Grandes Écoles : l'arnaque du siècle ? Ils débattent. | Cartes sur Table
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Moi, mon objectif, c'est de vous mettre au chômage. Si l'éducation nationale, c'est irréprochable, finalement, les instituts privés n'existeraient pas. Les petites écoles de commerce post-bac, je pense que c'est une arnaque.
Il vaut mieux aller skier. On est face à un abrutissement de nos classes dirigeantes qui ne se rendent pas du tout compte de la médiocrisation dans laquelle elles se plongent. Le contrat de faire des études pour avoir une belle vie, c'était peut-être quelque chose de très pertinent il y a 40 ou 50 ans.
Je pense qu'il y en a qui sont très heureux en faisant des études et en ayant un boulot. Le salaire qui tombe à la fin du mois, c'est très respectable aussi. Pourquoi faire des études si, au final, on nous fout un petit peu au chômage ?
Les gens qui vont réussir demain sont des gens cultivés, courageux, pas des grosses feignasses. Les amis, avant de commencer la vidéo, on voulait vous faire un petit mot rapide. Merci d'être toujours de plus en plus nombreux à nous suivre ici et à regarder les débats qu'on vous propose toutes les semaines.
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Bonne vidéo. L'ascenseur social est cassé. Vrai, malheureusement.
L'égalité des chances est une fiction. Vrai, malheureusement. Le système scolaire punit la créativité.
Non, mais il n'encourage pas non plus. Les bons élèves sont juste de bons exécutants. Faux.
L'école ne valorise pas la prise de risque. Vrai. Les études supérieures sont restées au 19e siècle.
Vrai, faux. Avoir un diplôme, ça ne sert à rien. Faux.
Il vaut mieux apprendre par soi-même. Ça dépend de qu'est-ce qu'on apprend. Aux Etats-Unis, on demande ce que tu sais faire.
En France, on demande ton école. Vrai, faux. Aujourd'hui, le réseau compte 10 fois plus que les notes. ne remplacera jamais certaines compétences.
Vrai. On peut devenir riche sans avoir fait d'études. Vrai.
Salut, c'est Mathilde et bienvenue dans ce format Cartes sur Table. Le concept est simple. Un invité principal fait face, l'un après l'autre, à trois invités qui viennent chacun pour 15 minutes de confrontation, de débat ou de questionnement.
Chaque intervenant repart, le suivant arrive et l'invité central reste seul, passe à tout. J'appelle Sylvain Tiger à débattre à cette table. Bonjour, je m'appelle Sylvain, Sylvain Tiger.
Je suis financier, fondateur d'Ultrabourse. Ce que j'attends de l'échange, c'est de comprendre un petit peu le point de vue de Léa sur les études parce que j'en ai fait. Et au final, le bilan de tout ça, c'est que c'est beaucoup d'efforts pour pas grand-chose dans le monde réel.
Écoute, Léa, merci à toi d'accepter cette discussion. L'idée, c'est de discuter de la pertinence aujourd'hui des diplômes. J'ai fait partie de cette génération de gens qui ont fait beaucoup d'études au lycée.
J'étais dans un parcours franco-allemand, donc c'était un truc sur dossier. J'ai fait des études supérieures, pareil, en finances de marché. J'ai fait ce truc du le bon élève, d'accord ?
Et l'idée, c'était d'accéder, si tu veux, à un super métier. Et puis, on te vendait un peu l'idyle d'après l'école de commerce et toutes tes belles études, tu aurais une vie parfaite. Et puis, tu rouleras en Lamborghini.
Et puis, je rigole, tu auras quatre enfants et ça sera super. Tu travailleras 30 heures par semaine et tu gagneras 400 000 euros par an. La réalité, c'est que c'est pas ça.
De nombreux jeunes, en fait, ne se reconnaissent plus dans les études. La réalité, c'est qu'on fait cinq ans d'études et puis des gens qui ont des masters, il y en a à la pelle. Et au final, tu te retrouves à gagner 2 000 euros par mois.
Et encore, une fois que tu as payé tes impôts, il te reste peut-être 1 700, 1 800 euros par mois. Tu peux même pas, si tu veux, devenir propriétaire et tu travailles 70 heures par semaine. Donc, aujourd'hui, le contrat de faire des études pour avoir une belle vie, c'était peut-être quelque chose de très pertinent.
Mais peut-être que c'était pertinent il y a 40 ou 50 ans. Aujourd'hui, j'ai du mal à comprendre et j'ai du mal à accepter le fait qu'on va dépenser 50, 100 000 euros dans un diplôme pour au final bosser 70 heures par semaine. Et puis, un peu comme le parrain de mon fils, qui est mon meilleur ami, qui a fait Sciences Po et qui est sorti de Sciences Po, qui travaille dans le conseil.
Il le dit lui-même, mon boulot, c'est du vent. Sa seule compétence clé, c'est la compromission. C'est, entre guillemets, dire à son patron que c'est le meilleur, c'est le plus beau.
Il gagne 100 000 euros par an, mais il est déprimé. Et puis, voilà, il a fait une dépression. Et ça, c'est une vie que j'aurais pu avoir si je n'avais pas été conscient de ça.
Je l'ai vu arriver gros comme une maison. J'ai eu un problème de santé qui fait que je me suis remis en question à 24 ans. J'ai failli mourir et je suis sorti de ce système.
Mais beaucoup de gens aujourd'hui vivent comme ça, vivent en pilote automatique. Et un jour, ils se réveilleront. Ils feront une crise de la quarantaine.
Qu'est-ce que tu peux nous apporter ? Peut-être que tu as une vision différente de ce chemin de vie. Mais moi, aujourd'hui, c'est ça mon retour terrain.
Déjà, pour comprendre, pour toi, la solution, c'est l'entrepreneuriat. Et tu penses que c'est comme ça que les gens sont le plus heureux et s'émancipent ? Je m'appelle Léa Ricci et j'ai créé l'Estratège il y a six ans.
C'est un institut qui prépare les élèves à réussir Sciences Po, les études de médecine et l'Ivy League, donc Harvard, Princeton, Yale. Et aujourd'hui, on emploie 26 professeurs spécialisés et on accompagne des élèves dans le monde entier. La question qu'on ne nous pose pas assez en tant que jeunes, c'est pourquoi est-ce qu'on fait des études ?
Déjà, la réalité, elle est là. Il y a deux grandes écoles. Ceux qui font des études pour faire plaisir aux parents.
Ceux qui font des études parce qu'ils aiment les études, mais c'est une petite minorité. Et puis ceux qui font des études par choix économique. Je veux faire une grande école pour avoir un super salaire et travailler chez Sanofi, devenir directeur général ou que sais-je.
Mais en réalité, aujourd'hui, la plupart du temps, c'est soit faire plaisir aux parents, soit avoir le mirage d'une meilleure vie. Mais aujourd'hui, l'un dans l'autre, les parents, ça se trouve dans 10 ans, 15 ans, ils vont mourir. Donc, tu auras travaillé toute ta vie pour pas grand-chose.
Et le mirage économique, tu vas gagner ta vie correctement. Les études coûtent tellement cher qu'en soi, les premières années de ta vie, tu les passes à rembourser ton crédit étudiant. Tu vois, donc pareil, la success story, je la vois pas.
Donc, c'est pour ça qu'aujourd'hui, j'ai besoin que tu nous expliques un peu ta vision des choses et ta perspective. Pourquoi est-ce que c'est intéressant, selon toi, de faire des études encore en France ? Pour moi, il y a deux choses que tu as abordées qui sont assez intéressantes et qui sont justement complètement différentes.
Il y a évidemment la question financière. On t'a promis la Lambeau, etc. Bon, tu l'as pas, donc tu quittes le salariat pour monter ta boîte.
Ça, c'est une question. Et il y a la question de la perte de sens. Ton ami qui fait 100 000, ce qui est un très bon salaire en France, honnêtement, et qui, par contre, a fait une dépression parce qu'il est complètement en perte de sens.
Il n'a pas envie de se lever le matin. Donc, pour moi, c'est deux choses qui sont complètement différentes. Et je pense qu'aujourd'hui, les jeunes doivent absolument viser les deux.
Parce que si tu as de l'argent, mais que tu détestes ce que tu fais, tu détestes te lever le matin, tu vas être malheureux, même si ton compte bancaire est rempli. Mais à l'inverse, si tu fais quelque chose qui te passionne, tu sens que ça sert à la société, mais que tu n'arrives pas à boucler les fins de mois, c'est un petit peu dommage aussi. Surtout que je pense qu'on a les outils nécessaires et on peut tous arriver quand même à trouver une intersection entre les deux et à avoir les deux.
Et certes, il y en a qui vont choisir l'entreprenariat. Personnellement, c'est le choix que j'ai fait et je suis heureuse comme ça. Mais il y en a beaucoup qui, justement, vont avoir des soucis financiers d'entreprenariat et qui vont avoir aussi des pertes de sens dans l'entreprenariat ou qui, juste, ont d'autres qualités, mais pas forcément les qualités qui font un entrepreneur résilient.
Moi, tu parlais d'exemple du parrain de ton fils. Moi, je connais énormément de personnes qui sont dans l'entreprenariat, mais qui se tombent en dépression parce qu'ils peuvent faire des burn-out, ils n'en peuvent plus de travailler 70 heures, 80 heures par semaine. Moi-même, je l'ai vécu, il y a eu des phases où mon entreprise était en difficulté.
Et en fait, tu te retrouves à devoir payer 70 000 euros de facture à tes employés. Et toi-même, tu ne peux pas te payer pendant un mois, deux mois, trois mois. Et c'est stressant et eux, tu les payes avant toi.
Et honnêtement, ils sont heureux d'être payés. Donc, peut-être qu'ils gagnent un petit peu moins, mais ils ont cette sécurité, ils ont ce bonheur, ils peuvent peut-être passer plus de temps avec leur famille. Donc, pour moi, c'est juste deux voies d'accès différentes au bonheur.
Mais je pense qu'il y en a qui sont très heureux en faisant des études et en ayant un boulot. Le salaire qui tombe à la fin du mois, c'est très respectable aussi. Alors, la question, et c'est une vraie question, c'est aujourd'hui, quand on fait une grande école en France, quels sont les débouchés ?
La majorité des débouchés, tu les connais, c'est soit, je le vois avec les gens qui sont sortis de Sciences Po de mon entourage, c'est soit tu vas travailler à Bruxelles, soit dans des cabinets de lobbying, soit pour des partis politiques, soit tu travailles dans le conseil, beaucoup. Ça, c'est une grosse débouchée des IEP. Soit tu es en finance, soit tu vas dans des trucs comme ça, en fait.
Donc, c'est toujours des métiers où, bon, en gros, tu vends de la prestation intellectuelle. C'est très difficile à quantifier. Et en réalité, aujourd'hui, ce que me disent mes amis qui sont dans ces industries, c'est qu'ils commencent à se faire virer.
Parce qu'en fait, les boîtes en interne, les gros Big Four, les gros cabinets de conseil, avec Claude et avec toutes les intelligences artificielles, ont réussi à entraîner leur modèle interne sur les données des consultants qu'ils ont depuis 30 ans. Et puis maintenant, tous les juniors, en fait, qui sortent de tout ça, ils deviennent obsolètes, tu vois. Et le business model des cabinets de conseil, c'était d'avoir un junior, de le facturer 2 000 euros au jour au client.
Mais en fait, toi, en salarié, tu le payes 4 000 euros par mois, tu vois, ou 5 000 euros avec les charges. Donc, pareil, c'est-à-dire qu'on va créer une génération de gens. En fait, si tu veux, l'offre de consultants, elle est énorme.
Elle ne fait que grossir sur le marché parce que les grandes écoles en produisent de façon massive. Mais la demande pour ces consultants dans le futur, elle va baisser. Donc, en fait, tous ces jeunes qui font ce genre d'études, mais qu'est-ce qu'ils vont faire dans le futur, au final ?
Tu vois, c'est ça la question. C'est que les jeunes en finance sont en train d'être remplacés par l'IA. Donc, moi, je le vois.
Un analyste financier, moi, le métier que je faisais il y a 10 ans, quand j'ai commencé ma carrière, c'est un métier qui va être automatisé aujourd'hui. On n'a plus besoin de juniors pour faire des rapports. Tu vas sur Claude, tu mets tes données, il te sort un rapport.
Ça, c'est un truc qu'un junior, il mettait une semaine à faire, il te le fait en une après-midi, même pas une après-midi. Et donc, en fait, tous ces boulots de juniors, de col blanc vont disparaître. Mais du coup, qu'est-ce qu'ils vont faire ?
Pourquoi faire une grande école ? Parce qu'au final, on va te mettre au chômage. Et c'est ça, en fait, moi, mon sujet.
C'est qu'il y a plusieurs sujets. Il y a le côté épanouissement. Alors, est-ce que c'est épanouissant de faire des rapports pendant 5 ans pour devenir directeur ?
Et tu vois ce que je veux dire ? Déjà, ça, c'est compliqué. Puis en plus, maintenant, si on dit « je ne vais plus t'embaucher », qu'est-ce que tu fais ?
Dans le monde de demain, comment est-ce que toi, tu vois la mutation de ton marché, en fait, dans un monde où, justement, tous les boulots juniors sont en train d'être remplacés ? On coupe les coups dans tous les sens. Ta Meta qui a licencié 15 000 personnes aux États-Unis.
L'action Meta a explosé à la hausse, forcément, parce que la rentabilité des capitaux propres augmente, vu qu'on vire les gens. Mais ça te met quand même une question philosophique, c'est quelles sociétés on crée ? C'est-à-dire qu'avant, on avait des gens qui étaient dans l'industrie, on a mis des robots.
Maintenant, on avait des gens dans le conseil, dans les métiers col blanc, on nous met des robots. Mais il reste qui à la fin ? Et donc, dans ce monde-là, pourquoi faire des études, si au final, on nous fout un petit peu au chômage ?
C'est marrant que tu prennes l'exemple des cabinets de conseil. C'est vrai que Sciences Po peut préparer, ensuite, intégrer un cabinet de conseil à être consultant. Moi, il n'y a jamais de...
Et encore, je souligne, il y en a beaucoup qui font ça après Sciences Po. Jamais un élève est entré dans la prépa, et pourtant, on a vu des centaines en disant « je veux travailler chez McKinsey, je vais faire ça ». Personne ne veut faire du conseil, sauf quand on voit la fiche de poste et le salaire qui va avec.
En général, c'est ça. C'est-à-dire que les gens veulent d'abord aller à Sciences Po, faire de la politique. Ils se rendent compte que c'est compliqué, et puis ils se disent « conseil, je prends 60-70 000 par an, je l'ignore ou je ne sais plus combien, c'est des salaires qui sont extrêmes ».
Forcément, c'est l'appel de l'argent. Et c'est pour ça que je dis que tout ce système, en fait, est très dangereux, parce que c'est une prison dorée. Quand tu es jeune, tu vas là-dedans, une fois que tu es habitué à gagner bien ta vie, tu ne peux plus sortir de là.
Sauf que le problème, c'est que ton métier, il ne te donne pas suffisamment de satisfaction. C'est le retour terrain que j'ai, moi, de gens de ma génération. Maintenant, je suis à 93, donc ça va faire presque 10-12 ans qu'on a quitté, en fait, si tu veux, l'école. 10 ans plus tard, c'est ça, en fait, le bilan.
Et donc, l'idée, c'est que les jeunes qui nous regardent aujourd'hui, pour moi, doivent se poser des vraies questions. Est-ce que vous voulez faire un métier qui peut être remplacé par une IA, et dans lequel, de toute façon, vous ne vous épanouirez pas, mais vous le ferez pour une raison qui est le besoin économique, qui est de gagner 80 000 euros par an, tu vois ? Je pense que les élèves l'ont déjà compris, je pense, là, ce dont tu parles, on avait peut-être une méconnaissance il y a 5 ans, 6 ans.
Aujourd'hui, ils sont très en phase, ils ont peur de l'IA, ils réfléchissent à deux fois, et même nous, on les conseille là-dessus, parce que c'est vrai qu'aujourd'hui, on parle tout le temps d'IA. Moi, personnellement, j'avais lu, quand c'était sorti, il me semble que j'avais 17 ans, donc c'était, oui, ça remonte un petit peu, ça faisait 8 ans, j'ai lu 21 leçons pour le XXe siècle de Humal Noirie, qui en parlait déjà, il n'y avait pas Tchad GPT, etc., j'en avais déjà parlé aux élèves, donc je pense qu'ils sont conscients, et en réalité, rares sont ceux qui vont aller dans ces filières-là, et je pense qu'ils vont se réinventer, parce que Sciences Po, on peut faire du droit, je parle de Sciences Po, on prépare aussi médecine, la Ivy League, Harvard, mais ils vont se réinventer, ils vont faire du droit, ils veulent travailler dans les relations internationales, ils vont faire du commerce, etc.
Et je pense qu'en fait, il ne faut pas non plus voir ça, un diplôme, comme des seules compétences, c'est aussi du réseau, notamment des familles modestes qui n'ont aucun réseau, et qui vont avoir du réseau en accédant à ce genre d'école, et aussi, il faut penser qu'un diplôme, c'est un faire-valoir, même quand on veut lever de l'argent pour une start-up, les gens vont regarder parfois les diplômes. C'est ça, c'est effectivement un faire-valoir, et je suis tout à fait d'accord, si tu restes dans un système franco-français, à partir du moment où tu vas à l'international, le marché des capitaux s'ouvre uniquement à la compétence, tu veux lever de l'argent aux Etats-Unis, aux Émirats, en Asie, si le mec est bon, globalement, ses diplômes, on s'en fout, parce que tu fais Sciences Po Paris, mais quand tu vas lever de l'argent en Asie, personne ne sait ce que c'est que Sciences Po, à moins que tu fasses Harvard, et effectivement, là, je suis d'accord, tu as un diplôme qui est reconnu partout dans le monde. Mais c'est vrai que c'est un système franco-français, aujourd'hui, la France est en déclin, ce n'est pas le marché des capitaux le plus profond, et puis même, tu vois, les fondateurs de la French Tech, aujourd'hui, sont aux abois, c'est-à-dire qu'ils avaient de l'argent magique qui tombait dans tous les sens en 2000-2020, ils ont cramé cet argent pour créer des boîtes non rentables, aujourd'hui, tu peux créer des applications avec Cloud, ils se retrouvent tous comme des cons, ils ont levé 20-30 millions d'euros, puis leur boîte, elle ne vaut plus rien, tu vois.
Et ces gens-là, ils ne sont pas recyclables sur le marché, c'est-à-dire qu'ils ne savent que vivre du système. Moi, je pense qu'on arrive dans une ère, Léa, où les compétences réelles vont dominer, c'est-à-dire qu'avant, on pouvait être dans le cinéma, dans le paraître, c'est-à-dire j'ai un beau diplôme, je m'accroche à ma rente, etc., en étant le pote de l'ambassadeur.
Dans le monde de demain, ça n'existera plus, parce que le monde va être lean, le monde va être brutal, c'est soit vous êtes bon, vous avez des compétences techniques, soit vous n'avez rien, c'est du vent, et c'est mort, en fait, tu vois. Peut-être qu'en France, ça va subsister peut-être 5-10 ans, mais même la France, aujourd'hui, est en situation de faille, donc elle va s'adapter. Et elle va s'adapter, selon, à mon avis, le modèle des Allemands, qui sont très pragmatiques.
Dans ce monde-là, si on n'a pas de compétences réelles, on est mort. Et je pense que c'est peut-être plus rentable pour des jeunes, aujourd'hui, de se former directement à des vraies compétences techniques via l'IA, pour que comme ça, ils apprennent gratuitement, que d'aller miser sur un réseau, sur, je ne sais pas, sur ce modèle qui marchait très bien, mais je pense qu'il est devenu obsolète dans le monde d'aujourd'hui, de 2026. Même, finalement, aux États-Unis, dans la Ivy League, donc il y a Harvard, Princeton, Yale, il y a des écoles qui vont demander vraiment des caractéristiques différentes chez les élèves.
Typiquement, Harvard, eux, ils vont demander vraiment aux élèves d'être compétitifs, ils veulent des futurs présidents, Harvard, ils veulent des futurs PDG, ils veulent des Mark Zuckerberg, ils veulent des Bill Gates, etc. Et donc, il va falloir mettre en avant vraiment son ambition et montrer que, voilà, tu brûles finalement d'ambition, alors qu'à Columbia ou à Sciences Po, ce n'est pas ça qui va t'être demandé. Alors, à Columbia, ça peut plutôt être vraiment des profils scolaires.
À Sciences Po, on va chercher des profils qui sont assez atypiques, c'est-à-dire des bons élèves, mais qui ont un truc, par exemple, ils sont extrêmement créatifs, ou, je ne sais pas, ils ont une éloquence particulière, ils s'intéressent à l'éloquence, ils ont beaucoup développé ça, où ils sont pointus sur un sujet en particulier qui n'a rien à voir avec ce qu'on demande à Sciences Po. Et c'est comme ça qu'ils pensent pouvoir faire l'élite de demain. Moi, je pense vraiment qu'il faut les deux, et d'ailleurs, on est la seule prépa, on a justement développé un module, c'est marrant que tu en parles, il s'appelle compétences extrascolaires.
On apprend la négociation, parce que l'école n'apprend absolument pas à négocier. L'école n'apprend pas du tout l'art de la persuasion, énormément de choses dont on a besoin vraiment tous les jours, et qui peuvent servir parfois plus qu'un diplôme. Mais en fait, pour affronter le monde de demain, la personne qui sera la plus équipée, c'est la personne qui aura les deux, qui aura des compétences extrascolaires, alors que d'autres se seront reposées seulement sur leur diplôme, et seront là, ah mais moi j'ai fait Sciences Po Paris, mais l'autre, il va arriver en entretien d'embauche, il va tellement emballer la personne en face de lui, qu'il va prendre le poste.
Par contre, des personnes qui auront des compétences géniales, mais qui n'auront pas de diplôme, seront aussi un petit peu doublées par les personnes qui auront les deux. Donc pour moi, il faut vraiment, si on essaie vraiment de « maxer » son profil, il faut avoir les deux. Oui, c'est vrai.
Bon, après, si on raisonne à une échelle française, à une échelle internationale, je trouve que le diplôme a beaucoup moins de sens, mais à une échelle française, peut-être que ça peut permettre de faire un peu illusion, si tu me pardonneras l'expression, mais un peu illusion. Mais encore une fois, je trouve que si on devait maxer à ce moment-là les choses, il faudrait faire des formations plutôt dans le domaine de l'intelligence artificielle. Il faut s'ouvrir à un monde qui est totalement nouveau, il faut tout réinventer.
Il y a des besoins qui vont naître. Et puis même une chose, les docteurs, les médecins, aujourd'hui, ce sont des êtres humains, dans le monde de demain, ce seront très probablement, comme en Chine, des robots qui feront des opérations, etc. Même l'avenir du médecin aujourd'hui, elle n'est plus garantie dans 10 ans, qui te dira qu'un médecin sera encore un humain ?
Je ne pense pas que le diplôme soit un frein à l'ambition. Je pense que le diplôme et la recherche du diplôme, c'est chercher une validation extérieure. Tu sais, comme quand quelqu'un va forcément essayer de s'acheter, je dis une bêtise, une BMW pour montrer qu'il a réussi, bon, essayer d'acheter ou de montrer que tu possèdes un diplôme, je dis une bêtise, chez Sciences Po pour montrer que tu es intelligent, ça n'a pas vraiment de sens.
Ça peut être du sens dans un système franco-français, mais je pense qu'aujourd'hui, les jeunes qui nous écoutent doivent raisonner au-delà du cadre franco-français. J'ai un avis tranché, il faut partir de France si on est ambitieux, on pourra le développer dans une autre vidéo. Mais voilà.
Tu parles d'international, mais le souci, c'est que quand on aménage dans un pays, imagine, on veut travailler à Singapour, on n'a aucun diplôme, on a juste des compétences, on s'en sait négocier, etc. Oui, on peut se lancer dans certaines filiales un petit peu, je ne sais pas, on peut être agent immobilier, je ne sais quoi, mais on peut aussi, et je pense que c'est une très bonne voie, avoir par exemple fait Sciences Po, et en fait, tu fais un double diplôme avec Singapour et tu as déjà un réseau là-bas. Tu arrives, tu fais deux ans d'études à Singapour, tu vois comment est la vie là-bas, tu bosses avec des entreprises là-bas, tu fais des stages, etc.
Et du coup, ça t'ancre et tu vas avoir encore plus de voix. Donc, quand je donne ce conseil, ce n'est pas uniquement pour ceux qui veulent travailler en France, c'est totalement possible à l'étranger, ce système d'études, de le poursuivre à l'étranger, de se faire un réseau là-bas et ensuite d'avoir plus d'opportunités. Dans le monde de demain, je pense qu'il faut vraiment parier sur les compétences.
Les diplômes, c'est vraiment le truc qui était adapté à une société qui n'existe plus. C'était une stratégie pour maxer la rente, pour se créer des rentes dans des systèmes où je suis pote, encore une fois, comme je le dis, avec l'ambassadeur de machin, il me casse dans un petit boulot, je ne fais pas grand-chose, je gagne 100 000 balles par an. Ça, dans le monde de demain, ça n'existe plus.
Ils sont en train de tout virer, ils sont en train de virer tout le monde. Et maintenant, soit effectivement, tu es une petite perle rare, tu es un génie de quelque chose et tu arrives à vraiment apporter une valeur ajoutée, une valeur créative. En réalité, je pense que les vrais gagnants du monde de demain, et ça, c'est quand même cool, c'est les esprits créatifs.
Parce que les esprits créatifs, avant, on leur disait, tu as des bonnes idées, mais tu n'exécutes pas, donc de toute façon, tu ne vaux rien. Et ce qui comptait, c'était l'exécution dans le monde d'avant. Et aujourd'hui, ce qui est bien, c'est qu'on a des machines pour exécuter, et il faut développer sa créativité.
Et ça, c'est quand même beaucoup plus cool, parce que c'est avoir des idées, c'est s'ouvrir l'esprit, et on fait tout exécuter par la machine. Donc, les vrais gagnants, ce sont les esprits créatifs. Les jeunes qui vont être le plus inventifs, à mon avis, vont s'éclater dans les 25 ans à venir, en fait.
Moi, je trouve ça très bien que tu parlais de copinage, etc. Si ça peut disparaître, tant mieux. Je pense qu'on est tous d'accord.
Il n'y a personne qui oserait défendre ça ouvertement, publiquement. Non, c'est trop bien d'être pistonné, etc. Je suis totalement d'accord.
Après, évidemment, je pense qu'il faut quand même faire attention à l'IA pour ne pas que le paradis se transforme en enfer. Et je pense que, voilà, tu as l'air d'être dans la compétition. Tu as l'air vraiment...
Tu as très bien réussi. Et je te félicite. Et il y en a qui, peut-être, n'ont pas envie, tout simplement, ou ne sont juste pas comme ça.
Et ils ont d'autres qualités. Ils ne sont peut-être pas aussi battants à vouloir affronter. Parce qu'il faut le dire, dans l'entreprenariat, tu as des concurrents.
C'est un combat, finalement. Mais au final, c'est un combat aussi dans le salariat. Quand tu es dans un grand groupe...
Enfin, tu vois, j'ai commencé ma carrière dans une multinationale qui s'appelait FXM. Donc, un grand groupe international que tu es en bourse. Et quand tu es en le salariat, tu es en compétition tout le temps avec ton collègue pour devenir le managing director, pour devenir le petit manager, le machin truc.
Et c'est des coups bas sur coups bas. C'est des coups de pute sur coup de pute. Moi, tu vois, c'est des trucs que je ne supporte pas.
Mais au final, la compétition, elle est partout. Dans le monde de l'entreprise, je dirais même qu'elle est plus extrême. Parce que l'entrepreneuriat, à la limite, bon, tu te bats contre une autre entreprise.
C'est un ennemi légitime. Là, tu te bats contre tes propres collègues. Tu vois, il y a un poste et il y a quatre personnes.
Donc en soi, la compétition, elle existe toujours, même dans l'entreprise. Je pense que notre plus grand point de désaccord, c'est justement intégrer le système pour éventuellement capter une rente et sortir du système. Pour moi, voilà.
Elle disait que l'entrepreneuriat n'était pas fait pour tout le monde et que pour certains, le salariat est peut-être quelque chose d'adapté. Ce n'est pas forcément faux, mais je préfère être libre et pauvre, entre guillemets, que riche et malheureux. C'est un peu dur comme comparaison, mais en réalité, on n'est pas très loin de la vérité.
Le truc, c'est que si ton entreprise fait faillite mais que tu as un diplôme, tu vas pouvoir aller bosser comme salarié. Alors que le contraire est très dur, si tu as juste un diplôme, tu te fais virer, tu ne peux pas forcément être à ton compte si tu n'en as pas les capacités. Donc qui peut le plus, peut le moins.
Moi, je dis, d'abord, vous avez un diplôme, vous développez des compétences. Si vous voulez faire une entreprise, c'est très bien, mais au moins, vous avez ce filet de la sécurité. Et c'est pour ça que les banques, qui sont des acteurs extrêmement rationnels, disent aux jeunes, ah bah tiens, tu as ton entreprise, c'est très bien.
À chiffre d'affaires égale, quelqu'un qui a un diplôme va avoir des taux d'intérêt plus intéressants. Les banques vont beaucoup plus leur accorder parce qu'ils savent qu'ils ont ce fameux filet de sécurité. J'aurais peur de dire à des jeunes, non mais allez-y, ne faites pas d'études, lancez-vous, suis ton rêve, on n'a qu'une vie, etc.
Ça s'entend, il faut prendre des risques, mais il faut mesurer ces risques. Et encore une fois, si on a l'occasion d'avoir un très bon diplôme, de ça un an, j'ai voulu faire un crédit à la banque et j'ai un ami qui a un diplôme, il est diplômé de Sciences Po, il gagne quatre fois moins que moi et son crédit a été accepté, pas le mien. Ça parce que moi, je n'ai pas ce diplôme en particulier et donc on peut se dire oui, c'est juste des crédits.
Le crédit, c'est quand même l'accès à la propriété, il y a un levier bancaire qui est extrêmement intéressant en France, il y a des portes qui vont se fermer parce qu'on n'a pas de diplôme. Donc je ne me plains pas, j'ai bien réussi. Mais si on peut avoir les deux, prenons les deux.
C'est deux chemins de vie. Après, la question qui doivent se poser, c'est qu'est-ce que j'ai envie de raconter dans mon livre à la fin de ma vie ? Est-ce que j'ai voulu vivre une vie libre mais avec tout ce que ça comporte, à savoir le danger de tout planter et de se rater ?
Ou est-ce que je veux une sécurité relative mais avec moins d'aventure, moins d'excitation et peut-être moins de sous-brosseau ? Il n'y a pas de bonne réponse. Je pense que c'est à notre audience de se poser les bonnes questions.
J'ai trouvé que l'échange était très intéressant. On était vraiment sur deux visions différentes. la vision où je fais partie du système, où je l'intègre pour jouer avec les règles du jeu du système et ma vision à moi qui s'inscrit plutôt dans un discours assez tranché qui est de sortir du système pour créer sa propre voie.
Et en réalité, je pense qu'il n'y a pas de bonne ou de mauvaise réponse mais je reste convaincu que la nouvelle génération, donc pas forcément la mienne, celle d'en dessous, les jeunes qui ont aujourd'hui 20 ou 30 ans, trouvera beaucoup plus de sens dans le fait de créer sa propre histoire que de vivre dans l'histoire de quelqu'un, tu vois ? Je vous arrête deux secondes. Dites-nous en commentaire qui vous voudriez voir dans le prochain Seul contre tous.
On lutte tout. J'appelle Juan Branco à débattre. Juan Branco, futur président de la République, je suis venu vous parler de méritocratie et de notre système universitaire et des grandes écoles et de ses inégalités funestes et de son avenir.
Je suis ravi d'échanger avec vous après cet échange que vous avez eu avec Laurent et Alexandre parce que, petite anecdote, j'avais donné un discours à Polytechnique, à l'école Polytechnique, quelques mois après le sien, qu'il avait intitulé Les dieux et les inutiles. Et il expliquait aux polytechniciens qu'ils étaient des œufs d'or. C'est comme ça qu'ils les qualifiaient et qu'ils allaient maîtriser en gros le monde et nos devenirs et qu'il allait falloir gérer une bande d'inutiles qui était à peu près une grande partie de la population française.
Et moi, c'est intéressant parce qu'on était en 2019, c'était au moment des Gilets jaunes. Et donc, j'avais commencé mon discours en, d'une part, leur disant que cette école ne leur appartenait pas parce que s'ils étaient dans cette école et s'ils avaient accédé à cette école à travers des prépas et ainsi de suite, c'était grâce à l'investissement et à l'effort de la collectivité, de tous les Français et qui, à travers les impôts, les taxes qui sont payées, y compris par les plus pauvres de la société, par exemple par la TVA, c'était ça qui leur avait donné accès à des infrastructures qui sont assez exceptionnelles à l'échelle du monde avec des professeurs de très haut niveau et donc d'avoir pu développer leur potentiel. Et par ailleurs, qu'il y avait une nécessité très importante de mettre fin à ces discours qui consistaient à considérer que parce qu'on avait réussi à intégrer une de ces écoles, que ce soit Polytechnique, Normal Sup ou autre, on avait une quelconque forme de supériorité en tant qu'être humain.
La réalité, c'est qu'on a un système qui est parfaitement...
Ce n'est pas qu'il est déséquilibré, ce n'est pas qu'il est inégal, c'est qu'il est fossé d'entrée. À l'école Polytechnique, donc la plus puissante école d'ingénieurs de France, vous avez 91% des élèves qui sont fils de cadres ou de chefs d'entreprise. Et vous avez 0% de fils de chômeurs, 1% de fils d'ouvriers et 3% de fils d'employés, alors que ces catégories-là comptent pour 60% de la population française.
Donc en réalité, ce sont des clubs élitistes qui sont réservés à un entre-soi. Ce n'est pas seulement problématique du fait de questions d'équité et de justice et du fait qu'on fait tous un effort collectif très important pour avoir ces institutions et que celles-ci doivent être ouvertes à tout le monde parce qu'on pourrait défendre l'idée que ce qui compte, c'est qu'on forme des gens de très haut niveau qui servent à leur tour la nation. Ça, c'est un premier problème, c'est que ce sont des écoles publiques qui originellement étaient là pour former des gens qui, à travers le corps des mines, des ponts et chaussées et autres, allaient servir la nation.
Ils allaient travailler dans les entreprises publiques, dans les administrations pour s'assurer de mettre leurs compétences au service du bien commun. Aujourd'hui, ce sont des gens qui partent dans des entreprises privées, dans la finance et très marginalement pour servir l'État ou l'intérêt général. Ce n'est pas complètement à cause d'eux parce qu'il y a eu tellement de privatisations et une réduction du périmètre de l'État qu'il n'y a pas beaucoup de places qui leur sont offertes, mais quand même, il y a ce premier facteur.
Mais l'autre problème qui m'apparaît très important, c'est que quand vous ancrez une sorte de petite compétition élitaire seulement entre gens bien nés, évidemment, le pool, pour faire un anglicisme, dans lequel vous recrutez est très restreint. Et donc, la compétition et la concurrence entre ceux qui veulent rentrer dans ces écoles se réduit. Et donc, par nature, moins il y a de concurrence et de compétition, moins il y a d'exigence.
Et vous retrouvez finalement, génération après génération, avec une dégradation du niveau de ces institutions qui est très, très notable. On n'a plus du tout la capacité de rayonnement, les grands intellectuels, les grands universitaires qu'on avait il y a 50 ans, évidemment, il y a 100 ans. Et l'autre élément qui m'apparaît fondamental, c'est de noter que là où on annonçait que les classes populaires allaient devenir des déchets, en gros, et qu'un discours d'une vie en société est immense.
On se rend compte qu'une intelligence artificielle, au contraire, tout d'un coup, menace plutôt les soi-disant élites, et en tout cas, celles d'entre elles qui n'ont pas forcément de talent, mais qui sont plus là par l'entre-soi, par les capacités relationnelles, et qui, en réalité, ont une valeur ajoutée par rapport à ces nouvelles structures de synthèse de l'information que sont les intelligences artificielles, beaucoup plus faibles qu'elles n'en avaient autrement. Et donc, c'est plutôt les classes moyennes et bourgeoises qui menacent de se faire fracasser en termes de fonctionnalité et d'utilité, ce qui est assez ironique et drôle, parce que, quelque part, on se satisfaisait du fait d'être certain de rester dominant et de regarder d'un peu d'en haut l'effondrement de la société, et tout d'un coup, on se retrouve en première ligne face à un vrai massacre social en perspective. Je suis contente qu'on parle de ce sujet et même des statistiques de polytechnique.
Et même si on ne prend pas la meilleure école, je crois que si on prend juste les prépas, c'est trois enfants sur quatre qui ont au moins un parent qui est cadre. Donc, c'est vrai que c'est des statistiques qui sont importantes à rappeler. Moi, je précise que j'ai été souvent attaquée là-dessus parce que je prépare à des écoles d'élite.
Oui, mais elle, elle est dans sa tour d'ivoire, etc. Moi, j'ai des parents qui n'ont pas fait d'études, notamment un père chauffeur-livreur, une mère qui, par exemple, pendant l'été, puisque j'habite en Ardèche, c'est touristique, pouvait faire, par exemple, le midi, elle était serveuse, ensuite, l'après-midi, elle allait vendre des canoës. Et même si mes parents n'ont pas fait d'études et qu'ils n'étaient pas cadres, ils m'ont toujours dit, par contre, que je pouvais faire tout ce que je voulais, si j'avais de l'ambition, si je travaillais, etc.
Et c'est un message qui m'a beaucoup, beaucoup, beaucoup servi. C'est ce qu'on essaye de transmettre aux élèves. Après, je suis d'accord qu'il y en a qui vont énormément travailler, il y en a qui vont passer du temps, de l'énergie et qui, malheureusement, ne vont pas avoir les résultats adéquats.
Donc, c'est bien de rappeler ces statistiques. Il faut en tout cas motiver vraiment que les classes populaires et les classes moyennes aient envie de réussir le plus possible et travaillent comme je pense l'avoir fait. Je pense que ça va radicalement changer dans les années qui viennent, mais on a eu un système qui était complètement centralisé d'un point de vue symbolique autour de ces grandes écoles.
Je pense que les ruptures à la fois technologiques et sociétales qui sont en train d'intervenir vont faire que ce filtre n'aura plus la même importance. Il va y avoir une diversification des personnes qui sont amenées à intervenir dans l'espace public et donc, évidemment, Paris-Cochelle, l'étape d'après, c'est à occuper des fonctions au sein de l'espace social. Alors, ça peut donner des choses catastrophiques.
Ça peut donner Marlène Schiappa qui, parce qu'elle avait une influence dans l'espace public comme influenceuse, ça fait sourire, mais en réalité, c'est très sérieux parce qu'elle a quand même eu des responsabilités importantes au sein de la société et elle a fait adopter des lois qui ont fait envoyer des gens en prison parce qu'elle voulait faire plaisir à la loi sur le cyberharcèlement, parce qu'elle voulait faire plaisir aux communautés qui la suivaient. Et donc, ça peut donner de la catastrophe, mais aussi, à un moment donné, ça va créer de la fluidité, c'est-à-dire que, notamment avec l'aide de l'intelligence artificielle, mais l'intelligence artificielle, c'est juste la... c'est la prolongation naturelle de la mise en réseau des savoirs.
C'est-à-dire qu'avec Internet, on a numérisé tous les savoirs existants, avec Internet et la révolution technologique qui appartient à 1990. Et donc, on a rendu accessible tout ce qui, jusqu'alors, était concentré dans des bibliothèques qui requéraient des capacités sur la façon d'aller chercher l'information, etc. Et ensuite, maintenant, on arrive avec l'intelligence artificielle qui, en réalité, crée des réseaux neuronaux qui mettent en... enfin, qui sont capables de créer des croisements entre ces différentes informations et donc qui facilitent encore plus la tâche dans l'accès à l'information in fine pour des personnes qui n'avaient pas été formées initialement à ce travail-là.
Est-ce que vous pensez, du coup, que les grandes écoles vont être de plus en plus méritocratiques par rapport aux évolutions qu'il y a, notamment l'IA, ou ça va être pire ? Moi, j'ai bon espoir dans le futur, mais...
Moi, je pense qu'on est face à un système qui est volontairement socialement sélectif. Et je pense qu'on est face à un abrutissement de nos classes dirigeantes qui ne se rendent pas du tout compte de la médiocrisation dans laquelle elle se plonge, malgré l'effondrement de notre pays, malgré...
Surtout, en fait, notre perte de rayonnement. Je pense qu'on est devenu un pays très provincial avec beaucoup moins d'attrait pour l'étranger, si ce n'est touristique, et un peu le côté Émilie-Paris, quoi. Et face à cet, quelque part, autisme de nos classes dirigeantes, on reprend une situation où moi, j'ai très peu d'espoir, à moins d'une rupture radicale politique au sein de notre pays qu'on propose d'ailleurs, mais qui prendra autrement une forme révolutionnaire parce que vous ne pouvez pas priver à ce point, et sur une durée aussi longue, une société de sa mobilité sociale sans produire, à un moment donné, des effets de révolte et d'injustice flagrant.
Vous pouvez, si vous masquez. Et les gens ne se rendent pas compte. Le discours meritocratique est très utile pour ça, pour faire que les gens ne s'indignent pas et surtout qu'ils culpabilisent ou qu'ils se sentent inférieurs à ceux qui sont au pouvoir.
Comment ça se fait, selon vous, qu'il y a de moins en moins de mobilité sociale ? Parce que je ne sais pas exactement les chiffres, mais en tout cas, il y a 50 ans, il y avait plus de mobilité sociale qu'aujourd'hui. Et donc, pour l'instant, on va de pire en pire.
Oui, peut-être que la médiocrité resserre. Enfin, moins vous êtes talentueux, plus vous êtes obligé de trouver des mécanismes pour préserver vos privilèges et des mécanismes artificiels. Peut-être, vous voyez, plus vous avez peur de la concurrence, plus vous avez peur et donc, plus vous resserrez le nombre de personnes avec lesquelles vous êtes en concurrence.
Et c'est ce qui explique cet enfermement progressif, en réalité. On est dans un pays aussi qui n'est plus en expansion. Pendant les 30 Glorieuses, il y avait de la croissance économique, donc il y avait à chaque fois plus de positions, à la fois dans l'administration, et donc, les classes dirigeantes toléraient d'autant plus qu'il y ait des gens qui viennent d'autres milieux, que leur place était garantie en même temps.
Là, il y a plus un risque d'effet de remplacement. D'ailleurs, peut-être que la phobie du grand remplacement chez certaines classes dominantes fait un peu écho à ça, cette phobie, en fait, à un moment donné de perdre leur statut et leur privilège. Et en tout cas, ça se joue énormément à l'échelle, au niveau de la scolarité, oui, ça c'est sûr, et du système universitaire.
Moi, je le vois avec les élèves souvent qui viennent de grands lycées qui vont préparer Sciences Po, ils ont beaucoup plus facilement les codes, par exemple à l'oral, ils sont plus éloquents, ils vont avoir le bon jeu de mots au bon moment, la bonne aisance, les bonnes images, les bonnes métaphores. Et justement, chez les élèves qui vont être provinciaux plus de milieux populaires, ça va être plus compliqué. Est-ce qu'on ne peut pas justement essayer de tirer vers le haut ?
Parce que ça passe vraiment, je prends l'exemple de l'oral de Sciences Po, par des codes très informels, ça peut être aussi dans les écrits, il y a un style d'écriture, etc. Est-ce qu'on ne peut pas l'apprendre, ça, justement ? Ah oui, bien sûr.
Je pense qu'il y a, je ne crois pas du tout aux différences de quotients intellectuels qui expliqueraient ou justifieraient les inégalités d'accès à l'enseignement supérieur. Vous parlez des codes, mais il y a ne serait-ce que le fait de savoir et d'avoir des gens qui vous informent que ces institutions existent. Oui.
Moi, je savais en sixième que Sciences Po existait. Et j'ai appris que NormalSup existait en seconde et c'était déjà très tard. Enfin, vous voyez.
Et je ne dis pas qu'on n'arrivera jamais à une société où tout le monde sait ce genre de choses à ces âges-là. par contre, ce qu'on a perdu, c'est aussi des points de référence au sein des écoles, des lycées. Les professeurs qui portent leurs élèves, c'était la fonction du concours général qui permettait, en fait, d'essayer de pousser des meilleurs étudiants, des meilleurs lycéens de chaque lycée de province et de Paris.
Et aujourd'hui, ça ne joue plus vraiment cette fonction. En fait, il faut aussi...
On a créé des CPE qui ne servent à rien. Pardon pour les CPE qui nous écoutent. Mais je veux dire, à un moment donné, on a mis des moyens énormes n'importe où.
Là où il y a une chaîne de transmission qui permettait d'aller chercher les gens les plus talentueux, de leur donner une chance, quel que soit leur niveau social, qui s'est complètement brisée. Donc, c'est ça qu'il faut reconstruire de façon urgente. Mais c'est la chaîne dans son ensemble.
C'est aussi, il faut que les institutions dans lesquelles rentrent, ce n'est pas seulement pour faire plaisir à tel ou tel individu. Ces institutions existent pour qu'on serve le bien commun. Vous voyez, ils ne servent pas juste pour servir l'ambition d'un individu qui veut devenir puissant.
Or, quand ces institutions elles-mêmes ne servent que des ambitions individuelles et ne permettent pas de se mettre au service de l'intérêt général...
Je vais vous donner un exemple. Polytechnique a créé un bâtiment au nom de Patrick Drahi. Patrick Drahi, c'est parce qu'il est passé par Polytechnique.
C'est un escroc. C'est quelqu'un qui a fait toute sa carrière en rachetant des entreprises avec de la dette pour licencier des personnes, les restructurer, s'en débarrasser et continuer comme ça de façon...
Il n'a jamais rien apporté. Vous voyez, ce genre de profil, évidemment, ne devrait même pas être mis en valeur par l'X, mais en réalité, il ne devrait pas être créé par l'X. L'X est censé créer des ingénieurs qui vont construire des ponts, vont construire des autoroutes, des grands ouvrages, vont au-dessus de main façonner l'intelligence artificielle avec le master MBA et compagnie, mais ne sont pas censés se mettre au service de puissance privée.
On paye. On paye les polytechniciens pour faire leurs études. C'est quand même normal, vous voyez.
Alors, Sciences Po, c'est pas tout à fait pareil. Ça a toujours été l'école de la bourgeoisie qui sert un peu à se distinguer. Alors, ils essayent maintenant de se donner un peu un verre universitaire, mais en réalité, ça n'a pas changé fondamentalement.
Donc, ça me gêne un peu moins que ce soit qu'ils sélectionnent sur des critères discriminants socialement parce qu'en réalité, la valeur du diplôme n'a jamais été ou de l'institution n'a jamais été aussi importante que ces autres grandes écoles. Mais il y a un vrai enjeu. Et après, on me répondra oui, mais le niveau n'est pas le même.
Et puis, il y a un effet de rattrapage, ils n'ont pas les codes. C'est pour ça que je pense que la solution est en amont au niveau de l'égalisation des conditions au collège, lycée, quoi qu'il arrive. Je pense vraiment qu'en effet, on peut rattraper, en effet, on peut créer des solutions à l'américaine de discrimination positive.
C'est ce qu'a fait Sciences Po avec les conventions CEP et autres. Moi, je sais, pour avoir été amis avec beaucoup d'entre eux, que ceux qui sont rentrés par ces voies-là, c'est que ça reste assez violent quand ils rentrent et qu'en réalité, il n'y a jamais une égalité de destin avec ceux qui viennent des classes sociales plus favorisées. Même quand ils en sortent, ils vont par exemple beaucoup plus choisir les masters de finances.
Ils vont beaucoup moins oser passer des concours de l'INSP avec SENA parce qu'ils essayent de sécuriser leur avenir à beaucoup plus court délai et qu'ils ne peuvent pas s'autoriser à préparer un an, deux ans, une prépa après avoir déjà étudié pendant cinq ans. Donc, il y aura toujours des phénomènes d'éviction et de sélection sociale et plutôt, on essaie de les corriger plus justement il y a une dilution sur le long terme. Ron Branco est quelqu'un qui défend beaucoup le public et je trouve que c'est important.
Moi, je suis vraiment pour un bon équilibre entre privé et public. Si le public prend trop de poids, la société, je pense, va mal et le contraire est très vrai aussi donc je suis pour un bon équilibre. Je pense qu'en effet, au niveau de l'éducation, il y a des choses à faire.
Par exemple, nous, on a 84% de réussite sur Sciences Po, au niveau national, c'est 10%. Des fois, j'interroge des élèves et ils me disent que leur prépa du lycée, c'est 12-15% de réussite. C'est dommage, moi, ça ne me dérange pas.
Je ne me frotte pas les mains en disant ah oui, c'est super, les prépa du lycée sont nulles, bien au contraire. J'ai envie que les élèves réussissent et si au final, notre taux de réussite baisse un petit peu parce que d'autres élèves dans notre préparation sont meilleurs, moi, je ne m'en porterai que mieux donc je suis pour un bon équilibre. Je pense quand même que notre prépa joue pour la méritocratie parce qu'on a énormément de personnes qui viennent de milieux populaires de classe moyenne qui n'ont pas les codes officieux parce qu'ils n'ont pas un frère, une sœur, des parents qui ont fait Sciences Po.
C'est nous qui pouvons leur donner ces codes. Je suis assez d'accord que si en fait vraiment l'éducation nationale fonctionnait parfaitement, il n'y aurait même pas besoin des stratèges en fait parce que tout le monde aurait les bons codes pour se préparer à Sciences Po. Bon, après, il y a tout l'accompagnement des professeurs qui sont là et c'est vrai que par exemple quand on voit dans différentes écoles, il y a des prépa Sciences Po qui sont intégrées.
Peut-être que vous en avez fait une, je ne sais pas. Mais en tout cas, c'est assez inégal, notamment en province mais même dans les lycées qui ne sont pas forcément à la pointe. Donc est-ce que vous pouvez proposer puisque je sais que vous voulez vous présenter aux élections, est-ce que vous proposerez ?
Moi, mon objectif c'est de vous mettre au chômage. Je pense que vous avez une très bonne intuition qui est la dématérialisation de la formation et ça, je pense que ça peut être un facteur d'égalisation d'accès très fort mais à condition que les gens, encore une fois, il y a une condition fondamentale préalable, c'est que d'une part que les gens soient au courant que ça existe à la fois les grandes institutions, les grandes écoles mais aussi le fait qu'il y ait des voies de préparation. Et moi, ma fonction, mais ce n'est pas vous en particulier que je vais mettre au chômage, c'est toutes les préparations privées, c'est d'intégrer tout ça au sein de l'éducation nationale.
Alors aujourd'hui, ce n'est pas très reluisant ou ça ne donne pas très envie mais l'idée, c'est quand même qu'à terme, on n'est pas besoin d'en passer par des institutions privées pour pallier aux défaillances du public. Et je parle des préparations privées mais je parle aussi de façon plus générale des écoles privées vers lesquelles il y a un effet d'éviction toujours croissant par des classes sociales les plus favorisées. Et la grande question, c'est que si on vous intègre à un grand service public national de l'éducation, on peut créer par ailleurs des bourses et autres qui font qu'il va y avoir une diversité sociale.
Je ne sais pas quel est l'état de la diversité sociale. Si vous avez des mesures là-dessus, si vous avez des gens dont vous sentez qu'ils viennent de milieux modestes, est-ce qu'ils osent, est-ce qu'ils osent pas, est-ce que vous les ciblez ? Ça, ça m'intéresserait de le savoir par exemple.
Ça, c'est intéressant parce que c'est vrai que si l'éducation nationale était irréprochable, finalement, les instituts privés n'existeraient pas puisque tout le monde serait extrêmement bien préparé à Sciences Po, à la Vili, etc. Je pense que ça peut vraiment s'améliorer au niveau de l'éducation. Plein d'idées, si j'étais au ministère de l'Éducation.
Peut-être avec des bonnes prépas spécialisées sur certaines écoles, ce serait possible. Et moi, franchement, je ne serais pas contre, même si forcément, il faudrait se réinventer. Et je pense que ce serait même très bien pour la société qu'il existe ce genre de préparation dans le public, même si c'est quand même compliqué, je trouve, d'avoir des personnes excellentes.
Il y aura toujours des personnes qui voudront travailler dans le public. Nous, on a par exemple des professeurs qui sont vraiment à la pointe de la pointe, qui demandent à être quand même rémunérés assez chers. Je ne sais pas si le public pourrait les rémunérer.
Au niveau que vous, vous les rémunérez. Mais en tout cas, il y a un problème de rémunérer. Je vous donne un exemple quand vous commencez votre carrière au CNRS.
C'est-à-dire que vous avez un doctorat, vous êtes Bac plus 8. Pour entrer au CNRS, moi, je me souviens quand j'avais postulé au CNRS après ma thèse, il y avait 250 candidats, tous avec une thèse, pour un poste. Donc, vous vous retrouvez en compétition avec un nombre ahurissant de personnes.
Et si vous êtes pris, c'est que votre dossier est vraiment remarquable. Il n'y a pas seulement la thèse dans une très grande institution, mais il y a des publications, il y a toute une série de facteurs qui font que vous distinguez d'une masse de gens qui sont déjà eux-mêmes largement distingués par leur capacité à mener des travaux universitaires. Donc, vous arrivez là et vous commencez à 2 000 euros par mois.
C'est-à-dire que vous vous retrouvez dans une situation où, je ne parle même pas par exemple des salaires en lycée et autres. Et donc, vous retrouvez une situation où il y a un sous-investissement massif de l'État dans l'enseignement et dans la recherche en particulier, qui font qu'en effet, les effets d'éviction touchent aussi les profs et pas seulement les élèves qui cherchent de meilleures formations et qui nous amènent à la catastrophe. Ça, honnêtement, c'est le point de départ avec lequel il faudra travailler.
On fait des exemptions fiscales aux grandes entreprises à travers le crédit impôt recherche. C'est des dizaines de milliards d'euros qui sont évaporés et qui ne sont pas investis pour avoir des structures. Parce que quand je parle de recherche, c'est toujours couplé ces recherches et enseignements.
Donc, vous avez un peu d'attrait pour la fonction publique de façon générale qui est au cœur de la crise du modèle pseudoméritocratique qu'on avait réussi à faire tenir à peu près jusqu'en 70, 80. Et donc, vous avez une dégradation en boucle comme ça qui fait que, du coup, des institutions comme la vôtre non seulement existent, mais ont un impact et ont un attrait très important auprès des étudiants et des futurs et des aspirants à ces formations-là. Sauf que ça ne suffira jamais, en fait.
Et vous êtes en cela un symptôme intéressant parce que ça montre qu'il y a encore un désir d'exister et de se construire à travers des institutions républicaines, à travers des formations d'élite. C'est-à-dire qu'il y a encore cette envie de faire un effort. Vous voyez, on n'est pas qu'avec des Instagrammeurs compulsifs qui pensent que c'est en faisant de la télé-réalité qu'ils vont construire une vie.
Il y a encore une partie de la société française qui a compris qu'il fallait structurer sa vie de façon saine et qui bénéficie au reste de la société. Mais jamais le marché ne suffira en fait à offrir ses capacités à la population française. Il faut un État qui se reprenne en main et qui le fasse rapidement parce que sinon on va à la catastrophe.
On propose une intégration de tous les systèmes de prépa privé et autres dans l'éducation nationale parce qu'on pense qu'il faut un grand renforcement de l'éducation nationale pour éviter que les gens pensent, comme c'est de plus en plus le cas, qu'ils n'ont pas les mêmes chances de réussir s'ils vont dans une école publique que s'ils vont dans le privé. Mais ça, ça implique d'avoir un contrat social avec la société où on propose vraiment un renforcement de la qualité de l'offre, de la rémunération des professeurs, de leur sélection pour leur redonner cette confiance-là et en échange, par contre, on absorbera toutes les structures d'éducation privée qui ont pilulé ces dernières années sur cette crise de confiance. J'avais une question à vous poser qui s'éloigne un petit peu du sujet mais c'est vrai qu'on ne l'a pas abordé avec les multiples débats qu'on a faits mais je pense que ça peut être important pour ceux qui nous écoutent.
Pour vous, c'est quoi la définition de la réussite ? Je pense que c'est avoir contribué à l'intérêt général. Ça a fait que cette société s'approche un peu plus, c'est favoriser la génération de beauté.
La beauté, elle peut prendre mille formes. Ça peut être de la création, ça peut être dans le rapport humain, avoir accompagné des personnes qui en avaient besoin, c'est trouver de nouveaux équilibres, de nouvelles formes d'harmonie dans le milieu dans lequel on est. C'est de faire des vidéos qui aient un éclairage qui soit un peu plus élaboré.
Vous voyez, il y a mille façons de générer de la beauté dans mille domaines qui sont en mon sens toutes aussi... qui ont tout autant de valeurs les unes que les autres.
C'est surtout ça. Or, aujourd'hui, une grande partie des systèmes dont on parle, y compris éducationnels, sont plutôt des systèmes qui tendent à la prédation. Et quand je parle de Patrick Draillé à l'X, c'est pas pour attaquer un homme, c'est parce que justement, c'est des générateurs de laideurs et qui me semblent nécessaires de combattre à cette fin.
Vous voyez, c'est pas le bien ou le mal. Et je pense que réussir, c'est d'avoir, à un moment donné, pu contribuer à cette fécondation de beauté et avoir réussi à trouver des moyens, enfin en tout cas, une façon d'avoir des moyens qui permettent de le faire. Ce qui n'est pas forcément le cas et ce qui peut être terrible en termes de souffrance générée.
C'est-à-dire qu'on se retrouve dans un milieu où on n'a pas d'autre choix que de contribuer à une forme de médiocrité parce que c'est le seul emploi qu'on nous a proposé ou parce qu'on n'a pas su à un moment donné développer ses capacités. Il manque toujours une réflexion sur le pourquoi est-ce qu'en fait tellement de personnes veulent faire des institutions élitistes. Qu'est-ce qui fait qu'on veut rentrer dans les grandes écoles ?
Qu'est-ce qui fait qu'on veut aller dans des Ivy League ? Quelle est l'angoisse qu'on a par rapport à l'université qui est moins d'expérience ? Enfin, j'étais à Paris 1 et à Paris 4 donc ce n'est pas une expérience nécessairement généralisable mais où j'ai eu le plus des enseignements les plus substantiels en fait par rapport à ceux des autres institutions où j'ai pu aller et même à Yale ou à Normale ce que j'ai remarqué c'est qu'il n'y a pas nécessairement plus de génie dans ces institutions.
Alors peut-être le niveau moyen est un peu plus élevé qu'ailleurs mais fondamentalement ce n'est pas si différent que ça et tout l'enjeu c'est surtout est-ce qu'on a accès à des savoirs qui changent notre façon de réfléchir et qui nous apprennent justement à réfléchir et ça je pense que l'université est parfaitement capable de l'offrir si tant est qu'on donne les moyens à ses professeurs de gérer en ce sens. Je vous arrête deux secondes si vous voulez plus de seul contre tous lâchez un like ça nous aide énormément pour le référencement. Et j'appelle Laurent Alexandre à débattre.
Je m'appelle Laurent Alexandre je suis passionné par les liens entre l'intelligence artificielle et l'éducation sur les conséquences pour la pédagogie et pour les débouchés des progrès absolument spectaculaires de l'intelligence artificielle. On est aujourd'hui à un moment de transformation absolument incroyable de l'économie de la société avec l'intelligence artificielle. L'université dans son ensemble je ne parle pas des grandes écoles n'a pas du tout pris la mesure de ce qui se passe et continue à former les gens pour des métiers qui n'existeront plus pour des tâches qui n'existeront plus et avec des pédagogies qui sont absolument poussiéreuses.
Est-ce que tu penses aujourd'hui que le modèle que tu as développé pour aider les jeunes à rentrer dans les meilleures grandes écoles internationales est un modèle qui peut être généralisé et qui peut aider dans cette période de transformation absolument bouleversante à cause de l'IA aider les jeunes à trouver un chemin et à être complémentaires de l'intelligence artificielle ? Je suis d'accord avec toi sur le fait que l'université ne s'adapte pas assez vite et malheureusement n'a pas de véritable volonté aujourd'hui en tout cas d'évoluer par rapport à ça. On essaie de faire ça dans la prépa.
Ce que je dis toujours aux élèves c'est il vaut mieux parce qu'il y en a qui sont vraiment stop l'IA no pas s'arène et on leur dit toujours qu'il vaut mieux être parmi ceux qui comprennent l'IA et qui peuvent piloter la révolution de l'IA plutôt que parmi ceux qui la subissent. La question c'est comment on pilote l'IA ? On voit bien qu'il y a encore six mois les chatbots comme Claude 6 comme Gemini 3 comme chat GPT 5.2 puis 5.4 monopolisait l'attention et les agents n'étaient pas encore très développés et en quelques semaines l'ambiance a complètement changé finalement de savoir prompter un modèle d'IA c'est moins important aujourd'hui que de savoir orchestrer des essais d'intelligence artificielle au travers d'agents comme OpenClaw et d'autres outils.
Comment le système à ton avis peut s'adapter à une cavalcade technologique aussi folle avec un changement des outils et donc des objectifs de formation aussi rapide ? Comment faire pour qu'un savoir que l'on donne aujourd'hui aux jeunes ne soit pas obsolète avant même la fin de la formation ? C'est super intéressant parce que comme je l'ai dit ça évolue super vite et là ce qu'on remarque c'est que les élèves quand ils utilisent l'IA c'est juste pour faire des choses qui ne leur apportent rien dans leur apprentissage typiquement ils vont avoir une dissertation ils vont demander à chaque GPT de le faire et ils vont à peine relire tout ça ça ne les aide pas du tout prompter comme tu l'as dit c'est en train d'être remplacé moi je pense que en tout cas les élèves qui sont dans notre préparation ils ont tous une passion donc ça peut être s'ils veulent faire Sciences Po ils vont être peut-être passionnés de relations internationales certains quand ils veulent être médecins ils sont passionnés de ça il faut qu'ils utilisent l'IA pour répondre à cette passion et pas forcément pour juste rendre des devoirs pour avoir une bonne note donc par rapport à ça ça va être vraiment très personnalisé on n'a pas encore vraiment je pense de système mais je ne sais pas si on en aura un jour qui dit voilà ce module il va t'adapter au monde de demain mais par contre ce qu'on va faire c'est qu'on va faire des leçons qui justement vont essayer d'ouvrir les élèves à ces enjeux-là et ensuite c'est à eux en fonction de leur passion de ce qu'ils veulent faire d'interroger l'IA sur ça par exemple je vais prendre l'exemple des relations internationales j'ai débuté là-dessus ils peuvent avec ChatGVT ou même Claude avoir des conversations là-dessus qui s'intéressent même à leur futur métier à leur passion et je pense qu'ils n'en sont pas encore parce que nous on travaille beaucoup avec des lycéens ils n'en sont pas encore à savoir exactement ce qu'ils veulent faire plus tard mais en tout cas je pense qu'il faut qu'ils utilisent l'IA dans leur vie parce que c'est là ça va arriver qu'on le veuille ou non mais en tout cas pas dans la manière dont les lycéens l'utilisent aujourd'hui c'est-à-dire juste faire leur dissertation et leurs exercices par l'IA mais quand on débute des études quand on essaie de rentrer dans l'Ivy League aujourd'hui on va commencer à travailler selon les domaines entre 2032 et 2038 si on fait des études de médecine spécialisées comment on peut planifier les besoins futurs alors on ne connait pas les outils bien sûr on ne sait pas quels seront les agents les essais d'agents mais quelles sont finalement les qualités qu'il faut avoir pour être capable d'orchestrer ces IA quels sont les savoir-faire les skills dirait les anglo-saxons qu'il faut développer en priorité qu'est-ce que tu leur apprendrais toi si tu faisais une masterclass pour les élèves qui veulent faire médecine par exemple alors je suis très dubitatif sur l'intérêt de faire médecine aujourd'hui donc je suis sans doute pas aligné avec toi pourquoi moi je pense aujourd'hui que tant que les études de médecine n'ont pas été radicalement raccourcies et transformées faire médecine est un pari très osé personnellement je ne ferai pas médecine aujourd'hui je n'ai pas regretté d'avoir passé 11 années de ma vie pour avoir la qualification en chirurgie mais aujourd'hui je ne ferai pas ça parce que les études sont trop longues et sont totalement inadaptées par rapport à l'évolution technologique ça ne veut pas dire qu'il ne faut pas faire médecine pour plus tard en revanche je me donnerais beaucoup de mal pour rentrer dans l'Ivy League je comprends son appréhension les études de médecine c'est des études qui sont longues mais les étudiants généralement qui les entament sont très rarement des opportunistes ce sont des personnes qui sont passionnées par ce qu'ils font qui veulent aider les gens qui veulent les soigner et je vois mal ce qu'ils pourraient faire d'autres quand il y a une telle vocation et pareil pour Sciences Po je pense que pour ceux qui veulent notamment travailler dans les relations internationales ça reste une voie royale à côté de l'Ivy League je rajouterais Oxford Cambridge et quelques institutions européennes continentales qui sont des cursus qui gardent une valeur aujourd'hui pas tellement par la pédagogie mais par le réseau des anciens et puis par l'image et la marque que ça donne sur le CV pas en France Hugo faire l'X ou Centrale ou HEC me paraît être un bon choix aujourd'hui en revanche les petites écoles de commerce post-bac je pense que c'est une arnaque et que ça ne sert strictement à rien il vaut mieux aller skier que de faire ces petites écoles mais qui ne sont pas du tout les écoles auxquelles tu prépares bien sûr oui non je suis assez d'accord avec ça je refusais tous les partenariats avec les écoles de commerce parce que même si on prend Sciences Po moi j'ai des bons amis qui sont diplômés de Sciences Po Master Marketing Finance etc et qui ont d'excellents postes alors qu'ils ont payé leurs études 0€ enfin ils ont eu le même poste que des gens même à HEC restent une très bonne école mais ça coûte très cher par rapport à un crédit à payer etc donc je suis assez d'accord avec cette vision de calculer finalement l'énergie par rapport ensuite à ce qu'on va trouver dans le monde du travail on ne vise plus à apprendre des savoirs on vise à apprendre des façons d'apprendre de manière à être capable de s'adapter à l'évolution technologique donc ce qu'on achète ce sont des méthodologies une motivation pour apprendre à apprendre ce que l'Ivilique donne très bien avec un réseau d'alumni on ne va plus à l'université pour apprendre puisque le savoir se dévalorise aujourd'hui trop vite d'ailleurs on le voit dans les statistiques de l'OCDE qu'on cite dans un livre que je suis en train d'écrire avec un jeune spécialiste de l'intelligence artificielle Alexandre Sikopoulos l'OCDE montre très bien que la durée de vie d'un savoir-faire professionnel depuis les années 80 il est passé de 30 ans à 2 ans donc apprendre un savoir à l'université c'est pas le sujet parce que le savoir dure trop peu de temps pour que l'investissement soit rentable il y a des compétences pour toi à vraiment maîtriser dans le monde de demain qui ne seront pas remplacés par l'IA le courage la volonté d'agir la volonté d'entreprendre l'agency la capacité à orchestrer les IA c'est-à-dire à les réguler à les choisir à les surveiller à vérifier qu'elles déconnent pas qu'elles ont pas halluciné de les intégrer dans le workflow dans l'organisation du fonctionnement de l'entreprise et puis avec Olivier Babot on est tous les deux convaincus que pour se mouvoir dans un monde qui bouge autant il faut une très grande culture générale et que ce qui va déterminer la place des gens dans le monde de demain c'est leur culture générale Il parlait à un moment des compétences en expliquant que les compétences globalement que l'IA ne remplacera jamais c'est le courage etc.
Est-ce que tu penses qu'il y a d'autres compétences qui sont quand même primordiales dans ces grandes écoles auxquelles tu prépares que l'IA ne remplacera pas non plus ? Bien sûr tout ce qui est finalement improvisé quand on négocie avec quelqu'un vous demandez à Tchad Géputé quel argument etc. Il faut savoir nouer des relations avec les personnes négocier l'éloquence ce sera plus important que jamais on ne va pas envoyer un robot négocier à sa place Pour pouvoir anticiper les évolutions technologiques foudroyantes et puis leurs conséquences sociales, économiques, financières politiques, sociologiques etc.
Il faut une bonne connaissance du passé parce qu'on a beau être très malin on a beau être très intelligent si on ne connaît pas l'histoire on ne pourra pas déterminer où le monde va on ne pourra pas imaginer où les tendances de fond qu'on a décrites vont nous emmener donc il est vraiment fondamental d'avoir une grande culture générale et notamment une bonne culture historique les gens qui vont réussir demain seront des gens cultivés courageux pas des grosses fainéances et puis des gens qui auront une bonne culture une bonne culture à la fois scientifique et puis une culture en termes d'humanité et qui auront une passion qui auront envie d'agir il y a un vieil adage qui reste toujours vrai un con qui marche va plus loin qu'un intellectuel assis ce sera vrai aussi demain l'agency va être fondamental dans un monde où il y aura énormément d'opportunités à côté de l'IA mais où les gens qui se plaindront en génant de la trop rapide évolution technologique ne feront pas grand chose alors que les gens qui saisiront les opportunités permises par la technologie font des choses extraordinaires dans un précédent débat on a beaucoup parlé du mode study and learn est-ce que le mode study and learn est meilleur que ces grandes écoles ? la différence entre l'Ivy League et le mode d'apprentissage qu'on a sur les différents grands modèles de langage c'est que tu n'es pas obligé de travailler fort pour utiliser le mode study and learn tu peux te contenter de bidouiller avec ton modèle d'intelligence artificielle alors que pour entrer dans l'Ivy League il faut vraiment bosser il faut montrer une détermination absolue il faut bosser jour et nuit pendant longtemps donc c'est vrai que la barrière est plus forte pour rentrer à Harvard ou à Wharton que pour arriver à se servir du mode study and learn mais le mode study and learn le mode d'apprentissage qu'on a sur les grandes IA reste absolument excellent et effectivement c'est une beaucoup plus grande motivation qu'il faut pour rentrer dans l'Ivy League évidemment et pareil dans ce même précédent échange tu disais que TchadGPT est selon toi plus intelligent que toi bien sûr et il l'est chaque jour et Claude est encore plus intelligent que moi que TchadGPT parce que la dernière version de Claude est encore meilleure que TchadGPT 5.4 donc depuis la dernière fois où je suis passé ici les choses se sont aggravées qu'est-ce qui fait que du coup des professeurs aujourd'hui sont encore meilleurs que TchadGPT est-ce que même c'est le cas ils ne sont pas meilleurs techniquement le professeur il est là pour être un mentor il est là pour être un précepteur pas pour apporter un savoir mais pour guider pour motiver pour expliquer l'importance d'un apprentissage un grand professeur c'est pas celui qui connaît la matière parfaitement c'est celui qui va trouver les ressorts psychologiques et psychanalytiques pour que tu bosses au lieu de jouer à Super Mario c'est ça le professeur le professeur c'est un motivateur c'est un menteur c'est quelqu'un qui arrive à transformer une grosse feignasse en courageux c'est quelqu'un qui arrive à te sortir du lit avant 10h35 le matin et qui te donne la motivation d'être au boulot à ta table à 7h ou à 6h tous les matins c'est ça le grand professeur ce que je remarque c'est que les élèves qui ont le plus de réussite pour trouver leur stage même professionnellement quand je les vois s'insérer c'est est-ce qu'ils arrivent à avoir des bonnes relations c'est-à-dire que typiquement nous à l'oral de Sciences Po on leur apprend à tisser une relation avec le jury parce que l'oral de Sciences Po c'est 30 minutes et en fait ce qui va faire la différence c'est pas d'être une encyclopédie c'est de c'est de typiquement pouvoir que ce soit par l'humour que ce soit pour montrer aussi qu'on a quelque chose de spécial ça on le retrouve aussi à Harvard Harvard veut vraiment ils veulent vraiment des élèves très ambitieux donc ils vont vouloir des futurs présidents des futurs PDGG donc il faut déjà montrer durant l'oral qu'on a cette caractéristique là alors que des universités comme Columbia ont plutôt préféré d'autres types de profils c'est marrant parce qu'on a eu des invités qui étaient très différents et on n'aura pas demandé à chacun la définition de la réussite mais je pense qu'elle est assez différente peut-être pour un Juan Branco pour un Sylvain Tiger ou pour un Laurent Alexandre pour moi c'est vraiment l'équilibre c'est-à-dire que s'il n'y a que la réussite scolaire le prestige dans votre vie vous allez être malheureux s'il n'y a que le fait d'avoir un impact positif sur le monde mais que vous n'arrivez pas à boucler vos fins de mois que vous avez des problèmes tout le temps vous allez être malheureux et s'il n'y a que les finances, l'argent vous allez aussi être malheureux donc nous ce qu'on essaye de transmettre à nos élèves c'est d'avoir un équilibre dans leur vie il faut aussi penser à ce qu'on va faire des classes moyennes et des classes populaires et on n'y réfléchit pas or à un moment où on est probablement à une vraie bascule civilisationnelle et schumpeterienne et même anthropologique avec le dépassement de l'intelligence humaine par l'IA on n'a pas commencé à ouvrir ce dossier je n'ai aucun souci pour l'avenir des gamins qui sortent d'Harvard je n'ai aucun souci pour l'avenir aucune inquiétude pour l'avenir des gamins qui sortent de la V-Ligue en revanche les classes moyennes et populaires que vont devenir leurs enfants à l'ère de l'intelligence artificielle dépassant l'intelligence humaine il va falloir y réfléchir et on n'y a pas réfléchi je n'ai aucune réponse pourtant ça fait des années que j'écris beaucoup d'articles et pas mal de bouquins sur l'éducation et l'intelligence artificielle mais je n'ai pas la réponse d'abord parce que l'intelligence artificielle a dépassé l'intelligence humaine plus vite que tout le monde le pensait et moi compris ça fait 30 ans que je m'intéresse au numérique et à l'intelligence artificielle mais la veille de la sortie de ChatGPT 3.5 je n'aurais pas cru qu'il soit possible que ChatGPT analyse un dossier médical mieux qu'un médecin en moyenne quatre fois mieux qu'un médecin dès à présent je pensais vraiment qu'une IA serait incapable pendant plusieurs décennies très probablement jusqu'en 2050 2070 de comprendre un dossier qui n'a pas été codé c'est-à-dire un dossier en langage naturel avec éventuellement de l'argot des mélanges de plusieurs langues des abréviations etc.
ça me semblait impossible donc le dépassement de la capacité d'idéation et de formulation de l'intelligence humaine par l'intelligence artificielle a été extrêmement rapide alors la société est excusable d'avoir moins réfléchi que les experts de l'intelligence artificielle aux conséquences pour l'indication de ce dépassement de l'intelligence humaine par l'intelligence artificielle qui est aujourd'hui presque général mais maintenant ça n'est plus acceptable c'est un péché politique de ne pas réfléchir à ce qu'on fait des classes moyennes et populaires face aux robots humanoïdes branchés sur des intelligences artificielles et aux intelligences artificielles en ce temps de l'aune qui vont entraîner une transformation très rapide et très forte même s'il y aura des inerties sur le marché du travail et sur la valeur que les individus peuvent apporter je pense vraiment qu'en 2050 on se dira mais qu'est-ce qu'on a été con on mettait un pognon de dingue pour éduquer les intelligences artificielles on en parlait il y a 5 minutes et on laissait pourrir l'université on ne peut pas rester dans la situation actuelle on ne peut pas continuer à ne pas agir à ne pas réfléchir une grande partie des ministres de l'éducation de ces dernières années n'ont au moment où nous parlons jamais touché chaque GPT ou ses équivalents c'est honteux c'est un scandale politique c'est un scandale politique si on veut créer des armées de gilets jaunes perdues dans l'hyper complexité du monde de demain perdues sur le marché du travail avec une valeur extrêmement faible il faut continuer les conneries et là il y a une responsabilité politique du système parce qu'on ne voit pas aujourd'hui de plafond de verre sur les capacités de l'intelligence artificielle et il est urgent d'agir on risque même d'avoir une certaine démoralisation cognitive des gens quand j'ai commencé à voir que chaque GPT était bien meilleur que moi pour analyser un dossier médical j'ai eu un choc je me suis remis je ne me suis pas flingué je ne me suis pas fait une ordonnance d'antidépresseurs mais le choc est grand donc il faut éviter que les gens soient malheureux parce qu'ils sont dépassés il faut éviter que les gens soient malheureux parce qu'ils ne trouvent pas une place et une raison de vivre par leur travail dans un monde auquel ils ne sont pas préparés aujourd'hui on fait tout pour qu'une partie importante des classes moyennes et populaires soit demain paumée et malheureuse dans un monde où on ne les prépare pas du tout les grandes universités les meilleures universités du monde sont encore aujourd'hui un bon investissement ça vaut le coup de dépenser un peu de sous un petit peu d'énergie un petit peu de volonté pour rentrer dans la vie illique c'est clair en revanche on n'a pas répondu à la question qu'est-ce qu'on fait des enfants moins doués qui ont moins de facilité ou qui ont moins de courage pour apprendre et cette question-là est une question lourde il n'y a pas de réponse simple parce que la technologie va tellement vite qu'il est vraiment difficile de savoir à quoi on doit former les jeunes pour qu'ils aient demain une complémentarité avec l'intelligence artificielle je me permets de préciser pour que les gens comprennent bien que nous on prépare à des écoles d'élite mais ceux qui font nos préparations ne sont pas forcément pas forcément partie d'élite on a des élèves de classe populaire de classe moyenne et ensuite pour tous ceux qui n'intégreront pas ces écoles d'élite c'est vrai que c'est pas mon sujet d'analyse je pense qu'il y a encore comme tu l'as dit des universités qui peuvent encore les préparer à des métiers utiles et après je pense qu'il faudra forcément se réinventer c'est-à-dire que on me le disait déjà quand j'étais jeune et je pense qu'on l'a dit un petit peu à mes parents en tout cas on nous dit déjà à l'école il va falloir se réinventer vous ne ferez pas qu'un métier toute votre vie pour certains ça va être très dur pour certains ça va être violent mais il faut s'attendre à ce qu'on fasse plusieurs métiers selon toi est-ce qu'on doit faire un choix entre entreprendre ou faire des études pas du tout des fois je vois des jeunes voire des très jeunes qui disent moi je veux être entrepreneur je veux faire de l'argent ok tu veux faire quoi je veux faire de l'argent c'est pas un métier en fait faire de l'argent j'ai l'impression que parfois pour certains entrepreneurs et le nouveau footballeur en réalité les meilleurs entrepreneurs que je connais sont des personnes qui ont trouvé une expertise et être vraiment dans leur domaine et ça ça se fait pas en un claquement de doig dans la génération de nos parents on leur a beaucoup vendu le CDI et ils en sont déçus mais j'ai l'impression que notre génération à nous au contraire on nous vend beaucoup l'entrepreneuriat et est-ce que c'est pas un peu trop fantasmé parce que j'en ai parlé avec certains invités la réalité sur le terrain est dure c'est beaucoup de stress c'est difficile justement d'avoir une harmonie dans sa vie une vie personnelle donc voilà je pense que la vie c'est une aventure et j'encourage tout le monde s'ils peuvent être entrepreneurs tester aussi le salariat travailler dans plusieurs domaines et choisir en fait ce qui leur plaît le plus merci d'être resté jusqu'au bout nous on revient dès ce jeudi avec le format de débat oeil pour oeil et si vous êtes trop impatient vous pouvez d'ores et déjà regarder nos autres émissions qu'on a déjà publiées sur la chaîne et on vous met des suggestions à l'écran qui peuvent vous intéresser pensez à bien liker la vidéo avant de partir ciao
Juan Branco