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interviewFrance Culture (sur YouTube)· 2 juin 2024 38 min

Lola Lafon, autrice et metteuse en scène : "Je déteste le mot 'gérer'"

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

[Musique] jusqu'à 13h30 les midi de culture Nicolas herbaau Géraldine mosnasvois place à la rencontre aujourd'hui notre invité est écrivaine ses héroïnes s'appellent Cléo Patricia Anne Nadia mililina ou landra et chacune s'engage à corps perdu ou alors corps défendant dans l'histoire mais ce sont leur histoires que notre invité raconte leur parcours ou plutôt leur détours de ces parcours que l'on croyait tout tracer mais qui tout à coup bifurqu cache des écarts des retours des alléses et des piétinements dans son spectacle un état de nos vies il en est de même sauf qu'il n'y a pas d'héroïn mais des mots que l'on cherche à éclaircir gauche espoir être capitalisme chien apparition ou encore mémoire cela non plus n'ont pas de définition droite tracé mais sont pleins de de bifurcation et de détours bonjour Lola Lafon bonjour bienvenue dans l'méit de culture merci votre spectacle Lola Lafond je les dit s'intitule un état de nos vies et il est si je le présente simplement une liste de mots que vous partagez avec le public et dont vous donnez votre définition je vais donc vous poser quelques questions sur des mots quel est le mot qui vous trotte en ce moment dans la tête euh bah justement définition en fait c'est c'est euh c'est une question de de vouloir définir les mots parce que en réalité quand on les définit on les circonscrit euh on on les c'est comme si on arrêtait leur sens donc moi la question que je me pose toujours c'est comment on peut continuer à définir les mots parce que je pense qu'on en a vraiment besoin et tout en ouvrant leur sens et en se disant mais mais alors peut-être en fait que ça peut aller vers là par là mais c'est voilà c'est une tension entre entre deux directions justement ce que j'aime bien en écrivant l'introduction pour cette rencontre le lalafond j'ai passé mon temps à écrire le mot définir et j'ai j'essayé de trouver des synonymes c'est pas si facile en fait d'entre je me suis dit voilà présenter le spectacle pas définir ce spectacle mais définir un mot c'est difficile de donner un autre mot que définir lui-même oui parce que en plus moi je me suis posé aussi cette question quand quand j'écrivais le spectacle et je suis tombée sur des définitions de définition ouis ça va commencer à devenir pointue là je pense qui était vraiment qui était à l'inverse de ce que je voulais faire c'est-à-dire qui qui fermait le sens donc effectivement comment vous en êtes sorti alors pour présenter ce spectacle est-ce que vous le présentez le lalafond comme une liste de mots que vous définissez vous avez décidé de renoncer à ça bah heureusement je présente pas trop Sauf ici là sauf ici enfin je veux dire je je je me suis pas vraiment posé cette question sauf effectivement quand j'en ai parlé au Théâtre du Rond-Point où là il a bien fallu dire qu'est-ce que je voulais faire sur scène euh et là je j'ai dit tranquillement que j'allais définir de façon totalement subjective mais en réalité on le fait tout le temps de définir de façon subjective c'est-à-dire que moi ce que j'aime beaucoup c'est c'est l'idée de du Viny en fait de la face A et B parce que vraiment pour chaque mot on a celle qu'on connaît la définition a qui est voilà et bien on l'a apprise langage pour comprendre mais on a notre petite phase B et celle-là nous appartient et alors je vais revenir à un de mes mots favoris qui est chien et chien effectivement chien si vous dites chien à quelqu'un qui soit qui en a eu soit qui n'en a pas d'ailleurs tout de suite sa petite phase B euh prend corps dans son cerveau et des images surviennent et cetera moi c'est celle-là qui m'intéresse c'est notre phase B quel est le mot lalafond que vous détestez alors euh gérer je déteste vra pardon c'est un peu c'est un peu t'inquiète je gère ça par exemple ouais ou alors gérer ses amitiés h une histoire d'amour moi ça le moment où ce mot est apparu je me suis dit il y a un problème il y a une contamination bon très bien alors si on considère que le capitalisme c'est un récit dont la principale qualité c'est qu'il est il veut être incontestable vous pouvez pas le contester c'est la seule chose qui marche on vous répond toujours et ben là ça c'est une contamination qui est vraiment inquiétante parce que l'appliquer à des relations c'estàd le dire nous-même h pour moi c'est un peu inquiétant donc pour vous le mot gérer vient vraiment c'est une émanation du capitalisme j'ai peut-être tort mais pour moi ça vaudrait le coup de d'aller voir l'étymologie parce que ça trouve c'est ça a été complètement récupéré au départ il y avait peut-être une définition plus plus plus plus affective ou peut-être plus intime ou peut-être juste même le fait par exemple de mener sa vie de conduire sa vie ouais mais quand même gestion est-ce qu'on peut vraiment pratiquer une gestion euh euh de des gens qu'on qu'on qu'on rencontre est-ce qu'on peut s'organiser soi-même comme un fichier Excel c'est une vraie question enfin ouais ouais c'est vrai je suis d'accord mais il y a beaucoup de mots comme ça du du management on pourrait direou ouais ça c'est vraiment des trucs qui me ouais ça c'est sou c'est bonne oui ça c'est les bonnes choses à à repérer vous en parlez d'ailleurs avec le mot expertise bah oui expertise c'est vrai que c'est c'est fascinant de de penser que par exemple oui exp tise ça vient finalement de enfin moi je pense tout de suite immobilière ou des trucs comme ça et un domaine d'expertise quel est votre expertise et j'avais trouvé ça dans un dans un une sorte de brochure destinée à des adolescents pour leur parcours scolaire et universitaire je me dis une double expertise je m'étais dit mais c'est c'est terrifiant de dire ça quelqu'un qui a 15 ans quelle est ton expertise benah rien j'espère enfin je veux dire dans le bon sens même plus tard d'ailleurs et même plus tard h effectivement c'est c'est c'est une c'est un c'est un vocabulaire de l'efficacité et c'est vrai que ça c'est vraiment quelque chose pour moi à défaire quel est le mot que vous ne comprenez pas lol la la fond mais il y en a plein mais justement je pense que si je les comprends pas je les utilise pas euh ou que vous n'arrivez pas à définir ou à à à et c'est vrai que c'est difficile parce que dans ce cas-là on se souvient même pas en fait du mot lui-même mais un mot presque qui ne rentre pas dans votre tête alors j'ai un peu honte mais tous les mots qui sont liés à aux gens qui font très bien la cuisine parce que je ne fais pas très bien la cuisine et donc il y a plein de de verbes pour pour qui disent en réalité qu'on va couper des choses oui j'en ai pas non plus cisailler non non ça ça va mais il y a plein de mots qui m'intimident vraiment beaucoup parce que moi je ne fais que peler et couper et donc après quand ça passe au stade supérieur je je suis dans un autre monde je connais même pas oui ça peut être l'ordre des des des ustensiles ou de l'ordre même technique PCH un uf vous savez pcher un ufà oui oui je pense quand même mais quand quand même vous êtes déjà meilleur que moi alors en cuisine mais c'est intimidant oui c'est vrai mais d'ailleurs on parlait du management mais il y a aussi toutes les émissions culinaires où là par exemple on a aussi hérité ou en tout cas on a été contaminé par ce vocabulaire là donc on va on va partir sur par exemple on va partir sur ça dit beaucoup on va revisiter le jambon beurre voilà oui alors ça ça ça me fait penser à un truc que j'ai pas encore ajouté au spectacle mais qui m'obsède un peu est-ce que vous avez remarqué qu'à Paris et surûement ailleurs il y a plein de restaurants et de bars qui ont un nom qui c'est plus genre chez machine et tout c'est un mot qui a un rapport avec une valeur philosophique ah oui donc substance par exemple voilà euh je sais pas là j'ai pas d'idée mais fidélité machin et donc c'est c'est alors je je me pose la question est-ce que c'est un petit peu troublant que des valeurs des des des des principes philosophiques importants soit des locaux commerciaux ou est-ce que c'est pas grave mais moi je me pose vraiment la question quand je vois un restaurant qui s'appelle résistance pardon non non c'est c'est formidable de bien manger c'est formidable d'aller au restaurant mais la résistance c'est autre chose h VO c'est ce glissement là ça voudrait dire qu'il y a presque des mots sacrés aussi qu'on peut pas utiliser alors peut-être pas sacrés mais précieux précieux oui ça c'est sûr oui on va écouter un extrait de votre spectacle la fond on a vécu dans une fiction un récit dans lequel nos droits étai acquis on avait les mêmes d'ailleurs un récit dans lequel le féminisme était ringard il appartenait à nos mères et je dois avouer que j'ai embrassé ce récit avec un enthousiasme naïf et pourtant quelques détails aurait pu m'alarmer c'est que jouir et faire jouir ce conjugate à l'impératif et à l'injonction d'être mince c'est ajouté celle d'être musclé et l'expression horloge biologique n'était qu'une nouvelle façon de poser une date de péremption sur le corps des femmes dans les années 2000 mes premiers Jobs étaient tous précaires et n'exigeaient de moi qu'une seule chose que je sache marcher en haut talent cveuse vendeuse h Tesse d'accueil un extrait de votre spectacle lol la la fond un état de nos vies avec aussi le compositeur et interprète Olivier Lambert c'est une création du Théâtre du Rond-Point j'ai été obligé de vous demander je l'avoue à quel mot renvoyer cet extrait parce que je l'avais oublié euh d'où vous est venue cette idée je vais reprendre ce termel sur lequel vous butez de définir des mots de partager des mots alors c'est une maladie de mon enfance et alors je dis vraiment maladie parce qu'en fait j'ai enfin c'est un c'est un peu intime pardon mais avant de savoir écrire j'ai eu un petit moment sans doute inquiétant pour mes parents où j'étais obsédé par l'idée qu'il fallait noter les mots que je disais et et comme je pouvais pas écrire je chargeais mes parents de le faire et donc j'étais un peu obsédée anx TR très très anxieuse et donc j'ai continué et dans mon premier roman une fièvre impossible à négocier le récit euh est découpé par des mots un dictionnaire un dictionnaire où les mots sont redéfinis par rapport au viol que subit l'Andra l'héroïne et moi je me souviens c'est en 2003 qui a non lieu et classé sans suite que j'avais redéfini et je je crois comme ça que non lieu c'est ce qui n'a pas eu lieu euh et c'est ce que vit landandra au moment où sa plainte pour viol aboutit à un nonlieu donc j'ai l'impression que à quand on est euh secoué et on l'est tout le temps en réalité la seule chose à laquelle on puisse se rattacher c'est de revenir au mots à ce qui alors à ce qu'il veut dire ok mais surtout à ce qu'il est en train de dire l'air de rien h et c'est vrai que que que c'est une habitude que j'ai c'est une obsession et que je fais dans les chroniques que j'écris pour Libération parce que ce que vous avez fait écouter c'est une chronique qui s'appelait récréation qui s'appelle toujours récréation et qui est partie d'un mot utilisé par un ministre je crois que c'est du pont moréti qui avait dit quand il avait été confronté à des accusations qu'il était temps de siffler la fin de la récréation et je me dis c'est quand même pas rien quand on parle de militantes adultes des femmes de les renvoyer à une supposée récréation et de faire d'un mouvement politique un une sorte de caprice une sorte sorte de de jeu donc le mot est important mais c'est intéressant que vous parliez du mot non lieu que vous avez écrit en 2003 Lola la fond parce que dans ce que vous dites de votre besoin d'écrire les mots dès votre enfance c'était justement pour les les inscrire dans un lieu pour qu'ils aient lieu le terme non lieu c'est le paradoxe même c'est c'est écrire un un un mot qui serait sans lieu oui oui oui je fais de la psychanalyse en même temps en fait je rends compte c'est c'est vraiment formidable voilà mais vous n'aurez pas à payer ouais c'est le service public appréciable mais pourquoi ce terme de non lueu est revenu tout de suite pourquoi c'est presque un marqueur comme du premier terme pour moi oui euh ben parce que une fièvre impossible à négocier c'est un roman sur le viol c'était une époque où il y avait pas de roman sur le viol et à un tel point que moi je me souviens que les journalistes homme qui m'interrogaent sur ce livre me parlit des black block qui est le décor du livre et les femmes par l' est militante aussiou oui et les femmes me disaient mais quand même ça parle aussi de viol et je me souviens très très bien de cette séparation à l'époque très très très net et effectivement à un moment donné quand vous êtes confronté à la justice l'héroïne et que comme je j'ai pas les pourcentages pardon mais tellement tellement de plaines vous être enenvoyé soit un classement sans suite soit non lieu c'est quand même intéressant de se dire ok donc sans suite qui n'a pas eu lieu et qu'est-ce que ça veut vraiment dire alors je sais que ça veut veut pas dire ça je je je sais très bien que ça ne veut pas dire que ça n'a pas eu lieu mais quand même vous vous portez ça sur le dos en plus et le fait de les inscrire de les écrire d'en donner définition puis de les dire sur scène qu'est-ce que ça change est-ce que ça permet de donner une réalité ou une matérialité à à à ces mots qui quand on les entend comme ça peuvent effectivement dénoter le contraire bah je pense que les écrires ça c'est sûr que ça c'est bon mais je fais ça tout le temps donc maintenant c'est un peu voilà c'est c'est un métier je sais pas mais en tout cas c'est ce que je fais et c'est sûr que l'écriture c'est ce qui empêche que les choses s'évanouissent euh et alors les dire euh c'est quelque chose de particulier c'est que j'ai l'impression que ça partage mon incertitude ça partage mes doutes qu'une certaine façon quand vous écrivez vous vous vous vous avez un objet qui est fixé vous dites voilà c'est un peu c'est comme ça là le fait d'être en live en fait avec des gens chaque soir c'est aussi dire l'interrogation en fait c'est dire est-ce que c'est comme ça c'est une forme de redéfinition en fait on disait tout à l'heure le problème de définir un mot c'est de l'arrêter de lui donner un sens là du coup vous l'avez écrit sur le papier et de le porter sur scène ça ouvre à nouveau le débat en quelque sort tout à fait c'est ça ouais ouais et puis selon les réactions aussi vous vous rendez compte à quel point des choses raisonnent ou alors laisse les gens un peu interdits et ça vous question est-ce que vous avez modifié des textes au fur et à mesure des des représentations ah oui oui oui bien sûr euh ne serait-ce que parce que en fait les textes je les ai désécrits euh je les ai rendus plus de plus plus propic ouais voilà à une expression orale donc parce que je les ai appris aussi et euh donc au fur et à mesure je les ai rendu plus souple je pense et puis vous voyez là j'ai rajouté des textes qui étaient pas là cet automne quand on jouit au rond-point euh j'en ai remplacé c'est c'est l'intérêt de la forme aussi c'est que euh on peut on peut rajouter des choses je peux selon ce qui se passe rajouter des mots comment c'est fait le choix de ces mots lol la la fond euh je je sais pas un petit peu comme quand on écrit un roman c'est-à-dire que ça semble être euh ce qui doit être dit ou pour moi maintenant alors ça n'a pas forcément un rapport avec l'actualité c'est ça que je trouve intéressant c'est que des fois c'est intéressant d'être dans l'actualité et puis moi ce que j'aime bien c'est quand quelque chose euh vous lui ôtez son caractère actuel ça vient de se passer et cetera et puis vous découvrez que mais c'est c'est toujours là c'est toujours là euh mais c'est le cas d'humour et création par exemple j'avais oublié que effectivement c'est li à un truc précis mais en réalité c'est l'infantilisation des des des femmes qui luttent pour leurs droits c'est pas c'est pas de l'actualité malheureusement c'est c'est pas terminé là est-ce qu'il y a un mot qui manque selon vous lol la la fond dans ce spectacle vous avez dû renoncer faire un choix terrible vous en avez sacrifié oui ouais ouais j'ai j'ai plein j'ai un bon dossier de mots ce que j'appelle en suspens ce qui est une façon polie de dire tu vas à la poubelle ah oui parce que suspens ça veut dire qu'on va les reprendre qu oui je fais ça pour être sympa avec vous les ménager les mots vous avez peur qu'il vous en veuille après ben non c'est c'est avec moi-même o je fais genre c'est pas grave regarde on va le mettre de côté et en vérité ça veut dire non mais sur cette question quand même de prendre des mots désolé ça m'a interpellé l'OL la la fond parce que quand on est écrivain on prend des mots dans un style dans une grammaire et les isolé même si c'est pour en donner une autre définition une définition ouverte comme vous le disiez une définition qu'on qu'on va rendre performative qu'on va partager c'est une manière quand même de d'isoler euh quelques lettres du reste d'un contexte c'est tout à fait vrai je au moment où vous le dites je réalise ce que ça a de peut-être pas de malhonnête mais euh de joueur on va dire bah c'est c'est c'est vrai que mais alors c'est un peu aussi un c'est un peu ironique effectivement il y a un côté un peu mauvais esprit évidemment que par exemple je sais pas là je les ai pas mais si on dit comme vous disiez tout à l'heure expertise comme ça ça paraît fou de la même façon qu' un des troisièm mots je crois que me propose Olivier Lambert c'est alors qu'est-ce qu'il y a a a être parcours ah oui parcours parcours mais ça fait un peu fou quelqu'un qui vous demande tu peux me définir parcours oui parce qu'il faut que je définisse aux auditeurs et auditrices justement il faut que je définisse il faut que je présente ce spectacle il y a une grande table sur scène et vous êtes assise l' la fond face à Olivier Lambert qui vous lance des mots moi au départ je croyais que c'était sorte de parodie de de d'entretien en fait d'embauche et puis après vous commencez en fait à rire vous échangez des sourires et puis vous vous baladez sur scène il y a de la complicité é avec Olivier Lambert et je me suis dit mais est-ce que les mots sont improvisés est-ce que Olivier tout à coup lui fait des blagues et lui lance un mot auquel elle ne s'attendait pas est-ce que en fait elle il y a une part d'improvisation est-ce que ça change en fonction de l'actualité et pourquoi en fait s'en tenir seulement à des mots et pas à des phrases par exemple pas par exemple la citation en entier de Dupon mariti dont on parlait mais ça serait très différent parce que si je citais euh effectivement si je commence à commenter une citation pour moi je rentre je sors de l'imaginaire h euh j'aime bien l'idée de moi j'aime bien bon c'est pas c'est pas un secret en ce qui concerne mes romans mais j'aime bien l'idée que le politique se glisse dans l'imaginaire se glisse dans la fiction mais je ne suis pas euh une commentatrice euh purement politique sociétal et et de la même façon dans les chroniques pour Libération j'ai j'ai compris maintenant que plus je m'éloigne en réalité comme je disais tout à l'heure de ce qui vient d'arriver et plus je parle de ce qui vient d'arriver euh c'est pour la fiction mais oui moi je crois vraiment ça je je je pense vraiment que si vous dites par exemple à un moment donné moi j'aime beaucoup l'étymologie j'ai vu que le mot erreur venait de enfintour détours et erreurs sont lié c'est quand même hyper intéressant parce que faire un détour moi j'ai l'impression qu'il faut réhabiliter les parcours avec beaucoup de détours en tout cas moi j'ai eu un parcours vraiment avec beaucoup beaucoup de détours euh donc voilà c'est c'est pas du tout une ligne droite est-ce que c'est une erreur c'est une question Dieu que cette histoire finit mal on Nimagine jamais très bien qu'une histoire puisse finir si mal quand elle a commencé si bien on imagine pourtant très bien voir un jour les raisons d'aimer perdu quelque part dans le temps mil000 tristesses découle de l'instant alors qui sait ce qui nous passe en tête peut-être finissons-nous par nous lasser si seulement nous avions le courage des oiseaux qui chante dans le vent glacé tourne ton dos contre mon dos que vois-tu je ne te vois plus si c'est ainsi qu'on continue je ne donne pas cher de nos poaus parfois qui sa ce qui nous passe en tête peut-être finissons-nous par nous laasser si seulement nous avions le courage des oiseaux qui [Musique] chante dans le vent glacé si seulement nous avions le courage des oiseaux qui chante dans le vent glacé [Musique] le courage des oiseaux une chanson de Dominique a extrait de l'album un disque sourd paru en 1991 et c'est cette chanson lol la la fond que vous chantez nous n'avons pas cette version donc pas pu la diffuser le courage des oiseaux donc de Dominique A à la fin de votre spectacle vous avez chanté vous avez sorti deux album pourquoi vous vouliez renouer avec la chanson dans ce spectacle oh ben parce que je pense que que finalement j'ai jamais vraiment arrêté enfin dans les concerts lecture que je donnais il y a toujours eu une chanson ou deux mais c'est vrai pas pas d'album mais là j'aime bien l'idée de que la je faut peut-être pas que je le disent pour les gens qui ont pas vu le spectacle mais à un moment donné effectivement il va y avoir un autre texte parce que là c'est vraiment le texte est quand même très important il a pas que que la musique qui qui voilà qui n'est justement ce qu'on disait tout à l'heure qui n'est pas écrit aujourd'hui mais qui est euh euh ça sera toujours vrai en fait si seulement nous avions le courage des oiseaux en fait vraiment c'est un poème extraordinaire donc c'est un petit peu comme si je disais un poème j'aurais pu choisir de le dire mais mais on va l'enregistrer la chanson ah super et de la même manière dans vos définitions de mots euh parfois vous dites à un moment donné je crois il me semble que c'est pour le terme capitalisme Olivier Lambert vous propose capitalisme et puis vous le regardez et vous dites en 2 minutes capitalisme voilà mais en fait 2 minutes 3 minutes c'est le temps d'une chanson ces définitions sont comme les plages d'un album vous l'avez conçu aussi comme ça ce SP ah j'avais pas non plus pensé à ça mais j'aime bien euh non j'ai peut-être tendance à écrire mais même dans les romans je fais des chapitres rapides donc j'ai je pense que j'ai l'habitude d'écrire j'aime bien couper je coupe tout le temps tout le temps il y a sans doute pour chaque roman plus de choses coupées il y a au moins le double pour chaque roman il y a la face B aussi ouais la face Z que vous ne voulez pas avoir de ce que je trouve pas bien mais du coup je crois que je me suis habituée à à des choses extrêmement resserré et taillé et j'ai t j'ai toujours peur qu'il y ait des mots de trop et pourquoi mais parce que alors si je n'ai pas du tout l'obsession de la vérité parce que je pense que quand en écrit c'est pas un sujet en revanche j'ai l'obsession de l'exactitude et ça vient peut-être de la danse et de la musique c'est-à-dire que en musique quand même une note c'est une note il y a pas tergiverser et en danse en tout cas en classique qui est vraiment mon éducation c'est comme ça une arabesse c'est ça c'est pas autre chose mais votre spectacle le prouve bien lol la fond il y a pas de mot exact non c'est vrai c'est la c'est la c'est le trouble du langage ça par rapport effectivement à des à des à des des arts qui qui ont un vocabulaire qui moi me rassure beaucoup moi j'ai besoin de de ça j'ai besoin de savoir qu'il y a des jalons comme ça très fermes mais les règles grammaticales vous voyez c'est c'est comme ça bah oui oui on en parlait ce matin sur l'accord de l'auxiliaire être je me je m'en suis voulu invariable et des verbes pronominaux ah là là ouais on a de grands débats d'accord je pense que on a donc je vous le dis il y a une liste de verbes qui sont ariable avec de de verbes pronominaux qui sont invariables avec donc l'auxiliaire être et je pense que c'est tout le champ lexical de l'emprise puisque dedans il y a se nuire sans vouloir euh se plaire se complaire c'est assez intéressant ouais c'est très intéressant je vous fournirai la liste mais sur ce mot juste quand même moi je pour trouver le mot juste pour expliquer de manière la plus parfaite qui soit ce que vous avez envie de dire dans un roman ou dans une définition de mot à la fin est-ce que le mieux c'est pas justement d'en mettre beaucoup pour à force en fait de de de touch saisir avoir une idée en fait de ce qu'on veut dire de l'intention qu'on qu'on a mis dans son texte oui mais c'est ce que je fais avant pardon c'est ce que je fais quand je travaille d'en mettre beaucoup mais mais ce que je vous livre enfin ce que je ce que je donne après moi j'ai l'impression que mon travail mon devoir c'est aussi de d'arriver avec de la précision c'estàd que l'écriture c'est c'est moi j'aime bien l'idée de l'esquiss de l'art de l'esquiss mais l'esquiss c'est pas c'est pas non plus un brouillon c'est autre chose mais quand j'écris oui c'est beaucoup beaucoup et à quel moment pour vous vous avez enlevé assez de mots ah je sais pas c'est vraiment totalement subjectif c'est c'est au moment où j'ai pas l'impression de bavarder h ouais et parfois est-ce que votre éditeur votre éditrice vous a déjà dit là tu en as trop enlevé on comprend plus rien pas à ce pointl pas on comprend plus rien mais oui ça I Je je me souviens même d'un truc vous parliez d'emprise je me souviens d'en chavirer euh que j'avais vraiment un un un duel avec moi-même sur écrire une scène d'abus sexuel sur l'adolescente Cléo je ne voulais pas ou c'était insupportable pour moi de mettre les lecteurs et lectrices dans une position voilleur euh de faire de la pornographie avec la violence sexuelle c'était insupportable donc j'ai donné une version à mon éditrice à l'époque où c'était tellement une ellipse que effectivement on ne comprenait pas et j'ai quand même dû faire face à cette question comment faire pour raconter le viol sans en faire de la pornographie comment vous avez tranché on j'ai choisi d'être complètement avec elle à 13 ans c'est-à-dire dans sa tête avec ce qu'elle comprend et ce qu'elle voit avec des des flash des d'images sont découpées qui sont beaucoup sur des des des sensations qui se qui se télescope et et où tout n'est pas clair euh je crois que c'est ça que j'ai choisi de faire il y a pas d'œil extérieur vous parliez de on parlait de la musique vous parliez de de la danse à la fond on pourrait dire que dans votre manière d'écrire il y a quelque chose de très corporel ce sont là vous parlez effectivement d'abus sexuel mais il y a aussi la danse avec Cléo il y a aussi la gymnastique avec avec Nadia comenci donc il y a vraiment on pourrait penser que c'est là que ça se joue en fait le rapport entre votre écriture et ce rapport là à la danse à la musique le rythme le corps mais est-ce qu'il y a quelque chose de de plus est-ce que c'est plus comme vous le disez sur ce geste juste cette cette cette note juste exacte oh là là je sais pas vous répondre euh je j'arrive pas à faire la séparation corps esprit en fait parce que la danse pour pour revenir à ça c'est très cérébral c'est-à-dire que c'est quelque chose que vous choisissez vous choisissez je sais pas comment dire vous raffinez un geste quelle que soit la danse hein toutes les danses c'est pareil c'est extrêmement ça passe vraiment par par le cerveau vous vous réfléchissez vous regardez vous copiez quelque chose ou c'est un langage donc je sais pas faire cette séparation du corps et mais pourtant parfois c'est très difficile de traduire justement ce qui se passe dans le corps de mettre en mot c'est jamais le bon mot c'est jamais assez fort de la sensation qu'on a c'est vrai c'est c'est un peu le c'est un peu le le défi moi je me souviens de de de la petite communiste justement qu' sourait jamais où je m'étais dit que ça risquait d'être atrocement ennuyeux comme roman je m'étais dit mais tu vas décrire des compétitions de gym et donc il fallait trouver en quoi une compétition olympique de gymnastique c'est un théâtre c'est une tragédie parce que vous avez l'autre équipe qui regarde parce que vous avez les juges parce que vous avez les spectateurs et en réalité c'est c'est vraiment une scène de c'est purement oui une scène théâtrale avec des affectes c'est la question n'est pas le salto et tout ça pas du tout c'est tout ce qui se joue donc moi je pense que ça se passe comme ça 12h 13h30 les midi de culture Géraldine mnavis Nicolas herb c'est comme c'est comme si la terre dessécher comme si la terre pleure qu'est-ce qu'on va mettre à la place pour le moment c'est le désert c'est la mort on dirait que c'est un pays en guerre regardez tout est tout est par terre est-ce qu'on avait besoin de ça vous savez peut-être qu'il y a une loi en Roumanie actuellement qui demande aux gens au couple de faire au minimum qu enfants comment voulez-vous faire qu enfant regardez cette terre qu'est-ce qu'elle vous inspire est-ce qu'elle vous inspire de la créativité euh de la vie moi ça m'ainpire de la mort on a l'impression de se promener dans un vaste tombeau une archive du 9 janvier 1986 archive d'un témoignage sur la Romanie de taouesku c'était dans l'émission en résistance Lola Lafond vous avez grandi en Roumanie la femme qu'on entend témoigner parle d'un pays en guerre l'impression de se promener dans un vaste tombeau l'absence de créativité qu'est-ce que vous gardez de ces années-l et de de justement enfin cette question de la créativité elle est assez surprenante dans cette archive c'est une archive incroyable je vous avoue j'ai le souffle coupé que vous m'ayez fait écouter ça parce que je l'ai jamais entendu parce que pour vous dire à quel point on peut vivre quelque part sans rien savoir de ce qui se passe quand on est enfant moi j'y étais plus en 86 mais mais c'est en écrivant la petite communiste que j'ai découvert cette loi euh évidemment quand j'étais des petites on me racontait pas ça euh voilà voilà quelque chose qui manque au spectacle c'est c'est l'importance pour moi de la Roumanie euh c'est pas grave ça reviendra c'est fondamental d'avoir grandi là-bas parce que je suis resté assez longtemps 7 ans est que ça m'a ce que ça m'a c'est difficile de dire hein ce que ça m'a apporté moi j'ai l'impression que ce que ça m'a apporté c'est que j'ai grandi dans un système politique et que j'en ai découvert un autre après ça veut dire que j'ai su que il n'y en avait pas qu'un j'ai su que les réalités se télescopait j'ai su que l'ambiguité du réel c'està-dire que on ne peut pas on ne peut pas faire un bloc comme ça avec les pays et les décrire du d'une façon uniforme que quand vous avez habité quelque part vous savez que les choses sont compliquées voilà c'est des choses je pense que ça m'a beaucoup apporté en terme de distance c'est-à-dire que j'ai gardé une le fait de grandir quelque part et d'arrive ailleurs vous laisse toujours à distance vous n'êtes plus jamais ni de là ni de là et c'est pas mal aussi hein c'est pas du tout une plainte ce qui revient c'est comme pour les mots mais dans une autre dimension c'est cette idée quand même de face a de face B comme si des réalités en fait se superposai pour décrire un même mot ou un même pays oui mais parce que c'est comme ça et encore une fois je reviens à à la petite communiste parce que ça a été important c'està-dire qu'au momentù j'ai commencé à me documenter sur les compétitions la la Documentation française que j'avais sur des des choses sportives racontait une histoire la documentation roumaine avait une autre version la documentation américaine c'était une troisième et elles étaient toutes vraies elles étaient toutes vraies en fait oui ça dépend de l'angle c'est comme dans un film où vous avez posé la caméra à ce jour-là mais c'est là où l'exact attitude c'est presque un un rêve vain ah mais complètement c'est un rêve vain mais c'est quelque chose aussi on peut être exact et ambigu dans le sens où vous PvE vous pouvez décrire exactement tout ce que vous avez vu mais ça par l'écriture c'est la même question comment on rend exactement ces différentes versions comment on les fait cohabiter avec la même avec un même mot qui veut dire plusieurs qui désigne plusieurs réalités ça va m'occuper toute ma vie je pense bon ben alors je vous quitte on va se quitter là-dessus c'est c'est une très bonne fin merci beaucoup lol merci à vous on peut vous voir sur la scène du Théâtre du Rond-Point avec Olivier Lambert c'est jusqu'au 31 mai c'est le spectacle un état de nove mais il ne reste plus beaucoup de place il y a encore voilà il y a des places en liste d'attente donc tentez votre chance mais au cas où le spectacle reviendra du 25 au 29 septembre au même endroit puis vous partirez en tournée il y a beauovvet Châtel rot grce ex en Provence toutes les dates sont sur notre site à la page de l'émission et bientôt j'en dis pas plus mais une version écrite du spectacle avec vos chroniques de libération lol la Lafond oui lol la la Lafond on va terminer cette émission en musique vous avez le chix entre deux chansons de groupe dont vous auriez aimé faire partie alors une chanson de Blondie ou une chanson de rymix laquelle choisissez-vous rythmix [Musique] Sweet Dreams made of the who am I to disagree I travel the world and the seven se everybody is looking for something some of them want to use you some of them by you some of them want to abuse you some of them want to be [Musique] abused SWE [Musique] et un grand merci à l'équipe des midi de culture qui sont préparé par aïber cy marchand zavier Laura du PZ et Manon de la selle réalisation Nicolas berger prise de son Noé Chaban pour écouter cette émission rendez-vous sur le site de France cure à la pageémission et sur l'application Radio France merci Nicolas à demain à demain Géraldine

Lola Lafon, autrice et metteuse en scène : "Je déteste le mot 'gérer'" — Laurent Lafon · Pourquijevote