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interviewC dans l'air· 5 avril 2026 63 min

L'Iran veut-il entraîner l'Europe dans la guerre ? - C dans l’air - 06.03.2026

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

grâce à Décolor Stop. ... - A.Casse: Bonsoir.

Bienvenue. Ca fait 7 jours que la guerre a commencé au Moyen-Orient, d'abord à travers les frappes chirurgicales qui ont coupé la tête du régime et éliminé le Guide suprême. D.Trump promettait alors une guerre courte. 7 jours plus tard, l'Iran n'a pas plié et frappe tous azimuts pour essayer d'élargir le conflit.

C'est désormais le Liban qui est entraîné dans cette guerre, ainsi que l'Europe. Les Britanniques, les Français, les Italiens, les Espagnols, les Grecs envoient des forces militaires en Méditerranée. L'Iran veut-il entraîner l'Europe dans la guerre?

C'est le titre de notre émission. B.Tertrais, bonsoir.

Vous êtes directeur adjoint de la Fondation pour la recherche stratégique et auteur de "La Question israélienne". L.Menget, vous êtes grand reporter, spécialiste des questions internationales.

Amiral B.Rogel, rebonsoir. Vous êtes l'ancien chef de l'état-major particulier des présidents F.Hollande et E.Macron, ancien chef d'état-major de la marine.

Je souligne aussi votre livre, "Un marin à l'Elysée". H.Mostafavi, vous êtes franco-iranien, directrice adjointe de la rédaction de "Libération".

Je renvoie à votre dernier article. Alors qu'on s'interroge toujours sur les buts de guerre de D.Trump, voici ce qu'il vient d'écrire sur son réseau social.

Est-ce qu'on y voit plus clair ce soir dans la stratégie américaine? - B.Tertrais: Oui, jusqu'au prochain tweet de D.Trump.

La suite de son post est intéressante. Il parle de dirigeant iranien "qui lui plairait". On ne sait toujours pas si cela veut dire véritablement un changement complet du régime, ou simplement un changement des têtes.

Je ne crois pas qu'on y voit beaucoup plus clair. On y voyait plus clair il y a 2 jours, lorsque les buts de guerre américains sur papier officiel de la Maison-Blanche ont été clarifiés. Là, pas question de changement de régime et plus question du nucléaire non plus.

Il est censé avoir été annihilé. C'était les missiles, la marine et le terrorisme. - A.Casse: Là, est-ce que vous vous dites qu'à la lumière de cette dernière déclaration, le but, c'est la guerre totale? - L.Menget: Je ne pense pas.

Je ne suis pas sûr qu'il n'y a pas de stratégie complète. La stratégie d'un point de vue strictement militaire semble fonctionner. La guerre s'étend depuis 7 jours au Liban, mais les Américains et les Israéliens ont des buts de guerre clairement affichés.

En revanche, on ne voit toujours pas la stratégie de l'après. Il y a le risque d'un chaos régional avec ce qui se passe au Liban. Dans les déclarations du jour de D.Trump, il y en a une qui est particulièrement surprenante.

On en a presque souri ces derniers jours en disant qu'il voulait faire la même chose au Venezuela. Là, il assume complètement, en disant qu'on va avoir en Iran un dirigeant comme au Venezuela. Il dit que la présidente vénézuélienne est fantastique et qu'il va y avoir la même chose.

Il se félicite d'avoir un dirigeant en Iran à sa main. Il veut participer à sa nomination. Il le dit clairement.

Il ne comprend pas pourquoi on ne l'a pas sollicité pour donner le nom. On entre dans une période compliquée où les Iraniens vont peut-être choisir quelqu'un, qui ne conviendra pas du tout à l'administration américaine. - A.Casse: Choisir le successeur du Guide suprême, ça ne va pas forcément participer à un changement de régime. - H.Mostafavi: En théorie, les Iraniens ne vont pas faire plaisir à D.Trump.

Le régime est bien loin d'être détruit. Il est sans doute affaibli, mais si on regarde de près les structures du régime, tous les Gardiens de la révolution comportent énormément de commandants. Si on en tue beaucoup, on arrive à les affaiblir, mais les chaînes de commandement existent toujours et les Gardiens de la révolution sont loin d'être réduits.

Ils sont pour l'instant tous pour le fils du Guide suprême, donc dans une continuité totale du régime. - A.Casse: D.Trump dit qu'il n'a rien contre la nomination d'un chef religieux.

C'est ce qui rend très floue sa déclaration... - B.Tertrais: La dernière fois qu'on a vu un dirigeant important faire une prière très solennelle et très publique, ce n'était pas en Iran, mais à la Maison-Blanche, il y a 2 jours.

Je ne compare pas les 2 régimes, mais après tout, peut-être que lui, le fait que ce soit un dirigeant religieux...

Je ne me prononce pas sur la foi personnelle de D.Trump ou sur son absence de foi, mais peut-être que de son point de vue, c'est sincère, cette déclaration. Ce n'est pas un problème, du moment que c'est quelqu'un qui est à sa main. - H.Mostafavi: Du moment que c'est quelqu'un qui accepte les intérêts mercantiles ou "de paix" des Etats-Unis, de risque minimum pour Israël, la personne en question n'a aucune importance pour D.Trump. - A.Casse: Voici un clip diffusé par la Maison-Blanche il y a quelques heures. ... - A.Casse: Je ne sais pas comment vous regardez cette vidéo, amiral... - Al B.Rogel: Ecoutez, j'ai eu l'honneur de conduire pas mal d'opérations militaires pour mon pays.

S'il y a bien 2 qualités auxquelles je crois, pour conduire une opération militaire, c'est la détermination, qui est nécessaire pour arriver à ses objectifs, mais c'est aussi l'humilité. On ne sait pas comment ça peut tourner. Quand je compare aujourd'hui les stratégies de communication israéliennes et américaines, côté israélien, c'est très carré, c'est l'armée qui communique.

Côté américain, c'est plutôt le politique, et on a épuisé le dictionnaire des superlatifs. On ne sait plus où en chercher. Je pense qu'ils prennent un risque sérieux.

Imaginons que, demain, il y ait un building plein de marines qui tombe, avec de nombreux morts, ils vont prendre la manivelle dans la figure. - A.Casse: Il y a déjà des morts. - Al B.Rogel: 5 morts, c'est toujours trop.

Mais ils se mettent quand même en risque et en danger, du point de vue politique. - A.Casse: Quand on a montré le clip, vous avez tout de suite réagi, B.Tertrais. - B.Tertrais: Au-delà de l'obscénité absolue de ces images, le problème, c'est que cela révèle une stratégie de fuite en avant qui pourrait rendre plus difficile, à certains moments, le simple fait pour D.Trump de dire: "Je m'arrête là." On sait tous ce qu'il peut s'arrêter à n'importe quel moment, mais pas juste après avoir montré ça.

Par ailleurs, je ne pense pas que ça plaise beaucoup à l'ensemble des républicains au Congrès. Certains suivent D.Trump aveuglément, mais pour d'autres, ce genre de scénographie suscite un certain malaise. - A.Casse: Il y a plein d'extraits de films qui passent... - B.Tertrais: Pardon, mais un dernier point.

On dit souvent que Hollywood imite la réalité. Là, c'est la réalité qui va plus loin que Hollywood. C'est troublant. - A.Casse: Dans "Minority Report", où il s'agissait d'arrêter des criminels avant qu'ils commettent des crimes, là, il dit que c'est une guerre préventive. - L.Menget: Il y a beaucoup de références, notamment le héros de l'indépendance écossaise...

Sinon, c'est le cliché de tous les super-héros avec leurs super-pouvoirs américains. Ce genre de clip banalise et ridiculise la guerre. Je parle sous le regard très sérieux d'un amiral...

Pour avoir couvert un certain nombre de conflits, la guerre, c'est des morts, des gens qui fuient, des milliers de blessés. Il y a déjà beaucoup de morts en Iran, au Liban. Il y a eu des morts israéliens la nuit dernière.

Ce n'est pas drôle, mais ils en font un jeu. Il y a aussi beaucoup de communication à base d'IA, d'images en 3D. On vous montre le bunker où était Khamenei, comme si tout cela n'était qu'un jeu et qu'il n'y avait jamais de sang et de larmes.

C'est pas ça, la guerre. C'est des gens qui se prennent des bombes sur la gueule, qui souffrent terriblement. Je ne parle pas de géopolitique, mais ce type de message envoyé partout dans le monde donne l'impression que tout est un jeu et que D.Trump joue avec le monde.

Je trouve ça totalement indécent. - A.Casse: Je m'interroge même sur la perception que, nous, on a de ces images.

Peut-être que ça change notre regard sur la guerre, à force d'être abreuvés de ces clips et de ces images de jeux vidéo. - Al B.Rogel: Vous avez parfaitement raison de le souligner.

La guerre, ce n'est jamais un jeu vidéo. Il faut avoir du respect pour l'adversaire. Comment on perd le respect pour l'adversaire?

Quand on le méprise, c'est là qu'on peut commencer à avoir des ennuis. Ce qui me gêne encore plus dans ce genre de clips...

Pour avoir conduit des opérations, on sait bien que c'est une confrontation entre 2 temps. Le temps militaire, qui est un temps long, surtout sur une opération à base d'opérations aériennes, et le temps sociétal, qui est très court. Ce qu'il risque avec ce genre de clips, c'est d'expliquer que ça va se régler très rapidement.

Mais il ne va pas tarder à voir le process d'enlisement. Pour un chef militaire, personnellement, ça ne m'aurait pas fait rire du tout. - L.Menget: Il y a beaucoup de vétérans américains, dont beaucoup sont des élèves républicains, qui voient ce genre de choses.

Que ce soient des vétérans de l'Afghanistan ou de l'Irak, peut-être même encore du Vietnam, je pense que ça ne les fait pas rire du tout. - A.Casse: Vous dites que le scénario de l'enlisement vous semble le plus probable aujourd'hui? - Al B.Rogel: Non.

Ca peut être une bataille de perception. Une campagne aérienne, déjà, c'est une campagne de fissuration. C'est comme si vous êtes devant un mur et que vous tapez des petits coups en espérant que le mur s'écroule.

Ca prend du temps. Ils vont se retrouver bientôt avec une société...

D'autant que la stratégie iranienne, qui est de provoquer un chaos régional avec des répercussions mondiales, va vite agacer les sociétés occidentales, et pas seulement. Je me mets à la place des Chinois qui voient se fermer le robinet du pétrole aujourd'hui... - B.Tertrais: Et les Japonais, surtout. - Al B.Rogel: Oui.

Cette confrontation temporelle, ils vont devoir la gérer, entre ce temps militaire qui sera long et ce temps médiatique et sociétal, politique, je ne sais pas comment l'appeler, qui ne sera pas aussi long. Pour un militaire, l'essentiel est de garder la main sur le temps. - A.Casse: Arrêtons-nous sur la stratégie de l'Iran.

Elle semble être celle de l'embrasement régional. Frapper les raffineries et les terminaux pétroliers dans le détroit d'Ormuz pour faire grimper les prix, perturber le commerce mondial...

En face, quel est le plan de D.Trump? - D.Trump en pleine prière dans le bureau Ovale.

Le président américain s'est entouré de pasteurs évangéliques pour une scène étonnante. - Nous prions pour que la sagesse du ciel inonde son coeur et son esprit, et que le Seigneur le guide dans ces temps difficiles que nous traversons. - L'image d'un président qui s'en remet à Dieu.

Au 7e jour de la guerre en Iran, D.Trump estime que le régime des mollahs est affaibli et qu'envoyer des troupes au sol serait une perte de temps. - D.Trump: L'armée américaine, en collaboration avec ses merveilleux partenaires israéliens, continue de démolir totalement l'ennemi, bien avant la date prévue. - Alors que les capacités militaires iraniennes faiblissent, le régime veut démontrer qu'il tient et attaque avec son missile Khorramshahr, d'une portée pouvant aller jusqu'à 3000 km.

La réplique d'Israël: un déluge de feu sur Téhéran. Une guerre qui se durcit contre les infrastructures du régime, l'armée israélienne affirme aujourd'hui avoir détruit le bunker militaire souterrain d'A.Khamenei grâce à 50 avions de combat. - Nous passons maintenant à la phase suivante de l'opération.

Nous poursuivrons le démantèlement du régime iranien et de ses capacités militaires. Nous avons encore d'autres surprises en réserve. - Le Liban, sous les bombes israéliennes...

Toute une nuit de frappes dans la banlieue sud de Beyrouth, et 6 localités du sud du pays. Après un ordre d'évacuation de l'armée israélienne, 95 000 personnes ont été déplacées. Les habitants ont fui sans rien. - Nous dormons ici, dans les rues.

Certains dorment dans leur voiture, d'autres à même le trottoir ou sur la plage. Nous sommes sans abri. Ils nous ont déplacés et nous sommes partis. - Des immeubles éventrés, soufflés par les explosions.

L'Etat hébreu menace désormais le Liban de subir le même sort que Gaza. - Vous vouliez nous faire subir l'enfer? Vous l'avez fait pour vous-mêmes.

La banlieue sud de Beyrouth ressemblera à Khan Younès. Les habitants du nord vivront en paix, au calme et en sécurité. - Alors que la situation se dégrade au Moyen-Orient, E.Macron a été interpellé par une jeune Française sur Instagram.

Le chef de l'Etat lui a répondu par un message vocal et a publié sa réponse. *-E.Macron: Vous n'allez pas faire la guerre du tout.

Vous allez continuer de vivre, de passer votre brevet ou votre baccalauréat. La France ne fait pas partie de cette guerre. On n'est pas au combat et on ne va pas s'engager dans cette guerre. - La France doit aussi gérer la question du rapatriement de ses ressortissants.

Sur les 5000 demandes, seulement 750 Français ont été évacués. Hier soir, un avion d'Air France en direction de Dubaï a dû faire demi-tour en raison de tirs de missiles dans la zone. Pour les familles françaises bloquées à Doha, c'est l'angoisse. - Les enfants sont stressés.

A l'intérieur, il y a tout qui tremble. Ca fait très peur. Et c'est par répliques, il y en a plusieurs...

Ca nous a fait tous très peur. - Plusieurs pays européens, dont la France, le Royaume-Uni, l'Italie ou la Grèce ont annoncé le déploiement de matériel de défense au Moyen-Orient. L'Australie et la Nouvelle-Zélande en font autant. 7e jour de guerre, le conflit en Iran ne cesse de s'étendre. - A.Casse: Que vous dites-vous au 7e jour de guerre?

Etes-vous surpris de voir que le régime iranien a encore de la ressource? - B.Tertrais: Personnellement, pas du tout.

Je fais partie de ceux qui estimaient, avant le début des opérations militaires, qu'il ne fallait surtout pas sous-estimer la résilience de ce régime, de ce système extrêmement solide qui est en place depuis plusieurs décennies. C'est un ensemble imbriqué d'institutions sécuritaires, d'institutions militaires, policières et de prisons. Ca ne me surprend pas.

L'enlisement...

Pardon d'y revenir un instant, mais c'est une constante de toutes les opérations militaires modernes. Au bout de 6 ou 7 jours, on se pose la question de l'enlisement. B.Rogel ne me démentira pas...

Ca traduit davantage notre impatience vis-à-vis du temps militaire, le fait que nous ne mesurons pas forcément ce que doit être, du point de vue israélien et américain, le temps militaire. Mais l'engrenage, non. Très franchement, ce qu'a dit le président de la République à cette jeune femme est tout à fait juste.

La France ne peut pas être entraînée contre son gré dans cette guerre, sauf si les Iraniens avaient une arme secrète, avec un missile de 6000 km de portée qui se mettrait à tomber sur Paris, ce qui m'étonnerait. Simplement, nous pourrions choisir de défendre un peu plus clairement nos alliés dans la région, à savoir les Emirats, le Qatar et le Koweït, s'ils subissent des attaques plus importantes. Il y a aussi la question de Chypre de la Grèce, qui sont théoriquement à portée des missiles iraniens.

Je ne vois pas une République islamique d'Iran qui cherche à tout prix à entraîner les Européens dans la guerre. - A.Casse: C'est la question qu'on se pose ce soir. - B.Tertrais: L'Iran semble vouloir entraîner, et c'est raté, les pays du Golfe ainsi que l'Irak dans la guerre.

Mais ça ne marche pas et ça se retourne même contre l'Iran. - A.Casse: Restons sur la stratégie de l'Iran.

Est-ce vraiment l'idée de faire monter le coût de la guerre pour provoquer une réaction des pays du Golfe? - L.Menget: C'est de toute façon de faire durer.

On pouvait s'attendre à ce que la République islamique iranienne fasse durer. Ils ont le temps, quelque chose que D.Trump ne comprend pas.

La République islamique iranienne prépare cette attaque quasiment depuis 1979. On voit bien, depuis quelques jours, qu'il y avait une préparation d'un commandement décentralisé. Si la tête est coupée, ce qui est arrivé, ça ne veut pas dire que c'est la fin d'un certain nombre de commandants qui sont opérationnels.

C'est pas juste des types avec un képi. Ils ont des armes, des missiles, même s'ils en ont de moins en moins...

Mais ils ont probablement beaucoup de drones. On n'a pas encore parlé de l'aspect maritime, mais quand ils vont sortir leurs fameuses embarcations suicides pour sillonner le détroit d'Ormuz et éventuellement y faire des dégâts, les estimations des spécialistes, c'est que les pasdarans auraient préparé entre 1000 et 1500 vedettes ultrarapides, un peu sur le modèle de ce qu'on a vu en Ukraine, quand les Ukrainiens ont commencé à attaquer la marine russe. Les services sécuritaires iraniens ont cette capacité.

Pour l'instant, ça n'a même pas été activé. Je pense donc que ça va s'effilocher dans le temps et que ça peut durer très longtemps. Ce n'est pas quelque chose que les Américains avaient envisagé, que ça puisse durer autant de semaines. - A.Casse: Je vous vois réagir sur une prochaine étape de la guerre, qui serait maritime, sur le fait que l'Iran copierait les Ukrainiens. - Al B.Rogel: Je pense que l'Iran est très résilient.

Ca fait 47 ans qu'ils se préparent à une telle éventualité. On a eu des moments chauds dans le détroit d'Ormuz. Ca ne surprend pas le marin que je suis, mais ça peut surprendre nos compatriotes.

On découvre là les vertus et les défauts de la mondialisation. L'Iran a une arme redoutable, qu'ils n'ont pas encore employée tout à fait: la fermeture des robinets des flux maritimes. Les flux maritimes, je rappelle que c'est 80 % de ce qu'on trouve dans nos magasins en France.

Ils ont le robinet d'Ormuz, pour le pétrole, mais ils n'ont pas encore activé, via leurs proxys, leur autre robinet...

Le temps joue contre les Américains. Je pense que leur calcul, c'est de créer un chaos régional avec des répercussions mondiales, via les flux maritimes, et bonne chance à D.Trump pour résister à toutes les pressions.

Quand les Américains vont voir le prix du gallon d'essence à la pompe augmenter, quand les pays asiatiques vont dire qu'ils ont besoin de pétrole, il va y avoir des pressions externes. - A.Casse: Sur le terrain, on va tout de suite retrouver M.Lacroze.

Bonsoir. Vous êtes en Israël depuis le début de la semaine. Est-ce que les habitants sont prêts à vivre une guerre qui dure des semaines ou peut-être plus? - M.Lacroze: Tout à fait.

Ce matin encore, des alertes aériennes ont retenti dans le centre de Tel-Aviv, où nous nous trouvons. Les habitants sont habitués dans ces cas-là et se ruent dans les bunkers. Une 1re détonation a été entendue, quelques soupirs dans le bunker, et puis les conversations ont repris.

Des conversations évidemment sur la guerre. Quelqu'un me disait que cette guerre en Iran, il aurait peut-être fallu la faire un peu plus tôt, dès le 7-Octobre. Là, la différence, c'est que Trump est avec eux.

Et quelqu'un d'autre a dit: "Oui, mais jusqu'à quand?" C'est une interrogation que je commence à sentir poindre dans les conversations ces derniers jours. On sent un soutien en faveur de cette guerre, mais ici, en Israël, quelqu'un me disait que c'était la 1re fois qu'autant de gens étaient d'accord sur le même sujet, à savoir la guerre.

Il y a ce soutien, mais aussi une certaine fatigue. Quelqu'un me disait: "J'espère que ça ne va pas être encore un aller-retour à la guerre. Mes enfants sont tous à l'armée.

Mais les nuits sont rythmées par les alertes aériennes." Quand nous sommes arrivés il y a quelques jours, notre nuit a été rythmée par 4 alertes aériennes successives. On fait des allers-retours au bunker.

Le matin, il faut se lever pour aller travailler et on n'a pas beaucoup dormi. Il y a une usure, mais il y a aussi un relatif sentiment de sécurité car ici, le Dôme de fer marche à plein. Parfois, il marche mal.

On a vu en banlieue de Tel-Aviv une frappe qui a fait plusieurs morts. Beaucoup d'habitants craignent les débris des frappes des missiles interceptés par le Dôme de fer. Une jeune fille que j'ai croisée tout à l'heure m'a dit que pour l'instant, tout allait bien, jusqu'à ce que Trump les lâche... - A.Casse: Merci beaucoup, M.Lacroze, en direct de Tel-Aviv.

C'est intéressant, cette crainte des Israéliens que Trump finisse par les lâcher. - H.Mostafavi: C'est une crainte légitime.

On ne sait pas combien de temps D.Trump va tenir. Le clip qu'on voyait tout à l'heure, c'est aussi une opération de communication interne pour D.Trump.

Il faut qu'il vende cette guerre aux Américains. Peu d'Américains achètent le concept que l'Iran menaçait à l'instant T les Etats-Unis. Cette menace, la menace nucléaire, qui dure depuis sa découverte dans les années 2002-2003, elle existe toujours, mais pas plus maintenant, après la guerre des douze jours, que dans toute l'histoire de la République islamique.

Il doit vendre aux Américains que cette guerre a un sens pour les Etats-Unis. Plus la guerre dure, plus l'économie mondiale est sous pression, moins c'est vendable pour les Américains. Il y a aussi une inquiétude chez les Iraniens.

J'ai pu entrer en communication avec des gens en Iran qui s'inquiètent, presque en miroir, que Trump a tué le Guide, et ils ne savent pas ce qui va se passer maintenant. Tout le monde est suspendu à la volonté de D.Trump. - A.Casse: Parce que D.Trump et B.Nétanyahou ne font pas la guerre pour les mêmes raisons? - L.Menget: Non, et depuis le début.

L'effet final recherché est très différent. Il ne faut pas oublier que B.Nétanyahou a fait l'intégralité de sa carrière politique, surtout depuis son retour aux affaires, sur la menace iranienne.

Gaza n'était pas, pour lui, une menace réelle. On a vu les conséquences après le 7-Octobre, mais son obsession était de mettre fin à la menace existentielle que représente la République islamique d'Iran pour Israël. Pour lui, c'est un peu la guerre de toutes les guerres, celle qui doit faire en sorte que Nétanyahou entre dans l'histoire israélienne, au même titre que les grands leaders historiques.

Il ne faut pas oublier qu'il est empêtré dans des affaires...

L'objectif américain était plus simple. C'était de mettre fin à la menace iranienne, à la menace nucléaire. C'est un objectif qui avait disparu pendant les premiers jours de communication des Etats-Unis.

Mais D.Trump peut très bien dire, dans les 48 heures, dans les 3 jours, dans les 5 jours: "On a eu Khamenei. Ils ont nommé quelqu'un.

On va s'arranger avec lui. Moi, je me retire." Ca ne mettra pas fin à la guerre des Israéliens, mais ce ne sera pas un bon signe pour eux. - A.Casse: D.Trump peut arrêter cette guerre à tout moment et revendiquer n'importe quelle victoire? - B.Tertrais: Oui.

C'est ce qu'il a toujours fait depuis qu'il était agent immobilier à New York. Pour résumer, ce serait la combinaison de 3 facteurs qui le mettraient en position de dire "j'ai gagné" ou "je veux mettre un terme à la guerre". Dans son camp, on n'est pas du tout fan des interventions militaires, et pas systématiquement en faveur du soutien à Israël.

Ensuite, il y a les facteurs économiques dont on a parlé. - A.Casse: Le baril peut être à 100 dollars? - B.Tertrais: Pas seulement.

C'est un ensemble de choses. Le commerce, aujourd'hui, est dans les faits bloqué à Ormuz. Il y a aussi un aspect psychologique sur les marchés qui peut être négatif.

Et enfin, il y a l'aspect militaire. Intercepter des missiles, ça consomme énormément d'intercepteurs. Une anecdote: il y a exactement 25 ans, dans un pays du Moyen-Orient, j'ai rencontré un professeur d'université iranien.

Il commence à engager la conversation et nous parlions de la dissuasion d'un adversaire. Et il me demande: "Pouvez-vous me dire comment on dissuade les Etats-Unis?" Je me suis bien gardé de donner une réponse. "Je vous pose la question car nos Gardiens de la révolution sont en train de prévoir un programme de missiles balistiques extrêmement important pour pouvoir dissuader." Nous étions en 2000!

C'était pour dissuader les Etats-Unis de les attaquer. C'est exactement ce à quoi on assiste aujourd'hui. - A.Casse: A la dissuasion iranienne, qui n'a pas marché mais qui a été tentée.

On reçoit beaucoup de questions sur le rôle de la France. Question. - Al B.Rogel: A ce stade, non.

Il a parfaitement défini quels étaient les objectifs français. C'est la défense de nos intérêts, de nos alliés, parce qu'on a un certain nombre d'accords de défense avec des pays du Golfe et du territoire européen. Ca a été la démonstration de l'envoi de la frégate Languedoc pour protéger Chypre, pour marquer notre engagement.

Sans faire de cocorico, aucun pays européen n'a réussi à déployer un dispositif militaire de protection de cette nature au profit de nos camarades européens et de nos intérêts. - A.Casse: Mais nos accords de défense avec les pays du Golfe nous engagent jusqu'où? - Al B.Rogel: Jusqu'à un certain point. - A.Casse: Pouvez-vous être plus précis, s'il vous plaît? - Al B.Rogel: C'est en cas d'agression du territoire.

Les pays concernés, en particulier le Qatar et les Emirats arabes unis, peuvent nous demander de venir assurer leur protection. On est encore dans le caractère dissuasif ou défensif de cette affaire. Pour revenir sur Israël, je pense que ce qui se passe aujourd'hui au Sud-Liban est une conséquence de tout ce qui vient d'être dit.

Il faut bien comprendre qu'Israël est un pays qui n'a aucune profondeur stratégique. Jusqu'à maintenant, il était entouré par les proxys de l'Iran, en Syrie, au Liban avec le Hezbollah, par le Hamas, les Houthis, la mobilisation populaire en Irak...

Le Hamas, c'est à peu près réglé. La Syrie a changé de régime. Restent les Houthis et le Hezbollah.

Ils se disent aujourd'hui que c'est le moment ou jamais. Ils ont Trump avec eux. Ils ont un dernier caillou dans la chaussure, si je peux me permettre cette expression, et ils veulent le retirer.

Le Hezbollah a tiré 2 ou 3 missiles, si j'ai bien compris...

Donc c'est un prétexte pour y aller. - A.Casse: Votre réponse suscite une autre question.

Il y a, d'un côté, le discours d'E.Macron qui dit que la France ne fait pas partie de cette guerre, que nous n'allons pas nous engager dans ce combat, et d'un autre côté, il y a le porte-avions Charles-de-Gaulle qui arrive en Méditerranée, et le porte-hélicoptères amphibie, le Tonnerre. - L.Menget: Le président de la République s'est félicité de la disparition du Guide de la République islamique, tout en disant que ce n'était pas notre guerre.

Le déplacement du Charles-de-Gaulle, c'est autre chose. C'est une démonstration de puissance française et européenne, la capacité française pour l'Europe de se présenter en Méditerranée orientale. N'oubliez pas qu'il y a des centaines de milliers de Français dans la région.

Bien sûr, ce n'est pas le Charles-de-Gaulle qui va les évacuer, mais sa simple présence dans ces eaux a quelque chose de rassurant. Pas forcément pour les Français qui habitent dans les pays du Golfe, mais je pense à tous les Français et les Franco-Libanais qui sont en ce moment au Liban, dans une situation difficile. Et c'est une capacité, le cas échéant, de protection.

Les Rafale qui sont sur le pont du Charles-de-Gaulle peuvent évidemment aller frapper dans la région, un peu partout, avec des ravitailleurs. C'est une pointe avancée de la France, qui assure pour l'instant une présence défensive symbolique. Ca ne veut pas dire qu'on est en guerre! - B.Tertrais: Si je peux rappeler une petite phrase qui me semble importante...

Les accords que nous avons par exemple avec les Emirats arabes unis, de mémoire...

Il ne suffit pas d'un appel de MBZ pour mettre la France en jeu. - L.Menget: C'est un partenariat plus qu'un accord.

Le président de la République garde sa liberté d'action. - A.Casse: Donc on peut dire non? - Al B.Rogel: A quelle question? - A.Casse: On n'est pas forcément liés... - Al B.Rogel: On est liés, mais une des 1res annonces du président Macron, ça a été d'envoyer des Rafale et des systèmes de défense antiaérienne là-bas.

On est bien dans la protection. Je voudrais rappeler que lorsqu'on a eu la guerre Israël-Liban ou Israël-Hezbollah en 2006, la marine française a évacué 13 000 de nos compatriotes français et européens du Liban par les porte-hélicoptères amphibies qui sont aujourd'hui présents. Et n'oublions pas le contingent de 700 hommes que nous avons dans la Finul au Sud-Liban.

Pour eux, la présence du porte-avions est très rassurante. - A.Casse: D.Trump dit qu'il voudrait choisir le successeur de Khamenei au moment où le fils du Guide suprême est présenté comme son héritier. - En Iran, son nom revient avec insistance.

Mojtaba Khamenei, le fils du Guide suprême défunt, pourrait-il lui succéder? Figure conservatrice, il marche dans les pas de son père depuis plus de 30 ans. Proche des Gardiens de la révolution et des milices chargées des répressions, il a la réputation d'être encore plus sanguinaire qu'A.Khamenei.

En 2022, les Iraniens dans la rue réclamaient sa tête. - Contesté par la population, M.Khamenei apparaît comme favori dans les cercles du pouvoir iranien, au grand dam de D.Trump qui affirme vouloir intervenir personnellement dans la nomination du prochain Guide suprême. ...

A peine nommé, le prochain Guide suprême aura une cible dans le dos, prévient Israël. - Concernant M.Khamenei, que vous avez mentionné, nous trouverons et traiterons quiconque complote contre Israël.

Peu importe son nom ou qui était son père, nous le traiterons. Je pense que les dirigeants en Iran aujourd'hui le savent. - Israël maintient la pression et tente d'asphyxier le régime des mollahs.

Mardi, l'immeuble abritant l'institution chargée d'élire le futur Guide suprême a été entièrement détruit par des frappes israéliennes. Par mesure de sécurité, les 88 experts religieux responsables de l'élection vont voter par correspondance. - Ce conseil s'acquittera de ses fonctions avec efficacité.

Le peuple peut avoir confiance. D'autres officiers compétents remplaceront immédiatement nos chers commandants tombés en martyrs. - En moins d'une semaine de guerre, le régime iranien a perdu 48 leaders et de nombreuses infrastructures stratégiques.

Les Etats-Unis font la promotion de leurs frappes en déclassifiant ces vidéos de bombardement sur des navires porte-drones, des hangars de stockage ou des bases de lancement de missiles iraniens. - Ce matin encore, le centre de commandement américain a observé les résultats de notre opération. Les tirs de missiles balistiques iraniens ont diminué de 86 % depuis le 1er jour des combats. - Affaibli, l'Iran riposte en fabriquant de faux succès militaires grâce à des vidéos générées par l'IA.

Comme celle-ci, vue plus de 5 millions de fois, montrant un bombardement massif sur Tel-Aviv qui n'a jamais eu lieu. Des vidéos parfois grossières, débusquées par les internautes. - Les comptes iraniens font croire qu'ils ont touché un avion B2 au-dessus de Téhéran.

Et voici qu'un camion transporte ce bombardier à travers la ville en remorque... - Bien réelle, en revanche, cette vidéo de propagande datant d'il y a un an et montrant la puissance militaire des mollahs.

Un arsenal caché sous terre, dans les montagnes du pays. Des drones et des missiles balistiques par milliers. Après une semaine de guerre, le régime iranien a-t-il encore des réserves ou est-il proche de l'épuisement?

Ces bunkers secrets sont dans le viseur des Etats-Unis. - A.Casse: Question. - H.Mostafavi: Pourquoi lui demander son avis?

Le régime de la République islamique est opposé aux Etats-Unis depuis 47 ans. Ce n'est pas aujourd'hui qu'ils vont demander l'avis de D.Trump.

Si ça reste comme ça, ils ne vont pas lui demander son avis. Leur idée, c'est de rassurer la population. On le voit avec les images de propagande.

Les sites qui racontent que tout va bien...

Si on lit la presse iranienne, ça va, on est en train de gagner la guerre. C'est les Israéliens qui souffrent le plus de la guerre, mais pour les Iraniens, tout va bien...

C'est le message principal. Après, ils ne mentent pas sur le fait qu'il y a la guerre. Ils blâment beaucoup les Américains et les Israéliens pour les victimes civiles.

Ils parlent des hôpitaux touchés, de l'école dans le sud du pays qui a été touchée. C'est des choses mises en avant. Sont mis en avant les succès militaires iraniens, le fait qu'il n'y a pas de problème, qu'il y a assez de munitions.

Ils cherchent à dire à leurs alliés, aux pays voisins que ce n'est pas eux qu'ils visent, qu'ils essaient de créer une sorte d'atmosphère pour rétablir les relations après une hypothétique fin de guerre pour dire: "On vise les bases américaines, mais on ne veut pas vous agresser." - A.Casse: "Il se trouve qu'elles sont chez vous..." Comment ils parlent de la suite, le fait qu'il faut trouver un successeur au Guide suprême?

Les funérailles prévues ce mercredi n'ont pas eu lieu en raison du risque pour la sécurité du régime. - H.Mostafavi: Je pense que ça paraît évident qu'ils savent que les Israéliens et les Américains peuvent frapper n'importe où, n'importe quand.

La vision pas mal promue, c'est le fils du Guide suprême, M.Khamenei, mais qui ne fait pas l'unanimité. Ce n'est pas un religieux si reconnu que ça.

C'est un régime qui repose sur une idéologie forte. La figure principale, celle du Guide suprême, il faut une forme de fond idéologique important. C'est ce qu'a fait pendant quasiment 37 ans A.Khamenei, une figure qui englobait l'idéologie du régime et le pouvoir politique, militaire, puisqu'il était proche des Gardiens de la révolution.

Aujourd'hui, il n'y a pas d'autres personnalités en Iran qui a cette assise religieuse, cette légitimité et des liens interpersonnels avec les autres religieux suffisamment développés pour revendiquer ça. L'autre critique, c'est qu'ils ont aboli l'empire, des millénaires de dynastie...

Là, ce serait un retour à une dynastie. Ce n'est pas dans l'ADN de la République islamique. - A.Casse: Vous voulez parler d'un autre personnage qui prend la parole après la mort du Guide suprême.

Qu'est-ce qui vous marque dans son discours? - L.Menget: Le fait qu'il était extrêmement calme.

Dans cette journée sidérante, on voit le président arriver à la télévision, livide, blanc, visiblement secoué, effrayé. Quelques heures plus tard, A.Larijani, l'un des hommes forts du régime, apparaît calme, avec un ton rassurant.

Il dit que les choses vont se dérouler normalement. C'est un homme très connu des Occidentaux. C'est l'un des hommes qui négocient.

Les Américains, les Européens, les Omanais...

Tout le monde le connaît. Sa fille étudie aux Etats-Unis. Il a des intérêts aux Etats-Unis.

Le fils Khamenei...

A.Khamenei est devenu ayatollah alors qu'il n'avait pas de grandes compétences religieuses. A.Larijani vient d'une famille extrêmement religieuse et vénérée en Iran.

C'est un peu des guerres de clans, des guerres familiales qui sont en jeu entre la famille Khamenei et la famille Larijani. A.Larijani peut être un des hommes...

Je ne sais pas du tout quel rôle il a. Je suppute. Il peut être un homme de discussion et de transition. "Vous ne voulez pas du fils Khamenei?

J'ai un frère et je vais parler avec vous." Ca pourrait fonctionner pour des Américains qui le connaissent. Ils ne connaissent pas le fils de Khamenei.

Ils savent que c'est quelqu'un qui a fait de la prédation financière pendant des années, qui est à la tête d'une fortune. A.Larijani, c'est plus malin. - A.Casse: Vous dites qu'il est prêt à prendre le pouvoir? - L.Menget: Je l'ai trouvé très calme, comme s'il avait anticipé ce coup. - H.Mostafavi: C'est lui qui prend les décisions importantes.

Il y a un triumvirat qui dirige le pays, composé du président de la République, d'un religieux assez connu, légitime aussi pour être le prochain Guide suprême, et le chef de la justice. Toutes les décisions effectives importantes sont prises par A.Larijani. - A.Casse: L'Iran est en guerre contre les Etats-Unis et Israël, sans avoir un chef de l'Etat... - B.Tertrais: Ce qui est intéressant aussi, c'est que le régime iranien a communiqué sur le fait que le commandement était décentralisé.

Ca leur permet de dire: "On ne donne plus d'ordres, maintenant." En langage technique, ça s'appelle la dévolution. Ceux qui peuvent prendre les décisions, c'est le commandement.

Ca peut faire peur aux adversaires. Ca veut dire qu'on ne peut même plus négocier avec eux. C'est aussi un déni de responsabilité. "C'est pas nous, c'est le commandement." Un point à propos du fils de Khamenei...

Il faut se méfier des fils de dictateur. Certains ont dit qu'il était pragmatique...

A chaque fois, c'est pareil. On dit qu'il est plus jeune...

C'est pareil en Syrie, en Corée du Nord. L'Iran est en train de se transformer en Corée du Nord, ou en monarchie islamique, si on veut. On se dit qu'il est plus jeune, qu'il doit être plus pragmatique...

Il n'y a aucune raison que ce soit le cas. J'ai une hypothèse. Si c'est lui qui est nommé, c'est un choix par défaut et le vrai pouvoir ne serait pas forcément entre ses mains. - H.Mostafavi: Si c'est lui qui est choisi, ça veut dire que c'est le choix des Gardiens de la révolution.

C'est presque un coup d'Etat militaire, une prise de pouvoir des Gardiens de la révolution, qui mettent une figure pour garder le prétexte religieux, mais sans pouvoir effectif. - A.Casse: On se demande si le régime est en train de craquer.

Des Israéliens disent que des policiers, des membres des Gardiens de la révolution ne se présenteraient plus à leur poste. Il y a d'autres échos dans la presse américaine. A quoi ça ressemble, la chute d'un régime, vous qui avez vécu la campagne libyenne? - Al B.Rogel: D'abord, ça peut survenir de manière très abrupte.

Je parlais du phénomène de fissuration du mur. A un moment, les fissures sont telles que le mur peut s'écrouler sans qu'on s'y attende. Sur la campagne libyenne, on a vécu cette impatience.

Au départ, beaucoup pensaient que ça allait se régler en quelques semaines. Ca a mis 6 mois. Les gens dans ces régimes...

C'est encore plus profond en Iran, c'est leur survie qu'ils jouent, leur survie personnelle, la survie de leur famille. Ils n'ont aucune envie de partir. Pour rebondir sur ce qui a été dit tout à l'heure...

C'est la tête du régime qui a été décapitée, pas le régime. Je vais peut-être employer un exemple qui va vous faire bondir. C'est un peu comme un artichaut.

Vous avez beau tirer les feuilles, il faut en tirer un certain nombre pour arriver au coeur du système. - A.Casse: Je ne m'attendais pas à cette métaphore, mais oui... - Al B.Rogel: Je suis breton.

L'artichaut est un symbole. Dans un régime comme ça qui, depuis 47 ans, en plus avec une culture du martyre importante en Iran...

Ils ont mis en place des remplaçants. Il y a une chaîne de dévolution qui a été mise en place. - A.Casse: Un plan B, un plan C... - L.Menget: Quand les Américains font l'erreur en 2003 de dissoudre le parti irakien qui tenait toute la structure de l'Etat, ça a donné naissance au chaos irakien qu'on connaît maintenant.

Le système du parti Baas et des Gardiens de la révolution...

Ils concentrent l'intégralité des pouvoirs. Quand tous les édifices s'écroulent d'un coup, on prend le risque de laisser partir dans la nature des dizaines de milliers d'hommes avec des informations, du renseignement et des armes. - A.Casse: 700 000 habitants ont été appelés à évacuer le sud du Liban.

On va voir comment les Israéliens vivent cette guerre dans un kibboutz à la frontière avec le Liban. - A seulement 5 km de la frontière avec le Liban, dans le nord d'Israël, le kibboutz de Kfar Blum, en première ligne du conflit avec le voisin libanais. - Juste derrière cette montagne, c'est le Liban.

Tout ce que vous voyez derrière, c'est le Liban et le Hezbollah peut nous voir ici. - Cette femme a perdu son mari il y a 27 ans. Il était un commandant très connu des forces spéciales israéliennes, mort dans une intervention contre le Hezbollah. - Le 23 février 1999, il est rentré au Liban pour une opération.

Mais ils sont tombés dans une embuscade. Les terroristes ont ouvert le feu et il a été tué. 27 ans ont passé, mais c'est comme si c'était hier, et tous les événements actuels au Liban nous replongent dans ce souvenir. - Vivre à proximité de la guerre... - Nous allons nous réfugier dans l'abri. - Les enfants du kibboutz aussi s'y sont habitués.

Pas d'école en présentiel pour eux depuis dimanche dernier et jusqu'à nouvel ordre, ils restent confinés dans ces bunkers souterrains. - Nous voulons juste la paix. - Mais c'est nous qui avons déclenché cette guerre? - Et l'Amérique, alors? - Pourquoi nous avons commencé?

Parce que l'Iran veut nous éliminer. - Il ne faut pas sortir quand ça sonne pour ne pas nous infliger plus de traumatismes. - Ca m'inquiète un peu.

Il y a tellement d'alarmes...

Maintenant, le Hezbollah veut aussi entrer en guerre. Je suis un peu stressée par la situation entre l'Iran et le Hezbollah. On ne peut pas parler avec eux. - On essaye de leur apporter le meilleur soutien possible.

Quand ils sont avec leurs amis, ils voient des visages familiers. C'est notre force, celle d'une communauté qui parvient à organiser un tel lieu comme il n'y en a pas ailleurs. Cet endroit est important pour eux.

C'est comme de l'air qu'ils respirent. - Depuis hier, dans le kibboutz, certains petits rassemblements sont de nouveau autorisés. - Tu as pu dormir un peu cette nuit? - La roquette n'est pas passée loin.

C'était bruyant, cette nuit, mais tout est redevenu le plus normal possible. - Ce café a de quoi ouvrir, mais pas de quoi dissiper la lassitude ambiante. - On en a marre.

On veut du calme. J'espère que c'est la dernière, celle-là. - On espère qu'on aura la paix dans toute la région.

Mais pour eux, au Liban. Eux aussi en ont marre. Ils n'ont pas demandé ça.

Ils ne veulent pas ça. - Raya soutient le gouvernement israélien dans ses attaques contre l'Iran tout en appelant au départ du Premier ministre B.Nétanyahou. - C'est une guerre inévitable.

Il n'y a pas d'autre choix. L'Iran veut fabriquer une bombe nucléaire. Nétanyahou est un homme très intelligent, et dans cette guerre, il agit correctement, mais il doit partir.

Il doit démissionner à cause des événements du 7-Octobre. Sous son mandat, le pire est arrivé au peuple juif après l'holocauste, et il ne doit pas rester. Il faut que quelqu'un assume la responsabilité de cet événement. - Peu après le départ de notre équipe du kibboutz, une vague de roquettes et de drones s'est abattue sur la zone.

Les enfants et les parents se sont tous retrouvés dans le bunker en attendant l'accalmie. - A.Casse: Qu'est-ce qui vous a marqué dans ce reportage? - B.Tertrais: On est au nord d'Israël, dans un endroit qui s'appelle le Doigt de Galilée.

C'est une région où on a des gens plutôt nationalistes. A la frontière libanaise, on voit les villages du Hezbollah et sans doute des armes proches...

En même temps, on voit que cette femme a un discours qui consiste à dire: "Nous soutenons la guerre, l'Iran est une menace existentielle..." Ca fait 20 ans que j'entends dire en Israël que l'Iran est une menace existentielle.

Le débat, c'est de voir ce qu'on fait pour cette menace existentielle. En même temps, elle dit qu'il faut que Nétanyahou s'en aille. Quoi qu'il se passe dans les semaines qui viennent, on assiste probablement à la fin de la séquence Nétanyahou.

Il y a encore les élections...

On commence à s'approcher de la fin. Pardon pour cette digression...

C'est l'état d'esprit de la personne qui était interviewée. Elle a perdu quelqu'un d'extrêmement proche. - A.Casse: Elle dit qu'il faut que ce soit la fin de Nétanyahou au pouvoir. "Il faut que quelqu'un assume la responsabilité du 7-Octobre." - L.Menget: Il n'y a pas que ça dans les responsabilités de B.Nétanyahou.

Beaucoup de gens en Israël sont très critiques envers Nétanyahou. Dès qu'il y a des soldats engagés, il y a une forme d'unité nationale et des critiques globalement entre politiques s'éteignent. Nétanyahou cristallise tout ce qu'une certaine partie de la société israélienne de droite et d'extrême droite, qui a une vision messianique du Moyen-Orient...

Nétanyahou est passé très à droite, avec une vision messianique d'Israël. A l'inverse, il cristallise contre lui tous ceux qui sont attachés à un Etat d'Israël laïque, démocratique, républicain, qui n'utilise pas des symboles religieux pour faire la guerre. C'est tout ce qui va se jouer aussi au Liban.

Il y a la volonté d'éradiquer une dernière fois le Hezbollah. C'est comme si les Israéliens avaient "profité de la situation" d'une certaine manière. Le Hezbollah savait très bien à quoi s'attendre quand ils ont tiré des roquettes sur Israël.

Ils mettent la population libanaise en très grand danger. C'est à eux que revient la responsabilité de ce qui se passe, mais l'ampleur de la réplique israélienne sur le Hezbollah depuis 48 heures... - A.Casse: Quel est le plan? - L.Menget: Ca fait 30 ans que les Israéliens disent: "Une bonne fois pour toutes, on va y aller." Ils envisagent de faire monter des troupes vers le nord, à l'assaut, au Liban.

Des dizaines de milliers de réservistes sont mobilisés en Israël à ces desseins. Après, il peut y avoir beaucoup de morts. Le Hezbollah n'est pas complètement désarmé.

Une fois qu'il y aura des morts israéliens au Liban, c'est autre chose que les avions à Téhéran. - A.Casse: Question. - B.Tertrais: Je regardais l'amiral...

Lors de la 1re intervention télévisée d'E.Macron, il a fait implicitement référence à cette possible menace. Je ne dis pas qu'il y a une véritable menace, mais les services français sont mobilisés pour surveiller les éléments favorables à l'Iran.

Il y a des réseaux iraniens ou pro-iraniens extrêmement structurés en France. Il y a une influence iranienne qui existe. Il y a eu des tentatives d'attentats sur notre sol, pas forcément du type de ceux qu'on a vécus dans les années 1980, qui visaient les opposants au régime...

La vigilance s'impose, mais je n'ai pas connaissance d'une menace particulière aujourd'hui. Nous ne sommes pas dans la période des années 2015 avec Daech et Al Qaïda. - Al B.Rogel: Le mode d'action terroriste est asymétrique.

Il n'y a pas si longtemps, nos amis belges ont intercepté un diplomate iranien qui projetait de faire un attentat en France, à Villepinte, contre un rassemblement de l'opposition iranienne. Mais c'est pris en compte. Quand je vois la multiplication des déclarations du ministre de l'Intérieur L.Nunez, c'est rassurant.

Ca veut dire qu'on a pris en compte...

On a monté en force le niveau de Sentinelle. On examine les points qui pourraient être les points d'application d'une menace terroriste. C'est vrai en France comme partout dans le monde. - A.Casse: A quel point on peut être une cible pour les Iraniens?

Jusqu'où peuvent-ils viser? La portée de leurs missiles... - Al B.Rogel: Les missiles balistiques, non.

On est en dehors de leur portée, à moins qu'ils nous sortent une arme secrète, mais je n'y crois pas. Ils peuvent atteindre jusqu'à la Grèce, de mémoire. Mais ils ont des modes d'action asymétriques.

On parlait des vedettes dans le détroit d'Ormuz. On appelait ça la nuée de moustiques. Il y a à peu près un millier d'embarcations, dont des embarcations suicides, qui ont fait leurs preuves chez les Houthis.

Une fois qu'ils auront épuisé leurs missiles, il leur restera des drones et tout l'asymétrique, les embarcations dont on vient de parler, et la menace terroriste, qui fait malheureusement partie de la panoplie. - A.Casse: Vous dites que cette menace sera peut-être accrue plus tard. - Al B.Rogel: Quand on est dans ce genre de situation internationale, on prend des mesures de précaution.

La France a une organisation extrêmement fiable et forte pour prendre en compte ces menaces. Ca ne veut pas dire qu'on ne sera pas touchés. C'est toujours la lutte de l'épée et de la cuirasse.

Mais on est prêts. On a des services de renseignement performants. - A.Casse: On passe à vos questions.

Question. - L.Menget: Dans l'immédiat, ça me paraît peu probable.

Il va falloir du temps pour la reddition de l'Iran, du régime iranien. - H.Mostafavi: Avec une difficulté supplémentaire.

Il n'y a personne pour vraiment acter la reddition. Qui peut décider aujourd'hui que l'Iran se rend? C'est compliqué et très irréaliste. - A.Casse: Question. - Al B.Rogel: La Finul, c'est une force de maintien de la paix déployée au Liban.

Aujourd'hui, elle est toujours en poste, mais elle ne rentrera probablement pas dans la défense des civils libanais. La défense des civils libanais, c'est d'abord l'armée libanaise. Il y a eu un certain nombre d'appels du chef de l'armée libanaise et du président de la République, l'ancien chef d'état-major des armées...

C'est tout l'objet du soutien de la France aujourd'hui, avec l'annonce de l'envoi de blindés, de moyens conséquents. C'est pour aider l'armée libanaise à faire le job. En face, le Hezbollah, c'est une organisation militaire solide.

Ils ont des points de repli dans la vallée de la Bekaa. Par rapport aux derniers événements entre Israël et le Liban, il y a près de 7000 combattants du Hezbollah qui se sont aguerris aux côtés de B.Al-Assad en Syrie.

C'est une force militaire qu'il ne faut pas négliger. Ca va être une vraie bataille. - A.Casse: Question. - B.Tertrais: Pour l'instant, ils n'ont pas formellement fait appel à nous.

Si un pays arabe, que ce soit un pays du Golfe ou ailleurs avec lequel on a un accord de défense, fait appel à nous, ça peut être pour des raisons ponctuelles, de quantité ou de qualité de tel ou tel matériel. Ca peut aussi être pour des raisons politiques, pour que cet Etat montre que la France est avec lui. - A.Casse: Merci.

Merci d'avoir été avec nous. Tout de suite, "C à vous". - M.Bouhafsi: Bonsoir. 300 000 personnes ont été déplacées au Liban.

Le sud du pays est ravagé par des bombardements massifs israéliens. Les bombardements continuent sur Téhéran. D.Trump veut la capitulation du régime iranien.

Quel rôle doit jouer la France? L'ancien ministre des Affaires étrangères et Premier ministre A.Juppé est notre invité.

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