Didier Guillaume : "La transition vers le bio est irréversible et nous devons y aller"
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
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Questions et réponses
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- 0:32OuverteRéponse directe
Dites-nous en une minute quel sera votre principal combat à la tête de ce ministère ?
- 1:46RelanceRéponse partielle
Le revenu des agriculteurs : la loi alimentation va-t-elle revaloriser les prix pour les consommateurs ?
- 2:02FerméeRéponse directe
Qui va payer cette revalorisation ?
- 3:02RelanceRéponse directe
Mais il n'y a pas de sanction dans cette loi. Est-ce que vous pouvez le corriger ?
- 3:42FerméeRéponse directe
C'est quoi un revenu décent pour un agriculteur quand on sait qu'un agriculteur sur trois vit avec moins de 350 euros par mois ?
- 4:57FerméeRéponse directe
On parle de la sécheresse : plus de 50 départements en calamité sécheresse ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:45Invité politiqueFait
« Je veux être le défenseur, le promoteur des agriculteurs et des agricultrices. »
- 1:08Invité politiqueFait
« Transition économique, il faut que les agriculteurs gagnent mieux leur vie. »
- 1:12Invité politiqueFait
« Transition environnementale, il faut absolument que des meilleures pratiques, la fin des phytosanitaires, nous en parlerons ce moment tout à l'heure, arrivent assez rapidement. »
- 2:23Invité politiqueFait
« Ce n'est pas possible. C'est le seul secteur en France où les agriculteurs vendent leurs produits inférieurs à leur prix de revient. »
- 2:43Invité politiqueFait
« Moi, je ne fais pas partie de ceux qui pensent que les Français sont prêts à payer plus cher pour avoir des produits de qualité. »
- 3:55Invité politiqueFait
« Le revenu décent, c'est un revenu qui permet de faire vivre une famille, de faire vivre un conjoint, une conjointe des enfants, qui permet de prendre quelques jours de vacances. »
- 4:16Invité politiqueFait
« Donc, il est normal que les agriculteurs montent à ce niveau-là. »
- 4:30Invité politiqueFait
« demain, ce sont les filières, les interprofessions, qui vont dire tel produit, il part de chez nous à tel prix. »
- 5:18Invité politiqueFait
« Une sécheresse comme on n'a jamais connue. »
- 5:41Invité politiqueFait
« Il y aura des dégrèvements automatiques de fonciers non bâtis. »
- 8:16Invité politiqueFait
« Moi qui dirigeais le département de la Drôme, qui en ai fait le premier département bio de France, département non OGM, qui ai créé un salon européen des techniques alternatives pour ceux qui ne sont pas en bio pour cultiver mieux. »
- 8:46Invité politiqueFait
« Il y a eu l'exode rural au siècle dernier. Il ne faudrait pas, mais l'État et le Président de la République ont pris la mesure des choses, il ne faudrait pas qu'il y ait une sécession rurale. »
- 10:27Invité politiqueChiffre
« aujourd'hui, la balance commerciale de l'agriculture, c'est plus 6 milliards d'euros. C'est la troisième balance commerciale. »
- 15:45Invité politiquePromesse
« Il y aura la fin du glyphosate en 2020. »
- 15:50Invité politiquePromesse
« Nous avons annoncé que les pesticides allaient baisser de 25% en 2022 et de 50% en 2025. »
Temps de parole
- Didier Guillaume68 %
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- Locuteur non identifié3 %
- Auditeur 22 %
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Et avec Alexandra Bensaïde, nous recevons pour la première fois ce matin dans le grand entretien de France Inter le ministre de l'Agriculture et de l'Alimentation. Vos questions au 01 45 24 7000 sur les réseaux sociaux et l'application France Inter. Didier Guillaume, bonjour. Bonjour. Et merci d'être au micro de France Inter. Merci de dialoguer tout à l'heure avec les auditeurs. Vous avez donc succédé à Stéphane Travers lors du remaniement. Il y a un tout petit peu moins de deux semaines.
Avant d'entrer dans le détail des nombreux dossiers qui sont désormais les vôtres, dites-nous en une minute, une minute, pour qu'on comprenne quel sera votre principal combat à la tête de ce ministère de l'Agriculture.
Je veux être le défenseur, le promoteur des agriculteurs et des agricultrices. Je veux faire en sorte que dans les années qui viennent, ce gouvernement puisse dire que l'agriculture a un avenir et le métier d'agriculteur est encore un métier d'avenir. Je veux être, sous l'autorité du Président de la République et du Premier ministre, le ministre des Transitions. Transition économique, il faut que les agriculteurs gagnent mieux leur vie. Transition environnementale, il faut absolument que des meilleures pratiques, la fin des phytosanitaires, nous en parlerons ce moment tout à l'heure, arrivent assez rapidement.
Transition sociale, parce qu'aujourd'hui il y a trop d'agriculteurs et de salariés de l'agriculture qui vivent mal, il faut leur amener des meilleures conditions. Et enfin, transition sanitaire, parce que la demande de nos concitoyens est tellement forte et irréversible qu'il faut que les produits issus de l'agriculture soient des produits sains, des produits sûrs, des produits avec une traçabilité la plus claire possible.
Didier Guillaume, on commence avec les dossiers, le revenu des agriculteurs, vous venez d'en parler, il faut qu'ils vivent mieux. Vous avez donc cette loi alimentation qui vient d'être adoptée. Mais son premier effet, disent des distributeurs, ça va être de revaloriser certains produits agricoles et donc de renchérir les prix pour les consommateurs. Est-ce que ça vous l'assumez ?
Non, puisque son premier effet n'a pas lieu, puisque cette loi n'est pas encore promulguée. Elle sera promulguée et je vais signer dans les six mois qui viennent les ordonnances. Ces ordonnances, je veux les mettre en place avec la profession, avec la grande distribution évidemment, avec les transformateurs, avec les industriels. Pourquoi ? Parce qu'aujourd'hui, il n'est plus possible d'avoir un métier d'agriculteur où on vend son produit moins cher que ce qu'il ne coûte. Ce n'est pas possible. C'est le seul secteur en France où les agriculteurs vendent leurs produits inférieurs à leur prix de revient.
Deuxièmement, on ne peut pas continuer quand même, comme le font certaines grandes surfaces, à faire croire que les produits n'ont pas de prix. Avec les ristournes, les ristournes, les ristournes, on fait que c'est beaucoup, ce n'est pas cher du tout. Et moi, je ne fais pas partie de ceux qui pensent que les Français sont prêts à payer plus cher pour avoir des produits de qualité. Non, il y a des Français qui peuvent le faire, mais il y a beaucoup de Français qui n'ont pas les moyens de le faire. Et donc, il ne peut pas y avoir de la nourriture pour les riches et de la nourriture pour les pauvres. Il faut donc que la montée en gamme se fasse pour tous, sans augmentation.
Alors qui va payer cette revalorisation ?
Les industriels et les grandes surfaces.
Mais il n'y a pas de sanction dans cette loi. Est-ce que vous pouvez le corriger ? Est-ce que dans vos ordonnances, vous voulez faire bouger des lieux ?
Mais je crois que la sanction, ça sera quand même le consommateur. Vous savez, les Françaises et les Français, ils ne sont pas fous quand ils achètent leurs produits. Ils se rendent compte de ce qui se passe. Ils veulent avoir des produits de qualité. Ils veulent à la fois que ces produits soient au juste prix. Donc, on va essayer d'avancer. Nous allons avoir les ordonnances qui vont sortir. Et le gouvernement est très déterminé. Le Premier ministre est très déterminé. Il faut que les agriculteurs, pour la nouvelle construction des prix, gagnent un revenu supérieur à ce qu'ils ont maintenant. Et que ça ne se répercute pas chez les consommateurs.
C'est quoi un revenu décent pour un agriculteur quand on sait qu'un agriculteur sur trois vit avec moins de 350 euros par mois ? C'est quoi ?
Eh bien, vous avez tout dit. Mais c'est quoi alors ? Aujourd'hui, le revenu décent. Le revenu décent, c'est un revenu qui permet de faire vivre une famille, de faire vivre un conjoint, une conjointe des enfants, qui permet de prendre quelques jours de vacances. Il n'est pas normal que des agriculteurs travaillent 7 jours sur 7 et toute l'année. Et quand on parle de 350 euros, vous voudriez aller vers quoi ? Il n'y a pas de SMIC en agriculture. Enfin, les salariés de ce pays ont un SMIC. Donc, il est normal que les agriculteurs montent à ce niveau-là.
Et justement, cette loi alimentation, avec l'inversion de la construction des prix, on va partir du principe que demain, et quand je dis demain, les négociations commerciales démarrent, demain, ce sont les filières, les interprofessions, qui vont dire tel produit, il part de chez nous à tel prix. Ce n'est plus ceux qui achètent qui vont faire cela. C'est une révolution absolue. Est-ce que ça va marcher ? Vous dites, les gens sont inquiets. Ben, nous verrons bien. Mais en tout cas, moi, je peux...
Je dis, il n'y a pas de sanction.
Je peux vous dire que je vais tout faire. Si, je peux vous dire que je vais tout faire pour que les choses fonctionnent. Il y a le médiateur des relations commerciales qui peut être saisi à tout moment pour faire bouger les choses.
Didier Guillaume, on parle de la sécheresse. S'il y aura plus de 50 départements qui seront reconnus en calamité sécheresse, ça, c'est ce qu'affirme la présidente du FNSEA, le principal syndicat des agriculteurs, est-ce qu'on est dans cet étiage ?
Oui, les préfets sont en train de faire remonter la situation sur le terrain. J'étais moi-même dans la Meuse et dans les Vosges vendredi. La situation est dramatique. Une sécheresse comme on n'a jamais connue. Il n'a plu au printemps. Les premières coupes ont pu être faites. Les agriculteurs ont rentré le foin, ont rentré la paille. Mais après, sécheresse totale jusqu'à encore aujourd'hui. Donc on sait qu'ils ont commencé à taper dans leur stock de foin pour nourrir les fourrages, pour nourrir les animaux. La situation est dramatique. L'État sera au rendez-vous. Le Premier ministre l'a affirmé. Je suis allé sur place le dire. Il y aura des dégrèvements automatiques de fonciers non bâtis.
Et le fonds de calamité agricole va se réunir trois fois, dont la première fin novembre, pour justement avancer.
Quelle sera précisément l'enveloppe moyenne d'indemnisation pour calamité agricole ?
On ne peut pas donner d'enveloppe à l'heure qu'il est. Il faut savoir exactement ce qu'il en est. On sera en décembre, c'est ça ? Oui, en décembre, nous serons. La situation n'est pas la même en fonction des départements du sud et du nord. Mais je vais vous le dire là, l'État et le gouvernement seront au rendez-vous afin d'aider les agriculteurs. D'ailleurs, une solidarité existe déjà au niveau des territoires, les chambres d'agriculture. Les agriculteurs eux-mêmes sont en train de faire cette solidarité. Des endroits où il y a un peu plus de fourrage pour l'amener dans d'autres endroits.
Mais la situation est vraiment dramatique et je veux vraiment apporter tout mon soutien et toute ma solidarité aux agriculteurs, aux éleveurs touchés par ce fléau.
Au sujet du fourrage, il paraît qu'il y a une spéculation sur le prix du fourrage. Vous acquiescez de la tête. Énorme, bien sûr.
Comment lutter ? Comment lutter ? C'est justement qu'il faut prendre des mesures qui ne favorisent pas cette spéculation. Cette année, la sécheresse est beaucoup plus large que notre pays, notamment européenne. Il y a beaucoup de camions allemands ou d'autres pays qui sont venus acheter du fourrage. Cette spéculation est dramatique parce que c'est un manque de solidarité entre les producteurs français eux-mêmes puisque vendre du fourrage à l'étranger quand nous-mêmes il nous en manque, c'est un peu dramatique. Donc nous regardons cela de près avec les organisations professionnelles agricoles, les chambres d'agriculture.
On le voit Didier Guillaume, on est dans un moment historique où l'agriculture et l'écologie ont parti liés. Est-ce que la politique agricole commune, la PAC, va être copilotée par les ministres et les ministères de l'agriculture et de l'écologie ? Nicolas Hulot, semblait avoir acquis ce copilotage. Où en est-on ?
La politique agricole commune, comme toutes les négociations européennes, seront pilotées par la France, par le président de la République, par le Premier ministre, par la ministre des Affaires européennes, évidemment par Nicolas Hulot et par moi-même. Je suis ministre de l'agriculture et de l'alimentation. Nicolas Hulot n'est plus là. Pardon, par François de Rugy, décidément. Par François de Rugy, je suis moi-même ministre de l'agriculture et de l'alimentation. Et j'ai commencé...
Non mais que ce soit interministériel, c'est une chose, mais Stéphane Travers, votre prédécesseur, avait dit que c'était agriculture et point à la ligne. Et il semblait y avoir un changement de braquet, en quelque sorte, où les deux ministères allaient copiloter la chose.
Ça n'est plus d'actualité ? Je n'ai pas cette information. Je vais piloter cela, mais je vous le disais tout à l'heure. Je veux être, et c'est ce que souhaite le Premier ministre, le ministre des Transitions. Et aujourd'hui, la transition écologique, la transition vers l'agroécologie, elle est essentielle. Moi qui dirigeais le département de la Drôme, qui en ai fait le premier département bio de France, département non OGM, qui ai créé un salon européen des techniques alternatives pour ceux qui ne sont pas en bio pour cultiver mieux. Je peux vous dire que cette transition, elle est inéluctable. Et d'ailleurs, les agriculteurs le savent.
Et moi, je ne suis pas là pour opposer le consommateur à l'agriculteur. Je veux être celui qui va se battre contre l'agribashing. On ne peut pas continuer à montrer du tout. Il n'y a pas d'un côté ceux qui pollueraient et ceux qui seraient vertueux. Ce n'est absolument pas possible. Vous savez, il y a eu l'exode rural au siècle dernier. Il ne faudrait pas, mais l'État et le Président de la République ont pris la mesure des choses, il ne faudrait pas qu'il y ait une sécession rurale.
Et c'est la raison pour laquelle le fait que le Président de la République et le Premier ministre aient choisi de mettre en place un immense ministère des territoires avec Jacqueline Gouraud, Julien Normandie et Sébastien Lecornu et avec le ministre de l'Agriculture, nous allons travailler ensemble.
Didier Guillaume, la semaine dernière, on a beaucoup parlé de cette étude, vous parlez du bio qui laisse envisager que manger bio, ça réduirait le risque de cancer. Les résultats ont été discutés beaucoup. Comment est-ce que vous, le ministre, vous avez reçu cette étude ?
Tout est discuté sur tous les sujets et je pense qu'il faut regarder les choses très tranquillement. La transition vers le bio est irréversible et nous devons y aller. Et la transition vers les produits, je vous le disais tout à l'heure, avec une forte traçabilité, avec la sécurité, nous devons y aller. La France doit assumer, doit assurer son autonomie alimentaire. C'est indispensable. Comme l'Europe, ce sera le débat de la PAC. Et donc, aller vers le bio, on sait que le bio a des vertus qui sont bonnes, je ne sais pas quelle est cette étude, je ne suis moi-même pas médecin, scientifique, etc.
Donc, nous verrons bien, mais je suis persuadé au fond de moi-même que c'est bien de manger bio et en tout cas, c'est bien globalement de manger des bons produits. issus de l'agriculture. Donc, vous êtes le premier écolo de France, en fait. Non, non, je ne suis pas le premier écolo de France. Moi, je suis celui... C'est un changement,
c'est un discours de ministre de l'agriculture qui est assez nouveau.
Moi, je défends toutes les agricultures.
Oui, mais vous donnez la direction. Oui, nous avons besoin... La direction, c'est de sortir de celle qu'on connaît depuis toujours pour aller vers une autre. Absolument, absolument.
Nous avons besoin d'une agriculture productive, une agriculture qui exporte. Aujourd'hui, la balance commerciale de l'agriculture, c'est plus 6 milliards d'euros. C'est la troisième balance commerciale. Donc, il faut continuer dans cette direction. Et les efforts qui sont faits, pas forcément dans le bio, mais aussi dans le bio, pour une agriculture bonne, saine, propre, elles sont énormes. Elles sont énormes. C'est pour ça que je vous disais, moi, je serais le défenseur des pratiques agricoles. Mais on a besoin des deux. Et de l'autre côté, du bio, des circuits courts, des marchés paysans, des marchés fermiers, tout cela.
Mais sur les chiffres, quand vous dites, on doit aller plus vers le bio, aujourd'hui, on est à 6% de la surface agricole qui est convertie en bio. Vous voulez arriver à combien ? La feuille de route, c'est 15%. On n'est même pas sûr d'y être.
Mais si, dans mon département, nous avons réussi à monter à 18%. La Drôme n'est pas la France. Mais enfin, l'objectif, c'est 2022, 15%. Il faut 1,1 milliard. Il a été mis. Il a été mis. Oui, le plan Ambition Bio, c'est 1,1 milliard 100 millions qui a été mis sur la table. C'est le premier effort jamais fait par ce ministère sur le bio. 1,1 milliard mis sur la table en cash pour aider à la transition vers le bio. Nous allons y arriver.
Il faut aller au-delà ?
Il faut aller au-delà. Il faut aller toujours plus loin pour que ce soit toujours plus meilleur. Mais enfin, il faut faire des états. Vous savez, moi je pense que le mieux est l'ennemi du bien. Et qu'un moment ou un autre, la politique des pas, les uns après les autres, si on a un cap, si on a une direction, et si on s'y fixe, alors oui, ça ira.
La loi alimentation, en tout cas, Didier Guillaume, ne mettra pas fin à la souffrance animale, aux pratiques révoltantes comme la castration à vif des porcs, le broyage des poussins, la publicité pour la malbouffe n'aura pas été interdite pour les enfants qui sont devant la télé. Est-ce que vous pouvez nous dire simplement si cette loi alimentation sur ces aspects-là n'a pas été un rendez-vous raté avec l'époque, un rendez-vous raté avec les préoccupations des Français qui sont sans doute bien plus en avance que les politiques sur tous ces sujets ?
Vous savez, les Français sont toujours plus en avance et comme les citoyens du monde sont toujours peut-être plus en avance que les politiques.
Mais ça a été un rendez-vous raté sur ces points-là.
À un moment, il faut être concret et être pragmatique. Il y a eu des normes avancées qui ont été faites, on en parlait à l'instant sur l'économie, etc. Sur cette partie-là dite entre guillemets sociétale et souffrance, maltraitance animale. Il y a des évolutions. Plus aucun élevage de poules en cage peut être fait aujourd'hui. Ce n'était pas le cas hier. Enfin, quand la loi sera promulguée, certes, de façon volontaire, mais des caméras sont dans les abattoirs. Il faudra aller plus loin. Aujourd'hui, je pense qu'il faut faire attention à tout cela parce que, vous le disiez fort justement, Nicolas Demorand, les Françaises et les Français sont sensibles à cela.
Donc, il y a des avancées et je veillerai qu'il y a encore des avancées dans les clients.
Dans quel cadre ? Dans quel cadre ? Est-ce qu'il y aura une nouvelle loi pour traiter ces sujets d'ici la fin du quinquennat ou est-ce que la porte est fermée, c'est fini
et on verra plus tard ? Non, on ne verra pas plus tard. Pour l'instant, il n'y a pas de nouvelles lois prévues. Nous verrons bien ce qui se passera mais tout ne passe pas par la loi. Il peut y avoir des avancées sans la loi. Et puis, vous savez, moi je crois beaucoup à l'effet d'entraînement et aux bonnes pratiques. Et on regarde ce qui se passe à côté et on se dit je pourrais peut-être faire pareil. Donc, les choses vont avancer. Moi je veux dire aux Françaises et aux Français sensibles sur ces sujets que les choses vont avancer, qu'on part d'une situation hantée et maintenant il faut aller plus loin et les choses vont évoluer.
Redoutez-vous une radicalisation de ceux qui se battent contre la souffrance animale ? On voit de plus en plus de boucheries attaquées.
Je crains cette radicalisation bien sûr parce qu'elle n'est pas bonne. Là encore, il ne faut pas opposer, il ne faut pas de violence, il faut plutôt rassembler. Vous savez, il y a des gens qui font des choix qui sont végétariens, qui sont véganes, qui ne veulent pas manger de viande. Aujourd'hui, ce qui monte le plus en plus c'est les flexitariens. C'est-à-dire je mange un peu de viande mais moins pour faire d'autres pratiques. Tout cela, c'est la société. Et donc, on va proposer les uns aux autres. Il y a des gens qui veulent manger de la viande, ils ont le droit de manger de la viande. Et ceux qui ne veulent pas en manger, ils ne peuvent pas en manger.
Mais quand on brûle un abattoir au nom de l'idéo, ça c'est quoi ?
C'est inadmissible, c'est inacceptable.
C'est du terrorisme ?
C'est inacceptable. C'est être contre les lois de la République. Ce n'est pas possible aujourd'hui. Il n'est pas pensable dans notre pays à notre époque que l'on brûle un abattoir, que l'on fracasse les vitrines des bouchers. Moi, je veux leur amener ma solidarité. Et en même temps, il faut que chacun se mette sans cesse en cause, se remette en cause.
Le moratoire sur le métham sodium est-il un premier pas Didier Guillaume vers son interdiction ?
Écoutez, là c'est pareil. Nous avons pris la décision avec Agnès Buzyn et François Durugy d'interdire le métham sodium pour trois mois le temps que l'ANSES regarde ce qu'il en est. Si nous devons aller plus loin et si nous devons l'interdire pour des raisons de sécurité, nous le ferons. Est-ce qu'il faut à terme
interdire tous les pesticides ? Est-ce qu'à un moment, on arrivera à ce type de solution ? Vous dites que vous êtes le ministre des Transitions. Est-ce que le monde, un monde sans pesticides, bon ben voilà est celui qui s'annonce pour nous tous ?
En tout cas, la ligne d'horizon, c'est celle-là. Maintenant, il faut le faire pas par pas et regarder la dangerosité des uns et des autres. On ne peut pas arrêter tout de go d'un seul jour et décider comme ça, je claque des doigts, on arrête tout parce que ça n'aurait aucun sens. Oui, nous y allons. Le président de la République a annoncé la fin du glyphosate en 2020. Il y aura la fin du glyphosate en 2020. Nous avons annoncé que les pesticides allaient baisser de 25% en 2022 et de 50% en 2025. Nous allons y arriver. Si nous sommes en 2025 avec moins 50% de pesticides, c'est un pas gigantesque. Il n'y a pas de bons pesticides ? Je ne peux pas répondre à cette question. Pourquoi ?
Parce que je ne suis pas spécialiste. Vous attendez de voir ? Ce que je sais, ce que je sais, c'est qu'en dehors des pesticides, il y a des façons de faire, il y a des pratiques agraires, il y a des biocontrôles qui font que nous pouvons faire la même chose sans les pesticides. Mais aujourd'hui, nous ne pouvons pas les empêcher en ce 29 octobre.
Vous étiez sénateur, élu local, pendant très très longtemps. Est-ce que le quinquennat, le début du quinquennat a été marqué par une forme de mépris ou de condescendance envers tout ce qui n'est pas parisien ? C'est encore Gérard Collomb qui en parle le mieux de cette espèce de morgue venue de la capitale. Vous l'avez ressenti ?
Non, non, non, je ne crois pas. Vous savez, ce qui s'est passé en 2016-2017, ça a été un cataclysme politique. Bon, après un cataclysme, il faut un peu de temps pour s'en remettre. Il faut rechanger les habitudes. Je crois qu'Emmanuel Macron, ayant été élu avec un nombre de voix important face à l'extrême droite, met en place sa politique. Moi, j'ai voté pour lui au premier tour de la présidentielle. Je soutiens ce gouvernement depuis le début sans aucun problème. Il faut simplement se dire qu'en France, il y a des territoires un peu reculés, territoires isolés, ceux que je peux représenter comme ministre et Jacqueline Gouraud à son niveau. Et ceux-là, il faut également les entendre.
Donc vous êtes le seul
élu local à ne pas avoir ressenti de mépris venu de Paris ?
Non, mais après, si on fait de la politique politicienne, on dit que c'est du mépris. Si on regarde les choses objectivement, on se dit que il y a des territoires qui ne sont pas aujourd'hui qu'ils sont en souffrance. Vous savez, les services publics sont partis depuis longtemps de tous ces territoires.
Jean-Pierre est en ligne. Bonjour et bienvenue.
Jean-Pierre,
on vous écoute.
Salut, France Inter. Donc, c'est Jean-Pierre, un producteur de lait qui vient de voir passer trois ministres de la agriculture et qui voit toujours son prix du lait au plus bas. On ne peut plus en vivre et on finit par en crever au niveau financier ou au niveau santé. Ça fait trois ans qu'on n'a pas pris un jour de vacances. On travaille presque tous les jours huit à neuf heures et les ministres passent. Ils viennent parler à France Inter. Tout va bien.
Qu'est-ce que vous demandez, Jean-Pierre, à Didier Guillaume ?
Qu'on arrive à rétablir un contingentement de la production pour que les producteurs de lait arrivent à gagner leur vie.
Vous vous payez combien par mois si vous me passez cette question indiscrète, Jean-Pierre ? En tout cas, on l'a abordée avec le ministre. Donc, je profite de vous avoir en ligne pour vous le demander.
On se paye très mal. On travaille à deux sur une ferme et on cumule des dettes. C'est ça le problème.
Merci, Jean-Pierre, pour cette intervention. Didier Guillaume, un producteur de lait en train de crever pour reprendre son expression.
Oui, mais j'entends cela. Il dit les ministres passent. Les ministres passent. Il y a aussi le marché. Il y a aussi les grandes entreprises qui collectent le lait, les grandes coopératives. Nous voulons justement regarder cela avec la loi EGali. Mais dans mon action de mini, je vais essayer de regarder cela. Le prix du lait n'a pas bougé peut-être depuis 10 ou 15 ans alors que tout a augmenté. Donc, on voit bien que ce n'est pas possible. Donc, il faut repenser les choses. Il parle des quotas. Bon, il y a eu les quotas laitiers. Les quotas laitiers ont été supprimés. Maintenant, le marché européen est plus ouvert. Voilà. Courage aux éleveurs, aux producteurs de lait.
Je sais qu'ils vivent des moments difficiles aussi.
Benoît est en ligne. Bonjour et bienvenue, Benoît.
Oui, bonjour. On vous écoute. Alors, moi, je suis paysan depuis 25 ans. Monsieur le ministre et tous les ministres nous disent qu'il faut faire de l'alimentation saine, locale, bio. Le seul problème, c'est qu'en 2010, on perd 25 000 hectares de terres agricoles travaillées. Je dis bien travaillées. En 2018, on va perdre 77 000 hectares de terres agricoles qui passent sous le béton, les autoroutes et les centres commerciaux. On veut des paysans, on veut nourrir localement, on veut nourrir sainement. Mais comment on fait quand on est paysan et qu'on n'a plus de terres ?
Et moi, par exemple, dans mon village, je viens de perdre 3 hectares de terres parce que la commune a préféré faire des lotissements plutôt que de me les laisser travailler. Qu'est-ce que compte faire l'État au niveau de l'accaparement des terres agricoles ?
Merci pour cette question. Didier Guillaume vous répond.
La déprise agricole est un vrai sujet depuis des années. Aujourd'hui, je veux quand même dire à votre auditeur que les agriculteurs produisent des produits de qualité et nourrissent de façon très bonne. Il ne faudrait pas dire que ce n'est pas le cas. Mais il faut peut-être aller encore plus loin. Aujourd'hui, c'est la responsabilité des maires. Vous disiez tout à l'heure le mépris des territoires et des provinces. Mais c'est le maire qui change son plan local d'urbanisme. C'est le maire qui achète des terres. C'est l'Interco, c'est l'État pour un grand sujet. Et souvent, c'est aussi l'agriculteur qui vend ces terres peut-être un peu contraintes et forcées.
Donc, oui, il y a trop de déprise agricole. Et aujourd'hui, il faut faire en sorte qu'il nous reste des bonnes terres agraires, des bonnes terres arables pour faire de la production agricole.
Allez, on retourne encore au standard. Bonjour, Kevin. Oui, bonjour. Bienvenue.
Bonjour, François Inter. Bonjour. Bonjour, M. le ministre. Bonjour. Simplement, une question concernant ce que vous pensez faire en matière de réglementation d'utilisation des pesticides au bord des habitations. Moi, j'habitais à la campagne dans le Maine-et-Loire. Je suis bordé par quatre champs. J'ai la chance d'habiter vraiment à la campagne. C'est formidable. Mais j'ai un agriculteur à côté qui traite de chez moi au glyphosate.
Merci, Kevin, pour cette question. Didier Guillaume. Oui, là, c'est très clair. La loi alimentation et galim a mis des bandes auprès des lotissements, auprès des écoles, auprès des maisons de retraite pour faire en sorte qu'on n'épande pas de partout. Moi, je pense qu'il faut que ce monsieur aille parler avec l'agriculteur. Aujourd'hui, les agriculteurs n'épandent plus en jetant de l'air avec des pulvérisateurs quand il y a du vent. C'est interdit, etc. Moi, je voudrais faire tomber un peu la pression. Je vous le disais tout à l'heure, il n'y a pas d'un côté les paysans qui ne se soucient de rien. Eux, ils travaillent les pieds dans la terre et dans l'air de la campagne.
Ils n'ont pas intérêt à empoisonner. Donc, les agriculteurs ne sont pas des empoisonneurs. Et il ne faut pas que les habitants soient des empêcheurs de tourner en rond qu'il faut qu'ils se parlent.
Kevin, vous êtes encore là ou pas, Kevin ? Vous êtes allé parler à vos voisins ou pas ? Alors, c'est ce que je pensais faire
mais, en fait, j'écoute effectivement les autres auditeurs avéculteurs. Moi, le monsieur à côté, il a 200 hectares. Il a un modèle économique qui fait que, de toute façon, il n'a pas tellement le choix de fonctionner comme ça. Je ne vais pas lui demander de faire du bio à côté de chez moi. Mais ce n'est pas la question
de faire du bio, ce sont les bonnes pratiques, monsieur. C'est simplement ça que je veux vous dire. Ce n'est pas parce que ce n'est pas en bio que la culture n'est pas bonne et mauvaise pour la santé. On n'oppose pas l'agriculture conventionnelle et l'agriculture biologique. C'est simplement les méthodes de traitement. Il y a des possibilités de faire en sorte que ces méthodes de traitement n'incommodent pas les riverains. Et je pense que le mieux, c'est de se parler, oui.
Didier Guillaume, vous avez quand même vu même sur le métham sodium, il y a des résistances. Oui, les agriculteurs vous disent on a un modèle économique et à l'emploi. On ne peut pas aller au-delà de ça. Mais il ne suffit pas de parler.
Non mais quand vous dites il y a des agriculteurs qui disent je ne sais pas de qui vous parlez parce que des agriculteurs ça n'existe pas. Sur le métham sodium le gouvernement a pris ses responsabilités. Il y avait des risques, des évanouissements, des malaises, principe de précaution, on interdit pendant trois mois et on regarde ce qui peut se passer. Après nous allons voir comment les choses se passent. Les modèles économiques existent. C'est la raison pour laquelle on ne peut pas tout arrêter comme ça d'un seul coup. Sans ça on met en péril l'agriculteur française et notre souveraineté alimentaire à laquelle je tiens beaucoup.
Et ce n'est pas parce qu'il y a des agriculteurs qui ne sont pas en bio et qui utilisent des phytosanitaires qui sont des empoisonneurs. Moi je refuse cela. Les bonnes pratiques doivent avancer et nous allons avancer dans ce quinquennat pour arriver à ce qu'on fasse le lien, l'union j'allais dire entre les paysans et les citadins.
Didier Guillaume, merci d'avoir été au micro de France Inter. Je rappelle que vous êtes ministre de l'agriculture et de l'alimentation. On espère vous revoir bientôt à ce même micro.
Didier Guillaume