Antoine Pelissolo : "On a vu des enfants avoir des idées de mort" pendant la pandémie
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Qu'est-ce que les manifestations contre le pass sanitaire vous inspirent ?
- 2:05OuverteRéponse directe
Votre diagnostic sur les théories du complot et les violences dans les cortèges ?
- 3:02OuverteRéponse directe
Selon une étude, près de 23% des Français souffrent de troubles anxieux et de dépression. La situation a-t-elle évolué ?
- 3:48OuverteRéponse directe
Quelles sont les pathologies qui reviennent et que vous attribuez à cette crise ?
- 4:50OuverteRéponse directe
La Société française de pédiatrie parlait d'un déferlement d'enfants qui vont mal. Pouvez-vous expliquer ?
- 6:17OuverteRéponse directe
Paradoxalement, le confinement a parfois été mieux vécu, et c'est ensuite qu'il y a la décompensation. Est-ce que ce phénomène existe ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 3:02Invité politiqueChiffre
« Selon une étude de Santé publique France publiée en mars dernier, près de 23% des Français souffrent de troubles anxieux et de dépression. »
- 4:50Invité politiqueFait
« La Société française de pédiatrie parlait même au printemps dernier d'un déferlement d'enfants qui vont mal, tentative de suicide en augmentation chez les moins de 15 ans, les détresses adolescentes s'aggravent avec la crise du Covid. »
- 5:03InvitéChiffre
« Les chiffres, vraiment, parlent d'eux-mêmes. Les collègues de pédopsychiatrie, vous avez sûrement entendu, le professeur de Lorme, par exemple, à Robert Debré, qui parlait d'augmentation par, effectivement, deux ou trois des taux de tentative de suicide. »
- 10:28Invité politiqueFait
« La France affiche l'un des taux de suicide les plus élevés d'Europe. »
- 11:21Invité politiqueFait
« En 2019, vous aviez signé une lettre avec une centaine de vos confrères pour alerter sur cette prise en charge insuffisante des malades en psychiatrie. Il manque de moyens, de personnel, de lieu de vie. »
- 12:08InvitéFait
« le rendez-vous, c'est dans trois mois. Quand ça se passe bien chez l'adulte, ça peut être ça. Quand chez les enfants, c'est dans six mois, voire dans un an. »
- 15:28Invité politiqueChiffre
« Selon la Fage, la Fédération des associations générales étudiantes, la détresse des jeunes est bien réelle. 75% d'entre eux déclarent avoir été affectés au niveau psychologique. »
- 21:11Invité politiqueChiffre
« Avril, dernière étude publiée dans The Lancet Psychiatrie. Une personne sur trois qui a surmonté le Covid a eu un diagnostic de trouble neurologique ou psychiatrique dans les six mois qui ont suivi. »
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Hélène Roussel, le 6-9.
Dans le grand entretien ce matin, les conséquences psychologiques et psychiatriques de la crise sanitaire. Qui sont les victimes ? Quelles sont les réponses ? On attend vos questions, vos témoignages aussi, chers auditeurs. 01-45-24-7000, professeur Antoine Pellissolo, bonjour.
Bonjour.
Merci d'être avec nous ce matin. Vous êtes psychiatre, chef de service au CHU Henri Mondeur de Créteil, professeur de médecine à l'Université Paris-Est. Vous avez aussi une casquette politique, puisque vous êtes par ailleurs secrétaire national adjoint au Haut Parti Socialiste et élu local. Alors, de nombreuses manifestations encore samedi dernier, un peu partout en France, contre le pass sanitaire, certains aussi contre le vaccin. Qu'est-ce que cela vous inspire ?
Alors, beaucoup de choses, mais d'un point de vue un peu psychologique, c'est aussi mon orientation principale. C'est le signe quand même d'une crispation, pour le moins, et probablement de fractures, parfois même dans certains groupes sociaux. Et c'est assez inquiétant, d'une certaine manière, parce qu'on pourrait espérer, dans le contexte actuel, une forme de cohésion quand même plus forte face à l'adversité qu'on partage tous. Mais malheureusement, je ne rêve pas à l'unanimité absolue. Je crois que ce n'est jamais possible. Et d'ailleurs, c'est une période particulière, parce que viser à 100%, par exemple, de vaccination, ce qu'on souhaiterait sur le plan sanitaire, c'est un rêve absolu.
Et rien en France ou d'ailleurs ne peut atteindre 100%, je pense que c'est assez. Mais par contre, de se rapprocher quand même de chiffres élevés, on voudrait, et qu'il y ait une forme de partage quand même de cet objectif. Alors, si on regarde du côté positif, il y a quand même une forte adhésion quand même à la vaccination. Oui, plus de la moitié des Français aujourd'hui, il faut voir ça comme ça. Alors, il y a un noyau qu'on pensait un petit peu plus réduit de résistance. Et c'est un peu...
Moi, je pense que c'est plus inquiétant dans la perspective à long terme de comment on va reconstruire quasiment la cohésion sociale, plus que dans la résistance au vaccin lui-même, qui petit à petit devrait quand même aboutir à un résultat.
Oui, quand on voit les croix gammées, les slogans antisémites, les violences aussi dans les cortèges contre les journalistes ou les pharmaciens, à quel point les théories du complot également en levant en poupe. Votre diagnostic, professeur ?
Alors, il ne faut pas avoir de la psychiatrie partout, mais il y a effectivement des facteurs psychologiques importants qui sont liés au manque de confiance, à tout ce qu'on interprète en fait. Alors, l'interprétation, par exemple, c'est un mécanisme psychologique important, mais qui parfois dérape un peu.
Syndrome de la paranoïa, par exemple ?
Alors, ça peut aller jusqu'à des états que nous, on soigne, des psychoses, mais aussi dans quelque chose de moins prononcé, mais des adhésions à des thèses qui sont parfois dans le lire. Moi, je suis sidéré de ce qu'on voit pour des gens qui sont a priori en bonne santé mentale, mais qui adhèrent parce qu'il y a une forte pression, parce qu'il y a la peur d'un côté. Le moteur de la peur est quand même très fort pour les gens qui craignent le vaccin pour plein de raisons socioculturelles, personnelles.
Et puis, il y a aussi ce ressentiment qui est quand même important aussi comme moteur et qui pousse à des raisonnements qui sont parfois très proches de la pensée magique ou parfois même de l'irrationnel quasi délirant.
Selon une étude de Santé publique France publiée en mars dernier, près de 23% des Français souffrent de troubles anxieux et de dépression. C'est le chiffre le plus élevé depuis un an, un chiffre qui a même doublé. La situation a-t-elle évolué depuis le printemps et le déconfinement, Antoine Pellisolo, ou pas du tout ?
Alors, je dirais que chez les adultes, comme moi je m'occupe avant tout de patients adultes, il me semble qu'on est sur une forme de plateau. C'est-à-dire que beaucoup de personnes ont souffert depuis un an, un an et demi et vont un petit peu mieux pour certaines. D'autres commencent à être fatigués, mais on arrive à quelque chose qui est plus élevé qu'avant. Il y a toujours plus de demandes avant, mais on n'est pas dans la croissance comme ça, comme on l'a vu au tout début.
Et quelles sont les pathologies qui reviennent et que vous attribuez à cette crise ?
Alors vraiment, c'est toutes les pathologies mentales potentiellement. C'est-à-dire qu'il n'y a pas une pathologie du Covid ou de la crise. C'est tout ce qui est, donc vous avez dit, l'anxiété évidemment. Donc il y a des pathologies de l'anxiété. C'est des gens qui font des attaques de panique, qui ont du mal à sortir encore. Certains sont encore effrayés par le contact avec les autres. Donc ça ressemble à des phobies, comme on en voit en temps anormal. Et puis il y a la dépression, parce qu'il y a une forme de désespérance. Donc c'est un des mécanismes. Donc la dépression et, dernier volet, les addictions, qui sont aussi une des complications possibles.
En fait, tout ce qui d'habitude peut être assez bien colmaté chez certaines personnes un peu fragiles, va être exacerbé. Et donc c'est ça qu'on voit. Et quand je vous parlais des adultes, c'est qu'il y a aussi les jeunes, par contre, où là, malheureusement, l'impact a été encore plus fort, et reste là encore aujourd'hui, ces jours-ci, ces semaines actuellement, même en été, où d'habitude ça se calme un petit peu, là, ça reste une actualité très forte.
La Société française de pédiatrie parlait même au printemps dernier d'un déferlement d'enfants qui vont mal, tentative de suicide en augmentation chez les moins de 15 ans, les détresses adolescentes s'aggravent avec la crise du Covid. Professeur, vous pouvez nous expliquer ?
Alors, les chiffres, vraiment, parlent d'eux-mêmes. Les collègues de pédopsychiatrie, vous avez sûrement entendu, le professeur de Lorme, par exemple, à Robert Debré, qui parlait d'augmentation par, effectivement, deux ou trois des taux de tentative de suicide. Alors, c'est évidemment le reflet, en général, quand même, de souffrance dans les familles, parce que quand les adolescents vont mal, c'est qu'ils ne sont plus assez protégés, ou en tout cas accompagnés par le milieu familial. Et puis, tout le climat de doute, je pense que vraiment, c'est ça le plus fort.
Il y a eu les confinements en eux-mêmes, qui ont été des séquences très compliquées, parce qu'éloignement social, éloignement du milieu scolaire, etc. Mais il y a aussi un train de doutes et d'interrogations sur l'avenir, qui, là, est omniprésent encore chez les jeunes. Et évidemment, une année de perdus, entre guillemets, on est près de 18 mois, comme ça, de perturbations, à cet âge-là, c'est monumental. C'est-à-dire que, comparé à une année d'un adulte de 40 ans, ce n'est pas du tout la même chose, parce que l'adolescent est en plein développement, et tout ce qui va fracturer son développement a un impact durable.
Donc, pour les plus fragiles, évidemment, parce que certains vont bien, il ne faut pas dramatiser, mais les plus fragiles, sûrement, vont mettre beaucoup de temps à s'en remettre.
Est-ce que, finalement, paradoxalement, le confinement a été parfois plutôt bien vécu, et c'est ensuite qu'il y a la décompensation ? Il y a aussi ce phénomène-là ?
Oui, alors, c'est vraiment toute la variété de la psychologie humaine et des caractères, parce que certaines personnes, se sentant mieux, un petit peu seules, l'ont bien vécu, évidemment. Quand ils avaient des moyens, notamment de confort minimum, par contre, tous ceux qui étaient quand même isolés, affectivement, socialement, pour le travail, ont quand même déjà beaucoup souffert pendant les confinements. Donc, il y a une grande variété.
Mais c'est vrai qu'on a vu émerger, je dirais, les complications les plus graves un petit peu après, progressivement, tout en sachant qu'il y a aussi des personnes qui ont des maladies mentales, qui, de toute façon, se sont aggravées, parce que, par exemple, ils n'avaient plus l'accès aux soins qu'ils doivent avoir d'habitude. Donc, il y a un panel, comme ça, d'aggravation qui est assez multiple, mais pas toujours, en effet, immédiatement compréhensible, parce qu'en effet, il y a des personnes qui, parce que, par nature, elles cherchent plutôt à s'isoler, l'ont vécu à peu près correctement au départ.
On parlait des ados. On peut avoir 10 ans et avoir envie de mourir encore plus avec la crise ?
Et malheureusement, oui. Alors ça, on le sait déjà en temps habituel, mais c'est très rare. Malheureusement, là, on a vu, les collègues aussi de pédopsychiatrie, ont vu des enfants, en effet, même pré-adolescents, avoir des idées de mort. Alors, heureusement, sans passer à l'acte gravement, où, en tout cas, il n'y a pas eu plus, je crois, de suicides aboutis à cette période-là, mais il y a beaucoup de tentatives de suicides qui sont quand même des signes d'alerte très forts, par, je vous disais, ce phénomène de désespérance, d'interrogation sur le sens de la vie, et même à 10 ans, on s'interroge, on commence d'ailleurs à s'interroger à cette période-là sur le sens de la vie.
Quand on voit des gens mourir autour de soi, on ne parlait que de ça à la radio, à la télévision, évidemment, on se dit, mais à quoi bon ? Et on sait que c'est une génération en plus qui se posait déjà beaucoup de questions sur l'avenir du monde, du fait des problématiques de l'environnement, donc de l'avenir de la planète. Évidemment, ça, ça a rajouté une couche pour certains qui n'avaient plus les points de repère habituels. Les points de repère habituels, c'était les parents quand ils vont bien, et puis les éducateurs, l'école.
Et effectivement, dans ces cas-là, il peut y avoir des crises graves, mais encore une fois, en les repérant, en les accompagnant, il y a beaucoup de choses à faire.
Des enfants qui ont envie de mourir, qu'est-ce que ça dit de notre société, professeur Pellissolot ?
Alors vraiment, un signe d'alerte vraiment majeur, parce que, évidemment, les enfants sont, par définition, l'avenir de notre société, et commencer sa vie avec toutes ces interrogations, c'est la même chose que traverser une guerre. Je pense qu'il faut se méfier des analogies, mais c'est quand même un peu la même chose, et en termes d'impact psychologique, pour certains. Et donc, si on ne répond pas à ces appels, je pense qu'on fragilise tout le système. Et puis, humainement, on a un devoir de solidarité, on va dire, les uns avec les autres, et encore plus avec les enfants.
Alors, on essaye, enfin, la société est organisée en France avec des moyens, heureusement, qui existent, mais qui sont très loin du compte, là, aujourd'hui. Et je crois que c'est le signe qu'il faut plus tarder à investir, notamment sur la santé mentale en général, mais notamment celle des petits, parce qu'on voit vite l'impact à tous les niveaux que ça peut avoir.
Il faut un plan Marshall de la santé mentale de l'enfant, comme le demandent certains ?
Oui, c'est un terme qui a été utilisé. Moi, je trouve que, pourquoi pas, en termes d'image, c'est l'investissement. En gros, un plan Marshall, c'est de l'argent, et il ne faut pas se cacher derrière son petit doigt. La santé mentale, c'est notamment des enfants, mais je pense de toutes les générations, parce qu'il y a les personnes âgées, il y a les adultes, il y a les étudiants. Donc, ça veut dire beaucoup de public concerné. Quand on fait le décompte, on considère qu'il y a à peu près un Français sur cinq qui est concerné. Donc, c'est vrai que ça fait des sommes très importantes si on veut faire de la prévention et du bon soin, et ensuite de la réinsertion.
Mais c'est incontournable, parce que ce qu'on ne fait pas à intenter, on va le payer, de toute façon, à un moment donné, parce que ce sont plus tard des arrêts de travail, des décompensations de toutes les formes de maladies. Donc, je crois que là, on n'a plus trop le temps d'attendre d'investir sur ces sujets.
Plus globalement, la France affiche l'un des taux de suicide les plus élevés d'Europe. Qu'est-ce qu'on fait mal ou qu'est-ce qu'on ne fait pas, Antoine Pellisolo ?
Alors, on ne faisait pour l'instant, enfin, jusqu'à présent, on faisait assez peu pour l'aspect suicide en lui-même, parce qu'on considérait que c'était un peu, je dirais, le point final de souffrance et de troubles psychiques qu'il fallait prendre en charge en amont. Ce qui est vrai, évidemment, il faut le faire en plus. Mais on n'avait pas de politique centrée sur le suicide en particulier, la prévention. Et on en a un peu plus. On s'est inspiré de modèles qui existaient à l'étranger. Donc, on construit des filières de soins spécifiques, ou en tout cas, d'une attention particulière.
Et sinon, c'est le reflet, je vous disais, de la fragilité quand même à la fois de notre société et de notre système de santé. Et là, encore une fois, je pense qu'il est le signe qu'il faut vraiment, sûrement, même, refonder quasiment l'ensemble de notre dispositif, parce qu'il est, en beaucoup de points, dépassé par la situation.
Il y a deux ans déjà, en 2019, vous aviez signé une lettre avec une centaine de vos confrères pour alerter sur cette prise en charge insuffisante des malades en psychiatrie. Il manque de moyens, de personnel, de lieu de vie. Concrètement, ça veut dire quoi ? Qu'il y a des patients qui sont dehors aujourd'hui, alors qu'ils devraient être suivis ?
Oui, en partie. Alors, moi, ce qui est vraiment le plus net, c'est une forte inégalité, notamment territoriale, c'est-à-dire d'un lieu à l'autre, entre ce qui peut être proposé aux personnes qui en ont besoin par rapport à d'autres. Tout simplement parce que l'organisation des soins s'est faite un petit peu par briques successives et le système de santé mentale n'est pas uniforme, loin de là. Et surtout, les besoins ne sont pas les mêmes partout. Et donc, il y a des endroits où, malheureusement, si vous avez besoin de consulter, on va vous dire, le rendez-vous, c'est dans trois mois. Quand ça se passe bien chez l'adulte, ça peut être ça.
Quand chez les enfants, c'est dans six mois, voire dans un an. Alors qu'à d'autres endroits, ça se passe beaucoup mieux. Donc, je vous dirais, il ne faut pas avoir une vision que uniforme et négative. Mais quand même, en grande majorité, enfin, en tout cas, il y a des grandes inégalités. Donc, c'est vraiment le plus net pour nous, c'est ce problème d'accès. Parce que tant qu'on n'accède pas aux soins, on a beau avoir des très bons psychiatres en France, c'est le cas, des très bonnes équipes de soins, de toute façon, la personne ne va pas se soigner puisqu'elle n'a pas accès. Donc, c'est vraiment ce problème d'accès. Et puis après, les problèmes...
L'accès, ça veut dire des moyens ? C'est ça que vous attendez concrètement ? C'est de l'argent ?
C'est des moyens humains et des questions, je dirais, de revisiter la politique d'organisation. Parce que je vous disais, le problème, c'est la répartition. Il y a des endroits où vraiment, on est très largement sous-doté par rapport aux besoins parce qu'il y a plus de besoins. Les déterminants de la santé mentale, c'est quand même beaucoup les déterminants sociaux. Vous avez des populations très précaires qui ont besoin plus d'être accompagnées et les moyens n'ont pas, en général, été équilibrés sur ces aspects-là. Et puis, de toute façon, au global, ils sont insuffisants.
Donc, c'est à la fois pour les suivis et j'insiste aussi beaucoup sur un point qui nous occupe du matin au soir dans les hôpitaux. C'est une partie particulière, la partie hospitalière, mais qui est quand même importante. C'est qu'on ne trouve pas de lieu de vie adapté pour beaucoup des malades mentaux un peu sévères, enfin, qui ont des formes graves parce qu'il n'y a pas assez de foyers. On a fermé énormément de lits à l'hôpital psychiatrique, ce qui est plutôt bien au départ, mais sans ouvrir des structures adaptées aux personnes qui ont quand même besoin d'être accompagnées sur le long terme.
C'était bien de fermer les lits, ce qu'a fait d'ailleurs François Hollande au niveau hôpital, plus de 17 000 lits, je rappelle que vous êtes socialiste.
On a fermé à peu près la moitié des lits en psychiatrie sur 30 années, ce qui était une vision a priori légitime parce que l'asile psychiatrique n'a plus lieu d'être.
Par contre, il fallait transformer ces lits en structures de vie adaptées au long cours pour certaines personnes qui en ont besoin et ça n'a pas été fait, ce qui fait que les personnes sont effectivement soit restent longtemps dans les hôpitaux, on ne fait pas nous sortir les gens quand on sait qu'ils vont être à la rue tout de suite après l'hôpital parce qu'on sait que c'est une catastrophe humaine mais ça bloque des lits pendant longtemps pour d'autres patients ou alors sont réellement quand même dans la rue et c'est une catastrophe au niveau psychologique et humain. Donc ce qui manque c'est ces structures qui coûtent un petit peu cher mais vous savez...
Pas des lits à l'hôpital mais plutôt des foyers.
Exactement.
Des lieux d'accueil. Antoine Pellisolo, vous restez avec nous, on va faire un tour au standard. Les auditeurs d'Inter nous attendent. Bonjour, bienvenue Dominique.
Bonjour. Nous vous écoutons, vous nous appelez d'où ? Je vous appelle de Réloire. De Réloire, Alainville. Non, je ne sais pas si j'ai écouté. D'accord. Nous vous écoutons Dominique. Non, moi je voulais dire, ils ont parlé de mon type il y a 20 ans qui était en faculté à Tôme, deuxième année de licence de psychologie. Elle est venue à la maison en octobre. Elle a suivi son premier semestre sans trop de difficulté. Au deuxième, c'est impossible pour elle d'aller plus loin. Les cours en distanciel... Dominique, Dominique, on vous entend très très mal.
Je suis désolée. Je comprends que vous avez une fille de 20 ans, étudiante, qui a été en distanciel, complètement lâchée dans la nature à cause du Covid, évidemment, et puis du fait de ne pas avoir eu de contact, de cours. On entend cette inquiétude sur les étudiants. Selon la Fage, la Fédération des associations générales étudiantes, la détresse des jeunes est bien réelle. 75% d'entre eux déclarent avoir été affectés au niveau psychologique. C'est énorme, Antoine Pellissolo.
Oui, puisque la coupure avec, évidemment, les proches, à la fois les autres étudiants et les enseignants, a été vraiment très douloureuse pendant des mois. Ça aurait été deux mois, comme on pensait au départ, lors du premier confinement, ça aurait été moins dramatique. Mais là, ça a été des mois d'isolement avec une perspective en plus très incertaine. C'est-à-dire, combien de temps ça va durer, quel est mon avenir personnel, c'est-à-dire la fin de mon cursus et puis l'avenir au plus long terme. Donc, encore une fois, à cet âge-là, l'incertitude est quand même très toxique parce qu'on a besoin de se projeter.
Qu'est-ce que vous pouvez leur dire à ces étudiants qui nous écoutent ce matin ?
Alors, il faut quand même avoir un message positif parce qu'on peut en sortir grâce, je pense, à un travail collectif. Il faut vraiment la solidarité qui existe entre étudiants et évidemment dans les familles et avec les proches. Il y a les associations qui sont importantes. Il faut se tourner vers les autres à la fois pour avoir du réconfort, pour aider peut-être aussi les autres et pour petit à petit retisser le lien et son propre parcours. Alors, le problème, c'est que pour l'instant, on n'est pas encore sorti complètement du tunnel. Donc, c'est difficile de dire voilà, on passe à autre chose. Mais là, on commence à avoir des outils qui sont un petit peu plus fiables.
On espère que l'année universitaire va se dérouler normalement. Et il faut vraiment y croire parce qu'on peut se remettre. À la fois, on est fragile à cet âge-là mais aussi, on a des capacités de rebond, de résilience, comme on dit, qui peuvent être énormes.
Il faut se faire confiance.
Mais vraiment, en se faisant aider quand on sent qu'il y a des souffrances trop fortes parce qu'il ne faut pas avoir honte. Il faut accepter par moment d'avoir besoin un petit peu de soins spécialisés.
Message d'un internaute, Jeff, à propos des enfants. Ma fille ne nous dit pas son âge. On imagine qu'elle est jeune. Ma fille ne veut plus dormir sans son père ou sa mère sous le même toit depuis le premier confinement. Même pas chez ses grands-parents dont elle est pourtant proche. Ça aussi, c'est un témoignage assez fort. Que faire ?
Alors, vraiment, là aussi, échanger, poser des questions. Pourquoi ? Qu'est-ce qui se passe ? Qu'est-ce qui te fait peur ? Comment on pourrait faire un petit peu autrement ? C'est vraiment la parole à cet âge-là qui est le plus important. Et c'est vrai que c'est souvent au moment du sommeil, la nuit, où il y a le plus d'angoisse. Donc, il ne faut pas forcément dramatiser cet aspect-là très pratique de comment on organise le coucher. Mais c'est plutôt de voir dans l'ensemble de la journée et du comportement de l'enfant ce qui a des signes vraiment inquiétants. Et s'il y en a, il ne faut pas hésiter à consulter.
Il y a des pédiatres, il y a des psychologues, il y a des psychologues pour enfants. Le généraliste peut donner une première orientation. Mais vraiment, ne pas rester sans rien faire.
Retour au standard. Nous accueillons Laurent. Bonjour Laurent. Vous nous appelez de banlieue parisienne, si je ne me trompe pas.
C'est ça. Bonjour. Merci pour votre émission.
Nous vous écoutons, Laurent.
Je voulais apporter mon témoignage pour dire que le problème de cette crise pouvait avoir des effets assez importants sur les jeunes, les enfants, par exemple mes enfants, mais aussi sur les personnes plus âgées. Alors déjà, par rapport à mes enfants, un de mes enfants a même pleuré à un moment donné lorsqu'il a entendu des mots en imaginant que, comme j'allais me faire vacciner, j'allais avoir des problèmes, j'allais mourir ou encore d'autres messages. Ceux qui se font vacciner sont des moutons. C'est vrai que quand, au sein même d'une famille, on a des divergences très fortes entre un père et une mère, ça a des conséquences fortes.
Et ça a des conséquences, y compris sur ma belle famille, sur ma belle mère qui veut se faire opérer. et la pression de la famille fait qu'elle n'a pas le droit de se faire vacciner alors qu'elle a 70 ans.
Laurent, merci beaucoup pour ce témoignage. Finalement, le débat du vaccin, c'est un débat passionnel, c'est un débat qui déchire les familles. C'est ce que, ce témoignage de Laurent ce matin, Antoine Pellissolo, on entend presque la détresse. Qu'est-ce qu'on peut faire ?
Oui, il y a cette fracture dont je parlais qui va vraiment trop loin probablement dans certains cas. Par contre, pour assurer notre auditeur que l'enfant pleure par moment, je dirais juste, c'est pas qu'il faut s'en réjouir, mais c'est un signe d'émotion et il ne faut pas forcément dramatiser ça non plus, en parler, expliquer, comment on a des émotions. Comment le rassurer quand tu m'entends l'inverse ? S'il a peur, il faut rassurer, c'est sûr. Là, les excès de tout ce qui est dit sur le vaccin, malheureusement, ça infiltre partout.
Il faut surtout dire aux jeunes de ne pas ne faire que se renseigner auprès des réseaux sociaux parce que c'est là que ça fourmille le plus ou comme ça dans des petits cercles qui entretiennent des fantasmes. Essayer de mettre les choses à plat de manière la plus objective possible. Il faudrait que par exemple les enseignants participent aussi à cette information scientifique, je dirais un petit peu plus neutre et objective parce que c'est quand même très triste que des familles se déchirent autour d'un sujet qui ne veut que protéger tout le monde. Mais on voit à quel point ça empoisonne toute la famille.
C'est un toxique en effet dans beaucoup de familles et encore une fois on peut faire passer le message aux gens qui entretiennent ce complotisme dans certains cas que vraiment ils font beaucoup de mal à beaucoup de gens.
Avril, dernière étude publiée dans The Lancet Psychiatrie. Une personne sur trois qui a surmonté le Covid a eu un diagnostic de trouble neurologique ou psychiatrique dans les six mois qui ont suivi. Ça se vérifie ça sur le terrain dans vos services. On a aussi un témoignage sur franceinter.fr d'une auditrice qui nous dit qu'elle est encore très fatiguée et très déprimée.
On sait que malheureusement en plus des aspects psychologiques dont on a parlé les personnes qui ont attrapé le Covid et qui ont eu des formes alors pas forcément les plus graves les plus graves oui parce qu'il peut y avoir eu un choc très fort mais pas forcément au plan biologique peuvent avoir des séquelles on va dire on appelle ça neuropsychiatriques parce que c'est à la fois probablement des aspects qui touchent le cerveau pour les fonctions intellectuelles le plus souvent c'est une fatiguabilité en effet des troubles de la concentration donc le Covid touche le cerveau alors il touche le cerveau sûrement indirectement avec des réactions inflammatoires qui ababrouillent c'est sûr que c'est moins fort que quand on a une maladie neurologique directe mais il y a un retentissement sur en gros le fonctionnement de base du cerveau et donc la gestion des émotions par exemple et c'est sûrement un des mécanismes qui fait qu'on voit en effet plus de troubles anxieux et dépressifs chez les personnes qui ont souffert de Covid avec sûrement ces deux mécanismes un psychologique et en partie biologique et qu'on commence de plus en plus à comprendre à ce niveau là
il y a un avant et un après Covid
oui oui oui alors il faut à tout prix une nouvelle forme
de pathologie quelque part
oui alors qui à mon avis n'est pas je dirais envahissante en termes statistiques heureusement on n'est pas envahi de personnes qui demandent des soins pour ça souvent ils ne demandent pas donc il faut aller vers elles quand même avoir des consultations spécialisées c'est sûrement très important il y en a de plus en plus dans les hôpitaux et essayer de comprendre qu'est-ce qui se passe derrière parce qu'il y a encore une fois aussi beaucoup d'aspects sociaux et psychologiques mais malheureusement c'est un facteur de plus qui peut faire rendre des personnes vulnérables
dernier message d'auditeur William nous dit j'ai entendu parler des cinq séances chez un psychologue prise en charge par l'État j'ai contacté un psy de ma commune qui m'a dit que cela n'était qu'une annonce et que rien n'avait été mis en place professeur Pellisolo est-ce que vous savez quelque chose à ce propos ?
alors c'est un chantier qui malheureusement n'avance pas très vite effectivement les psychothérapies les psychologues c'est vraiment un levier très important pour compléter l'offre de soins ce qui est mis en place c'est surtout pour les étudiants il y a un remboursement de séances de séances de psychologie pour les étudiants je crois que pour effectivement le grand public ce n'est pas en place partout il y a des expérimentations dans certains sites mais là vraiment il y a un besoin d'accélération parce que le levier enfin le recours au psychologue est vraiment très utile
donc il y a vous écouter on se dit qu'on en a plus que jamais besoin
en effet et je vous remercie d'ailleurs d'aborder ce sujet là à une période où on n'a pas d'actualité brûlante sur la psychiatrie comme ça a été le cas à certains moments mais c'est vraiment tellement constant toute l'année que c'est bien de donner la parole aussi aux personnes qui en souffrent
Professeur Antoine Pellisolo psychiatre chef de service au CHU Henri Mondor de Créteil merci d'avoir répondu à nos questions et à celles des auditeurs ce matin bon courage à vous bonne journée merci
merci merci