Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
interviewBFMTV· 2 septembre 2024 21 min

"Nous censurerons toute forme de continuité avec le macronisme": l'interview d'Olivier Faure

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

d'herbe. Il est 8h33 et vous êtes bien sur RMC et BFM TV. Bonjour Olivier Faure. Bonjour Apolline de Malherbe. Merci d'être dans ce studio pour répondre à mes questions. Vous êtes le premier secrétaire du Parti Socialiste et dans 15 minutes Bernard Cazeneuve sera reçu par Emmanuel Macron. Ce sera d'ailleurs à vivre en direct son arrivée à l'Elysée. Si Bernard Cazeneuve est nommé Premier ministre, est-ce que vous le soutiendrez ? Mais Apolline de Malherbe, comprenons-nous bien. La

0:23
Olivier Faure

question n'est pas une question de casting. La question c'est pourquoi faire ? Les Français n'ont pas voté simplement pour revoir un espèce de bal avec des gens qui chaque jour se présentent pour dire qu'ils seraient effectivement meilleurs que le voisin. La réalité c'est qu'ils ont demandé du changement, des ruptures avec la politique qui était conduite pendant 7 ans par Emmanuel Macron et son équipe. Et donc nous censurerons toute forme de continuité avec

0:47
Présentateur

le macronisme. Vous censurerez toute forme de continuité avec le macronisme. Bernard Cazeneuve

0:51
Olivier Faure

est socialiste. Vous censureriez Bernard Cazeneuve ? Il l'a été. Il est aujourd'hui à la tête d'un mouvement qui s'appelle la Convention. Moi je ne sais pas au nom de quoi Bernard Cazeneuve va aller parler avec le chef de l'État. Nous verrons bien. Mais la réalité c'est qu'il y a une coalition, celle du Front populaire, qui est arrivée en tête de l'élection et que la logique institutionnelle, la logique démocratique, la logique républicaine, comme dans toutes les démocraties européennes, c'est en réalité de nommer la force qui est arrivée en tête. Après c'est à elle de faire la démonstration qu'elle est capable de gouverner.

Et est-ce que cette démonstration, vous n'auriez pas dû la faire avant ? Vous

1:27
Présentateur

dites toutes les démocraties. Quand on regarde en Espagne par exemple, le parti qui est arrivé en tête n'a finalement pas gouverné parce qu'il n'a pas été capable de se créer une

1:34
Olivier Faure

coalition. Il a renoncé, oui. Parce que quand vous avez un parti qui renonce en Espagne, vous avez raison de dire qu'au départ, c'était le parti populaire, le parti de la droite espagnole qui était arrivé en tête. Il n'a pas réussi à trouver une majorité et donc c'est Pedro Sanchez, le socialiste, qui est arrivé derrière et qui a mené une coalition avec la gauche radicale et avec les régionalistes. Et donc il y a un exemple là qui est évident, c'est que c'est non pas le roi d'Espagne qui a choisi le Premier ministre, c'est en fait le roi qui s'est plié au suffrage universel, qui a dit c'est le PPE qui est appelé en premier, s'il n'y arrive pas, ensuite c'est les autres.

2:10
Présentateur

On va revenir sur cette... En Allemagne... Vous n'avez pas fait la démonstration pour l'instant que vous étiez capable d'élargir la coalition. Vous ne l'avez même pas souhaitée.

2:17
Olivier Faure

Mais qui en a fait la démonstration pour l'instant ?

2:20
Présentateur

Justement, personne. C'est pour ça que ça continue, non ?

2:22
Olivier Faure

Donc c'est pour ça que ça continue peut-être. Mais enfin la réalité, c'est pas en choisissant un Premier ministre qu'on y parviendra. On y parviendra si on obtient en réalité une négociation. Et la réalité, ce que je conteste parfaitement, c'est qu'on nous dit, vous dites à l'instant, vous n'avez pas cherché. Mais nous avons bien sûr cherché, puisque Lucie Casté a dit qu'elle était prête à rencontrer tous les chefs de groupes et de partis, y compris de la droite, macronistes ou autres. Et elle a aussi expliqué que de toute façon, nous bâtirions des compromis projet par projet, parce que nous n'en avons pas d'autre solution que celle-là. Il n'y a pas de majorité absolue à l'Assemblée.

Personne ne peut avancer sans bâtir des compromis. Simplement, la question, c'est qu'aujourd'hui, on voit bien que la tentation du chef de l'État est plutôt d'installer à Matignon quelqu'un qui serait en réalité son obligé et qui lui permettrait de continuer peu ou prou ce qu'il a fait pendant sept ans.

3:11
Présentateur

On va revenir sur la notion de compromis, parce que quand on dit qu'on va faire tout le programme du NFP, rien que le programme du NFP…

3:17
Olivier Faure

C'est une fable.

3:17
Présentateur

Ben, enfin, ce n'est pas un très bon début de compromis.

3:20
Olivier Faure

Mais ça, c'est 20h03, Jean-Luc Mélenchon.

3:22
Présentateur

20h03, Jean-Luc Mélenchon.

3:23
Olivier Faure

Oui, le 7 juillet.

3:24
Présentateur

Avec autorité.

3:26
Olivier Faure

Peut-être que dans l'euphorie de ce qu'il a cru être une majorité absolue, il s'est un peu avancé. Mais moi, ce que je lis, c'est que Mathilde Panneau…

3:33
Présentateur

Mais ce n'était pas un péché originel qui vous a empêché ensuite de créer justement ce dialogue ?

3:36
Olivier Faure

Attendez, un péché originel parce que…

3:38
Présentateur

20h03, comme vous dites.

3:39
Olivier Faure

Mais Jean-Luc Mélenchon n'est pas le leader de la coalition. Autrement, ça se saurait. C'est lui qui serait le candidat pour Matignon. Celle que nous avons choisie, c'est Lucie Casté. Donc, référez-vous non pas à Jean-Luc Mélenchon 20h03 le 7 juillet, référez-vous

3:52
Présentateur

à ce que Lucie Casté dit depuis, semaine après semaine, et qu'elle est prête

3:57
Olivier Faure

en matière de compromis.

3:57
Présentateur

Je reviens quand même sur cette personnalité de Bernard Cazeneuve, parce que c'est vrai que c'est quand même assez saisissant. Bernard Cazeneuve a été ministre de l'Intérieur, il a été Premier ministre d'un président socialiste. Et aujourd'hui, vous avez l'air d'en parler comme si vous le connaissiez à peine ou comme s'il n'était plus du tout de votre famille.

4:15
Olivier Faure

Mais ce n'est pas que je le connais à peine, je le connais très bien. Et ce n'est pas du tout un problème personnel. Je n'ai pas de problème personnel avec Bernard Cazeneuve. Et ses qualités sont grandes. Simplement, le problème n'est pas là. Le problème, ce n'est pas de savoir si tel ou tel est un personnage, un homme d'État, etc. La question, c'est pourquoi faire, avec quel soutien, et dans quelles conditions, avec quelles garanties.

Aujourd'hui, quelles sont les garanties pour Bernard Cazeneuve, si ce n'est d'être demain, en réalité, prisonnier par une majorité, une coalition, qui est la coalition Ensemble, celle d'Emmanuel Macron, qui veut le porter au gouvernement, alors même qu'il n'a pas obtenu le soutien, ni même cherché le soutien du Front populaire. Donc c'est quand même un peu particulier.

4:54
Présentateur

Il ne vous a pas appelé ?

4:55
Olivier Faure

Non, il ne m'a pas appelé.

4:56
Présentateur

Donc ces derniers jours, vous n'avez eu aucun contact avec Bernard Cazeneuve ? Il n'a pas cherché à en parler avec vous ?

5:00
Olivier Faure

Absolument pas.

5:01
Présentateur

Vous auriez pour le coup apprécié de pouvoir commencer cette discussion et voir ce qu'il avait éventuellement dans l'idée de faire ?

5:07
Olivier Faure

Ce n'aurait pas mal, ce n'aurait pas illogique. Comment est-il possible que vous disiez, parce que je suis un homme de gauche, je pourrais devenir le Premier ministre, parce que c'est le Front populaire qui est arrivé en tête le 7 juillet. Et pour autant, vous ne cherchez pas le soutien du Front populaire. Donc il y a quelque chose d'assez illogique, comprenez-moi. Alors, ce n'est pas tout à fait évident d'avoir quelqu'un qui arrive et qui dit « parce que je le vaux bien ». Non, personne ne le vaut bien. La réalité, c'est que ce qu'il faut, c'est arriver à avoir une négociation.

5:33
Présentateur

Vous ne vous engagez donc pas ce matin, Olivier Faure, vous ne vous engagez pas à ne pas censurer Bernard Cazeneuve.

5:39
Olivier Faure

Moi, je m'engage à une seule chose. C'est respecter le vote des Français. Et ce à quoi j'appelle ce matin, c'est non pas à choisir un Premier ministre sur la base de ses qualités personnelles ou de son curriculum vitae. Ce que j'appelle, c'est à une négociation. Faire en sorte que nous puissions sortir de ce blocage, parce qu'il faut en sortir par une négociation qui permette d'associer les groupes parlementaires, les partis politiques, toutes celles et ceux qui sont prêts à négocier. Et comme ça, nous saurons exactement, sur une durée limitée, dire par exemple que pour l'année qui vient, quel est le projet sur lequel nous pouvons nous accorder ? Et on part de quel projet ?

On part du projet du Front Populaire, parce que c'est le projet qui arrive en tête. Et sur cette base-là, on négocie. Après, bien sûr qu'il y aura des compromis. Pourquoi ? Parce que nous ne pouvons pas prendre.

6:26
Présentateur

Mais où ? Quand ? En quel cadre ? Avec qui ?

6:27
Olivier Faure

Le cadre est à définir. Je ne suis pas le chef de l'État et je ne suis pas à moi seul.

6:31
Présentateur

Mais est-ce que ça veut dire, Olivier Faure, que quand Emmanuel Macron dit « J'invite tous les partis républicains à venir discuter d'un projet de gouvernement », ça ne correspond pas à ce que vous venez de dire ? Ça, vous dites non, on n'y reprend pas.

6:46
Olivier Faure

Pour l'instant, on n'a jamais été appelé à négocier sur quoi que ce soit. Il faut que vous compreniez que la seule chose...

6:51
Présentateur

Quand il vous a invité à revenir discuter, pour vous, ce n'était pas ça ?

6:54
Olivier Faure

Vous voyez bien que ce n'est pas ce qui s'est passé. Même Laurent Wauquiez qui sortit a dit que c'était très décevant. Pourquoi ? Parce qu'en réalité, on ne parle que de « Est-ce que c'est censuré ? Est-ce que machin vous va bien ? Est-ce que machine vous va mieux ? » Non, en fait, le problème, ce n'est pas... Encore une fois, je reviens à ce que je dis depuis le début, c'est que le problème n'est pas le choix d'un homme ou d'une femme. Le problème, c'est le choix d'une politique. Les Français veulent que ça change. Qu'est-ce qu'on fait pour l'école ? Ce matin, les enfants rentrent à l'école.

Est-ce qu'on a vraiment envie que nos services publics se cassent la figure les uns après les autres ? Est-ce que pour l'hôpital, on continue à accepter que les services d'urgence ferment tous pendant les vacances ? Parce qu'il n'y a plus de soignants. Est-ce qu'on est d'accord pour dire que la police, aujourd'hui, devrait, on a vu l'exemple avec les Jeux olympiques, ne devrait pas être une police de proximité ?

Ce qui permettrait peut-être aussi, les drames qu'on vient de connaître ces heures-ci, d'avoir des policiers qui connaissent leur terrain, qui ne sont pas simplement des policiers d'intervention, mais des policiers de proximité, et donc qui connaissent les loulous qui font n'importe quoi, et qui peuvent, en réalité, prévenir autant que sanctionner.

7:58
Présentateur

– On y revient, évidemment, vous parlez, vous évoquez Valorise, vous évoquez aussi sans doute le drame de Mougin de la semaine dernière, mais Olivier Faure, pardon, je reviens quand même, parce que vous dites maintenant, non, mais l'important c'est la politique, sauf que vous avez quand même passé un mois à parler du casting, et vous êtes arrêté sur la personnalité de Lucie Castet. Moi je voudrais quand même comprendre une chose, vous avez d'un côté…

8:17
Olivier Faure

– On a mis 15 jours pour trouver Lucie Castet. – Elle s'appelle Lucie. – Oui, elle s'appelle Lucie.

8:22
Présentateur

– Moi c'est Apoli.

8:23
Olivier Faure

– Voilà, c'est ça, on aurait pu vous choisir, mais on a…

8:25
Présentateur

– Non, j'aurais dit non, mais allez-y.

8:26
Olivier Faure

– On a dit non, bon, alors donc on a bien fait de ne pas vous choisir. – Très bien. – Donc on a choisi Lucie Castet, on a mis effectivement 15 jours, mais ensuite, depuis les 15 jours, nous n'avons jamais reparlé casting, nous avons uniquement parlé de ce que nous voulions faire. – Oui, parce que pour vous, le casting, il est fait.

8:40
Présentateur

Mais moi, il y a quand même une question que je me pose. Vous avez face à vous, vous avez quand même face à vous, un homme qui a été Premier ministre socialiste, d'un président socialiste, qui a une expérience au minimum, qui a été maire de Cherbourg, et vous préférez quelqu'un qui n'a rien fait, enfin, c'est-à-dire qui politiquement n'a rien fait. C'est-à-dire comme si finalement, ce qui vous arrange, c'est le plus petit dénominateur commun, c'est-à-dire quelqu'un qui n'a comme pénigrée pour l'instant que le fait qu'elle est énarque, technicienne, tout ce que vous avez détesté pendant des années. Donc vous nous avez dit qu'on n'en aurait plus, que c'était vraiment la vieille politique.

9:13
Olivier Faure

– Mais ce n'est pas du tout.

9:14
Présentateur

– Elle n'a jamais été élue, elle n'a jamais été maire, elle n'a jamais été conseillère.

9:17
Olivier Faure

– Madame Borne, elle avait été élue quand ? – Mais vous ne l'avez pas choisie, et vous ne l'auriez sans doute pas choisie. – Elle n'a pas choisie, d'accord, mais enfin…

9:22
Présentateur

– Ce n'était pas vraiment votre casting, Madame Borne.

9:23
Olivier Faure

– Bien sûr, mais ce que je dis simplement…

9:25
Présentateur

– Ou alors c'est peut-être votre modèle. Mais moi, ça m'étonne un petit peu que votre modèle ce soit avec Madame Borne.

9:28
Olivier Faure

– Ce n'est pas que c'était mon modèle, je dis simplement que la raison pour laquelle Lucie Castel a été choisie, c'est parce qu'elle est en fait à la tête d'une association qui s'appelle Nos Services Publics. – C'est aussi parce qu'elle n'a pas de bilan,

9:38
Présentateur

donc vous ne vous engueulez pas sur son bilan ?

9:39
Olivier Faure

– Ce n'est pas une question de bilan. La question, c'est une question de qu'est-ce qu'on veut faire. On est dans une situation inédite. Elle incarne la société civile organisée. Les gens qui, en dehors des partis, ont fait le choix de s'engager, et de s'engager sur des causes qui sont des causes claires. Et en l'occurrence, la cause des services publics est une cause qui nous motive toutes et tous, parce que nous savons que dans les prochaines années, l'effort qui est à envisager aujourd'hui, il est d'abord sur les services publics. Pourquoi ?

Vous avez aujourd'hui, je reviens à la rentrée, vous avez un problème de recrutement des enseignants, et on voit bien majeur, et donc vous comme moi, on aimerait que tous nos enfants aient l'assurance que toute l'année, ils auront dans chaque matière un professeur en phase 2. Et donc la question qui est posée aujourd'hui, c'est comment est-ce qu'on fait pour remettre de l'ambition sur nos services publics ? Et je parle de l'école, je pourrais parler de l'hôpital, je pourrais parler de la justice, de la police, bref, de tout ce qui fait que ce pays tient debout. Et pour qu'il tienne debout, il faut encore qu'il y ait une politique qui corresponde à cela.

Et pour l'instant, ça n'est pas le cas. Et donc, voilà un exemple, mais les exemples se multiplient. Sur les retraites, on fait quoi, Pauline de Malherbe ?

10:40
Présentateur

Alors, Bernard Cazeneuve, lui, il dit carrément qu'il est pour la fin de cette réforme des retraites, et il y en a d'autres qui pourtant sont dans le nouveau Front populaire. Il l'a exprimé par ses proches dans la presse.

10:52
Olivier Faure

Ah, ses proches dans la presse. Non, mais moi, je ne veux pas les proches dans la presse.

10:54
Présentateur

C'est vrai que ça aurait été mieux qu'il vous appelle pour vous le dire, ça j'ai bien compris.

10:56
Olivier Faure

Même qu'il vienne vous le dire à vous, s'il ne veut pas le dire à moi.

10:58
Présentateur

Il s'exprime, c'est vrai, c'est pas faute de l'avoir invité, comme vous pouvez l'imaginer.

11:02
Olivier Faure

Comment voulez-vous que vous me posez une question sur, est-ce que vous voulez M. Cazeneuve ou M. Bertrand ? Mais j'en sais, enfin, sur quoi ? Sur quelle base ? Sur quel projet ? Normalement, quand on est dans une démocratie, on vient avec un projet devant des électrices et des électeurs, on leur dit voilà ce qu'on voudrait faire, et ensuite les électeurs choisissent.

11:21
Présentateur

Mais vous-même, au sein du Parti Socialiste, il y a quand même des divisions. J'entendais Jérôme Guège, alors pour le coup, il l'a dit à un micro officiellement. Lui, il prône un gel de la réforme des retraites, non pas une abrogation. Ça veut quand même dire qu'au sein même du Parti Socialiste, vous n'êtes pas tous d'accord.

11:37
Olivier Faure

Mais ce serait rare. C'est assez rare que vos Parti Socialistes soient tous d'accord.

11:41
Présentateur

Oui, enfin en ce moment, c'est quand même très divisé.

11:43
Olivier Faure

Très divisé, non, ce n'est pas très divisé. Il y a une majorité, et puis il y a des gens qui s'expriment et qui disent, qui donnent un avis, et ils ont le droit de le faire.

11:48
Présentateur

Les gens sur les retraites, le gel ou l'abrogation ?

11:51
Olivier Faure

Moi, je suis pour l'abrogation, et ensuite une conférence sociale qui permettent de dire comment nous le financerons. Mais vous vous rendez compte que sur ce sujet-là, il y a une majorité à l'Assemblée, il y a une majorité, une ultra-majorité dans le pays, et il faudrait là renoncer, alors même que le Front Populaire est arrivé en tête et qu'il s'est prononcé lui-même pour l'abrogation. Quelque chose d'inouï. Comment voulez-vous ?

12:11
Présentateur

Si Bernard Cazeneuve vous appelle là dans une heure, quand il sort de l'Élysée, et qu'il vous dit sur les retraites, Olivier, moi, je suis pour l'abrogation, déjà ce sera une victoire pour vous, est-ce que dans ces cas-là, vous vous dites, bon, on peut discuter ?

12:24
Olivier Faure

S'il obtient l'abrogation, je réfléchirais, bien sûr. Ce serait un énorme pas en avant. Mais moi, ce que je vous dis, c'est que pour l'instant, je ne sais pas ce que dit Bernard Cazeneuve. Je ne sais pas si c'est un gel, une suspension, une abrogation. Ce que je vous dis, c'est que là, il y a quand même un sujet démocratique. Est-ce que vous voulez que les Français reviennent aux urnes ou est-ce qu'on leur dise que désormais, de toute façon, quoi qu'ils votent, ça ne changera rien ?

12:45
Présentateur

Vous avez dit, Olivier Faure, la solution, c'est de se remettre à discuter à partir du programme du Nouveau Front Populaire avec d'autres. Quand Raphaël Luxman, qui était quand même le candidat du Parti Socialiste aux dernières élections européennes, dit dans le journal Le Point, la gauche ne pourra gouverner que si elle accepte de négocier des compromis, si elle renonce à sa radicalité, ce qui se pose, dit-il, de tourner la page à la fois Macron et Mélenchon. Est-ce que vous êtes d'accord avec cette technique-là, avec cette stratégie-là ?

13:12
Olivier Faure

Mais que viens-je de vous dire depuis dix minutes ? Je vous dis que nous sommes toutes et tous d'accord pour dire qu'il faut bâtir des compromis. C'est une obligation.

13:20
Présentateur

Est-ce que vous seriez prêts à faire un compromis ?

13:21
Olivier Faure

Mais sur tous les sujets, nous serons contraints.

13:23
Présentateur

Est-ce que sur le SMIC à 1 600 euros, vous seriez prêts à faire un compromis, au moins un étalement dans le temps, à y aller progressivement ?

13:30
Olivier Faure

Mais il faudra de toute façon, nous l'avons dit aussi, compenser, parce que si on fait le SMIC à 1 600 euros sans compenser pour les PME et les TPE, ce sera très difficile pour nombre d'entre elles.

13:39
Présentateur

Mais compenser avec quels sous ?

13:40
Olivier Faure

Compenser avec les sous que nous allons prendre là où ils se trouvent. Et donc vous savez très bien qu'aujourd'hui, dans notre projet, il y a la volonté d'aller chercher l'argent sur les très grandes fortunes, sur les très grands patrimoines, parce que vous avez un creusement des inégalités aujourd'hui qui est incroyable. Le CAC 40 chaque année bat des records quand ils font 100 milliards de distribution, de dividendes ou de rachats d'actions. Vous pensez qu'on ne peut pas en prendre une petite partie pour la redistribuer sur les Français qui, aujourd'hui, tirent la langue ? Moi, je crois que si.

14:09
Présentateur

Donc vous avez dit, on peut éventuellement discuter sur les compensations. Encore une fois, sur quel point vous êtes prêts à faire des compromis, des ajournements ?

14:17
Olivier Faure

Mais dans une discussion et dans une négociation, on ne vient pas en disant,

14:21
Présentateur

écoutez, on est prêt à lâcher là-dessus ? On est prêt à tout lâcher. Non, mais je ne vous dis pas de tout lâcher, mais enfin, je vous dis d'arriver avec au moins quelques points sur lesquels...

14:27
Olivier Faure

Moi, je viens avec un projet et j'accepte l'idée que ce projet ne sera pas intégralement appliqué.

14:32
Présentateur

Vous pourriez discuter avec les républicains de Laurent Wauquiez ?

14:36
Olivier Faure

Mais on discutera avec toutes celles et ceux qui sont prêts à discuter.

14:38
Présentateur

Donc, y compris... Non, mais je veux que les choses soient très claires. Vous êtes prêts à discuter avec les macronistes, les députés macronistes, jusqu'aux républicains, éventuellement ?

14:48
Olivier Faure

Mais bien sûr. En fait, qu'avons-nous fait même dans la précédente législature ?

14:51
Présentateur

Est-ce que vous pourriez leur proposer faire un gouvernement tous ensemble ?

14:53
Olivier Faure

Quand on discutait sur la réforme des retraites, nous discutions aussi bien avec des gens qui étaient chez les républicains qu'avec des macronistes dont on espérait qu'ils pourraient ne pas tout suivre comme un seul homme. Malheureusement, ce ne fut même pas le cas puisqu'il y a eu 49-3. Mais bien sûr qu'on discute avec tout le monde. Avec qui voulez-vous que nous passions des accords pour pouvoir trouver des majorités au Parlement ? C'est là où il y a quelque chose qui est insensé, c'est que dans le débat, on nous dit en permanence qu'il y a ceux qui veulent des compromis, les gens raisonnables, et puis les autres qui seraient les fous furieux Est-ce que vous êtes prêts aussi à dire ?

15:25
Présentateur

Est-ce que vous êtes prêts aussi à dire ? Écoutez, Lucie Castet, c'était une option, mais ça n'est pas la seule. Nous sommes prêts à envisager d'autres personnalités pour diriger ce gouvernement de compromis.

15:34
Olivier Faure

Mais encore une fois, vous replacez toujours tout sur la question de la personnalité qui dirigeera Matignon. Non, ce n'est pas moi. Moi, ce que je dis...

15:40
Présentateur

C'est une question d'incarnation du gouvernement. Vous le savez très bien.

15:43
Olivier Faure

Très bien. Mais enfin, commençons par discuter. Voyons qui ensuite incarne le projet qui aura été trouvé.

15:48
Présentateur

En tout cas, vous ne dites pas ce matin c'est Lucie Castet ou rien.

15:51
Olivier Faure

Mais j'essaie de trouver une solution pour ce pays. J'essaie de faire en sorte que nous puissions avancer. Et Lucie Castet elle-même est prête à avancer. Donc nous sommes dans une situation où on n'a jamais dit c'est tout ou rien. On a toujours dit que ce sera des compromis. Simplement, respectez le suffrage des Français. Faites en sorte de ne pas pratiquer un hold-up démocratique qui serait incompris et qui conduirait une part d'entre eux soit après à se reporter sur l'extrême droite, soit à renoncer à voter. Et dans les deux cas, ça veut dire que c'est un affaiblissement considérable de la démocratie et même un danger pour la République.

16:25
Présentateur

Est-ce qu'il faut avancer la rentrée à l'Assemblée nationale ? Elle est prévue le 2 octobre. C'est loin ?

16:30
Olivier Faure

C'est loin.

16:30
Présentateur

Est-ce que vous faites partie de ceux qui disent on appelle à ce que la rentrée soit beaucoup plus rapide ?

16:35
Olivier Faure

Oui, comme Fabien Roussel l'a proposé il y a quelques jours. Session extraordinaire. On en avait parlé ensemble d'ailleurs quelques heures auparavant. Moi, je souhaite effectivement qu'on ait une session extraordinaire. ne serait-ce que parce que nous ignorons le moment où il sera formé un gouvernement et qu'il ne serait pas anormal d'avoir des questions d'actualité. Par exemple, de pouvoir interroger le gouvernement sur ce qu'il fait. Là, on a un gouvernement qui est réputé démissionnaire. Et pour autant...

17:00
Présentateur

Pour autant, il pourrait répondre d'ailleurs à vos questions.

17:02
Olivier Faure

Il pourrait répondre aux questions et notamment sur ce qu'il fait sur le budget par exemple parce que là, il y a quand même une anomalie démocratique aussi. On est dans une situation où vous avez un gouvernement qui est censé traiter les affaires courantes et pour autant qui prépare le budget de l'année prochaine. Et vous savez très bien que le budget, c'est l'acte essentiel pour savoir ce qu'on fait.

17:18
Présentateur

Vous appelez à ce que l'Assemblée nationale reprenne ses travaux, y compris, même s'il n'y a pas de nouveau Premier ministre tout de suite. Là-dessus, vous êtes d'accord avec Marine Le Pen. Marine Le Pen, elle envoie ce matin une lettre au président de groupe pour demander une session extraordinaire. Elle ajoute aussi qu'elle voudrait deux thèmes à l'ordre du jour, les finances publiques et la sécurité.

17:36
Olivier Faure

Mais ce n'est pas elle qui fixe les thèmes. Mais en tout cas, moi, je suis favorable à l'idée d'une session extraordinaire. Mais vous pourriez

17:42
Présentateur

vous mettre tous d'accord en disant on demande tous à reprendre plus tôt, à reprendre la semaine prochaine.

17:46
Olivier Faure

Oui, absolument. Ça n'arrive pas de ma compétence. C'est Boris Vallaud, le président du groupe socialiste qui en fera la demande explicite lui-même. Et nous allons bien sûr demander aussi à pouvoir revenir. Il n'est pas normal que la démocratie soit en congé. Et l'endroit où elle s'exprime, c'est le Parlement.

18:04
Présentateur

Le père de la petite fillette qui a été tuée à Valoris, je voudrais quand même revenir sur ces mots parce qu'ils sont très forts. Il dit merci la justice française. Merci de manière terriblement ironique. À partir de demain, c'était hier, les citoyens qui n'ont pas été arrêtés en flagrant délit savent qu'ils peuvent rouler comme ils veulent, faire les fous sur la route, tuer. Aucun respect pour notre fille ni pour nous-mêmes parce que le motard du rodéo qui a tué sa petite fille a été remis en liberté. Il est juste sous le coup d'un homicide involontaire. Et encore, ça n'a été que blessure involontaire puisque c'était avant le décès officiel de la fillette.

c'est possible ça que cet homme soit en liberté ?

18:43
Olivier Faure

La preuve que c'est possible. Mais je comprends...

18:45
Présentateur

C'est acceptable.

18:46
Olivier Faure

Je comprends la famille, je comprends le père, c'est absolument invivable. Vous venez de prendre votre enfant, 7 ans, dans l'inconscience d'un jeune homme qui fait des rodéos urbains pour faire le malin pour faire le malin et qui, évidemment, involontairement, tue cette petite fille. Et donc, il faut trouver des solutions pour que cela s'interrompe. Et je reviens à ce que je disais tout à l'heure, la police de proximité, c'est un des éléments qui permet de prévenir ces situations. Et est-ce qu'il faut

19:19
Présentateur

saisir les véhicules ? J'avais le maire de Valence tout à l'heure en direct sur RMC qui a réussi à faire baisser considérablement le nombre de rodéos sauvages dans sa ville parce qu'il saisit, parce qu'il détruit même les motos ou les engins qui ne sont même pas rendus aux criminels.

19:38
Olivier Faure

Bien sûr. Saisir, détruire. Moi, j'avais proposé il y a quelques années, malheureusement sans succès au gouvernement Macron, que la vidéosurveillance puisse être un élément aussi de sanctions pour arriver à mettre devant leur responsabilité les auteurs de ces rodéos et faire en sorte que comme pour le port du casque, la vidéosurveillance puisse s'appliquer puisque très souvent le problème de ces rodéos urbains, c'est que la police hésite à se lancer dans des écourses ou dans des écourses poursuites parce qu'elles peuvent...

20:08
Présentateur

De peur que l'auteur lui-même puisse être renversé et qu'elles en soient portées responsables.

20:12
Olivier Faure

Alors, que l'auteur soit renversé ou qu'il renverse quelqu'un d'autre comme c'est le cas en l'espèce. Donc, on a effectivement des situations où du coup, les contrevenants se sentent dans une forme d'impunité et roulent sans... Voilà. Donc, il faut effectivement être d'une sévérité absolue. Ces rodéos urbains, c'est quand même une plaie pour l'élu de Savigny-le-Temple que je suis et de Sénard en général. Je peux vous dire qu'on subit ces rodéos et que c'est insupportable et que les populations n'en peuvent plus. Heureusement, la police municipale, quand elle est là, elle permet d'y remédier.

Mais une police de proximité, ce serait aussi une façon parce qu'on sait très bien qui sont les auteurs. On les identifie, on les connaît, on reconnaît les gens. On les connaît dans ce genre

20:54
Présentateur

de villes moyennes, mais c'est vrai que c'est difficile dans d'autres. Mais merci Olivier Faure en tout cas d'avoir répondu à mes questions ce matin. Premier secrétaire du Parti Socialiste, Bernard Cazeneuve est à l'Elysée. On la prend à l'instant au moment où l'on se parle. Il y est. Il est 8h53 sur AMCB FM TV.