M. Barnier à Matignon... les secrets d'une nomination - Reportage #cdanslair du 05.09.2024
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
de la Ve République, qui va succéder au plus jeune, G.Attal, après des semaines de blocage, de consultations. C'est le profil de l'homme d'expérience, de droite, qui a donc eu les faveurs du président. - F.Mitterrand, J.Chirac, N.Sarkozy et maintenant, E.Macron.
M.Barnier a été ministre sous plusieurs présidents de la Ve République mais jamais le Premier, jusqu'à aujourd'hui. Il doit maintenant former un gouvernement de rassemblement.
M.Barnier est connu du grand public comme le négociateur en chef du Brexit. Pendant 4 ans, il défend les intérêts de l'UE. - M.Barnier: Ce n'est pas vraiment des félicitations dont j'ai besoin, mais une attention, des conseils, y compris venant de l'autre.
J'écouterai tout le monde. - Ecoute et fermeté. C'est pour cela que J.-C.Juncker, l'ancien président de la Commission européenne, nous confiait l'avoir nommé en 2016. - M.Barnier, 73 ans, a l'expérience politique de l'ancien monde.
Le plus vieux Premier ministre de la Ve République était en 1978 le plus jeune député. - M.Barnier: Je n'espère rien d'autre que de travailler.
La politique, c'est un peu comme dans mon pays, en montagne, de l'escalade. Il faut une prise après l'autre. Il faut assurer une prise avant d'en attraper une nouvelle. - Ce grand Savoyard slalome et gravit les échelons au RPR et dans les ministères.
Il devient ministre de l'Environnement, des Affaires européennes, avant les Affaires étrangères sous J.Chirac. Une autre époque. - M.Barnier: C'est peu de dire que les relations entre la Russie et la France sont fondées sur un climat de confiance et d'entente tout à fait exceptionnel. - Après le Brexit, en 2021, ce père de 3 enfants se voyait bien candidat des Républicains à la présidentielle.
Il se présente aux primaires de son camp. M.Barnier veut montrer qu'il est aussi à l'aise sur le terrain que dans les bureaux.
Mais n'est pas Chirac qui veut. Il dit vouloir rassembler. - M.Barnier: L'offre que je veux proposer, qui est une offre un peu différente, avec une expérience différente, c'est celle de quelqu'un qui se sent capable de mettre tout le monde autour de la table, que tout le monde se sent utile, que personne ne soit humilié. - M.Barnier termine 3e de cette primaire, mais ses idées dures sur l'immigration sont remarquées et l'extrême droite l'accuse même de plagiat.
A l'époque, il n'hésite pas à critiquer vertement le président. ...
Alors Barnier-Macron, opposition, cohabitation ou coopération? Premier dossier pour le montagnard Barnier: s'attaquer aux déficits, qui atteignent des sommets. - C.Roux: Nous reparlerons des grands chantiers qui attendent ce nouveau Premier ministre. "Dix choses à savoir sur M.Barnier", c'est le titre de votre dernier article, C.Michel-Aguirre.
Quelques éléments que vous souhaitez ajouter? - C.Michel-Aguirre: Avant de venir, j'avais l'un de ses proches au téléphone, qui avait participé à sa campagne des primaires.
Il me disait que M.Barnier a toujours été sous-estimé, y compris dans son propre camp. En même temps, c'est l'un des hommes politiques français les plus complets.
Elu local pendant très longtemps, député, sénateur, président du conseil général de Savoie, commissaire européen...
Il a une expérience certaine. En même temps, il a un savoir-faire de négociation et une difficulté à passer la rampe médiatiquement. Tous ceux qui ont pu le voir à l'époque, ce n'est pas un grand orateur.
Il en faisait même une marque de fabrique à l'époque. Il disait qu'il était prudent dans ses paroles. Ce n'est pas du tout un homme de com.
C'est vraiment un changement de ton certain. Sur ses rapports avec E.Macron, il faudra voir.
En même temps, sa longévité fait...
Ce n'est pas un frontal. Sa longévité va quand même en imposer. - E.Fottorino: Je me suis demandé si c'est parce qu'il avait tellement bien réussi les Jeux d'Albertville en 92, comprenez quelqu'un qui venait du haut de ses montagnes...
On voit bien les obstacles que pouvaient avoir X.Bertrand, B.Cazeneuve, L.Castets...
On s'est dit qu'il était issu...
On a l'impression que c'est une coalition de perdants dont il est issu. C'est une bonne question de savoir s'il y aura cohabitation, coalition, "coalitation", comme on dit maintenant. Macron, j'avais le sentiment que s'il tendait la main, il perdait la main.
Quels que soient les noms qu'on avait vus poindre, on comprenait qu'il serait obligé de se retirer pas complètement, mais qu'il serait un président avec moins de prérogatives. Est-ce qu'en choisissant M.Barnier, il s'assure pour lui une existence encore, et laquelle?
C'est la question que je me pose. Il y a encore quelques jours, je me disais qu'on allait peut-être changer de président et non de Premier ministre. Je ne sais pas ce que veut dire ce choix dans le non-choix des autres. - C.Roux: Question. - E.Fottorino: Bonne question.
S'il y avait eu une majorité...
Si la gauche avait été vraiment majoritaire, la question était complètement légitime. Dès lors que c'est un miroir brisé et qu'il n'y avait pas de moyens pour le président de trouver vraiment une force suffisamment à même de gouverner...
C'est possible. - C.Roux: Réaction également d'O.Faure.
On entendra J.-L.Mélenchon dans quelques instants.
O.Faure dit qu'on entre dans une crise de régime. La gauche dit que la nomination de cet homme de droite, avec son parcours, est une insulte aux électeurs qui se sont prononcés lors des dernières législatives. - N.Saint-Cricq: On peut considérer que c'est le cas.
Mais il faut rappeler à O.Faure et à un certain nombre de personnes du NFP qu'ils ont choisi L.Castets sans qu'il y ait de possibles négociations.
Le soir de l'élection, J.-L.Mélenchon a dit: "Tout le programme et rien que le programme." Il a été question d'une motion de soutien, non pas aveugle, à B.Cazeneuve, mais de faire un geste en disant qu'ils pourraient parler avec lui...
Ils ont dit non, que c'était L.Castets. - C.Roux: On peut ajouter cette réaction de F.Roussel, qui dit que c'est un bras d'honneur aux Français. - L.Vigogne: C'est sûr que ça peut paraître un peu intrigant, le choix de M.Barnier, sur le plan arithmétique.
Qu'a voulu faire E.Macron? Au départ, il a voulu bâtir une coalition avec le bloc central, le bloc présidentiel, les LR et les socialistes.
Il a réussi à décrocher seulement les LR. Les socialistes n'ont pas voulu se défaire du Nouveau Front populaire. Aujourd'hui, cette alliance recoupe uniquement le bloc central et les LR.
C'est très important, ce qui se passe. Ca ancre définitivement le macronisme à droite. Deuxièmement, c'est une fusion du bloc macroniste avec LR.
On verra si c'est une aspiration par la Macronie des LR ou si les LR parviennent encore à survivre. En tout cas, ils sortent de l'indépendance qu'ils affichaient depuis 2022. - C.Roux: Est-ce le choix d'un seul homme ou il embarque avec lui tous les LR? - L.Vigogne: Il embarque avec lui les LR.
L.Wauquiez a salué sa nomination. Le gouvernement que conduira M.Barnier comportera des ministres LR et du bloc central.
Ce sera un gouvernement qui incarnera cette alliance, cette coalition. C'est quelqu'un de soutenu par les sénatoriens. C'est une vraie différence par rapport à E.Philippe.
Quand il s'engage, il est exclu des Républicains. Son parti ne le soutient pas. Cette fois, c'est un LR qui est nommé à Matignon
Gabriel Attal