Présidentielles 2027 : François Ruffin invité de la matinale de TF1
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
présidentielle. Bonjour François Ruffin. Bonjour à vous. Après la mort de la jeune Liana, des milliers de manifestants sont rassemblés hier soir devant des palais de justice partout en France. Vous étiez vous-même d'ailleurs à Paris. Ce matin à 11h30, le Premier ministre organise une nouvelle réunion avec une partie de ses ministres à Matignon. Est-ce que vous y voyez une prise de conscience, une réaction à la hauteur de l'enjeu de la part de l'exécutif ? D'abord, j'adresse tous mes voeux
de courage à la famille de Liana et aux autres victimes de Jérôme Barrella. Ensuite, tant mieux, tant mieux s'il y a un réveil du gouvernement. Après dix années où on a Emmanuel Macron au pouvoir, il lui reste un an, un an pour agir. Mais il a fallu un drame supplémentaire et il a fallu surtout des manifestations, la levée de l'opinion partout dans le pays pour qu'enfin le gouvernement bouge là-dessus.
– Pardon, quand vous dites tant mieux, c'est-à-dire que vous estimez que de manière indirecte, le chef de l'État a une responsabilité dans ce qui se passe aujourd'hui ?
– En tout cas, il y a eu dix ans d'inaction. Il y a un mot que je ne supporte pas dans cette affaire. Le mot que je ne supporte pas, c'est dysfonctionnement. J'entends ça. Le souci, ce n'est pas un dysfonctionnement, c'est le fonctionnement. Quand il y a une petite dizaine d'années, j'entends que trois enfants par classe, un enfant sur dix, est victime d'inceste ou de violences sexuelles. Je me dis que ça va être un électrochoc pour la société. Il va y avoir un plan de détection, de prévention qui va être mis en place à l'éducation nationale pour sortir de ces drames en série pour des enfants, mais pour tout le pays. Et rien ne se passe. Rien ne se produit. Personne n'agit dans l'État.
– Mais à quoi vous l'imputez ? À quoi vous l'attribuez ? – Je vous dis autre chose. Sur le fonctionnement. Quand j'interroge des avocates qui s'occupent de viol et qu'elles me disent le plus souvent dans nos dossiers, il n'y a pas d'enquête, il n'y a pas d'investigation, il n'y a pas… Ne serait-ce que le suspect n'est pas interrogé. On ne fouille pas dans son téléphone portable. On ne fouille pas dans son ordinateur. On n'interroge pas les proches. Ce n'est pas le dysfonctionnement, c'est le fonctionnement ordinaire de la police et de la justice en la matière.
– Pour bien comprendre ce que vous mettez en cause, François Ruffin, vous dites aujourd'hui « nous n'avons pas les bonnes lois », vous dites « nous n'avons pas la bonne application des lois par nos magistrats », vous disiez « tant mieux ». Je cite quelques propositions que fait le premier ministre ce matin. Juge précise pour nos téléspectateurs, François Ruffin, je vous laisse répondre. Il a écrit à ses ministres, il dit « on va saisir le Conseil d'État pour enrichir une loi qui était en préparation », « aggravation des peines pour viol à répétition », « modification de la prescription », « meilleure information des victimes », « motivation renforcée des classements sans suite ».
Est-ce que tout ça, vous dites, ça changera le fonctionnement ?
– Je vous dis que la responsabilité, ce sont des dirigeants politiques, des ministres qui n'ont pas fait des violences sexuelles et de l'inceste une priorité dans notre pays. Et donc on a aujourd'hui des ministres de l'impunité qui prétendent changer du tout au tout. Tant mieux, mais il ne faut pas que ces annonces-là, ça soit un feu de paille. Il faut que ça soit suivi des faits. Et je dirais même, suivi des faits, au-delà de la loi, dans la réalité. Parce qu'aujourd'hui, c'est la réalité qu'il faut changer.
– Et quand vous dites responsabilité politique, est-ce que vous faites partie de ceux qui disent « donc démission du ministre en place ». – Moi, je dis Edouard Durand, ministre
de la Justice. Le président, l'ancien président de la Civise, dont on sait qu'en tant que juge des enfants, il est engagé sur cette question dans la durée, qu'il en a fait une priorité. – Vous appelez vos voeux sa nomination à ce poste ? – J'appelle, au moins on sait qu'il y a quelqu'un qui sera profondément engagé sur le sujet et que dans le peu de mois qui reste, pour que ça change sous le mandat d'Emmanuel Macron, eh bien, pour de bon, il y aura quelqu'un qui essayera quelque chose en la matière. Parce que sinon, je crains que comme beaucoup de choses, l'actualité politique, l'actualité médiatique, ça passe, mais que le scandale lui reste.
Le scandale, c'est, je le redis, trois enfants par classe, victimes d'inceste ou de violences sexuelles. Le scandale, ce sont des plaintes pour viols sur lesquelles il n'y a pas la moindre enquête, il n'y a pas la moindre investigation. – Est-ce que le changement
de braquet, François Ruffin, ça pourrait être également ce que Gérald Darmanin appelle la perpétuité réelle ? Il l'a dit dimanche soir sur LC, il l'a répété hier. Est-ce qu'il faut la perpétuité réelle pour les pédocriminels, c'est-à-dire qu'ils ne puissent plus jamais sortir de prison une fois qu'ils sont condamnés ?
– Mais le problème, c'est qu'ils ne vont pas en prison. Le problème, c'est que là, on a un ministre qui se veut le ministre de la perpétuité, qui est en vérité le ministre de l'impunité, qui est le ministre de l'impunité depuis des années, qui a laissé faire les scandales que je viens d'énoncer. On sait que c'est seulement à peu près 1% des viols qui se traduisent par des condamnations. Et je vais vous dire, les avocates qui défendent les droits des femmes, parce que ce sont souvent des avocates aux féminins, elles conseillent quoi à leurs clientes ?
Elles conseillent de ne pas s'enliser davantage, de ne pas chercher à obtenir réparation par la justice, parce que sinon, il va y avoir pour elles une deuxième blessure. La première blessure, évidente, c'est celle du viol, mais la deuxième blessure, ça va être celle d'une justice qui ne leur apporte pas de réponse, parce qu'il n'y aura pas d'enquête, il n'y aura pas d'investigation, il n'y aura pas le suspect entendu, il n'y aura pas de poursuite, il n'y aura pas de condamnation à l'arrivée, et ça, ça va durer des années et des années, et bien ça va faire une blessure supplémentaire. Et donc moi, j'ai entendu des avocates qui me disent, on conseille parfois à nos clientes de laisser tomber.
Savoir qui mettra en œuvre ces solutions demain, François Réf1, ce sera aussi l'objet certainement dans les mois à venir de la campagne Présidence Quelle, qui commence à petits pas. Ce week-end, il se trouve que Jean-Luc Mélenchon tenait son premier meeting, il estime, lui, être le mieux placé à gauche, je rappelle que vous êtes également candidat à cette présidentielle, il a lancé d'ailleurs un appel aux autres candidats, je voudrais qu'on l'écoute, on vous entendra juste après. La primaire est finie ! Le deuxième tour ! Que ceux qui n'ont aucune chance d'y accéder devraient se garder de nous empêcher d'essayer de le gagner.
Est-ce que vous êtes prêt à empêcher Jean-Luc Mélenchon de gagner cette présidentielle ?
D'abord dire que les insoumis ont réussi ce week-end une démonstration de force, même de puissance, et à vrai dire, je n'ai jamais douté que Jean-Luc Mélenchon soit en capacité de rassembler sa fanbase. Maintenant, son problème, c'est qu'il a construit un plafond de béton au-dessus de lui, voire autour de lui aussi. Mais vous dire pourquoi je suis candidat quand j'entends le discours de Jean-Luc Mélenchon ce week-end ? Vous ne renoncerez pas ? Non. Je suis loin de renoncer. Au contraire, je vous dis que son discours m'a d'autant plus motivé. Pourquoi ? En une heure, je n'entends pas une seule fois le mot « salaire ». Quand même, dans la France de 2026, c'est une forme d'exploit littéraire.
Je n'entends pas le mot « logement ». Je n'entends pas le mot « école ». Je n'entends pas le mot « éducation ». Je n'entends pas le mot « hôpital ». Dans un autre registre, je n'entends pas le mot « actionnaire ». Je n'entends pas le mot « dividendes ». Je n'entends pas le mot « profit ». Je n'entends pas finalement ce qui sont les priorités aujourd'hui des Français. Et donc, vous savez, samedi matin, j'étais sur le parking de Décathlon parce qu'il y avait la première grève depuis toujours. Il y a le gars du rayon « course à pied », José, qui me dit « Comme il n'y a pas l'indexation de mon salaire sur l'inflation et sur le SMIC ».
Cet été, pour la première fois, je n'irai pas en Bretagne, je ne partirai pas en vacances. Voilà pour qui on se bat. Voilà pour moi. Quelles sont les priorités des Français ? Qu'est-ce que ça doit être ? Avoir le cœur à gauche, notre moteur, ça doit être les conditions matérielles d'existence, faire le plein d'essence. Un mot « l'essence ». Vous imaginez, en 2026, avec la crise dans le Détroit d'Hormuz, le mot « essence », le mot « carburant » ne sont pas prononcés ce week-end par Jean-Luc Mélenchon. Voilà quelles sont mes priorités. Voilà pourquoi je suis là. Voilà pourquoi je tiendrai.
Bon, parce que je veux qu'on parle des auxiliaires de vie, je veux qu'on parle des charistes, je veux qu'on parle des camionneurs, je veux qu'on parle de José au rayon course à pied de Décathlon.
Merci beaucoup François Ruffin, merci Adrien Jeanne. On va se retrouver dans quelques instants.
François Ruffin