils sont victimes du modèle économique tel qu'il est appliqué depuis 30 ans. Et donc aujourd'hui, la vraie question c'est de réunir ces gens pour pouvoir gagner.
Après le reste, ça se fera naturellement. Mais ce n'est pas de commencer à discuter pendant trois heures des postes qu'on va prendre et du programme qu'on va faire parce que jusqu'à preuve du contraire déjà ça n'a pas encore abouti et puis quand ça aboutit, ça aboutit à une gauche qui se dilue et qui finit par appliquer la politique de la droite et qui fait monter le Front National. Et on revient à notre première question, vous voyez, c'est que le serpent se mord la queue.
Dans l'urgence, comment faire pour contrer le camp néolibéral qu'incarnent à la fois Emmanuel Macron et Marine Le Pen ?
Je pense qu'il y a un certain nombre de candidats qu'on voit apparaître avec des... Jean-Luc Mélenchon, Arnaud Montebourg, etc. avec des propositions plutôt très à gauche et qui se rejoignent sur beaucoup de points. Bon ben, nous verrons. Mais commencer à parler d'accords d'appareils comme ça qui n'ont pas abouti pour à la fin se retrouver, je ne sais pas moi, avec Olivier Faure ou à Nidalgo, c'est un peu compliqué de se retrouver avec des gens de gauche qui ont voté la loi travail, qui trouvent ça très bien de flexibiliser les marchés du travail, qui trouvent ça très bien le CICE et qui aujourd'hui vous expliquent que la loi travail ce n'est pas bien, que le CICE ce n'est pas bien.
Des gens qui n'ont pas vu tous ces étudiants qui ont manifesté contre la loi travail pendant le quinquennat à Hollande et qui se prenaient des coups de matraque et qui ne voyaient rien comme Nadja de Vallaud-Belkacem qui vous explique aujourd'hui que oui, il faut une alliance des gauches.
Le PS qui s'abstient sur le vote sur ce projet de loi, quand vous avez la moitié du Parti communiste qui s'abstient après trois mois de débat nauséabond où on a frappé, on a très bien vu qui est-ce qu'on frappait les Français de confession musulmane en allant sur vraiment le discours du Front National et que vous avez à la fin le PS qui dit moi je m'abstiens sauf un de génération, vous vous dites là elle est où l'alliance des gauches ? Moi je ne la vois pas personnellement. Alors il y a toujours des gens qui vont dire oui mais ça ce n'est pas grave, on additionne tout ce qui n'est pas grave et à la fin on a quand même un espace énorme.
Et encore une fois vraiment là on est face à une crise majeure où il va falloir vraiment un programme de rupture, pas d'accompagnement un programme de rupture et là ce programme ne peut pas être porté par ceux qui ont été aux manettes et qui ont fait qu'on se retourne dans cette situation c'est-à-dire ceux qui ont supprimé des lits d'hôpitaux, ceux qui ont baissé le nombre de fonctionnaires, ceux qui ont fait qu'aujourd'hui des gens vont être plus facilement mis au chômage grâce aux lois travail, ces gens-là aujourd'hui la seule chose qu'ils devraient faire c'est se taire c'est tout ils ne devraient pas se dire qu'ils ont une possibilité d'arriver aux manettes.
Repoussé plusieurs fois en raison de la crise sanitaire, la réforme de l'assurance chômage n'a néanmoins pas été oubliée par le gouvernement. Bien qu'elle soit particulièrement controversée par les syndicats, la réforme entrera partiellement en vigueur dès le 1er juillet et pleinement en octobre. Regardons un petit récap en images.
Alors je confirme qu'effectivement je vois les organisations patronales et syndicales mardi prochain pour leur présenter notre proposition de réforme de l'assurance chômage. Ça me paraît logique qu'on tienne compte du marché du travail pour définir les règles de l'assurance chômage. Moi je pense que cette réforme elle est nécessaire notamment pour lutter contre la précarité et dissuader les entreprises de recourir de façon excessive à des contrats courts et c'est bien le système de bonus-malus qui doit répondre à cet objectif et puis il y a aussi un enjeu d'équité.
La justice sociale est tellement le combat de votre vie que vous remettez sur la table la réforme de l'assurance chômage que vous aviez suspendue au début de la crise sanitaire. C'est donc en pleine pandémie que vous partez à la chasse aux chômeurs. Vous allez réduire les indemnisations pour 40% des allocataires et pénaliser en premier les travailleurs qui enchaînent les contrats courts plutôt que les entreprises qui les proposent. C'est brillant. C'est vrai que dans un pays où déjà un chômeur sur deux n'est pas indemnisé où 10 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté où plus de 700 000 emplois ont été supprimés depuis mars, votre réforme est tout ce qui nous manquait.
Alors Thomas, simplement, que prévoit cette réforme concrètement et quels seront les changements pour les chômeurs ?
Alors la première chose qui m'interroge c'est que beaucoup de gens se rendent compte en fait qu'au final cette loi va baisser les prestations chômage. Alors que quand on regarde le programme de Macron c'était clairement écrit. Il fallait juste un petit peu réfléchir. Bizarrement personne ne lui a posé la question à l'époque, ni les journalistes ni l'opposition. Dans le programme de Macron il y avait écrit que Macron voulait ouvrir l'assurance chômage aux auto-entrepreneurs avec, vous savez, c'est l'ubérisation de l'économie et aux démissionnaires. Voilà, tous les cinq ans c'est à peu près ça. Mais sous condition d'une économie de 10 milliards sur l'assurance chômage.
Ça veut dire que moi je me posais une question c'est comment on peut ouvrir des nouveaux droits à des nouvelles personnes tout en diminuant finalement les montants dans l'assurance chômage. Donc ça voulait dire quoi ? Ça voulait dire que les prestations chômage allaient diminuer ou la durée des prestations allaient baisser. Donc là il aurait fallu lui poser la question. Bon c'est très bien tu ouvres des droits aux démissionnaires, tu ouvres des droits aux auto-entrepreneurs mais tu baisses le niveau de l'assurance chômage. Comment tu fais ? Personne ne lui a posé cette question. Simple. Et là on se rend compte ah bah tiens on va baisser les prestations chômage c'est horrible.
Bah oui ils vont les baisser. C'est le principe même. Macron il n'a jamais voulu offrir plus de prestations ou plus de retraites aux gens. Le but c'est d'économiser. Globalement c'est d'économiser 60 milliards sur la dépense publique. Donc le but c'est l'économie. D'accord ? Et la première moulure de cette réforme c'était quoi ? C'était de faire perdre 200 euros de prestations chômage à 850 000 chômeurs. Alors 200 euros c'est énorme. Je veux dire aujourd'hui vous avez avant la crise du Covid vous aviez 5-6 millions de chômeurs la moitié ne sont pas indemnisés. Ils ne touchent rien. L'autre moitié ils touchent en moyenne en moyenne un peu plus de 1000 euros. Vous voyez ?
Donc on ne roule pas sur l'or. D'accord ? Et là il s'agit de faire perdre 200 euros à 850 000 chômeurs en période de crise. Vous voyez ? Alors là bien sûr les gens se disent bon c'est la crise du Covid il faut qu'on réforme un petit peu ça et Mme Borne elle dit bon bah voilà on va réformer ça maintenant ils ne vont plus perdre 200 euros ils vont perdre 180. Et donc on fait des choses pour les plus précaires.
C'est d'ailleurs très étonnant puisque Elisabeth Borne justifiait cette réforme justement comme un moyen de lutter contre la précarité.
Eh bien il faudra m'expliquer comment dans une économie qui perd plus d'un million d'emplois par an et qui est à l'arrêt aujourd'hui et donc à un moment où l'assurance chômage joue son rôle en fait de politique contracycliques en offrant des prestations chômage à ceux qui n'arrivent pas de trouver de travail puisque l'économie détruit des emplois plutôt que d'en produire. comment dans cette période-là retirer, baisser les prestations chômage peut être une aide aux plus précaires.
Bon ben je pense que ces gens vivent sur une autre planète et je pense qu'à partir du moment où il y a encore des prestations et même à la fin je pense qu'on sera comme au Royaume-Uni on aura une prestation chômage moyenne de 300-400 euros ils nous diront qu'ils en fonteront pour les chômeurs.
Donc c'est ça le macronisme c'est en fait la case du modèle social une individualisation du chômage si t'es au chômage c'est de ta faute c'est pas de la faute alors moi je vois pas comment c'est de la faute des restaurateurs faudra m'expliquer ou des serveurs c'est pas de leur faute c'est un virus qui arrive et voilà on peut pas et ça qu'on t'explique c'est de ta faute et donc voilà il faut individualiser le problème et en donnant de moins en moins de prestations comme ça les gens trouveront n'importe quel boulot Uberit, Deliveroo etc.
C'est le but du macronisme c'est ça l'uberisation de l'économie c'est d'avoir une main d'oeuvre corvéable à merci que les évadés fiscaux que Macron accueille à Versailles pourront utiliser à foison le but c'est ça alors on va moins loin que ce qui était prévu au départ et comme on va moins loin et moins fortement que ce qui était prévu au départ donc on dit qu'on fait quelque chose pour les plus précaires encore une fois on est dans la mascarade on est dans la blague quelles que soient les incitations que l'on rajoute à cette loi il faut toujours avoir en tête que cette loi se fait sur une enveloppe globale en baisse et donc que la logique qui domine ça comme la réforme des retraites ou comme d'autres réformes c'est la logique de l'économie voilà utiliser moins d'argent parce qu'on part du principe que si on donne moins aux chômeurs il va être obligé de travailler à n'importe quel prix voilà alors plutôt que se concentrer sur le fait de relancer l'activité pour que l'économie crée des emplois et que ces gens trouvent des emplois les chômeurs trouvent des emplois rapidement et bien on frappe sur comme on est incapable de faire ça on frappe sur le chômeur pour qu'il n'ait plus de prestations et puis qu'il se vende au plus offrant enfin au moins offrant plutôt
c'est la fin de cette édition spéciale de notre émission de l'instant éco merci de l'avoir suivi avec nous si elle vous a plu n'hésitez pas à la partager sur les réseaux sociaux pour soutenir le média devenez sociaux faites un don aux médias et à bientôt
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