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InterviewFrance Inter — L'invité de 6h20 (sur Site radio)· 21 avril 2020 8 minComplaisantActualité / polémiqueSolidarités & familleSantéÉducation & rechercheLogement

Stéphane Troussel : "Tout est à l'arrêt, et ça rend la vie très difficile au quotidien"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 60 %Défensif 40 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:34OuverteRéponse directe

    Ce sont les mots de quelqu'un que vous connaissez bien, une figure des quartiers populaires de Seine-Saint-Denis, Mohamed Meshmash. C'est aussi ce que vous pensez ? La situation est à ce point dramatique dans votre département ?

  • 1:19OuverteRéponse directe

    Parce qu'il y a des personnes qui se retrouvent sans aucun revenu et donc qui ne peuvent plus s'acheter à manger aujourd'hui ?

  • 2:37OuverteRéponse directe

    Quelles réponses justement ? Qu'avez-vous mis en place ?

  • 4:00OuverteRéponse directe

    Donc vous demandez quoi à l'aide de la région, de l'État, un plan spécifique pour l'économie en Seine-Saint-Denis ?

  • 5:16OuverteRéponse directe

    Rouvrir les écoles, ça devient urgent dans votre département plus qu'ailleurs ?

  • 6:34OuverteRéponse directe

    Il y a aussi cette problématique du logement. Est-ce que les bailleurs sociaux sont à la hauteur de la crise actuelle ? Est-ce qu'ils sont suffisamment attentifs à ce qui se passe ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:43Invité politiqueFait
    « cette crise sanitaire est venue une nouvelle fois jeter une lumière crue sur les inégalités sociales et territoriales que connaît un département comme la Seine-Saint-Denis. »
  • 3:09Invité politiqueChiffre
    « On est passé en quelques jours de 1 500 à plus de 4 500 repas compte tenu des demandes. »
  • 3:50Invité politiqueChiffre
    « on annonce une récession de moins 8% dans le pays, eh bien elle va produire des effets encore plus négatifs dans un département comme la Seine-Saint-Denis. »
  • 4:31Invité politiqueChiffre
    « Le plus jeune de France. »
  • 5:02Invité politiqueChiffre
    « la mensualité du RSA en Seine-Saint-Denis, c'est plus de 42 millions. »
  • 6:22Invité politiqueChiffre
    « En cette famille, il y a 200 000 élèves à l'école maternelle et en primaire. Il y en a 80 000 au collège. »
  • 7:12Invité politiqueChiffre
    « l'organisme Seine-Saint-Denis Habitat a traité plus de 700 demandes individuelles pour étaler, reporter, monter un dossier de fonds de solidarité logement immédiatement. »

Temps de parole

  • Stéphane TROUSSEL82 %
  • Présentateur17 %

2,5 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:01
Présentateur

Il est 6h20, la France entre aujourd'hui dans sa sixième semaine de confinement et je vous propose de nous rendre ce matin dans l'un des départements les plus touchés. C'est aussi l'un des plus pauvres et d'ailleurs ceci explique cela. Bonjour Stéphane Troussel.

0:22
Stéphane TROUSSEL

Bonjour.

0:23
Présentateur

Vous êtes le président socialiste de la Seine-Saint-Denis. Il y a urgence, tout va se casser la gueule. Ce sont les mots de quelqu'un que vous connaissez bien, une figure des quartiers populaires de Seine-Saint-Denis, Mohamed Meshmash. C'est aussi ce que vous pensez ? La situation est à ce point dramatique dans votre département ?

0:39
Stéphane TROUSSEL

En tout cas, ce qui est sûr, c'est que cette crise sanitaire est venue une nouvelle fois jeter une lumière crue sur les inégalités sociales et territoriales que connaît un département comme la Seine-Saint-Denis. Et sur tout un tas de questions, bien sûr l'aspect sanitaire, l'aspect accès aux soins, mais je pense en particulier à la précarité alimentaire, eh bien c'est difficile pour nombre d'habitants et on est dans des situations parfois très compliquées. C'est ce qui m'a conduit à prendre un certain nombre d'initiatives pour venir en aide aux habitants les plus fragiles d'un département comme la Seine-Saint-Denis.

1:19
Présentateur

Parce qu'il y a des personnes qui se retrouvent sans aucun revenu et donc qui ne peuvent plus s'acheter à manger aujourd'hui ?

1:24
Stéphane TROUSSEL

Effectivement, dans un département jeune et populaire comme la Seine-Saint-Denis, s'il y a cette Seine-Saint-Denis qu'on connaît depuis quelques temps avec des grandes entreprises qui s'installent, avec des salariés qui ont des statuts reconnus, il y en a d'autres aussi qui vivent de tout petits jobs, de petites activités, des jeunes qui ont un petit boulot précaire à côté de leurs études ou des familles qui parfois ont des statuts qui consistent à vendre des produits sur des marchés, enfin bref, tout un tas de petits boulots qui sont totalement à l'arrêt aujourd'hui. Et donc ça c'est une première chose.

Et puis il y a aussi des familles nombreuses avec des enfants qui prennent un repas par jour dans les cantines des écoles, des collèges, des lycées où il y a des tarifs très bas qui ne sont pas pratiqués. Et donc tout ça est à l'arrêt pour nombre de familles et donc ça rend la vie très difficile au quotidien. C'est ce qui explique ce besoin en particulier de réponses alimentaires.

2:37
Présentateur

Quelles réponses justement ? Qu'avez-vous mis en place ?

2:40
Stéphane TROUSSEL

Eh bien par exemple dès la mise en place du confinement, j'ai déstocké tout ce qui existait dans les crèches et les collèges de Seine-Saint-Denis, couches, laids, infantiles, stocks alimentaires dans les collèges, fruits, légumes, plats tout près. J'ai également au bout de quelques jours rouvert une cuisine centrale d'un collège pour livrer des repas aux associations caritatives qui les distribuent. On est passé en quelques jours de 1 500 à plus de 4 500 repas compte tenu des demandes. Et puis nos collectivités locales, avant même que l'État décide d'une aide sociale exceptionnelle, eh bien mis en place des aides.

Le département par exemple va verser pour les 25 000 collégiens qui habituellement déjeunent à la cantine et qui ont les tarifs les plus bas, une aide immédiate de 60 euros. Les villes ont également attribué une aide supplémentaire pour venir en aide aux écoliers qui ont les tarifs les plus bas dans les cantines. Et bref, il y a de multiples initiatives. Mais il faut le dire, ça ne suffira pas avec un confinement qui dure. Et puis même au lendemain du confinement, quand on annonce une récession de moins 8% dans le pays, eh bien elle va produire des effets encore plus négatifs dans un département comme la Seine-Saint-Denis.

4:00
Présentateur

Donc vous demandez quoi à l'aide de la région, de l'État, un plan spécifique pour l'économie en Seine-Saint-Denis ?

4:08
Stéphane TROUSSEL

Oui, très clairement. D'abord, il faudra que l'aide sociale exceptionnelle qui a été décidée par le gouvernement, elle soit pérennisée à la fois pendant le confinement, mais au-delà parce qu'encore une fois, l'activité économique ne va pas reprendre immédiatement. Et puis, oui, sur tous les aspects sanitaires, sociaux, éducatifs. Parce que dans un département jeune comme la Seine-Saint-Denis... Le plus jeune de France. Le plus jeune de France, l'école à la maison, ce n'est pas l'école. Et donc, s'il n'y a pas au lendemain de cette crise un accompagnement éducatif puissant pour venir en aide aux élèves, eh bien, je crains encore les difficultés, le décrochage scolaire.

Et ça, ça n'est pas possible. Donc oui, j'ai dit au président de la République, quand il est venu en Seine-Saint-Denis, qu'il faudra au lendemain de cette crise un plan massif de soutien de la puissance publique. Le département, comme tous les départements de France, paye le RSA. Aujourd'hui, la mensualité du RSA en Seine-Saint-Denis, c'est plus de 42 millions. Je crains que cette dépense-là, elle explose. Et ça ne peut pas être à la charge de la collectivité du département le plus pauvre de France métropolitaine.

5:14
Présentateur

Vous évoquiez le décrochage scolaire. Rouvrir les écoles, ça devient urgent dans votre département plus qu'ailleurs ?

5:21
Stéphane TROUSSEL

Oui, à la fois, bien évidemment, ça devient urgent parce que ça va accentuer sinon les inégalités scolaires. Mais je le dis aussi, il faut qu'il y ait sur cette affaire de la remise en route des écoles, des collèges et des lycées, il faut qu'il y ait un pilote dans l'avion. Or, je ne veux pas que sur cette question-là, on continue avec les incertitudes, le flou et les questions. D'abord, les familles, elles veulent des garanties, des garanties sanitaires. Et il faut qu'il y ait des préconisations claires de la part des autorités sanitaires qu'ils soient édictés à l'aune des recommandations scientifiques.

Moi, je suis moi-même parent d'un enfant qui va au collège et j'entends les familles autour de moi. Il faut les rassurer, il faut donner l'assurance à chaque parent que ce sujet-là est traité. Or, aujourd'hui, ce n'est pas clarifié. Moi, je demande qu'il y ait un pilote dans l'avion. Chaque collectivité, elle agit, mais elle ne peut pas naviguer à vie. En cette famille, il y a 200 000 élèves à l'école maternelle et en primaire. Il y en a 80 000 au collège. Et bien là encore, il faut savoir qui fait quoi, avec quels moyens. Voici ces enfants.

6:34
Présentateur

Et parmi ces enfants, il y en a beaucoup qui vivent dans des petits appartements, qui n'ont même parfois pas une chambre pour s'isoler, pour travailler. Parce qu'il y a aussi cette problématique du logement. Il y a beaucoup de logements sociaux en Seine-Saint-Denis. Est-ce que les bailleurs sociaux sont à la hauteur de la crise actuelle ? Est-ce qu'ils sont suffisamment attentifs à ce qui se passe ?

6:53
Stéphane TROUSSEL

Écoutez, en tout cas, pour les bailleurs sociaux de Seine-Saint-Denis que je connais bien, Seine-Saint-Denis Habitat ou Pleine-Commune Habitat et un certain nombre d'offices communaux, dès l'annonce de cette crise et face à la perte de revenus de leurs locataires, ils ont mis en place une cellule sociale spécifiquement dédiée. Par exemple, l'organisme Seine-Saint-Denis Habitat a traité plus de 700 demandes individuelles pour étaler, reporter, monter un dossier de fonds de solidarité logement immédiatement.

Mais là encore, face à cette crise qui dure et qui aura des effets économiques et sociaux longs, l'État ne pourra pas laisser cette question seulement entre les mains des bailleurs sociaux ou des collectivités de rattachement de ces organismes, parce que ce serait encore ajouté de l'inégalité. Donc il faut aller beaucoup plus loin. Une augmentation immédiate et substantielle des APL que le gouvernement a baissé depuis trois ans, la création, comme le demande la Fondation Abé-Pierre, dans le Fonds national des impayés de loyers et des charges, et surtout le maintien dans la durée des aides sociales pour les familles qui perdent leur revenu.

8:01
Présentateur

Merci, merci Stéphane Troussel, président du département de Seine-Saint-Denis. Vous étiez l'invité du 5-7. Merci.

8:08
Locuteur

Merci.