Marie Guévenoux, députée Renaissance de l'Essonne - La politique et moi
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
-Elle a fait ses gammes à droite avec Alain Madelin puis Alain Juppé. Désormais membre de Renaissance, elle occupe un poste stratégique à l'Assemblée. Générique ... -Bonjour. -Bonjour. -En 2017, quand vous êtes arrivée à l'Assemblée, vous aviez à peine 40 ans et déjà plus de 20 ans d'expérience quand la plupart de vos collègues de La République En Marche débutaient en politique.
On a retrouvé des images de vous qui datent de 1996. A l'époque, vous étiez engagée au sein du syndicat étudiant UNI et vous vous apprêtiez à rencontrer Jacques Chirac à Amiens. *-A 19 ans, en première année de droit, elle s'est engagée à fond pour le candidat Chirac.
Elle aussi sera du déjeuner. *-On va faire un bilan sur l'orientation, sur le procédé sélectif qui n'est pas terrible à l'université, on va parler d'insertion professionnelle, du statut de l'étudiant et du statut social. -Quand on vous entend faire la liste de tous les sujets que vous voulez aborder avec Jacques Chirac... -Je n'ai pas rempli la mission. -Il y avait déjà ce côté très carré, très sérieux chez vous, vous n'étiez pas là pour aller faire des blagues avec Jacques Chirac. -Oui, mais alors, c'est amusant parce que je crois qu'au déjeuner, j'ai réussi à lui dire qui j'étais. -C'est pas allé plus loin ? -J'ai fait une remarque, mais c'était impressionnant de le voir.
C'est vrai qu'on se mettait pas mal de pression. C'était mon 1er engagement, on m'envoyait déjeuner avec le président. -On le voit, à la sortie du déjeuner, sur le perron de la préfecture.
C'est la campagne présidentielle de Jacques Chirac qui a déclenché votre premier engagement. Vous avez soutenu sa campagne, sauf que vous ne vous définissez pas comme chiraquienne. -Je crois qu'au fond...
Je vais le dire de façon très franche, je pense que j'ai été rapidement un peu déçue de...
De l'action qu'il avait menée et puis, maintenant que j'ai vieilli, je me rends compte que les choses sont moins simple et que "déçue", c'est trop fort, mais non, je ne me considérais pas comme chiraquienne. J'étais plus sensible à la personnalité d'Alain Madelin. -Oui.
Ca, c'est à partir de 1999. -Oui, mais en 1995, il est membre du gouvernement de Jacques Chirac et d'Alain Juppé, il est ministre de l'Economie et des Finances, et il démissionne rapidement après avoir été nommé et j'avais, à l'époque, estimé qu'au fond, c'était la preuve d'une forme de cohérence avec ses convictions et ça m'avait impressionnée positivement. -Alain Madelin, c'est la droite libérale, vous avez milité dans son parti à partir de 1999, vous avez dirigé le mouvement des Jeunes avec Madelin et quand il a intégré l'UMP, vous l'avez suivi et là, c'est Alain Juppé que vous avez rencontré, qui a été le premier président de l'UMP.
Sur le papier, vous n'étiez pas faits pour vous entendre et ça s'est bien passé. Il vous a fait confiance. Comment vous expliquez que l'alchimie se soit bien faite entre vous ? -Ben parce que, Alain Juppé, c'est quelqu'un qui...
Qui est très à l'écoute, contrairement à ce que l'image peut passer, peut laisser penser de lui, c'est quelqu'un qui est très à l'écoute et qui a une vraie considération pour la jeunesse. J'ai pu l'observer quand j'étais jeune et après, j'ai pu l'observer... avec lui parce que j'ai cheminé longtemps avec Alain Juppé, puisque j'ai commencé...
Je l'ai rencontré en 2002, vous l'avez dit, et j'ai fait sa campagne... -En 2016. -Voilà, j'ai fait sa campagne pour les primaires de la droite et du centre en 2016 et j'ai eu l'occasion d'observer qu'avec les jeunes de 2016, dont je ne faisais plus partie, il avait la même écoute, la même bienveillance et le même intérêt, et donc, c'était, pour quelqu'un de 25, 26, 27 ans, je ne sais plus quel âge j'avais, mais avoir un ancien Premier ministre, président de parti et présidentiable qui s'intéresse à vous, à votre point de vue et à celui de votre génération, c'était pas dur de bien s'entendre avec lui. -Vous avez créé les Jeunes populaires, vous en avez été la 1re présidente, vous avez côtoyé beaucoup de personnalités que vous croisez aujourd'hui à l'Assemblée dans les rangs RN, LR ou de la majorité : Franck Allisio, Sébastien Chenu, Aurélien Pradié, Virginie Duby-Muller, Aurore Bergé, Gérald Darmanin, Benjamin Haddad et encore, je crois qu'il y en a d'autres.
C'était une bonne école de la politique, les Jeunes Pop ? -Les mouvements de jeunesse en général, c'est une école de la politique, certains disent du vice... -C'était la phrase de Mitterrand sur les Jeunes Socialistes. -On n'était pas des Jeunes Socialistes, donc j'ai pas le sentiment d'avoir vécu dans l'école du vice.
C'était vraiment très formateur. J'en retire d'abord une bande de copains, qui ne sont pas forcément ceux que vous avez cités. -Vous aviez repéré Aurélien Pradié. -Ouais.
Il était tout jeune. Il avait 16 ans. Il était impressionnant, Aurélien, parce qu'à 16 ans, il montrait qu'il avait du potentiel, oui.
Il semblerait que ça n'ait pas été démenti. -Vous avez aussi traversé des moments plus difficiles, notamment quand Nicolas Sarkozy a repris en main l'UMP. Il vous a demandé de démissionner.
C'est aussi ça, la politique, cet aspect qui peut être violent ? -Il ne m'a pas exactement demandé de démissionner. -Il vous a poussée à la démission, on va dire. -Je savais qu'en me présentant à la présidence des Jeunes de l'UMP, que j'ai remportée, je savais qu'il était pas en soutien de ma candidature. -Ils vous voyait comme trop pro-Juppé, trop pro-Chirac alors que... -Et pas assez pro-lui. -Pas assez pro-Sarkozy. -Ce n'était pas forcément faux, mais pas forcément vrai non plus.
Bon, bref, quand on préside un parti et qu'on veut être président, on a envie d'avoir un mouvement de jeunes qui obéit avec le doigt sur la couture du pantalon. L'enjeu est tellement grand que je le comprends. Je pense qu'on aurait pu être gérés différemment, mais c'est pas grave, c'est passé, tout ça.
Mais oui, on m'a présentée comme l'anti-Sarkozy, je ne l'étais, au fond, pas à ce point. -Ca ne vous a pas empêchée de continuer dans des cabinets ministériels, au Conseil général des Yvelines et en 2016, vous avez donc participé à la campagne d'Alain Juppé. En 2017, l'affaire Fillon éclate et là, entre les deux tours, vous vous tournez vers Emmanuel Macron.
Il faut se rappeler qu'à l'époque, à ce moment précis, il y avait pas mal de ralliements à gauche, mais assez peu à droite. Ca a été une décision difficile à prendre pour vous ? -Oui et non.
Non parce que, par rapport à beaucoup d'amis qui avaient des responsabilités politiques, des mandats, moi, je n'ai engagé que moi-même. Je n'avais pas grand-chose à justifier. Ce n'était qu'un choix personnel, et oui, c'était difficile parce qu'on n'était pas nombreux à le faire et que, quand vous retournez vers vos amis qui militent depuis 20 ans au même endroit que vous et que vous êtes seule, vous vous dites : "J'aurais préféré..." La politique, c'est avant tout une aventure collective, en tout cas, c'est comme ça que je le vis, et c'est vrai que c'est un choix que j'ai fait seule. -Peur de passer pour une traître ? -Oui, bien sûr. -C'est ça, le risque. -C'est très compliqué de...
De...
De...
De faire en sorte, de faire comprendre aux gens...
On va pas à la gamelle, en fait. On fait ça par conviction. On fait ça parce qu'on pense que c'est le bon choix.
Je pense que les gens qui me connaissent et qui ont pu juger de mon engagement depuis savent ce qu'il en est, mais sur le moment, il y a ce premier réflexe, cette première...
Ce premier jugement qui est porté sur le fait de...
La trahison, donc... -Il y a une image en 2022 qui m'a marqué à la fin de la cérémonie d'investiture d'Emmanuel Macron à l'Elysée, on le voit aller saluer des personnalités et puis, à un moment, il s'arrête pour vous saluer vous et vous remercier de ce que vous avez fait pour lui pendant le campagne présidentielle et ça a surpris pas mal de journalistes politiques.
Comment vous l'expliquez ? -Je suis peut-être sous les radars des journalistes politiques. -C'est un peu l'impression que ça donne.
Ils n'ont peut-être pas pris la mesure de votre rôle dans cette campagne. -Peut-être, mais je n'ai pas cherché à le valoriser. -Vous le dites vous-même, alors pourquoi ne pas chercher à vous mettre plus en avant ?
Vous avez occupé des fonctions importantes : secrétaire de la campagne d'Alain Juppé en 2016, directrice financière de celle de François Fillon en 2017, trésorière de La République En Marche, puis déléguée générale adjointe. C'est des postes où on reste dans l'ombre, en général. -Oui, mais enfin, moi, je...
Je ne recherche pas la lumière. Probablement que je la craignais aussi, et donc, au fond, c'est quand même plus simple d'évoluer dans l'ombre, en tout cas, c'est probablement moins de pression, donc voilà. Après, j'essaie de faire sérieusement mon travail, de faire en sorte que les gens qui me font confiance en soient contents, Maintenant, j'ai une dimension...
Je suis élue, maintenant, et donc, je sais qu'il y a une part d'exposition que je dois aussi prendre parce que c'est ce qu'on attend aussi de ma fonction. -Vous avez été élue questrice de l'Assemblée en 2022 aux côtés d'Eric Woerth et d'Eric Ciotti. C'est une fonction stratégique de l'Assemblée, on va en parler, mais là encore, c'est une fonction pas très connue du grand public. -C'est un rôle... fondamental. -Sur le rôle, les questeurs sont à la fois trésoriers et préfets.
On parle souvent de ce côté trésorier, vous gérez un budget conséquent. Combien c'est ? -600 millions d'euros. -600 millions par an pour l'Assemblée.
On retient moins souvent la dimension préfet. Qu'est-ce qu'on entend par là ? -Pour faire simple, les questeurs s'occupent de la définition et de l'exécution du budget, accompagnent le personnel de l'Assemblée, 1200 agents de la fonction publique parlementaire et des contractuels, et ils s'occupent d'accompagner les députés dans les moyens qui sont les leurs pour mener à bien leur mandat, donc c'est trois gros morceaux, si je puis dire, et au fond, vous touchez un peu à tous les domaines, et donc, c'est peut-être en ça qu'il y a une fonction de préfet. -Un peu plus préfet.
Vous dites que c'est un poste aussi, voire plus stratégique que secrétaire d'Etat. Si on vous propose d'être secrétaire d'Etat, vous direz non ? -Je vais pas me faire beaucoup de copains.
Non mais...
C'est comme tout...
Questeur, en tout cas, c'est une responsabilité très forte... -Dans l'institution de l'Assemblée. -On touche à beaucoup de sujets, j'ai cité les principaux qui sont les ressources humaines, le budget et l'accompagnement des députés, mais il y en a beaucoup d'autres : le parc bâtimentaire, les investissements que l'on fait, il y a la démarche environnementale, il y a beaucoup de choses.
Ca ressemble à maire d'une ville. -Vous êtes la maire de l'Assemblée. On va passer à notre quiz, à présent.
Je vais commencer une phrase et vous allez devoir la compléter. -Oui. -On y va. "Depuis que je suis questrice, "beaucoup de députés..." Elle rit. -Beaucoup de députés...
Elle hésite. ...font appel à moi pour...
Pour les aider dans l'exercice de leur mandat. -Pour régler des soucis. -Ca va de sujets compliqués à moins compliqués de type chauffage ou climatisation.
Il faut rester humble. -"Les députés qui utilisent TikTok, WhatsApp ou Instagram..." -Essaie d'intéresser les jeunes. -J'avais en tête ce communiqué qui les invitait à faire attention à leurs données sur leur téléphone. -Oui, tout à fait.
On a voulu sensibiliser nos collègues au fait que l'utilisation de ces réseaux pouvait les exposer et qu'il fallait être vigilant à l'utilisation de l'ensemble des réseaux sociaux par le biais des téléphones portables qui sont les leurs. On ne peut pas leur interdire de les utiliser, mais ça nécessite de la vigilance. -"Quand je ne serai plus députée, "je pourrai enfin..." -Oh là là !
Faire plein de choses. -La liste est longue ? -Non, mais il y a plein de choses que...
Que j'aimerais faire. En premier lieu...
En premier lieu, je m'occuperai probablement plus de ma famille et il y a plein d'autres choses que j'aimerais faire, mais je suis, honnêtement... une femme très épanouie dans la façon dont je gère mon temps à la fois comme députée, comme mère de famille et comme individu, donc tout va bien. -Ce sera le mot de la fin.
Merci d'être venue dans "La politique et moi." -Merci. SOUS-TITRAGE : RED BEE MEDIA Générique ...
Alain Juppé