PRÉSIDENTIELLE : ÇA DEVIENT TRÈS NAUSÉABOND
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Arnaud Montebourg qui reprend une proposition de l’extrême droite, Éric Zemmour qui n’ira pas à Colombey, Xavier Bertrand qui feint d’ignorer le polémiste et les nouveaux éléments de langage du Rassemblement national. C’est le sommaire de ce numéro 4 de la Guerre du trône. Cela dit quelque chose de la période Qu’une figure historique de la gauche comme Arnaud Montebourg en vienne à reprendre une proposition d’extrême droite sur l’immigration démontre à quel point cette dernière a confisqué le débat politique.
C’était ce week-end, au détour d’une question sur les pays qui refusent d’accueillir leurs ressortissants sous le coup d’une obligation de quitter le territoire français. La privation des visas pour moi ne fonctionne pas donc je suis décidé à taper au portefeuille. C'est-à-dire ?
Il y a 11 milliards de transferts d’argent qui passent par Western Union sur l’ensemble des pays d'origine. Hé bien, nous bloquons tous les transferts aussi longtemps qu’on n’a pas un accord de coopération. Mais ce sont des transferts d’argent privés dont vous parlez !
Ce sont des transferts d’argent privés mais qui aujourd’hui sont une manne pour ces pays. Les réactions indignées ont été immédiates. Jean-Luc Mélenchon d’abord : “Montebourg, ce serait une erreur cruelle d'interdire les transferts de salaires vers la famille au pays d'origine au nom des mauvaises actions des gouvernements.
Ne passez pas sur ce terrain glauque.” De son côté, Mathieu Orphelin, porte-parole de Yannick Jadot, reproduit la déclaration de Montebourg assortie de ce commentaire laconique : “Quand la Remontada se fait à droite, vraiment à droite.” En revanche, Éric Zemmour se réjouit : “En panne d’idées, Montebourg a regardé en replay les vidéos de ma chaîne Youtube.
Bravo Arnaud !” Ce qu’oublie de dire le candidat non-déclaré, c’est que lui-même a repris l’idée à Marine Le Pen, voici un mois. Arrêtons d’accorder des visas à l’Algérie tant qu’elle n’accepte pas de respecter le droit international, c'est-à-dire de reprendre ses ressortissants.
Et puis, si vraiment ça continue à coincer, il y a quand même un autre moyen, ce sont les transferts de fonds. Je vous rappelle quand même que les gens qui ont la nationalité algérienne et qui sont en France, des diasporas vers leurs pays, ils envoient tous les mois de l’argent en Algérie. Un milliard et demi quand même.
Un milliard et demi qui ne rentre pas dans l'économie française. On peut aussi dire : “Puisque c’est comme ça, hé bien, vous arrêtez d’effectuer les transferts.” S’agit-il d’un dérapage ?
Ou bien est-on en présence d’une stratégie mûrement réfléchie ? Une stratégie qui chercherait à ramener des électeurs de gauche partis chez Marine Le Pen en affichant une radicalité qui était jusqu’ici l’apanage de l’extrême droite. Une façon de dire que le souverainisme de gauche n’aurait rien à envier au souverainisme de droite.
En politique, on appelle ça de la triangulation. Pendant la campagne de 2007, Nicolas Sarkozy s’était ainsi revendiqué de l’héritage de Jaurès et de Blum. On a vu par la suite ce que ça a donné.
Mais, à la différence du Sarkozy de 2007, Arnaud Montebourg ne représente que lui-même. Malgré ses appels de phare, il serait surprenant que les électeurs de Marine le Pen ou d’Éric Zemmour se tournent vers lui. Le naufrage risque d’être définitif.
Éric Zemmour n’ira pas à Colombey-les-Deux-Églises se recueillir sur la tombe du général de Gaulle pour l’anniversaire de sa mort. La rumeur voulait qu’il fasse sa déclaration de candidature à l’occasion de ce déplacement. Ce ne sera pas pour cette fois.
Est ce que vous allez y aller ? On se pose la question. Vous avez raison de poser la question.
J’y ai pensé mais finalement… Je vais vous dire, je n'irai pas pour une raison simple. D’abord parce que c’est devenu vraiment un cliché, un cliché politicien de se recueillir sur la tombe du général de Gaulle. Quand je vois tous ces gens, de droite, de gauche, venir se recueillir sur la tombe du général de Gaulle, j’ai l’impression de l’hommage du vice à la vertu.
C’est à dire que ces gens là sont tous, tous, je dis bien “tous”, des traîtres au général de Gaulle. Des traîtres… Eux au moins ne réhabilitent pas le maréchal Pétain tous les quatre matins. Si Zemmour a renoncé à se rendre à Colombey, c’est tout simplement pour ne pas voir sa présence éclipsée par celle des ténors de LR qui ont également prévu de se rendre en nombre sur la tombe du général.
Dommage, les images promettaient d’être savoureuses. Il en est un qui se refuse à parler de Zemmour. C’est Xavier Bertrand.
Il est candidat ou pas ? Pour l’instant pas. Bah alors on en parlera s’il est candidat.
C’est un peu hypocrite ça non ? Non pas du tout. Parce qu’il fait des meetings partout.
Parce que moi ce qui m’intéresse dans une campagne quelle qu’elle soit, et une campagne présidentielle, c’est de parler aux Français, ce n’est pas de commenter. Cette vertueuse prise de position a une explication. Bertrand table en effet sur un ralliement d’Éric Ciotti à sa candidature à l’occasion du congrès des Républicains.
On s’en souvient, le député des Alpes-Maritimes avait affirmé qu’il préférerait voter Zemmour plutôt que Macron. Xavier Bertrand a donc jugé plus prudent de s’abstenir de tout commentaire sur le polémiste d’extrême droite. On ne va pas se fâcher pour si peu.
Et comme on n’en fait jamais trop en politique, le président de la région Hauts-de-France s’est aventuré à formuler cette promesse : Vous ferez campagne pour le vainqueur de cette primaire qui ne dit pas son nom, quel qu’il soit ? Evidemment. Même si c’est Éric Ciotti ?
Évidemment. Même si Éric Ciotti qui dit que lui il voterait Zemmour au second tour face à Macron ? Quel que soit le candidat qui sera retenu, nous serons tous avec lui.
Une situation qui, selon toute vraisemblance arithmétique, ne se produira pas. Mais ça fait toujours plaisir à celui qui l’entend. Dans la guerre qui oppose Éric Zemmour à Marine Le Pen, le premier a l’avantage d’incarner une certaine nouveauté.
En matière de stratégie, bien sûr. La candidate du Rassemblement national a donc décidé de ringardiser le polémiste. C’est Jordan Bardella, le président par intérim du Rassemblement national, qui a été chargé de tester la nouvelle ligne : Je pense qu’Éric Zemmour, et on peut avoir encore des points d’accord, ce n’est pas le sujet, fait parfois preuve d’une brutalité dans ses déclarations, dans ses propos, qui ramènent notre famille politique à trente ans en arrière.
Et je le déplore. C’est Jean-Marie Le Pen quoi ? Parce que je suis convaincu… Oui, Jean-Marie Le Pen le dit lui-même, il retrouve chez Éric Zemmour une forme de brutalité, de radicalité que nous n’avons plus aujourd’hui.
Parce que les constats que fait Éric Zemmour sont des constats qu’on a fait nous il y a trente ans. Je viens dire aujourd’hui aux Français, et je viens dire aujourd’hui aux électeurs du camp national qu’Éric Zemmour c’est le “vote-assurance” d’Emmanuel Macron. Parce que le discours d’Éric Zemmour est tellement caricatural et tellement brutal qu’il offre la réélection d’Emmanuel Macron sur un plateau.
Le message à l’adresse des électeurs RN est clair. Zemmour, c’est le candidat de Jean-Marie Le Pen, celui qui a perdu la présidentielle de 2002. Vous savez ce qu’il vous reste à faire si vous voulez gagner.
Reste à savoir si s’attaquer à la “statue du commandeur” parlera à des électeurs qui, justement, estiment que le Rassemblement national s’est par trop ramolli. Si vous avez aimé cette chronique, si vous voulez nous soutenir, n’hésitez pas à vous abonner à notre chaîne Youtube. Et n’oubliez pas d’activer la cloche.
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À jeudi pour un nouveau Bourbon Sinon Rien. Et à lundi pour un prochain numéro de La guerre du trône.
Arnaud Montebourg