Macron normalise Poutine sans obtenir aucun avantage
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Attaque 90 %Défensif 10 %
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 4:00Sébastien GobertFait
« la France détient un des cinq sièges permanents du Conseil de sécurité de l'ONU »
- 5:00Sébastien GobertFait
« la Russie et l'Iran sont voisines à travers la mer Caspienne »
- 7:00Sébastien GobertChiffre
« l'Union européenne a payé plus à la Russie pour ses hydrocarbures qu'elle n'a versé à l'Ukraine pour la soutenir financièrement et militairement »
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Hier, le 1er juillet, Emmanuel Macron s'est entretenu pendant 2 heures au téléphone avec Vladimir Poutine. C'était la première fois que les deux hommes se parlaient en tout cas officiellement depuis les interminables discussions de l'hiver 2022 qui avait été aussi embarrassante pour la partie française qu'inile à faire stopper l'invasion russe de l'Ukraine. Alors depuis hier, on se pose la question qu'est-ce qui pourrait bien avoir changé pour que le président français reprenne langue avec son homologue russe ? Réponse rien si ce n'est le besoin du président de la République d'exister sur la scène diplomatique.
Bonjour à tous, c'est Sébastien et bienvenue dans cette vidéo qui est ma seconde vidéo aujourd'hui puisque j'ai posté ce matin une longue vidéo sur la situation en Geéorgie. On a l'impression qu'il ne se passe plus grand-chose là-bas mais la consolidation de la verticale autoritaire et les travaux d'une commission d'enquête pour établir la responsabilité de la géorgie dans la guerre de 2008 sont quand même particulièrement importants à suivre. Donc je vous encourage à aller la regarder. Et là cet après-midi donc ce 2 juillet, je trouve enfin le temps pour faire un petit billet sur ce coup de téléphone entre Emmanuel Macron et Vladimir Poutine.
De la même manière que j'avais fait une vidéo sur le premier appel d'Olave Scholz à Vladimir Poutine en novembre 2024. Le chancelier allemand avait alors été le premier dirigeant occidental de hauran à renouer le contact avec Vladimir Poutine et à rompre l'isolement diplomatique occidental de la Russie qui était justifié par l'invasion de l'Ukraine à partir de 2022. Évidemment, Vladimir Poutine n'a jamais été complètement isolé. Il y a beaucoup de dirigeants internationaux qui ont gardé contact avec lui, qui l'ont même rencontré physiquement entre 2022 et 2024.
Et c'était vrai aussi du côté européen puisque Victor Orban en Hongrie ou Alexander Vuc en Serbie n'ont jamais rompuien avec la Russie. Mais parmi les grandes puissances occidentales, il y avait au moins un front commun pour ostraciser la Russie et pour contribuer ainsi à la pression qui était mise sur le Kremelin et pour soutenir l'Ukraine. Olaf Scholz, à l'époque, il avait pris cette initiative pour des raisons de politique intérieure puisque il faut se rappeler son gouvernement venait tout juste de chuter et il voulait se présenter comme le chancelier de l'apaisement et du dialogue en un monde d'élection fédérales qui se sont tenues début 2025. Et qu'avait obtenu Olaf Scholz ? Rien.
Il avait été suivi évidemment par l'inénénarable Donald Trump qui a appelé Vladimir Poutine à répétition à partir de son retour à la Maison Blanche le 20 janvier 2025. Lui, il a obtenu un peu plus, notamment la reprise des relations diplomatiques et quelques réunions sur des sujets techniques et aussi pour relancer un effort de paix autour de l'Ukraine. Mais fondamentalement, et on l'a bien suivi ces dernières semaines, il n'a rien d'obtenu de spectaculaire. Pour Emmanuel Macron, on sait d'ors et déjà que ça sera exactement pareil. Pourquoi ?
parce que aucun des trois dirigeants donc Olaf Scholz, Donald Trump ou Emmanuel Macron n'ont établi au préalable un rapport de force qui puisse faire dévier la Russie de sa trajectoire d'invasion de l'Ukraine. Et comme on l'a bien compris ces trois dernières années ou en tout cas comme je pensais qu'on l'avait tous compris, c'est bien le langage de la force que comprend Vladimir Poutine et non pas le dialogue et les négociations diplomatiques qu'il considère comme des signes de faiblesse.
La première des motivations affichées du président français, c'était le Moyen-Orient, l'essentiel de la conversation apportée sur ce sujet, afin que la France et la Russie coordonne une position sur l'encadrement du programme nucléaire iranien ou en tout cas ce qu'il en reste. Elle a pas besoin de se voler la face. Emmanuel Macron a appelé Vladimir Poutine parce que la France et l'Europe en règle générale ont été littéralement éjecté de ce dossier. La Russie n'est pas beaucoup plus présente.
On a vu qu'elle avait été mise sur la touche par Donald Trump mais Moscou conserve quand même un partenariat stratégique avec Taneran et des relations politiques et militaires qui sont assez étroites, même si on a vu que ce partenariat n'a pas du tout servi à aider l'Iran face aux frappes israéliennes et américaines. Et donc le coup de fil d'hier, c'est une conversation entre deux outsiders pour savoir comment il pouvait revenir à la fête dont il venait tout juste d'être viré par la petite porte ou par la fenêtre.
Sachant que la France et la Russie n'y vont pas à arme égale puisque la Russie y va donc j'ai dit avec ce partenaire stratégique, sa relation privilégiée avec le régime des Mola et aussi son empreinte régionale qui est plus marquée que celle de la France. Il faut se rappeler que la Russie et l'Iran sont voisines à travers la mer Caspienne et la Russie veut aussi réintégrer le jeu Moyen-Oriental avec sa pratique du rapport de force. Alors que la France arrive avec des idées, des principes, des propositions qui sont tout à fait louables mais dont la porté et l'efficacité est extrêmement limitée sur un tel théâtre d'opération.
Une des justifications du coup de fil d'hier, c'est que la France détient un des cinq sièges permanents du Conseil de sécurité de l'ONU. Mais on sait que ce conseil, il est grippé et ce ne sont ni Donald Trump, ni Vladimir Poutine, ni Xignik Ping qui vont le débloquer maintenant. Et donc oui, si jamais la Russie réussit à peser de nouveau sur la situation au Moyen-Orient, elle peut remettre la France dans le jeu. Mais il faut savoir que ça ne sera pas gratuit pour Paris. puisque hier Emmanuel Macron a balayé d'un revers de la main la cohérence de la position française et européenne vis-à-vis de la Russie juste pour avoir l'occasion de dire qu'il a parlé lui aussi à Vladimir Poutine.
Il n'a pas exigé, il n'a pas décidé, il n'a pas négocié, mais il a parlé. Et après ce coup de fil, il est très probable que la France n'obtienne rien au Moyen-Orient. Mais par contre, elle a d'ors et déjà affaibli sa position vis-à-vis de l'Ukraine. Et bien sûr qu'il n'y a pas que la guerre en Ukraine dans le monde et il faut s'intéresser et il faut se préoccuper des nombreux autres conflits qui meurtrissent la planète. Mais quand on est une puissance moyenne comme la France et quand on représente une grande puissance mais qui est lente et indécise comme l'Union européenne, il faut établir des priorités et la priorité c'est l'Ukraine.
Pas forcément à cause des souffrances des Ukrainiens qu'on ne peut pas mettre en haut de la hiérarchie des souffrances dans le monde, mais parce que cette guerre russe contre l'Ukraine se déroule sur notre continent et nous menace directement puisque les Russes nous menacent directement. Et ça c'est évident pour qui veut écouter les discours qui émanent du Kremelin ou lire les florilèges d'insultes que tweet régulièrement Dimitri Medvedev. Mais même le chef du renseignement allemand avertit désormais sur une potentielle invasion russe d'un pays de l'Union européenne et de l'OTAN d'ici 2029.
Alors, est-ce qu'il fallait vraiment sacrifier la cohérence de la position française et européenne sur le dossier ukrainien pour s'agiter et pour gesticuler sur le dossier moyen-oriental sans forcément en obtenir quelque chose ? Ça, j'avoue, je ne vois vraiment pas comment ça peut valoir le coût. Dans le communiqué final de l'Élysée qui a été publié hier, l'Ukraine occupe trois fois moins de place que l'Iran et encore une fois, ça peut se justifier si on obtient des résultats, mais pas dans ce cas-là. À travers ce communiqué, l'Ukraine a été rabaissée au rang de simples point chaud sur la carte du monde parmi tant d'autres.
Et le fait que Emmanuel Macron et Vladimir Poutine n'ont fait qu'exprimer des opinions divergentes sur ce dossier donne presque l'impression que c'était en fait deux commentateurs, deux observateurs, deux spectateurs qui s'exprimaient sur ce dossier sans forcément y jouer un rôle. Et ce qu'Emmanuel Macron a fait hier, c'est donner le signal que on peut considérer Vladimir Poutine comme un adversaire systémique qui représente une menace existentiel pour l'Union européenne, pour l'OTAN, pour la sécurité sur le continent européen. Mais on peut tout à fait travailler avec lui ou tenter de travailler avec lui sur d'autres dossiers dans le monde.
Emmanuel Macron ici retombe dans ses travers de 2022 quand il voulait à tout prix être au cœur de l'action diplomatique sans forcément vouloir au pouvoir s'investir plus dans la défense de l'Ukraine. Parce que le grand nom dit de ce coup de fil, c'est que Emmanuel Macron veut simplement continuer à exister sur la scène internationale sans forcément s'en être donné les moyens. Donald Trump parle à Vladimir Poutine tous les qu matins. Emmanuel Macron le veut aussi. Sauf que le premier, c'est le chef de la première puissance mondiale et donc non, ça va pas être exactement la même chose.
Le nouveau chancelier allemand Friedrich Schmerz annonce un plan d'investissement dans la défense allemande qui pourrait être plus de trois fois celui de la France. Alors, Emmanuel Macron, qui préside à une situation financière très précaire en France, on le sait, fait valoir le prestige diplomatique de la France et le siège au conseil de sécurité de l'ONU. Mais ça, j'en ai déjà parlé. Ça a quand même une importance qui est diluée dans le monde actuel où on se soucie de moins en moins du droit international et de plus en plus du rapport de force.
Alors, ce n'est pas du tout pour dire que la France ne fait rien pour soutenir l'Ukraine ou pour motiver ses partenaires européens sur le dossier de l'autonomie stratégique, loin de là. Puisque dans ces deux dossiers, l'hexagone joue un rôle capital. Mais il y a toujours eu et c'était très perceptible en 2022 une sorte de dissonance cognitive au sommet de l'État français entre la perception de la menace, les politiques menées, la communication autour de ces politiques et les moyens qui leur étaient alloués. Évidemment, les diplomates saisonnés et les observateurs avisés un peu plus franco-centrés me contrediront.
Mais moi, je travaille en Europe centrale et orientale depuis déjà suffisamment longtemps pour savoir que traiter ainsi avec la Russie ne peut pas déboucher sur des résultats constructifs. Ce que doit faire Vladimir Poutine depuis hier, c'est qu'il doit jubiler. Il doit vraiment se féliciter puisque il voit les dirigeants américains et européens revenir vers lui les uns après les autres et le normaliser. ça sans que ses dirigeants aient forcément procédé à un changement de logiciel qui fasse que la Russie relâche son effort d'invasion de l'Ukraine ou les menace qu'elle fait peser sur la sécurité européenne. Est-ce que les Européens ont décidé d'envoyer des troupes au sol ?
Est-ce qu'ils ont décidé de mettre en place un dispositif pour protéger ne serait-ce qu'une partie de l'espace aérien ukrainien ? Ce qui serait particulièrement important maintenant puisqueon a appris aujourd'hui que les États-Unis interrompent les livraisons de batterie patriotes et ça il faudra sans doute y revenir puisque dans un contexte d'intensification des bombardements russes sur les villes ukrainiennes, ça va sans doute avoir un impact dans un futur assez proche. Est-ce que les Européens ont décidé d'un embargo total et immédiat les importations d'hydrocarbure russes ?
Et bien en fait rien de tout ça, les Européens et en l'occurrence Emmanuel Macron reviennent vers Vladimir Poutine avec les mêmes recettes qu'avant avec une opposition de principe qui est basé sur le droit international que ne respectent pas la Russie et que ne veulent plus faire semblant de respecter les États-Unis. Ils arrivent avec des sanctions qui ne sont pas suffisamment fortes et qui de toutes les manières sont difficiles à faire adopter à cause de l'opposition des Hongrois et des Slovaques. Ils arrivent avec des promesses d'aide militaire, des livraisons d'armes et de munitions pour l'Ukraine au comptegoutte.
Ils arrivent aussi avec des promesses de soutien financier qui est insuffisant en partie parce que les Européens refusent toujours de saisir les plus de 200 milliards de dollars d'actifs russes qui sont gelés dans leur banque. Et ils arrivent aussi avec des contrats juteux d'approvisionnement en hydrocarbure. Donc plus en gaz naturel mais bien en pétrole et en gaz naturel liquéfié. qui fait que depuis 2022, l'Union européenne a payé plus à la Russie pour ses hydrocarbures qu'elle n'a versé à l'Ukraine pour la soutenir financièrement et militairement.
Alors, comment est-ce que dans un tel contexte quelqu'un comme Emmanuel Macron peut imaginer qu'il peut obtenir de Vladimir Poutine ce qu'il n'a jamais eu auparavant ? Moi personnellement, j'ai pas la réponse à part ce gros nom dit dont j'ai parlé. En tout cas, et pour conclure, ici en Ukraine, on reste bouche bé depuis l'annonce de ce coup de fil, puisque autant il n'est pas perçu aussi dramatique que ce qu'il aurait pu être perçu il y a quelques mois puisque entre-temps est passé le cyclone Trump qui a mis beaucoup de choses à terre. Mais les Ukrainiens se demandent quand même pourquoi est-ce que les trois dernières années n'ont visiblement enseigné aucune leçon.
Comme si dans la droite ligne de Donald Trump, on pouvait se dire que l'objectif prioritaire de cette guerre, ce n'est ni la victoire de l'Ukraine et la défaite de la Russie ou l'inverse, mais c'est plutôt un retour à la normale, au business as usual et ça le plus vite possible. Et même si la Russie de Vladimir Poutine n'a elle pas bougé d'un ya ? Merci à tous d'avoir regardé cette vidéo jusqu'au bout. Je file et je vous retrouve très vite.
Emmanuel Macron