Nicolas Dupont-Aignan
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bonjour Nicolas Dupont-Aignan, député et maire d'hier dans l'Essonne, président de Debout la France et candidat au régional en Ile-de-France. Comment vous qualifiez souverainiste à coup sûr, antilibéral ? Non, gaulliste. Antilibéral ? Non, pourquoi ça ne veut rien dire ? Parce que vous avez souvent dénoncé les excès de la finance. Vous avez pris sur vos listes Stéphanie Gibault qui est lanceuse d'alerte dans le scandale d'évasion fiscale d'UBS en France. Elle est votre tête de liste à Paris et donc j'essaie de vous situer de cette façon.
Je suis un gaulliste social, j'ai travaillé avec Philippe Séguin pendant des années et j'essaye de bâtir une alternative politique aux pièges tragiques qu'on offre aux Français. Soit des gens incompétents et incapables qui nous gouvernent depuis 20 ans à tour de rôle, soit l'aventure du Front National. Voilà, donc je suis gaulliste tout simplement.
Opposé à l'aventure du Front National mais pas à la diabolisation du FN, avez-vous dit ? Vous ne pensez pas vous que l'accès du FN aux responsabilités régionales serait une catastrophe ?
Non mais j'en ai assez, moi je ne suis pas là pour parler du FN. J'en ai assez qu'on piège les Français. Vous savez, il y a 25 millions de Français qui ne votent plus. 25 millions de Français qui ne votent plus, 22 millions ont la moitié des électeurs et il y a au moins 4-5 millions qui ne sont même pas inscrits sur les listes. Pourquoi ? Parce qu'il n'y a plus de démocratie dans notre pays. Il n'y a plus de démocratie. Il y a trois parties qui sont rejetées par les trois quarts des Français, chacun. Sarkozy, 78% des Français ne veulent pas le voir revenir. Hollande, 75% des Français ne veulent pas entendre parler d'un second mandat. Et Marine Le Pen, je crois que c'est 69%.
Et ces trois parties monopolisent 95% du temps d'antenne et les Français sont écoeurés. Je voyais un débat avant-hier soir, vous avez dû le voir M. Guetta, les Républicains à la primaire américaine, sur les télévisions, il y avait 10 candidats, 8 candidats. Quand M. Cameron en Angleterre débat, il y a un certain nombre de candidats, il n'y a pas cette fermeture, ce système qui étouffe les Français. Voilà. Donc moi, ce qui m'intéresse, c'est de parler de ce que je propose.
Bon, alors, vous proposez, d'accord, mais enfin, en même temps, on peut parler de politique et de recomposition. Vous avez peut-être entendu l'édito de Thomas Legrand tout à l'heure. Ça bouge dans votre camp, dans votre secteur, dans votre milieu d'idées. Nadine Morano qui prend son autonomie, Philippe Devilliers qui revient, qui fait un carton en librairie. Vous voyez, les Français dont vous parlez tout à l'heure, ils achètent le bouquin de Devilliers. Émeric Choprade qui abandonne le FN. Qu'est-ce que cela dit, selon vous ? Est-ce que ça peut présager une recomposition politique ? Vous savez, de nouvelles frontières qui effacent ou qui brouillent le clivage gauche-droite ?
Mais ce clivage gauche-droite, il est mort. Le Parti Socialiste et l'UMP Républicain sont des astres morts. Ça fait 20 ans qu'ils se sont trompés sur tout. La crise des migrants, j'espère qu'on en parlera, parce que ça, c'est fondamental. Il faut rétablir des frontières, contrôler notre pays. Il n'y a pas un pays au monde qui peut survivre s'il ne contrôle pas ses frontières. C'est un débat fondamental. Les Républicains, le Parti Socialiste ont abandonné ça. Les travailleurs détachés, on voit bien le dumping social dans notre pays. La finance, vous parliez de mon combat contre les paradis fiscaux. Donc, la question très simple, c'est est-ce que la France veut maîtriser son destin ?
C'est tout. Et sur cela, de Jean-Pierre Chevènement à Henri Guénaud, il y a la capacité à bouleverser le jeu politique. Mais pour ça, il faut que les Français actent une fois pour toutes, et ils vont le faire sans doute au régional, je l'espère, qu'il n'y a plus rien à attendre de gens qui ont démissionné, qui ont accepté la jungle de Calais, qui acceptent de baisser les retraites, parce que c'est le premier gouvernement qui désindexe les pensions de retraite, et en même temps de donner des milliards à des migrants qui arrivent sur notre sol. Vous savez, on ne peut plus continuer à être gouverné par des gens qui ont trahi l'intérêt national. C'est ça dont il s'agit.
Mais pour cela, il faut une alternative sérieuse. Il ne s'agit pas de... il faut bâtir un beau projet. Et c'est ce projet que je porte avec beaucoup d'autres. On a des listes dans toute la France et des gens de la société civile. Moi, je crois beaucoup plus qu'on changera le pays par des gens courageux, qui dans chacun de leurs domaines ont lutté, comme Stéphanie Gibault, comme d'autres, plus que par des vieilles gloires politiques.
On s'arrête un instant sur l'une de vos phrases. La première, ceux qui, avez-vous dit, ont accepté la jungle de Calais. Vous avez un mode d'emploi, vous, Nicolas Dupont-Aignan, pour refuser la jungle de Calais ? Bien sûr. Vous avez une façon de... Bien sûr. Moi, j'ai été le premier à aller à Calais.
J'y étais trois fois. Oui. Il n'y a pas beaucoup d'hommes politiques. Non, pas beaucoup. Et s'ils y avaient été début septembre avec moi, et si vous étiez venu, M. Cohen, avec moi, vous auriez vu la honte de la République. Mais tout ça parce que c'est le fruit de la fausse générosité, de la lâcheté, justement, de l'absence de frontières. Si on avait contrôlé nos frontières, comme tous les pays qui se respectent, comme l'Angleterre, d'ailleurs, qui payent le gouvernement français pour contrôler la sienne. Parce que, ce qui est extraordinaire, c'est que M. Fabius... L'Angleterre est entourée d'eau, ce qui n'est pas... Oui, oui.
En attendant, l'Angleterre a payé la France pour mettre des barbelés autour du port de Calais. J'ai la photo, si vous voulez. Et M. Fabius s'indignait de la frontière hongroise, mais c'est lui qui a bâti la frontière autour du port de Calais et qui a laissé cette jungle. Elle s'appelle la jungle. Est-ce que c'est la République, ça ? Donc, si on ne contrôle pas nos frontières, 6 000, 10 000, 100 000, 300 000, quand l'Allemagne va commencer à fermer, ce qui est le cas aujourd'hui, eh bien, ça sera le chaos dans notre pays. Est-ce qu'on peut se permettre ça, socialement, économiquement, politiquement ?
Quand vous dites nos frontières, ce sont les frontières de la France, pas les frontières de l'Europe de Schengen.
Mais les frontières de l'Europe, elles ne sont pas contrôlées, on le sait tous, parce que ça ne peut pas marcher. Donc, rétablissement d'un contrôle... Mais c'est ce qui est en train de se produire, simplement, c'est en train de se produire dans le désordre. Chaque pays le fait, sans cohérence. Il fallait envoyer un signal très ferme, très ferme, au monde, en disant l'Europe n'acceptera pas, comme l'Australie, des faux réfugiés sur son sol. Le droit d'asile est complètement trahi. J'ai été en Grèce, sur l'île de l'Héros, j'ai été voir sur place. J'ai vu qu'il y avait des réfugiés, mais une minorité.
Et vous avez vu des faux réfugiés ?
Une minorité ! Mais nous ne sommes pas limitrophes de la Syrie. Pourquoi l'Arabie Saoudite contrôle ses frontières ? Le Qatar ? Pourquoi tous ces pays le font ? Pourquoi les Etats-Unis ? Vous plaisantez ? Beaucoup plus proche. Oui, plus proche, mais pas limitrophes. Ça veut dire très clairement que l'Europe a envoyé un signal dramatique. Nous avons eu des chefs d'Etat, des missionnaires irresponsables. Ils sont en train de nourrir un chaos. La Commission européenne veut accueillir 3 millions d'ici 2017. 3 millions de migrants. C'est une pure folie. C'est une prévision. C'est une pure folie politique et sociale. Alors, moi, je veux bien qu'on continue dans l'irresponsabilité totale.
Il faut, d'un côté, fermer nos frontières. Il faut parallèlement changer de politique en Syrie. Il faut, enfin, ce que j'ai toujours proposé depuis des années, un vrai plan Marshall vers l'Afrique. C'est-à-dire, ce n'est pas un milliard, ce n'est pas deux milliards. C'est des centaines de milliards d'euros pour développer ce continent et donner un avenir à ceux qui y vivent. Si on ne comprend pas que l'histoire est tragique, si on ne comprend pas qu'il faut changer de braquet, eh bien, cette classe politique sera balayée. Et je ne souhaiterais pas qu'elle soit balayée par des gens qui apportent des rejets, des haines.
Je souhaite qu'on contrôle les choses, qu'on organise notre pays de manière sereine, mais ferme. Chez vous, il n'y a pas de rejet et pas de haine, c'est ce qui vous différencie du Front National ? Un mot, changer de politique. Je n'ai pas parlé d'immigration bactérienne, je n'ai pas parlé de ces mots qui tuent. J'estime qu'on a le droit, quand même, dans notre pays, de vouloir savoir qui entre chez nous. J'estime qu'on n'a pas le droit de baisser les pensions de retraite pour des gens qui ont travaillé 45 ans et qui gagnent 800 euros. Et qu'en même temps, on n'a pas le droit de donner des milliards, comme l'a dit chez moi, vous savez, un étranger, d'ailleurs, en situation régulière.
Il m'a dit en France, dernière arrivée, premier servi. Voilà ce que pensent tous les Français. Et donc, il faut arrêter cela. Parce que sinon, on ne pourra pas survivre. Et là, vous pourrez pleurer sur la démocratie française.
Nicolas Dupont-Aignan, invité de France Inter. On vous retrouve dans quelques minutes avec les questions ou les commentaires des auditeurs internautes de France Inter.
Nicolas Dupont-Aignan