Rentrée politique : les dossiers s’empilent sur les bureaux de l’Élysée
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Cette rentrée pour Emmanuel Macron s'annonce-t-elle particulièrement difficile ?
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Pourquoi cette rentrée est-elle si compliquée ?
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Emmanuel Macron peut-il réussir à recentrer sa ligne politique ?
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Les tensions sociales ont-elles été désamorcées pendant l'été ?
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Quel est le principal chantier à venir : la loi immigration ?
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Un recours au 49.3 est-il possible pour la loi immigration ?
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« Emmanuel Macron réunit son gouvernement aujourd'hui à l'Elysée pour le tout premier conseil des ministres depuis la pause estivale. »
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« Cinq mois après la réforme des retraites et deux mois après les émeutes en France. »
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« On va directement vers une hausse des impôts, d'une manière ou d'une autre. »
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« On a eu une démonstration éclatante du réchauffement climatique et de la transformation du climat. »
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« Là, c'est une affaire qui risque de coûter très cher. »
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La matinale RCF, le grand invité.
Fin des vacances pour la classe politique. Les parlementaires font leur rentrée avec les universités d'été. Et puis l'exécutif aussi se remet au travail. Emmanuel Macron réunit son gouvernement aujourd'hui à l'Elysée pour le tout premier conseil des ministres depuis la pause estivale. Et à peine cinq mois après la réforme des retraites et deux mois après les émeutes en France, ce sont de nouveaux dossiers chauds qui s'empilent sur le bureau des différents ministres. Bonjour Luc Rouban.
Bonjour.
Vous êtes politologue directeur de recherche au CNRS à Sciences Po Paris. On va décliner évidemment tous ces chantiers qui attendent l'exécutif ces quatre, cinq, six prochains mois. Mais avant peut-être Luc Rouban, peut-on déjà dire que cette rentrée pour Emmanuel Macron et les siens s'annonce particulièrement difficile cette année ? On pense évidemment avec les compromis des oppositions à trouver, des projets de loi et même déjà on l'a vu la course à la succession. Une rentrée particulièrement compliquée cette année ?
Ah oui, tout à fait. Parce que dans le fond, on sort d'une série quand même de conflits extrêmement violents. On a un paysage politique très divisé, très tumultueux. Et c'est vrai qu'Emmanuel Macron a annoncé un projet de renouvellement politique autour de l'arc républicain, donc en écartant les filles d'un côté à gauche et le rassemblement national de l'autre à droite, ce qui est quand même un petit peu problématique parce qu'évidemment, il essaye de recentrer son projet, de créer une forme d'alliance, je dirais peut-être avec les républicains, une partie du parti socialiste.
Donc d'un côté, continuer à faire éclater la gauche et puis de l'autre côté, continuer à quand même à séparer les républicains du RN. Mais enfin, le problème, c'est que les défis du RN, c'est quand même pratiquement la moitié de l'électorat de France. Donc c'est un projet qui risque quand même très, très difficile à mettre en œuvre. Il y a déjà ça. Et puis ensuite, vous avez tous les dossiers extrêmement lourds à traiter, comme celui de l'immigration, qui pose évidemment des questions politiques très importantes, et notamment d'alliance ou pas avec les républicains, et de positionnement vis-à-vis du rassemblement national.
Et puis aussi d'autres sujets, comme notamment la question budgétaire, la question des déficits et la question fiscale, parce qu'on va directement vers une hausse des impôts, d'une manière ou d'une autre. Et là, ça va être aussi très difficile à porter dans sa relation, notamment avec les républicains, qui eux, restent quand même attachés à un projet libéral de réduction des dépenses et des impôts.
Oui, on va décliner tout ça. Mais d'abord, peut-être, c'est vrai qu'il annonçait une initiative politique d'ampleur. Vous en avez un tout petit peu parlé, avec du coup, en excluant effectivement le RN et les Insoumis ? C'est une question qui peut paraître très simple, mais il arrivera du coup à rejoindre finalement les deux boucles, que ce soit PS, Républicain, et recentrer sa ligne politique finalement ?
Écoutez, il essaye de trouver un second souffle au macronisme. Le problème, c'est que le macronisme de 2017 a disparu. On a un macronisme qui ressemble davantage à un centre-droite. C'est plus ni droite ni de gauche, ou au-delà de la droite et de la gauche. On est quand même sur une position plutôt de droite, avec une demande forte de l'électorat pour davantage d'autorité, une droitisation de l'opinion qu'on peut quand même largement constater dans toutes les enquêtes, au moins sur les sujets régaliens, comme, je dirais, la délinquance.
Bon, c'est vrai que l'affaire des émeutes, en juillet, le dernier, ça a été quand même un traumatisme dans nos nombreuses villes, et peut-être même dans nos petites villes dont on ne connaissait pas le potentiel de conflictualité à ce point-là. Donc, si vous voulez, il y a vraiment des sujets de société qui sont en train d'émerger puissamment. Donc, pour lui, le problème, c'est ou bien continuer son ancrage à droite, et puis essayer de se dire, bon, ben voilà, comme ça, je continue à couper l'herbe sous les pieds du RN et à attirer le LR.
Soit, ben, voilà, je me recentre à gauche, mais dans le fond, est-ce que du côté de l'électorat anciennement socialiste qui a voté pour lui en 2017 et un peu moins en 2022, est-ce qu'il y a encore des marges de manœuvre ? Ça, j'en doute beaucoup.
C'est vrai qu'on s'était quitté avant l'été dans un contexte beaucoup plus que tendu, même, j'ai envie de vous dire, avec les mouvements sociaux et les émeutes. On vient d'en parler. Cinq mois pour les retraites, deux mois pour les émeutes se sont déroulés depuis l'été, les vacances. Ça suffit pour désamorcer, entre guillemets, cette situation très tendue entre, d'un côté, les Français et de l'autre, le gouvernement Emmanuel Macron ?
Non, je ne crois pas. Je ne crois pas parce qu'en plus, si vous voulez, vous voyez bien qu'avec l'été, on a eu une démonstration éclatante du réchauffement climatique et de la transformation du climat. Donc, avec tous les enjeux économiques et sociaux qu'il y a derrière, il y a une grande question, à savoir qui va payer pour la transition écologique, qui va payer pour un projet qui a une grande ambition mais qui va coûter extrêmement cher et certainement plusieurs dizaines, voire une centaine de milliards d'euros à terme.
Donc, si vous voulez, il va y avoir un vrai problème fiscal et aussi une vraie question, à savoir une question de justice sociale, qui va payer pour cette transformation, ou du moins cette tentative de protection à l'égard du réchauffement climatique. Donc là, on a un vrai sujet. On a des sujets qui sont toujours classiques, comme ceux des services publics, avec des hôpitaux qui sont saturés et qui ne fonctionnent que très mal ou très peu. On a toujours aussi ces problèmes éternels qu'ils constituent l'école et l'offre de services au sein des écoles en France. Donc, si vous voulez, vous avez des problèmes de fond qui ne sont toujours pas réglés.
Et ça, ce sont des problèmes extrêmement difficiles, parce que ce sont des problèmes qui touchent une très grande majorité de Français.
8h17, nous sommes avec notre grand invité Luc Rouban, directeur de recherche au CNRS à Sciences Po Paris. On va justement faire ce tour d'horizon des chantiers à venir. Vous en avez un petit peu parlé, mais d'abord, peut-être le plus important, celui dont on parle le plus, c'est la fameuse loi immigration. Main de foi repoussée, faute de majorité solide. On parle désormais de l'automne. L'enjeu pour le gouvernement, c'est désormais de trouver justement cette majorité solide, un consensus avec la droite, les Républicains, qui, eux, de leur côté, évidemment, souhaitent durcir le texte.
Oui, c'est-à-dire que l'enjeu, c'est de se positionner vis-à-vis du Rassemblement national, qui s'est quand même positionné, lui, de son côté, au centre de gravité des droites, en tous les cas sur ces sujets-là, et qui a quand même pris, je dirais, qui a changé de style, qui a fait l'effort d'essayer de se montrer beaucoup plus, je dirais, beaucoup plus calme que, notamment à gauche, à LFI, qui a joué le jeu de la notabilisation, le jeu des institutions, et qui propose depuis longtemps, évidemment, comme on le sait très bien, une série de mesures très restrictives en matière d'immigration.
Mais, donc, le problème est de savoir, est-ce qu'Emmanuel Macron et le gouvernement pourront vraiment se détacher de cette espèce d'attraction droitière qui exerce le RN ou pas ? Là, il va falloir montrer, je dirais, donner des dégages, effectivement, comme vous disiez très bien, aux Républicains, et donc, on ira plutôt vers des mesures plus restrictives et plus répressives en matière d'immigration illégale et clandestine.
Donc, si vous voulez, le problème, il est là, c'est-à-dire qu'il faut quand même qu'il écoute l'opinion, mais de l'autre côté, il ne veut croire sans doute pas non plus trop s'éloigner, je dirais, pas de ses fondamentaux de gauche, mais enfin d'un certain centrisme tolérant. Et là, il y a une vraie contradiction, parce que quand même, au sein du macronisme et au sein de l'électorat macroniste en général, vous avez un assez grand libéralisme culturel, plutôt des électeurs relativement diplômés ou ouverts sur le plan culturel, donc qui ne vont peut-être pas trop apprécier ces droitisations.
C'est possible, selon vous, un recours au 49.3 pour cette loi immigration ? On n'a pas de boule de cristal, mais c'est en tout cas suggéré par Emmanuel Macron fin juillet.
Oui, c'est que tout est possible, mais je pense qu'ils vont plutôt le garder de manière assez libre pour le faire passer le budget, parce qu'on sait qu'en matière financière, on peut utiliser le 49.3 de manière répétitive, parce que le problème, ça va être le budget aussi, quand même à rentrer là, au mois d'octobre, à la mi-octobre, donc je pense qu'il y aura quand même peut-être du 49.3 dans l'air en matière budgétaire.
Alors en rajouter un autre qui, alors lui, serait, je dirais, un one-shot sur l'immigration, ça serait très dangereux, parce qu'on ne sait jamais quelle serait la réaction des députés LAR qui pourraient très bien considérer que finalement, après tout, pourquoi ils continueraient à soutenir finalement une forme de gouvernement un peu boiteux, qui ne sait pas trop où il va, et qui ne sait pas trop s'il est de droite, de gauche, etc. Et là, on voit réapparaître quand même dans le débat public le clivage gauche-droite de manière assez éclairante et assez éclatante.
Parmi les enjeux de la suite de son mandat, du mandat d'Emmanuel Macron, c'est d'aller effectivement au bout de ses projets sociétaux. Je pense évidemment à celui de la fin de vie. Il ira au bout coûte que coûte, selon vous ?
Difficile à dire. Vous savez, là, c'est un sujet extrêmement complexe et délicat, parce que ça recouvre toutes sortes de situations individuelles, familiales, et cela, évidemment, soulève des questions religieuses, des questions morales, des questions de convictions personnelles. C'est très délicat. On connaît les risques de ce... Alors, on a une demande, on a une attente d'amélioration des normes pour ouvrir davantage des fins de vie, enfin, des possibilités de fins de vie volontaires, de suicides assistés, etc.
Mais ça reste très controversé, et je pense à juste titre, parce qu'après, on peut certainement avoir aussi, dans certains cas, des abus et des façons de pousser un certain nombre de personnes âgées ou pas âgées, d'ailleurs, vers la sortie, parce que, dans le fond, ça pourrait aussi faciliter la vie à beaucoup de gens. Donc, si vous voulez, voilà, il y a un vrai débat. Donc, je ne sais pas. Là, c'est très complexe. Et là, ça ne va pas s'inscrire dans un clivage gauche-droite. Ça va vraiment être une question de positionnement général par rapport, je dirais, au libéralisme culturel, à la tolérance. Là, vraiment, je n'aurai pas de réponse sur ce point. Il faudra voir les débats.
Il faudra voir aussi le rôle des experts qui va emporter un peu le... Je dirais... Qui réussira à marquer des points dans le débat, auprès de l'opinion.
Dernier élément parmi les défis de la suite du mandat Macron, ce sont évidemment les différents événements sportifs d'ampleur en France ces prochains mois. Je pense évidemment à la Coupe du Monde de rugby qui débute dans un peu plus de deux semaines, les Jeux de Paris 2024, que ce soit les Jeux olympiques ou paralympiques. Ça va compter aussi, à la fin, dans le bilan du mandat Macron, le bon déroulement de tous ces événements, très rapidement ?
Disons que ce qui risque de compter, c'est le mauvais déroulement. C'est ça, le problème. C'est-à-dire que là, c'est une affaire qui risque de coûter très cher. On prend beaucoup de risques, parce qu'il ne faudrait surtout pas qu'on ait à nouveau des émeutes ou des problèmes de sécurité importants qui donneraient à voir au monde entier que la France n'est pas capable d'assurer l'ordre public. Donc il y a beaucoup de risques. Je pense que ce n'est pas franchement une période idéale pour lancer ce genre de grand projet. La situation en France est instable. On a un vrai problème maintenant aujourd'hui d'ordre public, de sécurité, de violence. Donc je ne sais pas.
Je pense qu'il y a plus de risques que de bénéfices politiques. Je dis bien politiques à attendre de cette opération, même si évidemment, sur le plan économique, ça peut être considéré comme très favorable et positif pour les commerçants, pour les hôteliers, pour l'ensemble de l'économie française.
Merci beaucoup Luc Rouban d'avoir été notre grand invité de la matinale pour parler de la rentrée politique du gouvernement. Aujourd'hui, le Conseil des ministres à l'Elysée. Luc Rouban, je rappelle que vous êtes directeur de recherche au CNRS à Sciences Po Paris. Merci et bonne rentrée à vous aussi.
Merci. Au revoir. Sous-titrage Société Radio-Canada