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interviewRFI — L'Atelier politique· 21 février 2026 39 min

Claire Lejeune : «LFI a toujours mis la non-violence au cœur de sa philosophie politique»

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:07
Présentateur

L'atelier politique avec Frédéric Rivière. Bonsoir et bienvenue dans l'atelier politique. Dans cette émission, nous essayons de prendre le temps dont parfois le tumulte de l'actualité nous prive, le temps de la réflexion, de l'analyse, de la mise en perspective avec l'ambition de comprendre ce qui nous arrive et peut-être aussi ce qui s'annonce. Et ce soir, nous sommes avec Claire Lejeune, députée de la France Insoumise de l'Essonne, membre de la commission des finances de l'Assemblée nationale. Bonsoir. Bonsoir, merci pour l'invitation. Cette émission est enregistrée dans les conditions du direct. Nous sommes ensemble pour environ 40 minutes.

Vous allez donc avoir du temps pour développer vos idées. Et je vais vous soumettre à la question rituelle, puisque cette émission s'appelle l'atelier politique et qu'en principe, dans un atelier, on trouve des outils. Est-ce que vous avez, Claire Lejeune, un outil de prédilection ?

1:05
Claire Lejeune

Alors, je pense que je vais être obligée de vous dire un stylo ou son équivalent, un clavier d'ordinateur, parce que j'ai fait des études plutôt littéraires, de philosophie. Donc la lecture, l'écriture, la rédaction de textes, ça a été au cœur de ma vie depuis très longtemps. Donc voilà, je dirais tout ce qui permet d'écrire et de réfléchir.

1:26
Présentateur

Vous êtes le genre de personne qui est envahie par les livres chez elle ?

1:29
Claire Lejeune

J'ai beaucoup de livres, voilà. Après, il y a eu quelques déménagements, donc j'ai dû faire des tris successifs. Mais j'ai encore, voilà, tous les livres à partir desquels j'ai étudié, je les ai encore. Tous les livres que j'ai utilisés pour ma thèse, je les ai encore. Et c'est des compagnons de route.

1:47
Présentateur

Et puis il y a les livres qu'on prête et qu'en général, on ne retrouve jamais.

1:50
Claire Lejeune

Exactement, et des livres qu'on me prête et que je n'ai jamais rendus.

1:53
Présentateur

Oui, ça va donner, ça marche forcément. Il y en a quelques-uns. Bien sûr. Votre famille maternelle est d'origine britannique. Est-ce que vous avez grandi dans une double culture ?

2:02
Claire Lejeune

Oui, j'ai eu les deux langues. Donc j'ai appris l'anglais et le français, je pense, simultanément.

2:07
Présentateur

C'est votre mère qui vous parlait anglais.

2:09
Claire Lejeune

Voilà, c'est ma mère qui nous parlait anglais, qui du coup a arrêté de travailler quand moi et mes sœurs sont nées. Et du coup, on a vraiment baigné dans l'anglais quand on était petites. Et ce qui était un grand avantage, une grande ouverture. D'avoir deux langues, deux cultures, une famille de l'autre côté de la Manche, voilà, ça a été assez important pour moi.

2:31
Présentateur

Et c'était net aussi, évidemment, quand on poursuit des études, ça.

2:34
Claire Lejeune

Ah bah oui, d'avoir une langue en moins, et en particulier l'anglais à apprendre.

2:39
Présentateur

Oui.

2:39
Claire Lejeune

Et du coup aussi, j'ai pu faire de l'allemand, de l'espagnol. C'est sûr que c'est un grand avantage, oui.

2:47
Présentateur

Vous avez beaucoup aimé l'école et les études.

2:51
Claire Lejeune

Oui, alors j'ai eu la chance d'avoir des enseignants incroyables très tôt au lycée, en particulier un prof d'histoire, voilà, qui était un professeur incroyable déjà. Et puis, qui m'a incitée à m'inscrire au concours général. C'est juste ce que vous voyez. Oui, oui, oui, c'est très ancien. Voilà, moi, je n'ai pas vu tout ce que c'est. J'étais dans un lycée public en Essonne. Et donc, je me suis passionnée pour la préparation de ce concours et pour cette discipline, l'histoire, qui est une discipline incroyablement importante. L'année d'après, j'ai fait le concours général de philosophie que j'ai co-gagné avec une autre candidate.

3:35
Présentateur

Et en histoire, vous n'avez pas donné le résultat.

3:37
Claire Lejeune

Oui, j'ai eu un quatrième accessit, donc c'est un bon classement. Oui, c'est un bon classement. Oui, oui, oui. Mais c'est surtout que je me suis pris de passion pour ces matières, ces disciplines, que je me suis mis à lire, lire tout le temps, à travailler énormément. Et c'était plus une conséquence de cette passion qu'un but en soi. Parce qu'à ce moment-là, je ne me projetais pas forcément dans des grandes études. C'était vraiment plutôt la passion des livres qui prédominait.

4:10
Présentateur

Après le bac, vous avez fait un cursus à Henri IV, une prépa, c'est ça ? Et puis ensuite, vous avez fait l'école normale supérieure de Lyon, où vous avez soutenu un mémoire de philosophie contemporaine sur l'écologie politique. Puis en 2017, vous avez rejoint le master droit de l'homme et action humanitaire de l'Institut d'études politiques de Paris, où là, vous avez soutenu un mémoire sur le rapport entre écologie politique et système capitaliste. À quoi vous vous destiniez avec ces études ? Vous aviez envie d'accumuler les savoirs ? Ou vous aviez une vision claire du milieu professionnel dans lequel vous vouliez travailler ?

4:47
Claire Lejeune

Alors, je pense que dans cette accumulation d'écoles et de masters, il y a quelque chose qui était un fil rouge très tôt aussi. Là-dedans, c'était que je militais. J'ai été engagée politiquement, d'abord dans des associations, puis dans un parti politique au cours de cette trajectoire-là. Et je pense que ma volonté, c'était surtout de trouver une place, un rôle où je puisse être utile à la transformation de la société. Je pense qu'un fil rouge, c'est aussi une grosse part d'indignation, une grosse part de colère sur l'état du monde.

5:25
Présentateur

Comment est apparue votre conscience politique ? Vos parents n'étaient pas particulièrement politisés ?

5:28
Claire Lejeune

Alors, mon père est très politisé. Il n'est pas syndiqué, il n'a jamais été dans un parti politique. Mon père est ouvrier. Ouvrier électricien, c'est ça ? Ouvrier électricien. Il avait des grosses journées de travail, un travail qui était épuisant physiquement. Et je pense que ça a joué un énorme rôle dans ma politisation. Et c'est toujours quelqu'un qui a été très alerte et très critique sur les déviances du système politique, les injustices économiques aussi. Et forcément, j'ai grandi avec ça aussi. Et je pense que quand on vient du 91, moi, je suis arrivée à Henri IV par une voix parce que j'étais élève boursière. En fait, on mesure aussi les écarts entre eux en classe sociale.

Moi, c'est aussi une époque où j'ai beaucoup lu Bourdieu, où j'ai lu Marx. Et du coup, on se construit une vision de la société et une volonté aussi de la changer pour la rendre plus juste. Donc, je pense qu'en parallèle de tout ça, il y avait tous ces combats politiques là et que je me cherchais un petit peu une voie pour contribuer à la transformation de la société.

6:45
Présentateur

Vous évoquiez ça à l'instant. Vous dites que vous avez vécu la violence symbolique d'être une fille d'ouvrier en classe préparatoire. Comment s'exprimait-elle cette violence symbolique ? C'était quoi ? De la distance ? De la condescendance ? Voire pire, du mépris ?

7:01
Claire Lejeune

Non, il y avait... Alors, je pense que c'était surtout... C'était pas quelque chose d'explicite et de constant et de... C'était aussi une manière dont, notamment dans les classes prépa littéraires, il y a plein de choses qui sont des espèces d'attendus, de choses qu'on devrait savoir et qui, du coup, dans les cours peuvent être... On y fait allusion. On lâche un nom, un concept, un titre d'ouvrage. Et en fait, il y a une espèce d'attendu qu'on sache ce qu'il y a derrière. Et du coup, c'est comme s'il y avait une partie de ce monde-là qui était codée, qui restait codée et opaque pour ceux qui n'ont pas grandi dans un bain culturel avec ces références, avec ce capital culturel-là.

Et il y avait d'autres pour lesquels ces portes-là étaient déjà transparentes, ouvertes, très claires. Après, c'est aussi le rôle fondamental de l'école publique d'arriver à atténuer et à combattre ces différences-là. Mais je pense que j'ai aussi, parce que j'ai fait ces écoles et parce que j'ai eu ce parcours, eu une conscience assez aiguë de la manière dont une classe sociale crée les conditions pour se reproduire. Très clairement, aujourd'hui, les classes préparatoires et les grandes écoles, bien qu'il y a des élèves boursiers qui y vont et s'en sortent, en travaillant sûrement double par rapport à d'autres. Mais ça reste un système qui perpétue des inégalités sociales.

On sait très bien qu'aujourd'hui, l'école publique a d'énormes difficultés à jouer son rôle d'égalisateur des conditions par rapport aux conditions économiques, socio-économiques de départ. Donc, c'était plutôt dans ce...

8:50
Présentateur

Cette violence symbolique, donc pour reprendre le terme que vous aviez employé, c'était plutôt quelque chose que vous perceviez, que vous ressentiez, plutôt que quelque chose qui s'exprimait de la part de vos camarades sous forme de brimades ou d'humiliation.

9:04
Claire Lejeune

C'était plutôt des non-dits, que des brimades explicites et continues, oui.

9:09
Présentateur

Vous n'avez jamais eu ce qu'on appelle le syndrome de l'imposteur ?

9:13
Claire Lejeune

Ah si, constamment. Mais on le dépasse constamment aussi.

9:18
Présentateur

Dans le journal L'Humanité, vous racontiez, c'était en août 2024, que vous aviez grandi à Juvisy-sur-Orge, qui est aujourd'hui dans votre circonscription.

9:28
Claire Lejeune

Oui. Née à Juvisy, j'ai grandi à Morsan, qui est juste à côté. Et là, j'habite à Juvisy.

9:33
Présentateur

Voilà. Et vous disiez que vous aviez donc grandi dans un mélange de quartiers populaires et pavillonnaires. Oui. Et ajoutiez-vous, typique de la banlieue parisienne, en première ligne, face à la dégradation des services publics. Oui. Comment vous vous sentiez dans cet environnement ?

9:46
Claire Lejeune

Ben, écoutez, c'est l'environnement, quand on grandit dans un environnement, c'est notre norme. Oui. Mais...

9:54
Présentateur

Oui, mais on peut s'y sentir plus ou moins bien.

9:55
Claire Lejeune

Bien sûr. Moi, j'ai fait, du coup, toute mon école dans le public. Et au collège, du coup, on avait effectivement... Enfin, moi, j'habitais plutôt dans le côté pavillonnaire. J'avais, du coup, tous mes amis qui étaient plutôt dans les quartiers populaires de la ville de Morsan-sur-Orge. Donc, il y avait ce mélange-là et cette diversité sociale-là qui était, je pense, bénéfique. Mais c'était aussi, je pense, la distance à la grande ville. Et au fur et à mesure des années, on voit quand même les effets macroéconomiques d'une société qui investit de moins en moins dans ses services publics. Je pense qu'on n'en a pas conscience quand on le vit, quand on grandit dedans.

Mais on sait que l'école publique, elle est désinvestie. Moi, la maternité dans laquelle je suis née, ma juvie sur Orange en 1994, elle a fermé en 2008. Depuis l'année de mon élection, le mois de mon élection, c'est tout l'hôpital autour qui a fermé. Donc aujourd'hui, en termes d'accès à la santé, pour les gens qui habitent dans le bassin de vie dans lequel j'ai grandi et que je représente aujourd'hui, il faut aller à Saclay. C'est très compliqué. Donc oui, il y a cette dégradation de la qualité de ce qui doit nous permettre de tenir ensemble. C'est aussi... On a eu aussi des phases d'inondation dans ces villes-là.

Donc, en fait, tous les phénomènes politiques globaux dans l'ensemble des territoires de banlieue parisienne, on les vit de pleine face.

11:31
Présentateur

On va marquer une respiration musicale, Claire et Jeunes, dans cette émission. Puis après, on reviendra à votre entrée à l'Assemblée nationale. Et on se demandera d'ailleurs, là aussi, peut-être, si vous avez ressenti cette même violence symbolique. Mais d'abord, donc la musique avec quelque chose que vous avez choisi. Il s'agit d'une artiste qui s'appelle La Perla et le titre, c'est Rosalia.

11:58
Invité

Je dois avouer

13:45
Présentateur

que je me suis trompé puisque j'ai inversé titre et nom d'artiste. Donc, l'artiste, c'est Rosalia et le titre, c'est La Perla, ce qui prouve que je ne connaissais pas. Mais c'est bien, on apprend tous les jours. Pourquoi vous avez choisi cette chanteuse et ce titre ?

13:58
Claire Lejeune

C'est quelque chose que j'écoute beaucoup en ce moment. Donc, ça collait un peu au moment. Et puis, c'est une artiste incroyable. Je pense qu'on l'entend un peu, mais musicalement, c'est assez prodigieux. Elle a son nouvel album qui s'appelle Luxe et une belle collection de pépites.

14:16
Présentateur

Alors, je le disais, on parlait avant la musique de cette violence symbolique que vous aviez ressenti en classe préparatoire en tant que fille d'ouvrier. Est-ce que vous avez ressenti quelque chose du même ordre en arrivant à l'Assemblée nationale ?

14:31
Claire Lejeune

De toute façon, personne n'a été habitué à ce que peut représenter l'Assemblée. Après, ce n'est pas du même ordre.

14:42
Présentateur

Il y a sans doute des gens pour lesquels c'est finalement assez naturel de s'y retrouver.

14:46
Claire Lejeune

Et je sais que nous, on a la chance d'avoir dans nos groupes aussi des anciens ouvriers agricoles, des gens qui ne sont pas du tout des trajectoires qui auraient dû les mener à siéger. Enfin, aussi, justement, on aurait envie que plus de gens qui ont ces parcours de vie, ils siègent. Donc, je ne me suis pas sentie du tout seule. On a un groupe où il y a cette diversité-là. Et puis, il faut bien mesurer qu'en fait, du coup, même si mon père est ouvrier, j'ai aussi eu la possibilité d'avoir ce parcours-là qui fait que je... que ce n'est pas de la même violence que pour quelqu'un qui est ouvrier et qui rentrerait à l'Assemblée nationale parce que j'ai aussi un rapport au...

Enfin, il y a toute une série de la lecture. Enfin, j'ai fait du droit.

15:33
Présentateur

Vous avez un bagage culturel pour dire le chose peut-être simplement. J'ai fait un peu de droit. Voilà.

15:37
Claire Lejeune

Donc, ça, c'est des choses qui aident énormément. Après, c'est plus le poids symbolique d'une institution historique et l'immense, immense poids de la responsabilité sur les épaules dans un contexte où la campagne était arrivée très brutalement, où elle est allée très vite et où, du coup, pas mal, pour les nouveaux députés, nos vies ont basculé en l'espace d'un mois. Et il y a cette... Voilà, je pense, ce poids de l'histoire et ce sentiment de responsabilité de faire du mieux qu'on peut par rapport aux valeurs avec lesquelles on s'est engagés et aux engagements qu'on a pris auprès des électeurs quand on a été élus par eux.

16:16
Présentateur

Alors, on va aborder dans quelques instants des questions plus politiques et aussi un peu plus liées à l'actualité, ce qui n'est pas forcément la coutume dans cette émission, mais il se trouve que là, l'actualité est particulièrement dense et que LFI est prise dans un... La France insoumise est prise dans un tourbillon. Mais d'abord, en quelques mots, pour parachever ce parcours, ce portrait de vous, j'ai vu que vous étiez devenu végétarienne par conviction politique. C'est vrai ?

16:47
Claire Lejeune

Oui, oui, oui. Assez tout, d'ailleurs. Je pense que c'était... Ça s'est cristallisé au moment où j'étais en internat et où, du coup, deux fois par jour à la cantine, il y avait des plats avec de la viande plutôt industrielle dont parfois une grosse partie restait sur les assiettes. Et il y avait... Je pense que c'est vraiment par rapport à une critique de l'élevage industriel, des conditions dans lesquelles ces animaux sont abattus et aussi l'articulation avec la question climatique. Aujourd'hui, le fait qu'on a une consommation, qu'on a collectivement à l'échelle globale une consommation de viande de plus importante est un des facteurs qui nous mènent au mur climatique. Voilà.

Donc à la fois sur la question de la condition animale et sur la question climatique, c'était une volonté de juste mettre un peu en cohérence les constats...

17:37
Présentateur

Sans frustration ? Vous aimiez ça ou vous l'avez fait sans difficulté ?

17:42
Claire Lejeune

Ce n'était pas si difficile pour tout dire.

17:44
Présentateur

Et alors, autre résolution que vous avez prise d'après ce que j'ai vu, ne plus prendre l'avion.

17:50
Claire Lejeune

Et vous le faites

17:51
Présentateur

depuis combien de temps ça alors ?

17:52
Claire Lejeune

Ça, c'était une décision. C'était même avant le fait de devenir végétarienne. En fait, entre deux années de prépa, je suis allée travailler dans un camp de migrants en Italie, dans les Pouilles. Et c'était un camp qui avait été construit par les migrants eux-mêmes pour faire la saison des tomates. En gros, ils allaient ramasser les tomates dans les chambres. Donc, vous imaginez bien en juillet-août, les Pouilles, c'est 40 degrés dans des constitutions de travail, bien sûr, non déclarées, bien sûr, catastrophiques. Ça a été aussi un des moments un peu de bascule et de politisation pour moi.

Et à ce moment-là, il y avait un peu cette indignation par rapport à un monde où on a une partie de la population qui, en fait, voyage en avion parfois 4-5 fois par an pour des vacances à l'autre bout de la planète et on en a une partie qui passe des mois à accomplir un voyage pour parfois se protéger contre des violences et des risques qui sont posés à leur vie, qui traversent la Méditerranée sur des petits bateaux de fortune et qui risquent leur vie encore une fois. Donc, c'était plus un acte symbolique auquel, pour être tout à fait transparente, j'ai dû faire un ou deux écarts parce que j'ai deux sœurs qui habitent aux Etats-Unis.

Donc, j'ai fait deux écarts à cette règle que je me suis imposée. Voilà.

19:18
Présentateur

Merci d'être avec nous. Vous écoutez l'Atelier politique, émission réalisée par Mathias Golchani. Il est l'heure de faire un point sur l'actualité. On se retrouve juste après pour la deuxième partie de notre émission. L'Atelier politique avec Frédéric Rivière. L'Atelier politique avec Claire Lejeune, députée de la France Insoumise de l'Essonne, membre de la commission des finances de l'Assemblée nationale. On va en venir, Claire Lejeune, à des questions donc plus politiques. D'un mot, on évoquait, il y a quelques instants, votre arrivée à l'Assemblée nationale.

Alors, elle a été marquée par une campagne de critique dans certains journaux mais aussi sur les réseaux sociaux pour cette poignée de main que vous avez refusée au Benjamin de l'Assemblée nationale le jour de l'élection à la présidence de l'Assemblée nationale. Est-ce que vous pouvez nous raconter cet épisode ?

20:18
Claire Lejeune

Oui. Alors, c'est une décision qu'on a prise avec l'ensemble du groupe parlementaire de la France Insoumise. Donc, je n'étais pas la seule à refuser cette poignée de main. C'est même un geste qui a été suivi dans quasi tous les partis du Nouveau Front Populaire. On arrive dans un contexte où on sort d'une campagne où, en tout cas, tous les sondages et beaucoup d'éditorialistes nous projetaient dans une France où l'Assemblée nationale était dominée par l'extrême droite. On échappe à ça mais on a quand même une extrême droite qui est extrêmement forte.

On est depuis plusieurs années dans un processus de banalisation, de normalisation, où l'extrême droite gagne en crédit et est acceptée comme une force politique normale. Et nous, un élément fondamental de notre identité politique et de notre combat politique, c'est de refuser ça. De refuser que le Rassemblement national soit considéré comme un parti comme un autre, soit accepté dans le champ républicain. Aujourd'hui encore, le Rassemblement national n'a pas sa place dans le champ républicain. C'est un parti qui porte des idées discriminatoires, racistes, qui le montre par ses positions politiques prises sur des textes. Mais quand vous dites

21:42
Présentateur

qu'il n'a pas sa place dans le champ républicain, comment pensez-vous que les électeurs qui ont voté pour le Rassemblement national, ils étaient 11 millions aux dernières élections, comment pensez-vous qu'ils puissent entendre vos propos ?

21:54
Claire Lejeune

On n'a pas appelé à la démission de tous les députés du Rassemblement national. Ils ont été

22:00
Présentateur

perdus de toute façon.

22:02
Claire Lejeune

Il y a des élections, les électeurs font des choix, on a une assemblée qui est ce qu'elle est. Quand on dit qu'ils n'ont pas leur place dans le champ républicain, c'est par rapport à la philosophie et au fond politique commun qu'on doit avoir normalement entre républicains. Donc si vous voulez, la distinction, c'est peut-être le processus électoral institutionnel effectivement régulier dans lequel vous avez des députés d'extrême droite qui sont élus. Donc ça, c'est valide, c'est régulier.

Par contre, on maintient l'idée que du point de vue du fond politique du programme des idées défendues par l'extrême droite, il y a un antagonisme, il y a une incompatibilité avec ce qui devrait nous réunir en tant que républicains.

22:47
Présentateur

Donc je reviens un instant sur cette poignée de main. Il se trouve donc que celui qui surveillait le scrutin pour l'élection à la présidence de l'Assemblée nationale était le Benjamin de l'Assemblée nationale et qu'il était membre du Rassemblement national. Comment vous interprétez le fait que lui, il était prêt à vous serrer la main puisqu'il vous l'a tendu ?

23:09
Claire Lejeune

Parce que ça fait aussi partie de la stratégie de dédiabolisation du Rassemblement national de présenter... Parce que vous pensez

23:17
Présentateur

que si vous dites ça, c'est-à-dire que vous pensez qu'intimement, il n'avait pas envie de vous serrer la main mais qu'il le faisait pour de la communication ?

23:25
Claire Lejeune

Alors après, vous savez, dans l'arène et le champ politique, nos intentions profondes, il y a aussi une dimension de mise en scène et la stratégie du Rassemblement national est de mettre en scène une responsabilité politique, une certaine... normalité...

Un caractère très lisse et donc évidemment, ça rentrait complètement dans leur stratégie de ne pas faire de ce moment-là un moment symbolique d'affrontement avec nous et de le normaliser pour justement permettre leur normalisation parce que ce qu'ils obtenaient si en fait ce moment-là se passait comme sur des roulettes, c'était qu'on enterrinait finalement le fait que c'est un parti comme un autre qui est dans l'hémicycle et tout ça n'est pas très grave. Donc, ils y gagnaient si ça se passait normalement.

Et à mon sens, le camp républicain, le camp qui combat frontalement l'extrême droite aurait beaucoup perdu à ce que ce moment-là se passe comme si on ne venait pas de vivre le moment politique qu'on avait vécu et comme si l'extrême droite n'était pas une force politique extrêmement dangereuse pour la République aujourd'hui.

24:33
Présentateur

Est-ce que vous êtes une littéraire, est-ce que le concept de décence commune défendu par George Orwell, est-ce que l'échange de poignet de main entre adversaires politiques, toute la question est de savoir si vous les considérez comme des adversaires ou comme des ennemis, mais est-ce que pour vous ça ne relève pas de cette décence commune ?

24:53
Claire Lejeune

Alors, on est sur un moment qui est très chargé symboliquement. C'est l'élection de la présidente de l'Assemblée nationale. On lui serre la main après avoir voté dans l'urne. Donc, ça ne relève pas de la politesse ou ce n'est pas ce registre-là. On est sur le registre de la symbolique politique qui, à mon sens, prédomine sur cette question de la politesse du quotidien. Voilà. Et nous, on a fait ce choix-là de mettre à distance, de placer une limite entre un champ d'élus et une partie de l'hémicycle qui n'est pas l'extrême droite et l'extrême droite.

25:32
Présentateur

Comme je le dis régulièrement, comme je l'ai dit au début de notre entretien, cette émission a pour ambition de ne pas se laisser dépasser par le tumulte de l'actualité. Mais il se trouve que l'actualité immédiate est de profondes questions de société, questions politiques au sens noble du terme, d'ailleurs, se rejoignent. Et il se trouve aussi que LFI est au cœur de cette tempête. Je veux bien sûr parler de la mort de Quentin Deranque, 23 ans, présenté comme un jeune militant identitaire, violemment lâché dans une rue de Lyon en marge d'une conférence de la députée LFI, Rima Hassan.

L'implication de la jeune garde, mouvement qui se présente comme antifasciste, est désormais avérée puisque deux collaborateurs parlementaires du député La France Insoumise, Raphaël Arnault, fondateur du mouvement, sont impliqués dans cette affaire. Les liens entre la jeune garde et LFI sont également très clairement établis puisqu'ils ont été fièrement et publiquement revendiqués par Jean-Luc Mélenchon le 30 avril 2025 et il parlait, je le cite, d'un mouvement allié, lié à LFI. Au regard de ces événements, est-ce que vous diriez qu'LFI s'est fourvoyé en s'alliant avec la jeune garde ? Je rappelle que Raphaël Arnault a lui-même été condamné pour violences en réunion en février 2022.

26:57
Claire Lejeune

Oui, alors déjà commencer par rappeler notre condamnation de ces faits de violence qui ont mené à la mort de ce militant identitaire, rappeler nos condamnances à la famille bien sûr sur l'ensemble de ces événements. La France insoumise est un mouvement qui a toujours, toujours mis la non-violence au cœur de sa philosophie politique. qu'on est un parti politique qui visons à changer la société par le biais des élections, par la prise de pouvoir dans les institutions. Et un autre élément fondamental de notre identité, c'est l'antifascisme. Et ces choses-là ne vont pas changer. C'est des éléments qui font notre identité politique de manière fondamentale.

Après, la jeune garde, elle a été créée à partir de la situation de Lyon où on a effectivement des groupes d'extrême droite, des groupes néo-nazis pour certains d'entre eux qui ont aussi une logique de domination y compris territoriale au niveau du vieux Lyon où on sait qu'il y a des faits de violence de manière récurrente et la jeune garde fait de l'autodéfense populaire. C'est ce qu'on a vu et ce qui s'est passé et qui a mené à la mort de Lantin n'a rien à voir avec l'autodéfense populaire et on le condamne sans aucune forme d'hésitation ou de doute là-dessus. Donc maintenant, il y a une enquête qui est en cours. La police et la justice doivent faire leur travail.

Les personnes qui sont responsables de cette mort doivent bien sûr être jugées et la peine adaptée doit être appliquée.

28:43
Présentateur

Claire Lejeune, est-ce que vous avez dit en quelque sorte dans l'ADN de la France insoumise, il y a la non-violence ? Est-ce qu'on peut dire ça et investir en 2024 Raphaël Arnaud aux élections législatives qui a été condamné pour violence en 2022 ?

29:00
Claire Lejeune

Encore une fois, lorsque Raphaël Arnaud est investi, c'est aussi pour son rôle en tant que militant antifasciste, c'est pour son rôle aussi au sein de la jeune garde et c'est absolument pas...

29:17
Présentateur

C'est pas pour son comportement violent mais il l'a été.

29:22
Claire Lejeune

Alors, les raisons politiques pour lesquelles il a été investi et élu sont celles de son fond politique et des idées politiques qu'il porte. Et les articulations qu'il y a eu avec la jeune garde portent sur des points très précis et encore une fois, on fait une grande différence entre ce que la jeune garde peut porter en tant que mouvement d'autodéfense populaire et ce qui s'est passé à Lyon qui est en rupture complète avec ces principes-là et cette philosophie-là.

29:50
Présentateur

La France insoumise est un mouvement qui se réclame d'une radicalité. Le terme est employé régulièrement par Jean-Luc Mélenchon. Est-ce que la radicalité des idées n'engendre pas inévitablement une forme de radicalité dans les comportements ?

30:08
Claire Lejeune

Non, je pense que si vous prenez toute notre histoire politique, y compris l'histoire de la République qui est née dans un moment révolutionnaire

30:15
Présentateur

qui a été extrêmement violent

30:16
Claire Lejeune

ou des idées qui à ce moment-là étaient radicales. Le fait d'abattre une monarchie, d'instaurer une république et l'égalité entre citoyens étaient des idées extrêmement radicales au moment où elles ont émergé où elles se sont imposées. Je pense que c'est une pente très dangereuse de commencer à placer et de porter des anathèmes sur des idées qui paraîtraient à une certaine partie du champ politique comme radical.

Moi, j'estime que dans un moment où on a le dérèglement climatique qui va tout déstabiliser, où on a un capitalisme de plus en plus sauvage et le trumpisme en est un des visages, à un moment où on a tous ces phénomènes-là, le fait de dire qu'on ne veut pas juste ajuster un peu le système, voir si on peut un peu l'améliorer à la marche pour que ce soit un peu moins dur pour les gens, pour que le système soit un peu moins violent, le fait de dire non, on pense que ce système-là, on peut le changer fondamentalement et qu'on peut en changer la logique, ça ne me paraît pas être une chose qui soit condamnable en soi et qu'on doit repousser en soi.

31:25
Présentateur

Est-ce qu'on peut imaginer une France qui serait apaisée sans pour autant anesthésier le débat politique ?

31:34
Claire Lejeune

Alors, justement, je pense que le problème qu'on a actuellement, c'est que, si vous voulez, le débat d'idées qu'on devrait avoir. On a une classe politique qui défend une forme de néolibéralisme, des options sociales, économiques et puis, on a une partie du champ politique qui conteste ces choix-là, cette doctrine-là, sauf qu'il y a une espèce de prise d'otage du débat d'idées par les tenants du néolibéralisme qui l'imposent comme, en fait, la seule option viable, discutable et le reste est de l'ordre de la radicalité qu'il faut repousser, condamner.

Moi, je pense qu'on gagnerait à regarder honnêtement, sérieusement, avoir ce débat d'idées de manière claire et aujourd'hui, on voit bien que c'est très compliqué d'avoir cette discussion-là. Donc, oui, moi, je pense qu'on devrait être en capacité d'avoir un débat d'idées avec l'inclusion de postures et de positions qui visent à changer fondamentalement les choses sans pour autant tomber dans quelque chose qui peut déstabiliser le débat politique en tant que tel.

32:43
Présentateur

On pourrait aussi peut-être aborder le sujet au regard de la liberté d'expression et de la conception qu'on en a. Prenons le cas de LFI, je le disais qui est un mouvement qui revendique sa radicalité. Jusqu'où êtes-vous prête, vous, à accepter d'entendre une radicalité adverse s'exprimer ?

33:05
Claire Lejeune

Une radicalité adverse ?

33:07
Présentateur

Je parle sur le plan des idées. Je ne parle pas dans la rue ou par quelque autre opération que ce soit.

33:12
Claire Lejeune

radicalité adverse,

33:15
Présentateur

c'est-à-dire vous voyez bien de quoi je parle.

33:17
Claire Lejeune

Oui. On l'entend, de fait. Tout notre travail de parlementaire, c'est justement la confrontation des idées. Est-ce que vous

33:28
Présentateur

reprendriez à votre compte la fameuse phrase que Voltaire n'a d'ailleurs jamais prononcée mais qu'on lui prête si souvent ? Je ne suis pas d'accord avec ce que vous dites mais je serai prêt à mourir pour que vous puissiez le dire. Est-ce que cette phrase-là, vous la feriez vôtre ?

33:41
Claire Lejeune

Alors, il y a quand même une nuance à apporter sur le fait qu'on peut exprimer nos opinions. Évidemment, il y a des libertés d'expression de nos opinions, etc. Mais on a quand même des limites sur lorsque ça atteint l'intégrité physique des personnes, lorsqu'on a des propos racistes, lorsqu'on a des propos... Il y a quand même des propos qui ne sont pas acceptables aujourd'hui dans le débat public et ça doit rester ainsi.

34:17
Présentateur

Alors justement, il y a quelques jours, le président de la République souhaitait la mise en place d'une peine d'inéligibilité obligatoire pour les élus coupables d'actes et de propos antisémites, racistes et discriminatoires. Donc au fond, ça rejoint un peu ce que vous évoquez. C'est-à-dire que vous dites la liberté d'expression, oui,

34:38
Claire Lejeune

mais il y a des limites.

34:40
Présentateur

Mais les limites, elles existent aujourd'hui dans la loi. On a déjà un cadre

34:42
Claire Lejeune

légal pour ça. Mais vous voyez bien aussi le fil que tirent aussi le gouvernement actuel et le président lorsqu'ils invoquent ces choses-là. Par exemple, là en avril, on va étudier une proposition de loi de la députée Caroline Yadant qui vise en gros à assimiler l'antisionisme et l'antisémitisme et à dire qu'en gros l'antisionisme serait le nouvel antisémitisme et vous voyez bien que par exemple tous les militants pour la cause palestinienne pourraient du coup être pris dans cet élément-là. Donc c'est dans le contexte actuel ce genre de surenchère sur un cadre légal qui existe déjà va aussi dans une direction qui peut être inquiétante.

35:33
Présentateur

Mais l'antisionisme n'est pas à vos yeux effectivement parfois le faunet de l'antisémitisme ?

35:41
Claire Lejeune

Alors c'est deux choses qu'il faut distinguer et le sionisme étant une position politique et le fait d'être juif étant un élément de son identité d'une identité religieuse donc ça n'a évidemment

35:56
Présentateur

pas la même bien sûr

36:00
Claire Lejeune

mais ça n'est évidemment pas la même chose et le fait de l'amalgamer peut être très dangereux.

36:07
Présentateur

Pour prolonger un instant sur cette question de la conception de la liberté d'expression en Inde il y a quelques jours Emmanuel Macron a qualifié de bullshit je ne le traduis pas je crois que tout le monde sait ce que c'est c'est une expression qui a été transposée désormais dans le langage français a qualifié de bullshit l'idée d'une totale liberté d'expression sur les réseaux sociaux en raison des biais qu'introduisent les algorithmes est-ce que vous êtes favorable à une forme d'encadrement de la liberté d'expression sur les réseaux sociaux ?

36:37
Claire Lejeune

Alors effectivement aujourd'hui les réseaux sociaux on a une grande domination des GAFAM on sait ce qu'est devenu ce qu'est devenu par exemple le réseau social X détenu par Elon Musk et comment il essaye de l'utiliser pour en faire justement un outil un outil politique voilà donc on sait très bien que ces espaces ne sont pas neutres ne sont pas des feuilles blanches sur lesquelles s'exprime un débat d'idées contradictoires donc on connait ces biais-là après il faut veiller à ce que les réponses qu'on apporte à ça ne soient pas aussi des moyens détournés pour réprimer des voix militantes parce qu'on sait qu'aujourd'hui on est dans un contexte où vous avez beaucoup de mouvements sociaux beaucoup de mobilisations qui tombent aussi sous le coup d'une répression d'état et donc il faut veiller à ce que les outils qu'on apporte à la table pour justement pallier à ces dérives-là ne soient pas pires que le mal initial

37:44
Présentateur

très rapidement il nous reste quelques secondes est-ce qu'aujourd'hui avec les filles on est inquiet des conséquences politiques de ces événements de Lyon

37:52
Claire Lejeune

alors déjà la mort d'un jeune homme de 23 ans c'est évidemment quelque chose qui ça vous l'avez dit

38:00
Présentateur

mais c'est autre chose mais en vraiment quelques mots est-ce que vous redoutez les conséquences politiques

38:04
Claire Lejeune

vous voyez bien alors moi ma maintenance parlementaire elle a été dégradée je veux dire les conséquences de pas du fait en lui-même mais de la récupération et de l'instrumentalisation de ce fait et le boulevard que l'extrême droite est en train de s'ouvrir à partir de ce fait-là avec l'aide de la droite des macronistes et malheureusement d'une partie de la gauche oui ça c'est évidemment extrêmement inquiétant pour le pays

38:30
Présentateur

merci Claire Lejeune merci d'être passé à l'atelier politique cette émission je le précise a été enregistrée vendredi 20 février en fin de matinée et par conséquent avant la manifestation qui doit avoir lieu ce samedi cette émission est à retrouver sur le site internet de RFI ou sur l'application Pure Radio tout de suite un nouveau point sur l'actualité et ensuite vous avez rendez-vous avec Laurence Alloir pour Musique du Monde bonne soirée à la semaine prochaine Retrouvez l'intégralité des podcasts RFI sur l'application RFI Pure Radio

Claire Lejeune : «LFI a toujours mis la non-violence au cœur de sa philosophie politique» — Claire Lejeune · Pourquijevote