Agressions des maires, narcotrafic… L'interview de David Lisnard, président de l'AMF
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Vous êtes bien sur RMC et BFM TV. Bonjour David Lissnard. Bonjour. Merci d'être dans ce studio pour répondre à mes questions. Vous êtes le maire de Cannes et vous êtes le président de l'Association des maires de France. Vous êtes d'ailleurs ce matin à Paris, non seulement pour répondre à mes questions, mais aussi parce que vous étiez consulté par le Premier ministre sur les finances de l'État. Et on sent bien que vous allez être mis à contribution, ce qui ne vous plaît pas forcément. Vous allez y revenir dans un instant.
Mais les maires, les maires qui sont aussi en première ligne de ces violences du quotidien, « Il n'y a plus aucun espace en France qui soit sûr », c'est ce que dit le ministre de la Justice. Est-ce que vous avez parlé avec l'élu de Goriaguet, cet élu municipal qui a été tabassé le week-end dernier ? Goriaguet, c'est à 30 km au nord de Bordeaux. Quatre suspects ont été interpellés hier. Cet élu qui tentait simplement de mettre fin à un rodéo sauvage.
Oui, bien sûr. J'ai échangé avec lui tout de suite. Quand j'ai appris les faits, j'ai réussi à avoir son téléphone pour lui apporter un soutien moral, évidemment. Elle lui apportait aussi un soutien logistique, s'il le souhaite. On a mis en place avec l'Association des maires de France une aide aux victimes et la possibilité aussi de se défendre. C'est quelqu'un, d'après les échanges que j'ai eus, qui est très déterminé. Et puis il a bien fait. On fait ça toute la journée. Soit intervenir sur quelqu'un qui jette des déchets dans la rue ou qui balance des encombrants. Moi, ça m'arrive régulièrement. ou sur les rodéos urbains.
Ce n'est pas le premier qui se fait tabasser sur des rodéos urbains. Un maire ou un élu municipal, j'utilise souvent cette formule, c'est un praticien du quotidien. On est des habitants parmi les habitants. Moi, j'amène mon gosse à l'école. Très souvent, c'est une communion. Ce n'est pas une sanction. C'est un mandat magnifique, mais qui est très exposé dans une société où des individus, des adultes, se comportent plus en adolescents attardés et capricieux qu'en citoyens responsables. Alors, c'est une minorité. Ça concerne tout le monde. Mais on est exposé à cela.
Mais est-ce que ça veut dire que vous êtes encore plus que les autres, justement, des cibles de cette violence ? Est-ce que vous le ressentez ? Est-ce que parfois, d'ailleurs, vous avez peur ? Vous ou les mères avec qui vous parlez ?
On ne peut jamais dire qu'on a peur parce qu'on doit gérer physiquement des situations. Vous savez, j'étais avant-hier, j'ai eu une grande réunion de plusieurs heures dans le quartier de la Frayère, à Cannes-la-Bocat, où on a eu deux règlements de comptes aux armes à feu la semaine dernière. Quand j'arrive, moi, tout le monde sait où j'habite. On a un maire, vous avez vu, hier, qui a eu sa voiture brûlée chez lui, dans son jardin.
C'était où, ça, pardon ?
Je vous ai apporté une liste, qu'on m'a sorti hier soir.
Vous avez une liste sous les yeux ?
Oui, c'est les maires ou les élus municipaux qui se sont fait agresser ces derniers jours.
Ça, c'est juste les derniers jours ?
Bien sûr, regardez, donc là, on parlait d'Anthony Roland tout à l'heure en Gironde. Dans la nuit du 5 au 6 mai, Claude Vial, à Aurex-sur-Land, en Haute-Loire, sa voiture et celle de son épouse ont été incendiées. Voilà, d'après les éléments que l'on a, on pense que c'est lié à l'exercice du mandat.
Ce qu'il faut comprendre... Mais ça vous remonte, ça ? Ça veut dire que désormais, en fait, c'est quasiment comme au ministère de l'Intérieur, où on a la remontée des violences. Vous, en tant que président des maires de France, désormais, c'est aussi ça qui vous remonte ?
Si vous voulez, on a vu monter ces phénomènes de violences à partir... Ce qui nous avait vraiment alertés, c'est quand mon collègue, le maire de Signe dans le Var, a été tué parce qu'il interpellait... Enfin, il disait à des gens qui jetaient des déchets dans un chemin... Des déchets sauvages, dans une déchetterie sauvage ? C'était dans la forêt, dans sa très belle commune, d'ailleurs. Il en est mort. Et on a créé, à l'époque, avec François Baroin, un observatoire des violences. On a réussi à faire objectiver ces choses-là. Et on a vu, par exemple, que sur 2022-2023, 2024, on n'a pas encore les résultats. Il y a eu une augmentation de 50% des agressions.
Il ne s'agit pas du tout de demander... Enfin, les maires, on n'est pas au-dessus des autres ou en dessous des autres non plus. Donc, c'est ce que vivent tous les Français. C'est des phénomènes de violence, y compris maintenant en milieu rural. Donc, voilà, on ne planiche pas. Il n'y a pas de souci là-dessus. Mais en revanche, ce qu'il faut juste comprendre, c'est que ce sont des violences parce qu'on exerce un mandat de maire. Parce qu'on intervient. Et je vous dis, c'est pour ça que ce mandat est si beau aussi. C'est qu'on est dans une simplicité de vie. Bon. Et ça devient... Ça traduit une crise civique très, très profonde.
Une crise civique profonde, un problème sur tout le territoire. Vous partagez donc le constat du ministre de la Justice, Gérard de Darmanin, qui dit qu'il n'y a plus de safe, de zone safe. C'est-à-dire qu'il n'y a plus de sûreté, il n'y a plus aucun endroit où on puisse se sentir en sécurité.
Moi, je me balade dans ma ville. Je vois les problèmes de deal. Mais je ne me sens pas en insécurité non plus. Tout ça, c'est du... Comment dire ? D'abord, c'est très subjectif. Et puis, il aurait dû en parler... Je ne veux pas être acide, mais il aurait dû en parler au précédent ministre de l'Intérieur, quoi.
Bah, c'était lui, quoi. Voilà. Donc, ça vous paraît presque une posture, aujourd'hui, de dire ça ?
C'est-à-dire qu'il faut faire très attention, parce qu'il ne faut pas accepter l'impuissance publique. Il ne faut pas s'en nourrir. Il faut dire les choses. Il faut dire ce que l'on voit. Et c'est ce que j'ai essayé de faire en permanence, y compris dans mon dernier ouvrage. Et parallèlement, il faut montrer comment on peut améliorer la situation. Vous savez, il faut que la... Il y a trois choses, très vite. Il faut que la police procède aux arrestations. Il faut que la justice assume son exigence de sanction, et qu'on arrête d'adapter la doctrine à la pénurie.
Dans le pays du monde qui a le plus de prélèvements obligatoires d'impôts et de charges, le plus de dépenses publiques, vous avez vu qu'on atteint les 57%, on va en parler d'ailleurs, qu'il nous manque depuis 20 ans les 30 000 places de prison, qu'on n'est pas des greffiers. Moi, je vois au parquet de Grasse, il nous manque des parquetiers. Donc, c'est plus possible. Et puis, il faut que les familles assument l'éducation. Moi, je suis navré, je suis père de famille, c'est pas simple. Mais à un moment donné, quand on a des gamins de 12-13 ans, qui aujourd'hui font de... Je ne vais pas parler que le langage de dealers, mais qui surveillent, qui prennent 400 euros.
Il y a des familles qui subissent ça, mais il y a plein de familles qui sont complices. Il y a des familles qui s'en nourrissent financièrement de ça. Donc, c'est une représentation globale de la société.
Est-ce que les maires, là-dessus, doivent sanctionner davantage les familles ?
Oui, je demande par exemple un pouvoir d'expulsion des familles qui sont notablement connues, parce qu'on les connaît, pour pratiquer des trafics, des DHLM. Je ne comprends pas que la société aide financièrement des personnes qui nuisent de façon récurrente à la société. Il faut arrêter le masochisme et le niaiserie. Ce n'est pas l'extrémisme du tout, ça. C'est du bon sens. C'est plus possible.
Vous dites tous que c'est du bon sens. J'ai un peu du mal, maintenant, avec cette expression. Pendant longtemps, on disait que c'est le système. Aujourd'hui, on dit que c'est le bon sens.
Je vous laisserai juger si c'est du bon sens ou du mauvais sens. Pour moi, c'est aller dans le bon sens que de dire que le logement social doit plutôt être attribué à des gens qui se comportent normalement qu'à des gens qui pourrissent la vie des autres et qui sont très violents et qui gangrènent nos quartiers.
Désormais, c'est effectivement à travers toute la classe politique que ce constat est fait. Je voudrais vous citer le maire de Clermont-Ferrand. Le maire de Clermont-Ferrand, il est socialiste. Il s'appelle Olivier Bianchi. Et voilà ce qu'il disait hier. Tous les territoires urbains comme ruraux doivent faire face à la montée de l'insécurité, principalement liée à l'explosion du narcotrafic. Malheureusement, Clermont-Ferrand n'est pas épargné. Il a donc décidé notamment la création d'un nouveau commissariat de police municipale, alors que jusqu'à présent, il n'y était pas favorable.
Il dit « j'ai compris que cette position pouvait être dogmatique jusqu'à présent, donc de refuser cela, et j'ai décidé désormais d'être plus pragmatique ».
C'est bien, parce que ce que je vous disais tout à l'heure, c'est qu'à un moment donné, la réalité nous rejoint. Enfin, moi, il y a longtemps, je le sais ça, mais je suis ravi de voir que ça transcende les clivages. Et d'ailleurs, c'est ce que je dis aussi dans le livre, c'est que...
Votre livre, vous le citez à l'instant, « Ainsi va la France », il a été publié aux éditions de l'Observatoire, et c'est notamment votre constat, à la fois sur les territoires, mais aussi sur la question de la solidarité globale, du rapport à l'impôt, on va y venir, et notamment de l'impôt au local.
Mais aussi de la solidité d'un pays, c'est-à-dire que notre pays est magnifique, a tout pour rebondir, a tout pour être très puissant dans le XXIe siècle, c'est-à-dire qu'on ne s'en rend pas bien compte, mais on est le pays de la créativité. À l'époque de l'intelligence artificielle, de la physique quantique, les peuples créatifs sont les peuples qui seront les plus prospères. À condition qu'on retrouve tout simplement une réalité sécuritaire, régalienne, un, deux, qu'on libère la création de valeurs et de richesses, trois, qu'on retrouve une ambition éducative et scientifique. Et on a tout en nous. Moi, je suis toujours très frappé, je parcours le pays sans...
La MF, vous savez, c'est un parcours bénévole, c'est... L'association des maires de France. L'association des maires de France, pardon. Donc c'est simple, je vois les élus, je vais voir des chefs d'entreprise, des salariés, le pays réel, alors l'expression est parfois contestée, mais est très solide. Il y a une belle maturité en France. Et puis, on a l'impression qu'il y a des microcosmes asimutés qui se posent encore des questions sur le sexe des anges. Est-ce qu'un multi-récidiviste doit être dans la rue ? Il y a la culture de l'excuse. Il y en a ras-le-bol. Et je pense que ça transcende les clivages partisans. Ça veut dire quoi ?
Ça veut dire qu'il y a un problème chez les juges, qu'il y a un problème sur l'application de la justice ?
Je n'aime pas les punitions collectives, y compris pour les juges. Moi, je vois des magistrats qui font leur boulot. Mais on sait qu'il y a une minorité active de juges, qui sont des idéologues, qu'on retrouve au syndicat de la magistrature, dont l'objet est de remettre en cause même l'impartialité de la justice.
Vous parleriez, comme Bruno Retailleau, de juges rouges ?
Oui, ce n'est pas que moi qui en parle. Je ne sais pas s'il y a des juges bleus. En tout cas, je sais qu'il y a des juges rouges. Mais là aussi, je veux rester dans le constat réel. Et puis, vous voyez que, par exemple, je vois dans toutes les communes où je vais, on sait qu'il y a des familles récurrentes, des mineurs, qui sont toujours les mêmes, parfois 14, 15 fois multi-récidivistes. Il est temps d'avoir un vrai réseau de centres disciplinaires pour protéger la société de ces mineurs-là. On sauvera des mineurs qui ont besoin de discipline. Un ado, ça a besoin aussi de se constituer. Je suis père de famille, j'ai été moi aussi jeune il y a longtemps maintenant.
Mais pour les plus dangereux, il faut vraiment les isoler. Et pour les autres, il faut leur donner un cadre disciplinaire. Quand vous voyez le succès de tout ce qui est... On a créé les premiers cadets de la police municipale à Cannes de France. Quand vous voyez les cadets de la gendarmerie...
C'est quoi les cadets de la police municipale ?
En fait, c'est comme les cadets de la gendarmerie ou de la police nationale ou de l'armée. Vous accueillez des jeunes, souvent collégiens, 3e, et qui viennent, qui pendant plusieurs mois, font un stage en uniforme. Ils lèvent le drapeau. Et c'est assez réjouissant. Vous voyez des gamins de tout milieu, de toutes origines, de la France d'aujourd'hui, et qui prennent du plaisir, dont certains auraient pu être transgressifs, à être dans un cadre disciplinaire. Ça fait partie... Le docteur Berger, qui est un pédopsychiatre reconnu, a bien démontré ses mécanismes d'autorité.
Pour vous, c'est la question du retour nécessaire d'une forme d'autorité, y compris au sein de la famille, y compris au sein de l'école et dans la rue ?
Oui, et en respectant, bien sûr, les principes de l'État de droit. C'est-à-dire qu'ensuite, le respect du contradictoire, l'égalité des chances devant la justice. La démocratie, c'est un trésor. Mais ça ne doit pas être l'impuissance publique.
Vous le dites presque comme si... Oui, attention, non, non, il y aura quand même... C'est-à-dire qu'on aurait pu en douter ?
Oui, parce que certains, parfois, et c'est le danger de la démagogie, confondent l'autoritarisme et l'autorité. Confondent... C'est la différence entre la radicalité que je propose, aller à la racine des choses, traiter les problèmes de façon réaliste, pragmatique, pour reprendre les termes d'Olivier Bianchi, et l'extrémisme. Ce n'est pas la même chose.
Et vous reprenez les termes d'un maire, je le disais, socialiste, vous-même. Vous êtes un maire Les Républicains. Il y a donc...
Et Nouvelle Énergie.
Et Nouvelle Énergie, pardon. N'hésitez pas à adhérer. C'est le déductible des impôts. D'ailleurs, je suis assez frappée. Vous n'arrêtez pas de dire que vous êtes libéral. Probablement l'un des maires les plus libéraux, ou en tout cas revendiqués comme tels, de France. Et en même temps, depuis un mois maintenant, on vous entend, vous et les autres maires de France, demander des sous à l'État. Est-ce que ce n'est pas totalement paradoxal ?
Parce que je pense que vous vous entendez de façon orientée. Ah, alors dites-moi. Je vous invite à venir notamment à tous les congrès de maires où on demande une chose... J'y suis venu souvent. Et je vous incite à continuer. Où on demande une seule chose, c'est qu'on nous laisse travailler. Moi, on l'a dit clairement d'ailleurs. Nous, on n'est pas les parleureuses de la République. On a dit, il faut vraiment rétablir les comptes publics. Je parlais de la justice tout à l'heure. L'année dernière, nous avons payé que nos impôts cinq fois plus pour les seuls intérêts de la seule dette de l'État que tout le budget de la justice. Donc, ce n'est pas virtuel tout ça.
Et on déplaise à l'extrême gauche qui croient qu'une dette peut être annulée alors qu'il y a toujours un créancier derrière une dette. Il faut toujours rappeler ça. Et donc, simplement, hier, on a fait une liste. J'ai dit, mais êtes-vous en mesure de supprimer tout ce qui nous oblige à faire des dépenses supplémentaires ? A qui l'avez-vous demandé ça ? Au gouvernement. Je dis, bien sûr qu'il faut faire des économies. Je dis, d'abord, quelles sont les économies que vous allez faire, vous ? Pendant qu'on se parle, l'État continue d'augmenter ses dépenses. La dépense sociale va dépasser les 900 milliards d'euros. C'est la collectivité, c'est 300 milliards.
Nous sommes 70% de l'investissement public alors qu'on représente 300 milliards de dépenses sur 1 700 milliards de dépenses. Est-ce que vous voulez tuer l'investissement ? Est-ce que vous voulez avoir des effets récessifs ? Mais surtout, il y a deux semaines, il y a une autre grande messe qui avait été organisée. Vous savez, moi, j'ai connu le Grand Débat, puis le CNR, le Conseil National de la Refondation, puis le Haut Conseil des Finances Publiques, puis j'en oublie un autre, je les avais notés. Oui, c'est-à-dire qu'on s'y perd. On nous dit toujours la même chose, etc. Il y a une séquence de com' et compagnie. Le lendemain de la précédente séquence, c'était le comité d'alerte.
Le lendemain, nous recevons des circulaires où on nous dit qu'il faut passer de 9,5 milliards par an de dépenses pour la trajectoire bas carbone dans les collectivités à 20 milliards. On vient de se faire refourguer l'entretien des digues fluviales, 15 milliards par an. Il y a quelques années, nous allions refaire nos papiers d'identité dans les préfectures et les sous-préfectures, qui aujourd'hui sont des couloirs vides. On va dans les mairies. Maintenant, c'est nous qui devons assumer cela. Depuis le mois de janvier, il y a une loi, l'enfer est pavé de bonnes intentions, qui impose un service de la petite enfance aux communes en nous demandant de créer 200 000 places de crèche.
Est-ce que je suis un bon maire si je crée cette place de crèche ? Et je réponds à un besoin. Ou est-ce que je suis un bon maire si je n'engage pas cette dépense ? Les effectifs qui ont le plus augmenté dans la fonction publique territoriale, c'est la police municipale. Est-ce que les maires qui mettent des policiers municipaux pour régler les problèmes qu'on vient d'évoquer sont des bons maires ou ce sont des mauvais maires ? C'est-à-dire qu'on vous demande de faire des économies d'un côté et on vous demande en même temps
de tenir le territoire de l'autre.
Et puis on nous impose des normes stupides, des procédures, pour aujourd'hui faire un centre de valorisation des déchets. Il faut le faire. Décarboner tout le langage de l'époque. Je suis obligé d'avoir 9, 10 autorisations de services différents. C'est des acronymes abominables, qui sont les services de l'État, la DREA, la DDTM. Ensuite, il faut aller voir le sous-préfet, puis la MRAE. À chaque fois, on refait un dossier. On nous demande une étude 4 saisons qui dure un an.
Est-ce que parfois, il vous demande même des choses contradictoires ?
Mais bien sûr. Aucun de ces services à lui seul ne peut vous autoriser un projet. Chacun de ces services peut vous planter ce projet. Ils sont au-delà des textes. Ils sont maximalistes. Il y a trois semaines, l'État me dit, écoutez, pour ne pas vexer les services de l'ADREAL, même si ce n'est pas dans les textes, faites quand même telle mesure compensatoire environnementale, qui va coûter 200 000 euros. Tout ça, il y a une exaspération. Donc, il faut rétablir les comptes publics. Il faut baisser la dépense. Très bien. Il faut chercher la performance publique. Mais il faut s'attaquer au mal, à la matrice. La matrice, c'est un appareil bureaucratique devenu dingue.
Alors, ça commence à être dit partout maintenant,
mais on ne va pas jusqu'au bout. C'est dit, y compris par les patrons. On racontait hier cette interview croisée entre les patrons de Renault et de Stellantis, qui disait à peu près la même chose que vous. David Lissnard, comment faire face justement à ces dépenses ? Un nouvel impôt local, peut-être pour les collectivités ? En tout cas, il avait été évoqué par le ministre des Territoires, Repsamen. Il parlait d'une contribution modeste et volontaire. On a l'impression qu'on est quasiment dans la cagnotte Litchi.
Oui. Pardon.
Non, mais c'est vrai. Je veux dire, moi, je me dis, je ne sais plus qui croire. Alors, on nous dit, ça ne va pas être douloureux, ça va être modeste et ça va être volontaire. Vous la voulez, vous ne la voulez pas, cette contribution ?
Ce que l'on veut, c'est qu'on baisse les prélèvements obligatoires en France, ils sont les plus élevés du monde. Que l'État, je l'ai dit hier, comprenne que plus l'État a centralisé les impôts, plus il y a d'impôts au total. Vous constaterez que depuis dix ans, il y a eu des suppressions d'impôts locaux, taxes d'habitation, la CVAE en tout cas en partie, parce qu'ils n'ont fait que la moitié de l'effort.
– Gérard Larcher dit que c'était une connerie, pardon, de supprimer cet impôt local.
– La CVAE, non, ça a du sens parce que c'est un impôt de production.
– Et la taxe d'habitation ?
– Mais la taxe d'habitation, c'est une connerie, oui, pardonnez-moi la facilité. L'État s'est mis une balle d'empierre puisqu'il s'engage à compenser les 22 milliards, donc il les trouve ailleurs. C'est quoi ailleurs ? C'est d'autres impôts nationaux ou c'est la dette qu'on fait payer à nos enfants ? – Je reviens à cette contribution modeste et volontaire. – Donc tout l'acheté sur les retraites, sur la dette, fait qu'on est en train de planter les générations qui arrivent. C'est d'une démagogie absolue.
– David Lissnard, cette contribution modeste et volontaire, est-ce que vous la demandez ?
– Pas aujourd'hui et pas dans un contexte, elle ne peut arriver que s'il y a une baisse des impôts nationaux. Ce qu'il faut, c'est que, regardez ce qui se passe ailleurs. Pourquoi ? Dans les autres pays, il y a moins d'impôts, il y a plus d'efficacité publique, parce que l'habitant est intéressé à la dépense. Il faut que l'habitant sanctionne les élus trop dépensiers. Et pour cela, il faut qu'ils soient responsabilisés. Or, aujourd'hui, on a créé un système bureaucratisé, centralisé. Ça ne fonctionne plus.
Donc, dans un contexte où l'État est affamé d'argent, dire on va créer une contribution locale, mais ce n'est pas possible, parce que ce sera de la fiscalité en plus, et que les gens n'en peuvent plus. Et que trop d'impôts tue l'impôt, selon la formule, mais que trop d'impôts tue le contribuable.
– Un mot sur les déserts médicaux. Il y a à nouveau cette loi qui arrive dans l'hémicycle. La question de la régulation ou non de l'installation des médecins, sur tout le territoire, est-ce qu'il faut les obliger, est-ce qu'il faut les obliger, les médecins, à aller s'installer dans des zones de déserts médicaux ?
– Je le dis à toute personne, parce qu'il y a un vrai débat au sein des maires.
– Comment ça se passe entre vous, mais même au sein du cerveau de David Lissner, entre le libéral et le maire ?
– Moi, je suis contre la régulation. Voilà, c'est clair et net. Je pense que plus on mettra des contraintes sur les médecins, plus ils se barrent à l'étranger, ce qu'ils font déjà. Comment on accepte de voir nos gamins partir en Allemagne, en Roumanie, en Espagne, en Belgique, faire des études de médecine et ne plus revenir ? Le numerus clausus a été remplacé par un numerus apertus, qui est une sorte de forme de numerus clausus. Donc, il y a eu des évolutions récentes, intéressantes, comme de permettre aux pharmaciens ou aux infirmiers de pratiques avancées de pouvoir être une porte d'entrée dans la prescription médicale.
Mais il est évident que le gros problème qu'on aurait dû anticiper depuis 20 ans, c'est le problème démographique. Donc, la population vieillie a besoin de beaucoup plus de soins. Il y a eu un problème d'investissement sur la robotique, l'IA dans la médecine, et il y a un problème de chronicité des maladies.
– Mais à court terme, on fait quoi ? En attendant, effectivement, que ces nouvelles décisions ne portent leur faim ?
– Mais c'est ça, à court terme, on organise, on permet à la prescription de passer par les réseaux de pharmaciens, qui sont très présents encore localement, par les réseaux, on s'appuie aussi sur les premiers soins, sur les infirmiers de pratiques avancées, sur les kinés, et surtout, surtout, on ouvre les vannes de la formation des médecins. On en arrive à avoir des médecins, des Français très bien formés pour être médecins, qui exercent ailleurs, et à faire venir des…
– Tout ça, vous nous dites des choses qui porteront leurs fruits dans quelques temps ?
– Non, pas du tout, ce que je vous ai dit avant, ça intervient tout de suite, évidemment. – Donc ça suffit ? – Mais oui, parce que… Parlez avec des étudiants en médecine, tous vous disent, et en plus, on les fait culpabiliser, vous vous rendez compte, on vous paye vos études, vous devez… Mais attendez, je suis désolé, mais merci de choisir la voie de la médecine, merci à des gamins de vouloir faire médecine. Il faut aussi revoir immédiatement toute la formation. Il faut que la formation médicale soit beaucoup plus proche du terrain.
Il y a eu une étude très intéressante qui avait été révélée par l'Institut de la Santé de Frédéric Bizarre, qui démontrait que les médecins veulent s'installer proche de leur endroit de formation. Donc il faut à nouveau qu'on ait des campus universitaires dans des villes moyennes, etc.
– Et qu'ils y restent une fois qu'ils ont reçu cette formation sur place. Merci beaucoup, David Lysnard, d'être venu répondre à mes questions. Je rappelle que vous êtes le maire de Cannes, le président de l'Association des maires de France, et le titre de votre livre, Ainsi va la France. Merci.
David Lisnard