Bruno Le Maire
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Le 7-9 de France Inter, première matinale de France, à suivre aussi en vidéo sur franceinter.fr
Bonjour Bruno Le Maire. Bonjour Patrick Cohen. Nuit debout à vos yeux, c'est un trouble à l'ordre public qu'il faut éliminer, une place à évacuer comme le demandent Valérie Pécresse et François Fillon ou c'est un phénomène qu'il faut regarder que la droite ne doit pas mépriser comme le dit Nathalie Kosciusko-Morizet ? Il faut faire respecter la loi.
Si la manifestation n'est pas autorisée, elle n'était pas ce matin, la place doit être évacuée, la place de la République. Elle est autorisée à nouveau pour ce soir. Et d'autant plus qu'on est en état d'urgence. On verra quelle sera la décision de la préfecture, mais quand on est en état d'urgence, raison de plus pour faire respecter la loi et pour faire respecter les règles.
Ensuite qu'on écoute les uns et les autres leurs propositions très bien, mais sans que ça puisse gêner ceux qui souhaitent travailler, ceux qui souhaitent passer leurs examens dans de bonnes conditions, tous ceux qui préparent leur baccalauréat dans leur lycée, je souhaite qu'il n'y ait pas non plus de dictature de la minorité dans notre pays. Chacun mérite l'écoute, chacun mérite le respect, mais pas de dictature de la minorité.
C'est une génération qui se pose des questions, qui exprime son insatisfaction vis-à-vis de la forme actuelle de la politique. C'est Nathalie Kosciusko-Morizet qui disait ça hier dans le JDD. Vous êtes en sympathie avec ça ? Les participants de La Nuit Debout sont conformes au fond à l'injonction de votre dernier livre ? Ne vous résignez pas, c'est ce qu'ils font, ils ne se résignent pas, ils veulent parler, ils veulent agir ?
La Nuit Debout, c'est tous les Français qui ne sont pas satisfaits de la politique aujourd'hui. C'est tous les Français qui nous disent partout, comment est-ce qu'on vous croirait encore ? Vous avez exercé le pouvoir, vous nous faites des propositions, très bien, mais pourquoi est-ce qu'on vous croirait encore ?
Raison de plus justement pour faire des propositions nouvelles, pour montrer qu'on est prêt à faire des propositions qui aillent très loin, mais qui soient aussi crédibles, qu'on a une méthode de gouvernement qui soit un peu différente, et qu'on est prêt à renouveler la classe politique, comme je le propose depuis maintenant 4 ans, avec un certain nombre de propositions sur le non-cumul ou sur la démission de la fonction publique. Je pense qu'il est indispensable d'entendre l'appel, pas simplement de Nuit Debout, mais de tous les Français, à un renouvellement de la classe politique, à plus d'écoute, à plus de transparence, et à de la capacité à rendre compte sur ces résultats.
En attendant, ceux qui se mobilisent, ils sont sur la place de la République, à Paris.
Il y en a plein d'autres qui se mobilisent, Patrick Cohen, partout, regardez, mais qu'on ne voit pas, ou que vous voyez dans des réunions publiques, vous savez, j'étais en Haute-Savoie la semaine dernière. Oui, mais c'est vous qui parlez, ce n'est pas eux. Pas du tout. Venez à mes meetings, Patrick Cohen, justement, ce n'est pas moi qui parle. Dans mes meetings, non, je ne fais pas de discours. Je laisse poser des questions. C'est eux qui posent des questions, et je réponds à leurs questions, à leurs interrogations.
Voilà une nouvelle manière de faire de la politique. La loi travail, Emmanuel Valls va annoncer tout à l'Unef et aux autres organisations jeunesse, la prolongation des bourses des étudiants 4 à 6 mois après la fin de leurs études. C'est une bonne idée ?
Je ne pense pas qu'ouvrir tout grand la vanne de la dépense publique soit la réponse aux interrogations de ces jeunes, et de tous les jeunes en France. Non, mais leur facilité, l'accès au marché de l'emploi. Tout ça, c'est une goutte d'eau dans un marché de l'emploi, aujourd'hui, qui ne répond pas à leurs attentes. Ce qui compte le plus à mes yeux, c'est justement la capacité à trouver un travail pour chacun. Et ça passe par un nouveau système éducatif. J'ai fait des propositions sur un collège qui soit diversifié et plus un collège unique. Ça passe par une modification du marché du travail.
Oui, moi j'ai été favorable à ce qu'il y ait une simplification du CDI, parce que je considère qu'une PME qui va embaucher demain, si on veut avoir la certitude qu'elle puisse embaucher facilement, eh bien il faut lui donner la capacité à se séparer plus facilement de son salarié lorsque le chiffre d'affaires n'est pas bon et que le carnet de commande est vide. C'est ça les vraies propositions. Et on partait avec la loi El Khomri, avec de véritables changements, qui étaient intéressants, qui ouvraient une perspective, et là on arrive à la fin avec le carnet de chèques. C'est décevant.
Vous étiez aussi favorable au CPE, au contrat premier embauche. Vous étiez auprès de Dominique de Villepin quand ce grand mouvement qui a mis beaucoup de jeunes dans les rues s'est formé. Bruno Le Maire, un regard sur cette époque et sur cette façon aussi dont vous avez insisté pour mettre en place le CPE ? L'histoire se répète.
L'histoire se répète parce que lorsqu'on ne dit pas avant ce qu'on va faire après, lorsque l'on prend les gens de cours, lorsqu'on prend les Français de cours, ça se passe toujours mal. Je crois ce que les Français attendent justement en 2016 pour la primaire, puis en 2017 pour l'élection présidentielle. C'est un projet qui soit suffisamment précis, clair, avec des engagements qui soient formulés, pour qu'il n'y ait pas de déception.
La seule faute du CPE, c'est de ne pas l'avoir dit avant ?
La vraie faute du CPE, c'est de ne pas avoir échangé avant, c'est de ne pas avoir prévenu avant que nous allions faire cela. Je rappelle qu'avant le CPE, il y avait eu le contrat de nouvelle embauche que reprenait en quelque sorte la loi El Khomri. Et d'ailleurs, dans les dernières versions qui sortent aujourd'hui, vous avez une proposition de contrat de travail pour les PME qui est très similaire à ce qu'était le CNE. Mais c'était il y a dix ans. Et on a vraiment le sentiment que la France piétine, qu'on n'est pas capable d'avancer, qu'on n'est pas capable tous ensemble de trouver un minimum d'accords sur ce qui sera bon pour donner un travail à chacun dans notre pays.
Or, moi, mon obsession, c'est qu'on passe d'une France de 6 millions de chômeurs à une France où chacun peut trouver sa place et chacun peut trouver un travail.
C'est cette ancienneté, vos fonctions auprès de Dominique de Villepin qui fait dire à François Fillon que vous n'incarnez pas du tout le renouveau, contrairement à ce que vous dites, mais que vous êtes un vieux routier de la politique. Bruno Le Maire, que lui répondez-vous à François Fillon ?
C'est quand même étonnant de voir que les uns reprochent d'être trop jeunes, de manquer d'expérience, de ne pas avoir été Premier ministre ou Président de la République comme si en France, pour devenir Président de la République, être candidat légitime à la fonction présidentielle, il fallait impérativement avoir été Président de la République ou Premier ministre. Puis voilà que les autres me disent, c'est un vieux routier de la politique, il est trop âgé, il est déjà passé par tous les postes, il a trop d'expérience. Il faudrait savoir, Patrick Cohen. Non, c'est juste sur le slogan du renouveau.
La seule réalité, c'est que j'ai été élu en 2007,
et que donc je suis sur l'activité politique publique depuis 2007. Quant au renouveau comme slogan, d'abord je vois s'ouvrir tout grand la vanne des attaques personnelles. Je ne veux pas qu'on mette la primaire à ce niveau-là. Nos électeurs attendent autre chose qu'une querelle de personne. Je ne ferai aucune attaque personnelle dans cette primaire, parce que je pense que l'enjeu est trop important, et que nos électeurs attendent autre chose. Mais François Fillon fait remarquer qu'il a un programme, lui, que vous, vous ne l'avez pas. Mais le renouveau n'est pas un slogan, Patrick Cohen. Vous ne l'avez pas, un programme. Pas du tout.
La réalité, c'est qu'ils ne veulent pas entendre ce qu'il y a derrière le renouveau. Ils ne veulent pas entendre parce qu'ils en ont peur.
Parce que lorsque je dis que je proposerai un référendum au deuxième tour des élections législatives de 2017, si je devais gagner l'élection présidentielle, dans lequel je proposerai aux Français de mettre fin définitivement au cumul des mandats, de limiter à trois le nombre de mandats des députés et des sénateurs, de réduire le nombre de députés, de réduire le nombre de sénateurs, d'obliger tous les hauts fonctionnaires qui font de la politique à démissionner de la fonction publique pour qu'on en finisse une bonne fois pour toutes avec la monarchie technocratique, ça leur fait peur. Et ce n'est pas en caricaturant mes propositions sur le renouveau qu'on empêchera le renouveau de passer.
Puis derrière, oui, il y a des propositions. Qui a fait des propositions face à Najat Vallaud-Belkacem qui défendait le collège unique pour avoir un collège diversifié et un nouveau modèle éducatif ? Qui a proposé, dès 2011, qu'on ait une dégressivité des allocations chômage pour inciter plus fortement les demandeurs d'emploi à retrouver un emploi tout en accompagnant mieux chaque demandeur d'emploi ? Et qui a refusé, en 2011, qu'on mette en place la dégressivité des allocations chômage ? Qui a proposé que sur l'État, on ait un vrai État régalien et qu'on en finisse avec un État qui fait tout et qui agit mal parce qu'il n'a pas les compétences pour le faire ?
Qui a proposé en matière de fonction publique qu'on termine avec la fonction publique territoriale et qu'on ne recrute plus de fonctionnaires publics territoriaux ? Oui, je porte un projet. Alors, il peut faire peur à certains parce qu'il bouscule des habitudes, parce qu'il bouscule des avantages, parce qu'il bouscule des privilèges. Ça ne m'empêchera pas d'aller jusqu'au bout.
Et qui n'a pas voté la loi limitant le cumul des mandats quand la gauche l'a proposé à l'Assemblée nationale ?
Je ne l'ai pas voté, Patrick Cohen, parce que j'estime qu'on ne peut pas mettre fin au cumul des mandats si, dans le même temps, on ne revalorise pas la fonction des députés et des sénateurs. C'est la seule raison ? C'est la raison principale. Je considère que si vous voulez avoir des députés et des sénateurs qui ne cumulent pas les mandats, encore faut-il leur donner le moyen de mieux faire leur travail, de contrôle du gouvernement et de propositions législatives.
Bruno Le Maire, invité de France Inter. On vous retrouve dans quelques minutes face aux auditeurs de France Inter.
Bruno Le Maire