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InterviewC à vous (sur YouTube)· 8 janvier 2019 27 minContradictoireActualité / polémiqueSécuritéÉconomie & entreprisesSolidarités & familleInstitutions & élections

Bruno Le Maire s'exprime - C à Vous - 08/01/2019

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 60 %Attaque 30 %Défensif 10 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 89 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 2:31OuverteRéponse directe

    Est-ce qu'il fallait la clôturer, cette cagnotte Litchi ?

  • 3:15RelanceRéponse partielle

    Mais qui n'était pas illégal.

  • 4:08FerméeRéponse directe

    Est-ce qu'il y a eu des pressions du gouvernement pour clôturer cette cagnotte Litchi ?

  • 4:28RelanceÉludée

    Vous ne le comprenez pas, pourtant, c'est un fait, Bruno Le Maire.

  • 5:16FerméeRéponse directe

    Vous êtes d'accord ?

  • 5:45RelanceÉludée

    Vous ne les comprenez pas.

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 2:41Invité politiqueFait
    « Je pense que Litchi a pris la bonne décision. »
  • 2:44Invité politiqueFait
    « Moi, ces images me révoltent. Et je ne comprends pas qu'on puisse mettre un centime d'euros pour défendre un homme qui s'est attaqué avec autant de violence et autant de lâcheté aux policiers, aux forces de l'ordre. »
  • 3:28Invité politiqueFait
    « Il est temps qu'on garantisse le respect et la considération à tous ceux qui incarnent l'autorité dans notre pays. »
  • 4:42Invité politiqueFait
    « Il faut que certains se dressent pour les défendre, dire que nous comptons sur eux pour assurer notre protection et la défense de l'autorité dans notre pays. »
  • 6:51Invité politiqueFait
    « Je crois très sincèrement que l'immense majorité des Français en ont assez de ces violences. »
  • 8:33Invité politiqueFait
    « Je pense que les deux sont parfaitement compatibles et je vais même dire que l'un est la condition de l'autre. »
  • 8:51Invité politiqueFait
    « Le rétablissement de l'ordre est la condition du débat. »
  • 9:08Invité politiqueFait
    « Bien sûr qu'il y a un besoin de justice sociale. »
  • 9:17Invité politiqueFait
    « Bien sûr qu'il y a un besoin de justice fiscale. »
  • 10:41Invité politiqueFait
    « Je pense que la bonne solution, c'est de permettre à chacun de vivre au mieux de son travail. »
  • 10:46Invité politiqueChiffre
    « C'est ce que nous faisons sur les heures supplémentaires défiscalisées. »
  • 10:52Invité politiqueFait
    « Ce que nous avons fait avec la suppression de la taxe à 20% sur l'intéressement. »
  • 11:06Invité politiquePromesse
    « Nous voulons faire baisser les impôts en France. »
  • 11:51Invité politiquePromesse
    « Il est essentiel qu'elle soit aboutie, que nous allions au bout de cette suppression de la taxe d'habitation. »
  • 22:48Invité politiqueFait
    « Il faut moins de parlementaires, il faut moins de sénateurs, il faut moins de députés. »

Temps de parole

  • Bruno Le Maire64 %
  • Présentateur14 %
  • Locuteur 912 %
  • Locuteur 73 %
  • Locuteur 33 %

1,9 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

Un arsenal de mesures anti-casseurs, un grand débat à venir, mais encore beaucoup d'interrogations sur la façon dont le gouvernement entend sortir de la crise des gilets jaunes, alors qu'un acte neuf est d'ores et déjà annoncé pour samedi. Bruno Le Maire, le ministre de l'Économie et des Finances, est ce soir notre invité. Bonsoir Bruno Le Maire.

0:24
Bruno Le Maire

Bonsoir Monsieur le ministre.

0:26
Présentateur

Bonsoir, merci de votre présence ce soir sur le plateau de CETAVOU. On va revenir dans un instant, notamment avec Patrick Cohen, sur les mesures annoncées hier par le Premier ministre Edouard Philippe. Mais d'abord, retour sur la polémique du jour. Elle concerne Christophe Détinger, l'homme qu'on surnomme désormais le boxeur des gilets jaunes. 37 ans, ancien pro, champion de France des lourds légers, 1m91, 90 kg, filmé samedi. Sans prenant point en avant des gendarmes mobiles contraints de reculer sous une pluie de coups, l'un d'eux sera même frappé au sol à coups de pied. Les images sont une violence inouïe.

L'agresseur a fini par se livrer de lui-même hier matin, mais après avoir pris soin d'enregistrer un message vidéo posté sur les réseaux sociaux par des proches, j'ai vu plus de 760 000 fois en 24 heures.

1:30
Locuteur 4

À la force de se faire taper, de se faire taper, de se faire taper, ben oui, je me suis fait gazer le dernier jour. Oui, j'ai voulu avancer sur les CRS, je me suis fait gazer avec mon ami, ma femme. Je me suis fait gazer et à un moment, la colère est montée en moi et oui, j'ai mal réagi. Oui, j'ai mal réagi, mais je me suis défendu. Peuple français, gilets jaunes, je suis de tout cœur avec vous. Il faut continuer pacifiquement, mais continuez le combat, s'il vous plaît, s'il vous plaît.

1:58
Présentateur

La garde à vue de Christophe Détinger a été prolongée, mais son cas a suscité un élan de solidarité très contesté. C'est une cagnotte Litchi, lancée par l'un de ses anciens collègues, qui dès hier dépassait les 85 000 euros et affichait plus de 117 000 euros ce matin. Dans la matinée, le nombre de donateurs a continué de grimper de façon exponentielle. 7 000 dons vers 8h30, près de 7 500 à 10h45. Mais le montant à Colten n'était plus visible. Cette cagnotte a finalement été clôturée. Litchi s'engageant par communiquer à ce que les fonds collectés servent uniquement à financer les frais de justice conformément à ses conditions générales d'utilisation.

Est-ce qu'il fallait la clôturer, cette cagnotte Litchi ? Pourtant, elle n'avait rien d'illégal.

2:36
Bruno Le Maire

Je pense que Litchi a pris la bonne décision. Moi, ces images me révoltent. Et je ne comprends pas qu'on puisse mettre un centime d'euros pour défendre un homme qui s'est attaqué avec autant de violence et autant de lâcheté aux policiers, aux forces de l'ordre.

2:52
Présentateur

Il dit qu'il se défend.

2:53
Bruno Le Maire

Qui attaque ? Lui. Il attaque comment ? Il attaque un homme au sol, un policier qui est à terre, qui est à un citoyen français comme les autres, sauf qu'il assure notre protection. Donc je ne comprends pas qu'on puisse mettre un seul centime d'euros pour la défense de cet homme dans une cagnotte. Et je pense qu'il était sage à un moment donné de dire nous clôturons cette cagnotte et nous nous en tenons là.

3:15
Présentateur

Mais qui n'était pas illégal. Elle n'était pas illégale, cette cagnotte. Elle aurait été illégale si elle avait servi, par exemple, à collecter des fonds pour payer une amende qui faisait suite à une condamnation.

3:24
Bruno Le Maire

La Russie est parfaitement libre de prendre ses décisions. Ils ont pris leurs décisions. Moi, je redis simplement qu'il est temps qu'on garantisse le respect et la considération à tous ceux qui incarnent l'autorité dans notre pays. Les policiers, les gendarmes, mais aussi les pompiers, les professeurs, tous ceux qui sont régulièrement attaqués. Il faut que certains se dressent pour les défendre, dire que nous comptons sur eux pour assurer notre protection et la défense de l'autorité dans notre pays.

Parce que si nous laissons dériver les choses, comme c'est le cas actuellement, accepter des actes de violence qui sont absolument révoltants, où sera la nation française dans quelques semaines, dans quelques mois ou dans quelques années ? À un moment donné, il faut dire stop. Moi, je dis stop, comme l'a dit le Premier ministre hier.

4:08
Présentateur

Est-ce qu'il y a eu des pressions du gouvernement pour clôturer cette cagnotte Litchi ?

4:11
Bruno Le Maire

Mais absolument pas. Litchi prend ses décisions comme il le souhaite. Je dis simplement que je ne comprends pas. Ceux qui mettent un euro pour défendre. Plusieurs milliers de personnes. 117 000 euros. Je ne vous le cache pas.

4:26
Présentateur

Vous ne le comprenez pas, pourtant, c'est un fait, Bruno Le Maire.

4:28
Bruno Le Maire

C'est un fait que je trouve inquiétant sur les dérives de notre société et sur la nécessité aussi, pour tous ceux qui croient à la démocratie, à l'État de droit, au respect des règles, de dire haut et fort que nous refusons, il y a peut-être quelques milliers à avoir donné de l'argent pour cet homme qui a battu un policier à terre. J'aimerais que des millions de Français disent haut et fort qu'eux refusent qu'on puisse soutenir un homme qui a lâchement attaqué un policier à terre. Et en tout cas, si je dois être parmi les premiers à le faire et beaucoup d'autres l'ont fait avant moi, tant mieux, parce que nous avons besoin de respect de l'autorité dans notre pays.

5:06
Présentateur

– Marlène Schiappa, la secrétaire d'État chargée de l'égalité entre les femmes et les hommes, demande, milite pour que soient identifiés les donateurs qu'elle considère comme des complices de ces actes délictueux. Vous êtes d'accord ?

5:17
Bruno Le Maire

– Je pense qu'elle a eu, avec le tempérament qu'on connaît Marlène Schiappa, les paroles justes et fortes pour dire « ça suffit ». Je ne suis pas sûr qu'il faille attaquer plus d'importance ensuite au nom des donateurs et autres. Terminons là. Qu'il passe devant la justice, que justice soit faite et que nous puissions, nous, rappeler que l'autorité de l'État, l'autorité des règles de l'État et de la démocratie, elle ne se conteste pas.

5:45
Présentateur

– Vous ne les comprenez pas. Pourtant, il y a eu un nombre important de messages et de commentaires laissés sur la page de cette cannelle cliché. Des messages toujours bienveillants à l'égard de Christophe Détinger. Un grand merci à Christophe. Il me donne du courage pour continuer cette lutte. Bravo pour ton courage exceptionnel. Tu es un homme de grande valeur. Ou encore, j'ai fait un don de 5 euros selon mes petits moyens. Je suis de tout cœur avec lui. Des paroles de Gilets jaunes qu'on peut écouter également.

6:10
Locuteur 9

– C'est très bien et j'espère qu'elle va monter encore.

6:13
Locuteur 8

– Je suis favorable à cette cagnotte. Pourquoi ? Parce qu'on fait passer ce boxeur Christophe Détinger pour un casseur. Il n'est pas un casseur.

6:22
Locuteur 2

– Il se paye un avocat. Je crois qu'il a une femme, un petit. S'il ne travaille plus, il faut continuer à payer le loyer, à manger. Mais surtout pour l'avocat, parce qu'il lui faudra un avocat. Parce qu'ils sont tous contre lui.

6:33
Présentateur

– Ça dit quoi du climat en France, Bruno Le Maire ?

6:36
Bruno Le Maire

– D'abord, je voudrais dire qu'on donne la parole à certains. Il y a des millions de Français qui n'ont pas de micro devant eux, qui ne sont pas sur un plateau de télévision, qui ne sont pas sur une radio, et qui sont profondément choqués par ces violences. Et je crois très sincèrement que l'immense majorité des Français en ont assez de ces violences. Et de ces attaques qui sont directement tournées contre la démocratie. Parce que les forces de l'ordre, l'AFP, l'Assemblée nationale, les ministères comme le ministère de M. Griveaux, c'est notre démocratie. Ce n'est pas les représentants du pouvoir. C'est notre démocratie à laquelle nous appartenons tous.

Donc ce que ça dit sur la société, c'est effectivement un délitement qui est préoccupant. Et il y a urgence aujourd'hui à retrouver l'unité de la nation française. Et cette unité de la nation française, elle ne peut pas se faire autre part qu'autour de règles que nous partageons, de lois qui ont été adoptées par ceux qui représentent le peuple souverain, par la discussion, par le dialogue, par le débat qu'a annoncé le président de la République, qui doit être l'occasion pour chacun d'exprimer ce qu'il a à exprimer. Mais je vous en supplie, qu'on tourne la page de ces violences qui font mal aux Français et qui font mal à la France.

7:48
Présentateur

Vous redoutez de nouvelles violences samedi prochain ?

7:50
Bruno Le Maire

Bien sûr. Je suis comme n'importe quel Français, père de famille avec des enfants qui regardent cette violence qui se déchaîne à Paris et ailleurs et qui a tout simplement envie de dire « ça suffit, c'est intolérable, c'est pas la France ». Les casseurs n'auront pas le dernier mot,

8:07
Locuteur 7

c'est ce qu'a dit le Premier ministre hier soir qui était l'invité du 20h de TF1, on l'a entendu rapidement tout à l'heure.

8:13
Bruno Le Maire

Est-ce que la réponse du gouvernement aux Gilets jaunes, elle est aujourd'hui uniquement sécuritaire, bonheur le maire ? Est-ce que c'est seulement la fermeté et la répression ? Ou est-ce que, comme l'a dit Mounir Bajoubi, votre secrétaire d'État, il y a quelques jours dans une tribune au Monde, il convient de répondre, je le cite, à l'impérieuse nécessité d'une plus grande justice sociale et fiscale pointée par ce mouvement ? Il a raison. Je pense que les deux sont parfaitement compatibles et je vais même dire que l'un est la condition de l'autre. Le rétablissement de l'ordre est la condition du débat.

On ne débat pas dans le désordre, sous la pression, avec le risque d'avoir de nouvelles violences. Donc le rétablissement de l'ordre, le Premier ministre l'a dit, a proposé des solutions qui me paraissent adaptées et fortes, est la priorité absolue. La France et les Français ont besoin de sérénité, de retrouver de la paix, de la sérénité. Ensuite, il faut répondre aux attentes qui se sont manifestées. Bien sûr qu'il y a un besoin de justice sociale. Bien sûr qu'il y a un problème dans les salaires et les écarts salariaux qui peuvent exister aujourd'hui en France. Bien sûr qu'il y a un besoin de justice fiscale.

Il y a des millions de nos compatriotes, je les vois dans ma circonscription, je les vois comme ministre de l'Économie, – Vous les avez vus récemment à Évreux ? – Je les ai vus à Évreux la semaine dernière, je m'y rends régulièrement, il y a beaucoup de Français qui n'arrivent pas à vivre dignement de leur travail.

Il y a des millions de femmes seules, le matin elles se lèvent à 6h, elles vont déposer leurs enfants, ça leur coûte cher la garde des enfants, ça leur coûte cher le déplacement en voiture, elles doivent s'habiller pour travailler, ça leur coûte cher, et elles se retrouvent à faire le ménage dans une grande surface, à mi-temps, avec des horaires qui sont décalés, tout ça leur coûte très cher, et elles n'arrivent pas à vivre dignement de leur travail. Nous devons, c'est notre responsabilité, répondre à cette exigence de justice, mais on ne pourra le faire qu'en nous mettant autour de la table et en renouant le dialogue.

– Alors il y a les mesures d'aide, vous en avez esquissé quelques-unes, et puis le Président de la République les a annoncées en décembre, et puis il y a ce qu'on pourrait appeler des mesures expiatoires, expiatoires en clair, faire payer les riches, est-ce que calmer la colère populaire, donner des signaux de justice sociale, ça passe par ce type de mesures, je mets les guillemets, qui conviennent, expiatoires ? – Moi je ne crois pas à l'expiation, je ne pense pas que ce soit la bonne méthode. – Non mais vous voyez de quoi je veux parler. – Je vois très bien de quoi vous voulez parler, mais je ne pense pas que ce soit la bonne solution.

Je pense que la bonne solution, c'est de permettre à chacun de vivre au mieux de son travail, que le travail paye davantage dans notre pays, c'est ce que nous faisons sur les heures supplémentaires défiscalisées, ce que nous avons fait avec la suppression de la taxe à 20% sur l'intéressement, j'espère que tous les chefs d'entreprise distribueront de l'intéressement à leurs salariés. – Enfin ce n'est peut-être pas la bonne solution, mais c'est ce que réclament une bonne partie des gens qui manifestent. – Il réclame aussi une deuxième chose qui est très importante, qui est au cœur du débat qui va s'ouvrir, c'est que les impôts baissent. Nous voulons faire baisser les impôts en France.

C'est la position continue que j'ai défendue, mais pour baisser les impôts, il faut pouvoir aussi baisser la dépense publique, et j'aimerais que chacun s'exprime, que chaque Français se saisisse de ce débat pour dire voilà quelles dépenses nous sommes prêts à baisser pour obtenir une baisse rapide de nos impôts. – Alors puisque vous avez dit qu'il n'était pas question de revenir sur les promesses déjà votées, comme l'ISF ou la flat tax,

11:29
Locuteur 7

il reste l'éventuel maintien de la taxe d'habitation pour les 20% de Français les plus aisés. Après tout, c'est ce qu'avait promis Emmanuel Macron

11:37
Bruno Le Maire

pendant sa campagne, il avait promis la suppression pour 80% des foyers avant que le Conseil constitutionnel ne tousse un petit peu au nom de l'égalité devant l'impôt. Mais c'est en débat, avez-vous dit, dimanche. – Nous avons engagé cette suppression à la taxe d'habitation, il est essentiel qu'elle soit aboutie, que nous allions au bout de cette suppression de la taxe d'habitation. Mais je peux très bien demander aux Français, est-ce que vous estimez que pour les 20% les plus riches, il est légitime ou non de supprimer la taxe d'habitation ?

12:05
Locuteur 1

– Donc vous n'êtes pas fermé au maintien de la taxe d'habitation

12:08
Bruno Le Maire

pour ces 20% les plus aisés. – Mais j'expliquais à l'élève souvent tout à l'heure que si nous répondons non à chacune des demandes des Français, que nous ne sommes pas capables d'écouter la demande de justice qui s'exprime partout en France, nous ne réussirons pas le débat. – Dimanche matin, donc vous n'êtes pas fermé, c'est clair, mais ce matin, mise au point, clarification, si en fait vous êtes plutôt fermé. – J'ai redit dimanche qu'il fallait aller au bout de la suppression de la taxe d'habitation. Aller au bout de la suppression de la taxe d'habitation, cela veut dire aller au bout de la suppression de la taxe d'habitation.

– Au bout, mais on n'est pas au bout du débat puisque ce soir l'Élysée affirme que sa suppression pour les plus riches fera bien partie du débat, que ce sera sur la table, bref, sur la taxe d'habitation, on a l'impression que le gouvernement ne sait plus où il habite et vous, Bruno Le Maire, est-ce que vous le savez ? – Moi je sais très bien où j'habite et depuis très longtemps. Et je sais que vous manquez de temps dans les émissions télévisées. Donc vous avez eu l'honnêteté de passer l'intégralité de ma déclaration sur Europe 1. Vous auriez pu passer, si vous aviez eu un tout petit peu plus de temps, l'intégralité de ma déclaration de ce matin.

– Mais là on en a dans des subtilités, François. – Mais non, ce ne sont pas des subtilités. Moi je suis très à l'aise sur le sujet parce que je défends la même position depuis maintenant quasiment un an et demi. Il y a une taxe d'habitation. Je considère que cette taxe, elle est injuste, elle n'est pas claire pour les Français. – Donc il faut la supprimer en bloc. – Je rappelle que depuis 18 mois, depuis septembre 2017 très précisément, je dis qu'il faut supprimer la taxe d'habitation, les 80% comme l'avait proposé le Président de la République, et même aller jusqu'au bout et la supprimer totalement. Ce qui a été voté… – Il fait 7 milliards de plus à peu près, ce qui n'est pas une paille.

– Ce qui n'est pas une paille. Mais ce qui a été voté, c'est l'engagement du Président de la République de la suppression de la taxe d'habitation pour 80% des Français. Il reste les 20%. Moi je suis favorable à leur suppression. Mais puisque ça n'a pas été voté, ça peut faire partie du débat. C'est sur la table. Et nous disons donc tous la même chose, et je répète la même chose, peut-être que j'ai manqué de clarté dans mon expression, ça peut arriver, mais je suis pour la suppression de la taxe d'habitation dans sa totalité. Mais ce qui n'a pas encore été voté par les représentants du peuple français, par notre majorité, mettons-le sur la table.

Et ne préjugeons pas de ce que nous diront les Français. Nous tirerons les conséquences de ce que nous dirons les Français sur ce sujet. De manière plus globale, je le redis, il faut accélérer la baisse des impôts dans notre pays. Et pour cela, accélérer la baisse des dépôts. – Une précision, quand on dit les Français les plus riches, on parle de 6 millions de foyers, c'est bien cela. Et pour un célibataire, un revenu mensuel à plus de 2500 euros. – C'est bien pour cela que cette expression est à éviter. Là pour le coup, elle est malheureuse. Parce que c'est les 20% restants, je ne dis pas les 20% les plus riches. Pour le coup, c'est une expression… – Est-ce que ça pourrait être 10% ou 5% ?

– Les Français nous le diront, il y a un débat, le sujet est désormais sur la table. On ne reviendra pas sur les 80% qui font partie du projet du président de la République et qui ont été adoptés, le reste est sur la table. Moi je donne ma position de ministre et de citoyen, je suis pour sa suppression totale. – Bon, est-ce qu'on pourrait rendre l'impôt sur le revenu plus progressif et plus juste ? C'est une autre piste de justice fiscale ? – Il y aura des pistes qui vont être ouvertes, mais le président… Non, parce que le président de la République va s'exprimer prochainement sur le débat, sur le sens de ce débat, laissons-le préciser le sens de ce débat.

15:26
Présentateur

– Et les sujets qu'on pourrait éventuellement débattre, par exemple la limitation à 80 km heure, c'est la mesure qu'a mis le feu au poudre ? Elle pourrait être débattue pendant ce grand débat ?

15:33
Bruno Le Maire

– Tous les sujets un peu piquants, on peut regarder tout ce qui a été fait depuis plusieurs mois. Je pense qu'une des lignes qui est absolument essentielle, c'est qu'on ne détricote pas ce qui a été fait, ce qui doit être soumis à l'appréciation d'ailleurs de comités de différentes instances. Les 80 km heure font l'objet d'une expérimentation sur la fiscalité, sur le capital, que ce soit l'ISF, le prélèvement forfaitaire unique, la baisse de l'impôt sur les sociétés, ça a été voté. Laissons ces mesures donner leurs résultats, elles seront évaluées à la fin de l'année 2019. Et puis nous tirerons les conséquences de cette évaluation.

16:08
Locuteur 9

– Alors, est-ce que vous avez vu un documentaire appelé « Winter on Fire » ? – Je ne l'ai pas vu. – Vous ne l'avez pas vu, c'est donc le documentaire, mais vous en avez entendu parler, je le vois à votre regard. C'est le documentaire fétiche de certaines figures des Gilets jaunes, réalisé par l'américain d'origine russe Evgeny Afinevski, nommé à l'Oscar du meilleur documentaire en 2016, multi-récompensé par ailleurs. Il relate comment une manifestation pacifique en Ukraine se transforme en une véritable révolution pour les droits civiques en 93 jours. Le docu, filmé in situ, avec des images stupéfiantes, je l'ai vu, a visiblement fortement impressionné Eric Drouet. Écoutez-le.

16:46
Locuteur 7

– Ce documentaire-là, il est dingue, il m'a donné des frissons. Franchement, ça m'a fait vachement réfléchir et cogiter. Il faut vraiment regarder ce reportage-là, il est vraiment ouf. On en est au début de ce qu'ils ont eu en Ukraine, mais à la fin, c'était une révolte qui partait au tir à balles réelles et tout ça, des CRS. Et c'est un peu, je ne vais pas dire, ce n'est pas ce qui se passe en France, on en a encore loin, mais moi qui suis dans les manifs, vous qui y êtes, franchement, on n'en est pas loin.

17:15
Locuteur 9

– Alors, on en est très loin. De quoi s'agit-il exactement ? Tout commence à l'automne 2013, quand des manifestants se réunissent, puis s'installent sur l'une des principales places de Kiev, la place Maïdan, pour demander pacifiquement le ralliement de l'Ukraine à l'Union européenne. Au fil des jours, au fil des semaines, la répression, elle, se fait de plus en plus violente. La police, là-bas, a presque tous les droits, y compris celui de tirer à balles réelles. Regardez un extrait de la bande-annonce.

17:44
Locuteur 3

– Alors, pourquoi c'est intéressant ?

18:25
Locuteur 9

Au-delà du fait que c'est devenu viral, que tout le monde a vu ce documentaire, parmi les Gilets jaunes, en tout cas, il circule énormément, ça n'avait évidemment rien à voir avec ce qui se passe en France, ces deux histoires n'ont rien à voir, on ne va pas comparer l'Ukraine d'alors avec la France d'aujourd'hui, il y a encore moins les méthodes policières. En Ukraine, rappelons que ce conflit fera 120 morts, des milliers de blessés aboutira à la fuite, puis à la destitution du président Yanukovych, forçant le Parlement à organiser des élections anticipées.

En revanche, on voit que l'exemple ukrainien inspire les Gilets jaunes, comme ils l'ont exprimé eux-mêmes dans la lettre ouverte adressée au président de la République, c'était le 3 janvier dernier, par le groupe La France en colère, en réponse au vœu du président. Président Macron, entendez le peuple de France maintenant, et peut-être que nous serons enclins à construire la France de demain avec vous. Souvenez-vous de la révolution orange ukrainienne. Par parenthèse, ça n'a rien à voir avec la révolution orange, qui elle était 10 ans avant, mais bon, c'est encore une autre affaire.

Dans ce documentaire, on voit clairement que ce qui fait basculer les événements, c'est la mort d'un manifestant, qui au lieu de briser le mouvement, le consolide, le fortifie, le radicalise. On voit que c'est la violence de la répression qui nourrit le feu de la résistance, et on se demande à écouter certains gilets jaunes si certains n'appelleraient pas de leur vœu une répression plus sévère, justement pour justifier une radicalisation du conflit. Qu'est-ce que vous en pensez ? Et en arriver à la même fin que là-bas, c'est-à-dire la destitution du président et des élections anticipées.

19:53
Bruno Le Maire

Moi, je trouve très malsaine et très inquiétante cette fascination pour la violence. Quand j'entends Éric Drouet et d'autres nous expliquer qu'on va bientôt tirer la balle réelle, nous n'en sommes pas là, nous n'en serons jamais là. Ça n'est pas la France, ça n'est pas la situation de la France. Je suis aussi préoccupé par la très grande confusion des esprits. Comment est-ce qu'on peut en arriver à comparer les manifestations en Ukraine pour adhérer à l'Europe face à un pouvoir autoritaire et une grande nation démocratique qui est la France ? Très franchement, je trouve cela absolument révoltant.

Ça montre aussi toute la difficulté de la démocratie et de nos institutions démocratiques à l'ère du digital, des réseaux sociaux, de Twitter, de Facebook, d'Instagram, la diffusion immédiate des informations. C'est ça que nous n'avons pas pensé. Nous n'avons pas réfléchi à ce qu'était un bon fonctionnement démocratique à l'ère du digital et de l'information immédiate. Je crois qu'une des conséquences que l'on peut tirer justement de la crise que nous connaissons, c'est qu'il est nécessaire que tous, les responsables politiques, les citoyens, les chercheurs, les philosophes réfléchissent à ce qu'est la démocratie à l'ère du numérique et de l'information immédiate. Sinon, ça mène à cela.

La valorisation de la violence, la confusion des esprits et la comparaison entre deux situations qui n'ont strictement et absolument rien à voir.

21:22
Locuteur 8

Monsieur le ministre, dans le concert des voix qui s'expriment pour expliquer à Emmanuel Macron calmement ou fermement ce qu'il devrait faire, on a entendu hier une voix aujourd'hui plus rare mais à l'accent familier qui porte toujours un peu plus haut

21:38
Locuteur 7

que celle des autres. Je veux parler de Bernard Tapie.

21:40
Locuteur 1

Si vous êtes Macron, vous êtes président de la République aujourd'hui, que fait Bernard Tapie ?

21:44
Bruno Le Maire

Vous êtes traité de fou et lui, encore pire. Moi, je démissionne de mon mandat de président. Je me représente dans deux mois et je suis élu au premier tour. J'exagère pour dire que. Parce qu'il n'a aucune crainte à avoir de ceux qui sont en train de gueuler de chaque côté, de vous à moi. Je le regrette, moi. Mais n'empêche qu'aujourd'hui, il refait des élections présidentielles, il se présente, il n'y a rien. Cette tactique façon match-retour de Ligue des champions, je suppose que vous n'y êtes pas franchement favorable pour l'instant. Pas franchement favorable, peut-être qu'il a raison.

D'ailleurs, Bernard Tapie, je pense qu'il serait réélu, réélu largement, ça remettrait peut-être les pendules à l'heure. Mais je ne pense pas que ce soit la bonne méthode. La bonne méthode, c'est le retour au calme, le débat et les décisions. Parce que du débat doivent naître des décisions. Et tout cela doit nous amener à aller, à mon sens, très loin dans les décisions. Très loin dans ce que sont les institutions démocratiques françaises qui méritent d'être améliorées, simplifiées, aller plus vite. Il faut moins de parlementaires, il faut moins de sénateurs, il faut moins de députés.

Il faut que nos procédures législatives aillent plus vite pour répondre à l'urgence de gens qui ont besoin que nos décisions soient plus rapides et donnent des résultats plus efficaces. Il faut que nous répondions à la question qui est derrière l'interrogation des gilets jaunes. C'est quoi notre modèle économique ? C'est quoi le capitalisme aujourd'hui ? Est-ce que c'est uniquement faire du profit ? Ou c'est aussi permettre aux gens qui travaillent de vivre dignement dans un travail qui a du sens, qui leur permet de s'élever socialement ? En France, on ne peut plus s'élever socialement.

Et le cri qui est poussé par certains, moi je le partage, c'est un cri de révolte contre une société qui ne permet pas à des enfants d'ouvriers, d'employés, de réussir mieux que leurs parents. Et une société qui est à ce point bloquée, société de statut, d'immobilité, où on n'a pas de perspective d'élévation sociale, pas de perspective de mieux gagner sa vie que ses parents, où même pour certains on se dit je travaille toute la journée, mais je ne peux pas me payer un cinéma, je ne peux pas me payer un resto, je ne peux pas payer des vacances à mes enfants, je ne peux pas acheter des jouets de Noël. Ce n'est pas l'économie que je veux. Donc ça aussi, ça doit faire partie du débat.

Comment est-ce qu'on crée plus de prospérité pour tous les Français ?

23:55
Présentateur

Il y a urgence parce que vous êtes conscient que ce mouvement pourrait, je vous cite, tout balayer et emporter la Vème République. C'est ce que vous déclarez dans un documentaire qui va être diffusé la semaine prochaine sur le service public. Ce mouvement-là, si vous échouez à sortir de la crise, il pourrait emporter la Vème République. C'est réel au-delà de la démission de Emmanuel Macron.

24:13
Bruno Le Maire

Le documentaire a été enregistré il y a, je crois, plusieurs semaines.

24:16
Présentateur

Il sera diffusé la semaine prochaine.

24:17
Bruno Le Maire

Il sera diffusé prochainement. Mais c'est un diagnostic que je fais depuis des années. mais on ne peut pas garder le même fonctionnement politique qui est trop lent, trop lourd, pas assez efficace. On ne peut pas ne pas s'interroger à un moment donné sur un modèle économique qui crée plus d'inégalités, là où les gens ont besoin de davantage d'égalité, davantage de solidarité, tout simplement, la perspective de réussir dans leur vie. Une société à laquelle on dit, écoutez, si vous n'êtes pas né au bon endroit, avec les bons diplômes et dans la bonne famille, moi j'ai eu cette chance-là. Mais je voudrais que cette chance-là, ça soit celle de tous les Français, sans exception.

Si de ce débat peuvent naître des réponses à ces grandes questions sur notre modèle économique, sur notre système institutionnel, sur la protection de la planète et la lutte contre le réchauffement climatique, eh bien cette crise aura été utile. Et peut-être que je suis un incurable optimiste, mais j'ai toujours considéré que des crises pouvaient naître un rebond et un élan.

25:10
Présentateur

C'est dans ce contexte tendu que vous publiez chez Gallimard-Paul, Une amitié, c'est un récit intime où vous parlez du deuil après la disparition d'un ami cher, de sa maladie, de sa souffrance. Un livre dont personne ne discute la qualité littéraire, mais qui peut interroger. Vous ne craignez pas que les Français se disent « Il est ministre, la situation est compliquée, difficile, il y a quand même plusieurs gens à faire. »

25:30
Bruno Le Maire

Je comprends qu'il y ait des Français qui puissent se dire cela. C'est bien pour ça que j'ai été très clair sur le sens de ce livre et sur la manière dont il a été écrit. J'ai perdu un ami. Je suis écrivain, ma façon de dépasser ces épreuves, certains le font autrement, dans ma façon de dépasser ces épreuves personnelles, c'est d'écrire. Donc entre le début et la fin du mois d'août, j'ai écrit ce livre. Et ce livre, il est d'abord pour cet ami, comme témoignage. Parce qu'il se trouve que si j'avais attendu encore quelques années, je pense que le témoignage n'aurait pas été le même. Il aurait été affadit. Et moi, je voulais un témoignage fort pour cet ami qui est mort il y a quelques mois.

26:07
Locuteur 9

Et c'est réussi parce qu'effectivement, pour faire très vite, d'une part, c'est vous qui l'avez écrit, ce qui n'est pas si fréquent chez les termes politiques. Ensuite, vous l'avez bien écrit. C'est un beau livre. C'est un livre, et enfin, c'est un livre extrêmement émouvant, je trouve, pudique et juste sur la fin de vie. Voilà. Mais aussi sur la déliquescence d'un monde. Et puis aussi sur la mort politique, parfois, parce que ça arrive dans une carrière. Et vous racontez ça extrêmement, de manière très juste, je trouve.

26:41
Présentateur

Ce n'est pas le livre d'un homme politique. C'est le livre d'un écrivain. Paul, c'est chez Gallimard, et c'est signé du ministre de l'Économie et des Finances, Bruno Le Maire. Merci Bruno Le Maire. Vous restez avec nous. C'est l'heure du 5 sur 5 de Maxime Switek.