L'entretien d'actu | Les guerres secrètes à l'Élysée | Aurore Gorius
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- 1:11OuverteRéponse directe
Ta série 'Les Conseillers' a-t-elle un sens politique ?
- 1:57OuverteRéponse directe
Quels enseignements tirés des saisons précédentes ?
- 4:19OuverteRéponse directe
Pourquoi Philippe Grandjon et Anne de Bézère quittent-ils l'Élysée ?
- 4:31OuverteRéponse directe
Qui est Bruno Roger Petit ?
- 6:50OuverteRéponse directe
Pourquoi Macron s'entoure-t-il de conseillers sarkozistes ?
- 8:20OuverteRéponse directe
Que pense Sarkozy de ces nominations ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:26InvitéFait
« Quand on observe les coulisses du pouvoir et les entourages ministériels, ça dit toujours beaucoup de choses du pouvoir en place. »
- 1:49InvitéFait
« À l'époque, ça disait déjà plein de choses du nouveau pouvoir macroniste, notamment pas mal de conseillers qui venaient du privé ou qui avaient été lobbyistes par le passé. »
- 2:04InvitéFait
« Emmanuel Macron qui dit même qu'on va supprimer l'ENA. »
- 2:38InvitéFait
« On a vu arriver un premier ministre qui lui-même a été conseillé par le passé, notre secrétaire général adjoint de l'Élysée sous Nicolas Sarkozy, Jean Castex. »
- 2:44InvitéFait
« On a vu aussi d'autres ministres comme Roselyne Bachelot qui ont été ministres sous Nicolas Sarkozy. »
- 3:05InvitéFait
« On voit un discours d'Emmanuel Macron qui se positionne sur le séparatisme, la sécurité. »
- 4:32InvitéFait
« Bruno Roger Petit est une personne qui fait les discours, tous les écrits de l'Élysée, notamment quand il y a des décès. »
- 5:09InvitéFait
« Il a été longtemps placardisé et puis il est revenu, là, semble-t-il, un peu au centre du jeu. »
- 5:18InvitéFait
« Le Monde avait révélé qu'il avait joué le rôle d'intermédiaire pour qu'Emmanuel Macron rencontre certains journalistes de valeur actuelle que lui-même appréciait. »
- 6:19InvitéFait
« Ismaël Emélien est parti en mars 2019 à cause beaucoup de l'affaire Benalla et aussi d'une certaine usure du pouvoir. »
- 7:11InvitéFait
« Il y a bien sûr une part de calcul politique, évidemment, d'aller braconner sur le terrain de la droite. »
- 7:32InvitéFait
« Il va faire un discours vendredi, le 2 octobre, sur le séparatisme. »
Temps de parole
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C'est désormais une certitude, Emmanuel Macron s'est lancé dans la course à sa réélection. Et on ne peut plus analyser ses actes politiques sans avoir ce facteur à l'esprit. Il engage la bataille alors que son parti, la République en marche, est au plus mal et qu'en le sont désireux de le faire muter ou alors de lui substituer une nouvelle machine électorale. À l'Élysée aussi, les choses bougent. Mon invité, Aurore Gorius, journaliste pour le site lesjours.fr, observe ses mouvements très révélateurs.
Si elle peut le faire, si elle a le temps pour enquêter en toute indépendance sur les rouages du pouvoir, c'est parce que son média, lesjours.fr, qui est en ce moment en pleine campagne de recrutement d'abonnés, le lui permet. Bonjour Aurore.
Bonjour.
Alors, les jours fonctionnent un peu comme un Netflix du journalisme avec des séries thématiques d'articles qui s'étalent au cours de saisons. Et là, c'est le début de la saison 3 pour ta série Les Conseillers. Dans le premier épisode, tu parles notamment des conseillers qui quittent l'Élysée, des conseillers qui entrent à l'Élysée. Et tu estimes que ce jeu de chaise musicale a un sens profondément politique ?
Oui, en fait, quand on observe les coulisses du pouvoir et les entourages ministériels, ça dit toujours beaucoup de choses du pouvoir en place. Donc c'est pour ça qu'au jour, on avait décidé de raconter un peu la politique autrement et d'observer la constitution des cabinets ministériels dès l'élection d'Emmanuel Macron. Et à l'époque, ça disait déjà plein de choses du nouveau pouvoir macroniste, notamment pas mal de conseillers qui venaient du privé ou qui avaient été lobbyistes par le passé. Et puis donc là, on en est à la troisième saison.
Donc il y a une deuxième saison qui racontait la période des Gilets jaunes et la remise en cause par le mouvement des Gilets jaunes, des élites, de la haute fonction publique, avec Emmanuel Macron qui dit même qu'on va supprimer l'ENA. Donc tout ce récit-là de la haute fonction publique et des coulisses, du coup, de l'administration française. Et là, la troisième saison, évidemment, c'est comment Emmanuel Macron, depuis la nomination d'un nouveau premier ministre et d'un nouveau gouvernement, se prépare, d'une certaine façon déjà, pour la fin de son quinquennat et aussi pour la future campagne présidentielle qui démarrera dans un an. Enfin, on sera en plein dedans dans un an, en fait, déjà.
Effectivement, là, on a vu arriver un premier ministre qui lui-même a été conseillé par le passé, notre secrétaire général adjoint de l'Élysée sous Nicolas Sarkozy, Jean Castex. En plus, on a vu aussi d'autres ministres comme Roselyne Bachelot qui ont été ministres sous Nicolas Sarkozy. Et il y a aussi, évidemment, des conseillers ministériels qui eux-mêmes ont officié sous Nicolas Sarkozy aussi. Donc on voit bien que là, il y a un jeu de chasse musicale où on voit des conseillers Sarkozy, c'est arrivé, on voit un discours d'Emmanuel Macron qui se positionne sur le séparatisme, la sécurité.
Et en même temps, on voit à l'Élysée des conseillers plutôt de centre-gauche qui sont en train de partir. Par exemple, le conseiller en com' Philippe Grandjon qui est arrivé en plein milieu de la crise des Gilets jaunes pour essayer de travailler à renouer avec les corps intermédiaires. Donc c'est un conseiller en com' qui est passé par la CFDT, qui est plutôt de centre-gauche et qui est là en train de faire ses valises. On voit aussi la conseillère Anne de Bézère qui est en train de partir, de faire ses bagages.
Donc effectivement, on a comme ça un jeu de chasse musicale qui avait d'ailleurs déjà eu lieu au printemps 2019 où on avait vu là des conseillers historiques comme Ismaël Émilien partir, un peu décontencé par le mouvement des Gilets jaunes, ne trouvant pas vraiment la réponse ni la parade. Et Philippe Grandjon qui est arrivé à ce moment-là, précisément pour essayer de renouer le dialogue avec les corps intermédiaires, essayer de casser un peu la verticalité d'Élysée Anne en tant que conseiller politique, là il est en train de partir. Donc effectivement, la nouvelle physionomie des cabines ministérielles raconte une évolution de ce pouvoir.
Alors Philippe Grandjon, donc centre-gauche, ex-CFDT, s'en va. Anne de Bézère, chargée des averses sociales, s'en va aussi. Et il y a une sorte de retour en grâce de Bruno Roger Petit que tu décris. Qui est Bruno Roger Petit ?
Oui, alors Bruno Roger Petit est une personne qui fait les discours, tous les écrits de l'Élysée, notamment quand il y a des décès, il a été longtemps placardisé et puis il est revenu, là, semble-t-il, un peu au centre du jeu.
C'est un ancien journaliste.
C'est un ancien journaliste qui a, pendant longtemps, été un fervent promoteur de François Mitterrand. Il a toujours affiché son admiration pour François Mitterrand. Par contre, il a toujours aussi voulu jouer ce rôle de conseiller du pouvoir. Bon, il est rentré à l'Élysée, ça a été un peu compliqué pour lui. Mais là, oui, oui, il est revenu visiblement un peu plus en grâce. Il a joué le rôle d'intermédiaire. Le Monde avait révélé qu'il avait joué le rôle d'intermédiaire pour qu'Emmanuel Macron rencontre certains journalistes de valeur actuelle que lui-même appréciait. Donc, c'est un peu loin de son positionnement de départ. Mais en tout cas, c'est ce qui s'est passé.
Et oui, alors il y a lui, mais il y a d'autres personnes aussi. On peut parler de quelqu'un comme... Alors, il y a des conseillers qui sont partis, mais qui sont toujours dans l'entourage d'Emmanuel Macron, qui sont toujours en contact avec lui. Je pense à Sylvain Faure, par exemple, qui a été sa plume pendant la campagne, qui a été aussi à l'Élysée, qui a été à un moment donné en charge de sa communication. Il n'y a pas resté longtemps. Alors, lui-même, d'ailleurs, avait participé à un groupe qui préparait la réélection de Nicolas Sarkozy en 2012. Donc, pareil, c'est quelqu'un qui a fait pas mal d'allers-retours, qui n'est pas non plus, lui, issu de la gauche. Voilà.
Il est toujours en contact avec l'entourage élyséen, avec Emmanuel Macron. Il y a comme ça une espèce de recomposition avec d'anciens conseillers qui sont toujours un peu là. Ismaël Emélien, qui est parti, qui était son conseiller spécial. Ismaël Emélien est parti en mars 2019 à cause beaucoup de l'affaire Benalla et aussi d'une certaine usure du pouvoir. Sans doute, Ismaël Emélien, lui, parle toujours, dialogue toujours avec Emmanuel Macron. Il y a un certain nombre de personnes qui gravitent et puis, à l'intérieur, on voit bien quand même que c'est plutôt une ligne plus droitière qui a pris le dessus, à la fois au gouvernement, mais aussi dans les cabinets.
Comment comprendre, disons, l'appétence, si on peut dire, en tout cas l'attirance d'Emmanuel Macron pour des membres de la Sarkozy ? Est-ce que ça signifie des liens qui vont au-delà du politique, notamment des réseaux qui s'entrecroisent, qui s'entrechoquent ? Qu'est-ce que ça signifie ? Pourquoi Macron, saison 2 ou saison 3, je ne sais pas, veut absolument fonctionner, marcher avec les Sarkozy ?
Il y a bien sûr une part de calcul politique, évidemment, d'aller braconner sur le terrain de la droite. Alors, à gauche, il a été élu beaucoup avec les voix socialistes et puis il s'en est progressivement éloigné quand même. C'est une constante de son quinquennat, de ce début de mandat, de la première moitié de son mandat. Là, il a des discours, il va faire un discours vendredi, le 2 octobre, sur le séparatisme. Donc, il est sur des thématiques plus droitières, très sarkozistes. On se souvient de Nicolas Sarkozy, il parlait de l'identité nationale à la fin de son quinquennat, faire sa campagne de réélection là-dessus.
Donc, il doit avoir l'impression que c'est quelque chose qui peut avoir un écho, qui peut aussi couper l'herbe sous le pied de la droite. Donc, c'est un repositionnement politique qui passe par des nominations. Donc, c'est là où ça devient... Alors, il y a les mots du président, et puis il y a aussi les nominations. Et c'est là où ça devient intéressant de voir que ça se traduit par des nominations de ministres, mais aussi Jean Castex qui recrute Camille Pascal, un ancien conseiller sarkoziste qui devient la plus sa plume. Donc, voilà, dans le gouvernement, il y a un mouvement de conseillers, de ministres sarkozistes qui sont arrivés.
Et qu'est-ce qu'il en pense Nicolas Sarkozy ?
Nicolas Sarkozy a un positionnement, visiblement, alors c'est compliqué de savoir ce qu'il en pense vraiment. Lui, il dit qu'il ne veut pas revenir en politique. Maintenant, on sait que les animaux politiques, s'ils ont eu une brèche pour s'engouffrer, en général, ne la loupent pas non plus. Donc, c'est son discours, mais est-ce que c'est vrai ? Et surtout, on l'a vu s'afficher avec Emmanuel Macron. Il y a toujours eu un espèce de storytelling depuis le début du quinquennat, comme quoi Nicolas Sarkozy dialoguait avec Emmanuel Macron. On les a vus s'afficher un petit peu.
Donc, en fait, Emmanuel Macron, dans son « et de gauche, et de droite », etc., il a toujours essayé de préserver ces deux piliers. Et là, un peu à gauche, un peu à droite, et là, on voit bien que ça tire plutôt à droite, sur la fin du quinquennat.
Donc, tu as parlé de la question de ce qu'ils appellent le régalien, c'est-à-dire tous les thèmes droitier, l'identité nationale, le séparatisme, etc. Et tu disais qu'en cela, il imitait Nicolas Sarkozy. Mais on a bien vu que François Hollande aussi est allé, disons, braconner sur ses terres, en tout cas avec Manuel Valls. Il a essayé de droitiser son discours avec la nationalité, les questions de nationalité, d'échéance de nationalité, etc. Finalement, Sarkozy, Hollande et Macron finissent leur mandat en se droitisant, en utilisant le fameux mot régalien.
Est-ce que finalement, ce n'est pas qu'ils n'ont rien à proposer, qu'ils n'ont pas de politique économique nouvelle à proposer aux Français ? Et donc, forcément, on les paye de mots avec…
Pas forcément. Là, on voit que quand même, après la crise du Covid, il y a une politique économique qui a été lancée, un plan de relance. Alors après, on peut en discuter, mais il y a un traitement de ce qu'on traverse là avec la pandémie. Après, c'est vrai que c'est des thématiques électoralement parlant qui sont fortes, qui sont reprises. Donc oui, mais c'est vraiment un double tranchant, parce qu'on se souvient que François Hollande, quand il lance à des chances de nationalité, ça crée vraiment une fracture au sein du PS. Et le PS, en plus après, avec la loi travail, a été fracturé jusqu'à la fin du quinquennat.
Et voilà, ça lui a sent peut-être que ça a beaucoup contribué dans le fait qu'il ne se représente pas. À voir si pour Emmanuel Macron, ce sera plus payant comme calcul, mais il faut se souvenir que Nicolas Sarkozy, quand il fait sa campagne de réélection sur ces thématiques-là, en 2012, il perd. Et c'est François Hollande qui gagne. Donc est-ce que c'est vraiment payant électoralement ? Ou est-ce que Emmanuel Macron…
Tu crois peut-être que c'est une des grandes croyances de la place politique ?
Peut-être. En tout cas, c'est vrai qu'il y a aussi d'autres éléments qui montrent qu'Emmanuel Macron cherche finalement à faire en sorte que les choses soient un peu en ordre de marche pour la réélection. C'est-à-dire que, déjà, la nomination de Jean Castex en elle-même, on voit qu'il essaye d'avoir une proximité un peu plus forte avec ce qu'on appelle maintenant les territoires. Il a beaucoup été accusé d'être trop vertical, de regarder les gens en haut, etc. Donc il a essayé de mettre ce Premier ministre-là.
Et puis, en même temps, il a essayé de mettre des personnalités aussi un peu plus fortes, parce qu'Éric Dupond-Moretti ou Rossin Bachelot, qu'on voit d'ailleurs pas beaucoup, mais ce sont des personnalités plus médiatiques, alors qu'il avait constitué des gouvernements avec des personnalités plus effacées, assez technocrates. Et en même temps, il cherche à les contrôler. Ça, c'est quelque chose que fait Emmanuel Macron avec beaucoup d'applications.
Par exemple, tu expliques qu'il est hyper contrôlant, qu'il va jusqu'à s'ingérer dans la constitution des cabinets, à Matignon comme dans les ministères, pour imposer ses proches, pour surveiller ses ministres et son Premier ministre, au point que Lionel Jospin le remarque et il lui fait la leçon.
Oui, alors, c'est un peu une tentation quand même de tous les présidents de savoir ce qui se passe à Matignon, puisqu'on est dans cette configuration institutionnelle très propre à la Vème République où il y a un exécutif bicéphale, donc il y a toujours une concurrence. Tout remonte à l'Élysée, mais celui qui fait, c'est quand même le Premier ministre, donc c'est compliqué. Alors, il y a toujours eu cette tendance, mais c'est vrai qu'Emmanuel Macron est arrivé, déjà en 2017, il avait essayé d'imposer le directeur de cabinet, donc c'est le plus haut personnage du cabinet, d'un ministre, le directeur de cabinet d'Édouard Philippe lui-même.
Il avait essayé d'imposer Nicolas Revelle, qui était un de ses amis, puisqu'ils ont été ensemble secrétaire généraux adjoints de l'Élysée au même moment. Ils se connaissent bien, ils sont amis, donc il avait essayé de l'imposer auprès d'Édouard Philippe. Ça n'avait pas marché. Édouard Philippe avait recruté son propre directeur de cabinet, Benoît Ribédeau-Dumas, voilà. Et là, il a réussi à imposer ce même Nicolas Revelle à Jean Castex. Donc il a effectivement une vigie à Matignon, très clairement. Jean Castex est un petit peu quand même sous le contrôle de l'Élysée. Et puis il a placé comme ça d'autres conseillers proches dans d'autres cabinets.
Par exemple, le chef de cabinet d'Éric Dupond-Moretti, qui lui-même n'est pas un politique, c'est un avocat, il n'a pas d'expérience politique, il n'a pas d'expérience ministérielle. Son chef de cabinet, Jean Gabory, est l'ancien chef de cabinet adjoint d'Emmanuel Macron. Son chef de cabinet, c'est celui qui gère les agendas et donc évidemment qui est au plus près de ce que fait le ministre. Donc c'est aussi une espèce de vigie, voire de tour de contrôle collée à Éric Dupond-Moretti. Emmanuel Macron a pas mal fait ça dans la constitution de ce nouveau capitaine ministériel. Et c'est vrai que Lionel Jospin l'avait un petit peu houspillé sur...
Lionel Jospin qui a écrit un livre qui critique beaucoup la gouvernance et le style de pouvoir d'Emmanuel Macron. Et il avait dit aussi que même François Mitterrand n'avait pas été aussi interventionniste dans la constitution des cabinets ministériels de ses propres ministres. Voilà, il avait un petit peu allumé.
Donc Macron impose à Dupond-Moretti un chef de cabinet. Par ailleurs, on se rend compte que Charlotte Bilger, conseillère chargée des bonnes pratiques, elle est nommée et trois jours après, elle est remerciée. Et il se trouve que, bon, il y a des raisons de penser que... Oui, elle avait eu...
Alors c'est une magistrate qui avait dû gérer le dossier de François Bayrou, enfin le dossier qui concerne François Bayrou, des emplois présumés fictifs du Modem au Parlement européen. Le Modem est suspecté d'avoir fait des emplois fictifs au Parlement européen, auprès de députés européens, pour rémunérer en fait des permanents du parti. Et cette magistrate avait eu affaire à ce dossier, s'en a occupé pendant un certain nombre de mois. Et quand Éric Dupond-Moretti a voulu la nommer à son cabinet, effectivement, au bout de trois jours, elle a été retoquée. Et visiblement, Éric Dupond-Moretti a eu très peu de choses à dire sur la constitution de son propre cabinet.
Il a réussi à nommer très peu de gens dans son entourage. Beaucoup de gens lui ont été fortement conseillés. Donc c'est un ministre qui est quand même bien placé sous tutelle de l'Élysée.
Est-ce qu'il faut y voir, notamment dans ce départ de Charlotte Bilger, l'influence de François Bayrou qui semble revenir au premier plan ?
En tout cas, ce qui est sûr, c'est que François Bayrou, en fait, ça, l'entourage d'Emmanuel Macron le dit assez ouvertement. François Bayrou, qui a quitté le gouvernement donc à cause de cette affaire d'emploi fictif au Modem, il a quitté le gouvernement en juin 2017, alors qu'il avait été nommé garde des Sceaux. Et depuis cette date-là, il faut se rappeler que François Bayrou avait, dans la présidentielle, dans l'entre-deux-tours, François Bayrou avait poussé Emmanuel Macron et s'était rangé derrière lui. Donc il lui avait apporté ses voix centristes. Ensuite, il avait été nommé au gouvernement, il a dû démissionner et vraisemblablement, il n'a jamais perdu le contact avec Emmanuel Macron.
Il a toujours été un conseiller officieux, voilà, des coups de téléphone, ce genre de choses. Et là, il revient au centre du jeu puisqu'il a été nommé haut-commissaire au plan. Alors, au centre du jeu, c'est peut-être un peu ambitieux comme formule parce qu'on ne sait pas encore exactement, comme haut-commissaire au plan, quelle équipe il aura, quel moyen il aura. Ce qui est sûr, c'est que dans la période actuelle de pandémie et de crise économique de plus en plus importante, en tout cas qui ne trouve pas d'issue rapide, visiblement, il y a des choix à faire, des choix environnementaux, industriels, de relocalisation de certaines industries.
Toutes ces questions-là sont posées et ça peut faire effectivement à ses sens de recréer un commissariat au plan, mais encore faut-il qu'il ait le moyen de travailler et ça, pour l'instant, c'est encore relativement une inconnue. Il a dit plein de choses, François Béroux, il a dit qu'il allait être en partie dans son fief, avoir une équipe dans son fief et en même temps à Paris. Il a dit qu'il avait juste l'ambition d'avoir un pouvoir d'influence. Bref, on ne sait pas trop exactement, je ne suis pas sûre qu'il le sache lui-même, quelle marge de manœuvre il aura.
Mais quelque part, au-delà du programme dans le cadre des Jeux politiciens, peut-être que François Béroux, qui a été un des artisans du succès de 2017, revient pour travailler à un autre succès de 2022. 2017 était un peu le centre-gauche plus le centre et peut-être 2022 sera le centre-droite plus la droite.
Peut-être, peut-être. Alors, ce qu'on peut aussi anticiper, c'est que, en fait, le haut commissariat au plan va absorber France Stratégie, une entité qui avait travaillé à la constitution du programme d'Emmanuel Macron. Et là, on peut imaginer que François Béroux aura peut-être aussi ce rôle-là, c'est-à-dire de réfléchir en se projetant à quelques années en avant, en faisant de l'anticipation, etc., d'essayer de peut-être bâtir un projet ou de contribuer à bâtir un projet, un nouveau projet pour Emmanuel Macron en vue de la campagne présidentielle. Donc, il jouera peut-être aussi ce rôle-là, François Béroux.
Tu expliques aussi que Macron, qui voulait disrupter les anciennes pratiques, fait comme les autres en plaçant ses proches dans la haute administration, notamment dans le port préfectoral.
Oui, voilà. Alors, c'est vrai qu'Emmanuel Macron est arrivé au pouvoir en disant qu'on va disrupter avec cette image de président jeune qui va changer les pratiques. Alors, déjà, d'une part, il avait dit qu'on va réduire les cabinets ministériels. Donc, c'est ce qui avait été appliqué sous Édouard Philippe et puis, en fait, sous Jean Castex, les seuils ont été relevés parce que le nombre de conseillers dans l'entourage des ministres était plafonné. Mais, en fait, beaucoup de cabinets ministériels se sont trouvés en burn-out. Enfin, beaucoup, en tout cas, un certain nombre étaient surchargés. Donc, du coup, ils ont augmenté les seuils.
Donc, déjà, cette mini-révolution n'a pas vraiment eu lieu, en tout cas. elle a été revue, elle a été gommée. Et, effectivement, la pratique du pouvoir qui consiste, enfin, la pratique des pouvoirs successistes qui consiste à replacer, à recaser des fidèles dans la haute administration, elle perdure. Enfin, Emmanuel Cran fait comme ses prédécesseurs, c'est-à-dire qu'il a recasé des conseillers fidèles. Son conseiller sécurité, Laurent Autiot, est devenu préfet des Hauts-de-Seine. Il a été nommé préfet des Hauts-de-Seine, là, tout récemment, en septembre. D'ailleurs, beaucoup de recasages, comme assez souvent dans le corps préfectoral.
Son ancien conseiller en com' qui vient de partir, Joseph Zimeth, devient préfet de la Haute-Marne. Donc, voilà, il y a sa conseillère santé qui était partie, Mediapart avait révélé qu'elle était partie un mois avant l'arrivée de la pandémie en France. Et elle a été recasée comme représentante permanente du Conseil de l'Europe. Donc, pareil, c'est vraiment un recasage. Donc, cette pratique-là aussi perdure sous Emmanuel Macron et la fameuse disruption du pouvoir, on ne la voit pas vraiment. En fait, Emmanuel Macron gouverne comme ses prédécesseurs.
Est-ce une manière donc de rester, de laisser une trace au cas où il serait obligé de partir à perdant la présidentielle 2022, de maintenir un réseau au cœur de l'État ?
En tout cas, ça lui permet d'asseoir son pouvoir encore un peu plus. La préfectorale, c'est aussi un... C'est l'État dans les régions, c'est l'État dans les territoires, comme on dit maintenant. Donc, ça assoit aussi un pouvoir d'avoir des relais dans la préfectorale, chose qu'avait très peu Emmanuel Macron quand il est arrivé, puisqu'il était tout jeune président, il avait une équipe très réduite, il a gagné avec une toute petite équipe de conseillers qui maintenant d'ailleurs sont très dispatchés. Et donc, là maintenant, c'est vrai qu'en ayant été au plus haut sommet de l'État pendant déjà quasiment quatre ans, il a autour de lui des hauts fonctionnaires qui font partie de ses fidèles.
Et donc, c'est une façon aussi d'asseoir son pouvoir encore un peu plus.
Alors, merci Aurore. Avant qu'on se quitte, dis-nous deux mots sur la campagne d'abonnement que lesjours.fr a lancé.
Eh bien, nous, on n'est un site que sur abonnement, on est totalement payant et depuis quatre ans maintenant, un peu plus de quatre ans même, on fait l'actualité en série, on raconte en série un tas de sujets, que ce soit sur les coulisses du pouvoir, mais aussi...
C'est très, très passionnant.
Merci. Sur des faits divers, sur l'environnement, enfin, on a plein de séries passionnantes et donc, on a lancé une campagne de recrutement d'abonnés, effectivement, qui se termine le 2 novembre. On essaye toujours d'avoir des narrations au long cours avec des personnages, des lieux, d'être vraiment sur les sujets quand les autres n'y sont plus. Par exemple, on a fait une série sur une Française qui a disparu au Japon il y a deux ans, Tiffany Veyron, et c'est un récit en sept épisodes déjà que personne d'autre n'a raconté. On a une journaliste qui a enquêté là-bas, au Japon, pendant plusieurs mois.
Bref, on a plein de séries passionnantes et on est dans une période où tout le monde cherche les abonnés, mais nous aussi. Donc, n'hésitez pas à venir nous voir. On s'appelle lesjour.fr et on a une campagne, on a déjà pas mal d'abonnés, mais pour être à l'équilibre, ce qui permet évidemment d'être plus serein sur son avenir, on en a besoin encore d'un peu plus. Merci. Merci.
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