Trump II : Macron fait la gueule, Le Pen s'y voit déjà | Nils Wilcke
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Salut à toutes et à tous, vous regardez les Indiscrets de Niels Vilqueux, une plongée dans les coulisses de la politique française telle qu'on la raconte peu, c'est-à-dire sans phare ni élément de langage. Et c'est sur le média, sur le canal 165 de la Freebox, sur Molotov, sur Youtube et sur notre site internet. Au sommaire, et merde, le revoilà, c'est ainsi qu'on peut résumer l'état d'esprit d'Emmanuel Macron suite à l'élection de Donald Trump aux Etats-Unis.
Ce retour triomphal qui ne fait pas les affaires du président français, échaudé par le style brutal et les moqueries, voire les humiliations du grand frère américain maltraitant qui ont fait de son premier quinquennat un long chemin de croix en matière de politique étrangère. Quelle stratégie diplomatique peut-il mettre en œuvre pour cesser d'être une victime dans une relation interpersonnelle et diplomatique qui tient avant tout du rapport de force pour l'ancien et futur locataire de la Maison-Blanche ? Nils a enquêté. Autre conséquence, et pas des moindres, de la réélection de Donald Trump en France, l'extrême droite est au taquet.
En particulier le RN qui voit dans cette victoire une confirmation de ses idées et s'y voit déjà, en haut de l'affiche, au point de menacer le gouvernement Barnier. On y répondra. Nous irons également du côté des écologistes. Les Verts ont réussi à sauver les meubles après leur campagne catastrophique aux Européennes. Et malgré les efforts de leur patronne charismatique, Marine Tondelier, le parti a du mal à peser à gauche. Quelles sont les forces à l'œuvre dans ce constat ? Nils nous dévoilera les coulisses du bras de fer qui se joue au sein de ce parti. Alors comment Emmanuel Macron a-t-il vécu la nuit américaine qui a débouché sur l'élection de Donald Trump ?
Avec beaucoup de surprises, un peu comme beaucoup d'observateurs et les citoyens en général. Et on peut dire que la victoire surprise de Trump, et surtout cette victoire massive, ça a été quand même une gueule de bois carabinée à l'Élysée au petit matin. Alors le président s'était bien gardé, évidemment, de soutenir ouvertement Kamala Harris pendant sa campagne. Mais il avait quand même laissé fuiter via son entourage qu'il considérait la candidate démocrate plus stable. Voilà, selon mes informations. Alors ce qui ne veut pas dire grand-chose parce que tout le monde est à peu près plus stable que Donald Trump.
Mais la victoire effectivement de l'ex-président américain et son retour fait craindre le pire au président.
Il a tout de même été l'un des premiers dirigeants du monde à féliciter Donald Trump, Emmanuel Macron.
Et oui, il est passé à l'offensive dès 8h54 mercredi alors que les résultats de l'élection américaine n'étaient pas encore officiels. À l'image par exemple de Victor Orban ou de notre grand ami Erdogan. Voilà, donc bon, il n'a pas hésité à sortir la brosse à reluire. Prêt à travailler ensemble comme nous avons su le faire durant 4 années, assure le chef de l'État sur le réseau X. Tout en affichant sa volonté, en tout cas apparente, de ne pas se laisser bouffer par Trump. Travailler ensemble peut-être, mais avec vos convictions et avec les miennes, avec respect et ambition, prévient Macron.
Alors, respect et ambition, ce n'est pas vraiment le parfait résumé des relations entre Trump et Macron pendant le premier mandat du président américain. Et d'ailleurs, Macron a résumé les relations qui avaient été celles de l'Europe et des États-Unis ce jeudi depuis Budapest, où il se rendait à une réunion européenne. On le sent quand même un peu fébrile face à la victoire de Trump. Écoutez, regardez. Voilà, donc le président voit les Américains et les autres puissances du monde comme des carnivores et les Européens comme des herbivores. Et ça va bien, effectivement, avec la personnalité de Trump que Macron a eu le temps de cultiver en 4 ans de pouvoir.
Trump, il ne connaît que le rapport de force, c'est un commercial agressif, un requin financier avec lequel tout fonctionne sur le principe du deal, autrement dit le business. C'est ce que m'explique un ancien conseiller présidentiel.
Mais alors, Trump, vu comme ça, il n'est pas si différent d'Emmanuel Macron lui-même, non ? Le banquier d'affaires.
C'est vrai, on en a parlé dans d'autres émissions, qu'effectivement, Macron voit lui aussi la politique étrangère comme un business qu'il cultive allègrement. Sauf qu'en 4 ans, le contexte a changé. Il y a 4 ans, Macron était encore un jeune dirigeant, plein d'avenir, flamboyant, en tout cas à l'international, parce que au niveau national, c'était déjà beaucoup plus compliqué. Et Trump, lui, était un dirigeant brouillon, considéré comme très vulgaire, inexpérimenté. Là, le contexte a changé. Comme je le disais, Trump est désormais en position de force avec ce retour en fanfare.
Il est auréolé d'un immense capital politique, avec notamment ce congrès américain qu'il a désormais derrière lui avec la majorité républicaine. Et pour Macron, on en a largement parlé dans le média, c'est quand même plutôt la loose ces derniers temps. Après 7 ans au pouvoir, il est un petit peu essoré dans des conditions difficiles. En plus, les gilets jaunes, la crise du Covid, la réforme des retraites, etc. Et puis surtout, cette fameuse dissolution ratée de l'Assemblée cet été, dont on a beaucoup parlé aux médias. Et puis, le président français, il a de la mémoire, Théo.
Il se rappelle que le premier mandat de Trump a constitué surtout une longue liste de petites humiliations et de grandes désillusions. Et d'ailleurs, pendant cette dernière campagne, Trump a fait de Macron son souffre-douleur. En janvier, par exemple, il l'a imité avec son accent français pour le singer, un interlocuteur s'écrasant très vite face à ses menaces de droit de douane, soulignant au passage que c'était un type très sympa quand même, sur un petit ton condescendant. On regarde.
Ça ne doit pas faire plaisir à notre président qui, lui-même, a quelques tendances masculinistes.
Oui, c'est vrai que ça l'a hérissé.
Comme tu dis, il est très fier de son statut, de ce réprérogatif. Et effectivement, il a ce côté un petit peu « boys club » dont la presse et les médias ont déjà parlé, dont déjà évoqué notamment Le Monde. Et c'est vrai qu'avec Trump, Macron avait d'abord tenté la séduction entre mecs, entre guiviers, en conviant Trump notamment au défilé du 14 juillet à Paris en 2017. C'était une séquence un peu hallucinante. On voyait le président américain s'accrocher à la main de son homologue français comme s'il tentait de la broyer. C'est un peu le résumé de la méthode Trump par excellence. Regardez les images. Et c'est vrai que cette séquence, elle avait fait le tour du monde à l'époque.
Et avant ça, il y avait une autre séquence du même ordre lors d'un sommet du G7. À Bruxelles, c'était en mai 2017. Là encore, poignée de main virile de la part des deux dirigeants. C'est à celui qui lâche la main de l'autre, qui perd. Et bon, alors à l'époque, Macron avait tenté de retourner la situation à son avantage. Il avait expliqué que c'était un moment de vérité. Voilà, pour lui, cette poignée de main avec Trump, ce n'est pas innocent. Ce n'est pas l'alpha et l'oméga d'une politique, mais un moment de vérité. C'est ce qu'il déclarait à l'époque au JDD, avant que le journal ne soit racheté par Bolloré. C'était une autre époque.
Il faut montrer qu'on ne fera pas de petites concessions, même symboliques, mais ne rien surmédiatiser non plus. Il ne faut rien laisser passer, ajoutait-il. Bref, les deux hommes roulaient des mécaniques. Mais c'était quand même Trump qui dictait sa loi. Et puis, on se souvient aussi que Macron avait mis les petits plats dans les grands, avec la visite d'État du président américain en France à l'époque, avec ce fameux dîner à la Tour Eiffel avec Brigitte et Mélania. Souvenez-vous, et le président américain avait même eu droit à un détour par le tombeau de Napoléon et une place d'honneur pour assister au défilé du 14 juillet.
Et pour la petite histoire, la parade militaire avait tellement plu à Trump qu'il a tenté sans succès de décliner le concept aux États-Unis. C'était trop coûteux, c'était trop grandiloquent, même pour Trump.
Donc, le congrès américain avait refusé à l'époque. Oui, et Emmanuel Macron a aussi essayé des coups, comme on dit, avec Donald Trump.
Oui, alors, sans conteste, son plus gros coup, entre guillemets, c'est cette tentative d'avoir fait venir d'ailleurs le ministre des Affaires étrangères iranien à l'époque pour débarquer par surprise au G7, au Pays Basque, au dernier moment. Sauf que, donc c'était en 2019, sauf que Trump, il avait été informé évidemment en amont de la démarche et il avait coupé les illusions de Macron et il avait un peu humilié quand même en assurant qu'il n'avait pas discuté de la venue de l'Iran au G7. Regardez la séquence.
Voilà, donc ce n'est pas un échec, comme dirait notre président, c'est juste que ça n'a pas marché.
Mais en fait, l'échec de la méthode Macron a quand même été cuisant à l'époque et Trump d'ailleurs ne se gênera pas pour l'humilier par la suite sur plein de sujets différents, publiquement d'ailleurs, sur Twitter à l'époque, ça s'appelait encore Twitter. Par exemple, quand Macron a enterré la taxe carbone pour tenter de faire reculer la révolte des Gilets jaunes, Donald Trump se fait un plaisir de le railler à ce sujet. Il retweet aussi la prose d'un de ses admirateurs, donc c'est le leader d'une organisation étudiante néo-conservatrice américaine, Turning Point USA, qui explique que les émeutes dans la France socialiste sont à cause de taxes d'extrême-gauche sur l'énergie.
Et donc, cet indice aussi fustige le silence des médias qui cachent que l'Amérique est en plein boom alors que l'Europe est en train de brûler, car selon lui, ils veulent cacher la rébellion de la classe moyenne contre le marxisme culturel. Et alors, pour faire bonne mesure, l'intéressé affirme même avoir entendu des manifestants français chanter « Nous voulons Trump à travers les rues à Paris ». Évidemment, c'était faux, faut-il le préciser.
Oh là là, Nils, tu ne comprends rien à la réalité alternative.
Bien sûr, et alors c'est vrai que Macron a encore longtemps tenté de séduire Trump, mais il s'est pris beaucoup de râteaux à l'image de cet arbre offert par le président français à son homologue américain lors de sa visite d'État aux États-Unis. C'était en avril 2018, donc c'était une très jolie pousse de chêne prélevée dans le bois bélo dans l'Aisne. Donc c'est le lieu d'une bataille emblématique des marines américains durant la Première Guerre mondiale. Alors on les voit tous les deux jouer à celui qui plantera le mieux l'arbre avec le plus de force, n'est-ce pas, à coups de pelle. Une image assez impressionnante.
Sauf que si Donald Trump avait bien planté dans les jardins de la Maison-Blanche cette pousse, la greffe a échoué puisque quelques mois plus tard, la pousse est morte, un peu comme leur bromance.
C'est touchant. Alors et le RN dans tout cela, on a l'impression qu'on les entend peu sur la réélection de Trump, enfin la nouvelle élection de Trump, alors qu'a priori, si on suit leur logiciel, ils devraient exulter. Est-ce qu'ils se forcent à garder leur dignité malgré leur grande joie ?
Oui, c'est vrai qu'en apparence, le Rassemblement national a fait le strict minimum. Par exemple, Marine Le Pen s'est contentée de tweeter. La démocratie américaine s'est clairement exprimée et les Américains se sont donnés en toute liberté le président qu'ils ont choisi. C'est ce qu'elle a écrit mercredi matin. On a effectivement vu plus d'enthousiasme de la part de la chef des députés RN. Alors pourtant, Trump, il est anti-woke, il est climato-sceptique, il lutte contre l'immigration avec d'ailleurs des moyens illégaux. Bref, les points de vue du président américain rejoignent de nombreuses thématiques défendues par le Rassemblement national.
Sauf qu'entre-temps, par rapport à sa première élection, un sondage a fait son apparition et il est sans appel. Huit Français sur dix ont une mauvaise image de Trump. Alors c'est une étude de l'Institut Elab pour BFM qui a été publiée ce 7 novembre en même temps que la réélection du président. Et en plus, ce sentiment, il transcende ce sentiment négatif, il transcende les catégories sociales et les électorats. L'image de Trump, elle est particulièrement mauvaise. Alors on s'y attendait un peu, mais chez les électeurs évidemment de gauche, 94%, les macronistes, 91%, chez les femmes, 86% et chez les cadres, 88%. Mais quand même, il y a 56% des électeurs RN qui ont une mauvaise image de Trump.
Et puis, de manière plus générale, l'élection de Trump, elle suscite de l'inquiétude chez une majorité de Français. Sondés, on est à 62% et ils sont seulement 12%, c'est-à-dire un Français sur dix a éprouvé de la satisfaction à cette élection. Bref, si on peut résumer ce sondage, Trump et ses outrances sont devenus gênants pour le parti de Marine Le Pen qui tentent de donner une image plus lisse pour casser ce plafond de verre et enfin se faire élire en 2027. Alors en plus, il y a un autre sondage qui a été publié juste avant les élections qui montrait que seuls 13% des Français souhaitaient une victoire de Trump.
Et ce qui a été assez intéressant dans ce sondage, c'est qu'il y a une majorité relative d'électeurs du RN qui étaient plus favorables à la victoire de Kalama Harris. Et il y avait quand même 46% des électeurs du RN qui la soutenaient, à peine 30% qui préféraient une victoire de Trump. Bref, on peut dire, comme toujours pour résumer, que Marine Le Pen navigue dans le sens du vent. Alors après, tu vas me dire, mais est-ce que ça reflète vraiment les intentions réelles du RN en interne ? C'est vrai que la majorité des cadres du parti se retrouvent dans Trump.
Il faut voir les députés, Julien Audoul ou Bild, qui sont connus pour leurs propos racistes et islamophobes, exultés face à la victoire du président américain. Audoul salue une victoire face aux élites bien pensantes. Je cite, quand Bruno Bild raille plutôt les bourgeois déconnectés et wokistes. L'élu du Gard, Nicolas Maisonnet, y voit une soif de liberté, une pulsion de vie, que dis-je ? Quand Eric Ciotti salue un chemin pour les droites en France. Et l'ancien président DLR passé allié du RN s'est même filmé avec une casquette « Make America Great Again » sur son bureau.
Je suis extrêmement heureux de la victoire de Donald Trump. Je veux lui adresser mes plus sincères félicitations. Cette victoire est porteuse d'espérance, porteuse d'espérance pour les États-Unis, bien sûr, porteuse d'espérance pour le monde et pour le retour de la paix dans le monde, notamment en Ukraine et au Proche-Orient. Elle est aussi porteuse d'enseignement et porteuse d'espérance pour la France.
Eh bien, c'est du joli tout ça. Et ailleurs, à l'extrême droite ? Oui, l'extrême droite en Europe, les Patriotes pour l'Europe, dont la formation, dont fait partie le Rassemblement National au Parlement européen. Alors là, c'est carrément la grosse teuf à tous les étages, avec petite danse sur la musique des Village People YMCA. On appréciera l'ironie quand on sait le sous-texte gay, très très gay de la chanson. Alors quand même, Bardella et les autres élus RN n'ont pas osé participer à cette vidéo. Ils se sont, comme souvent, volatilisés au Parlement européen. Il faut dire aussi qu'ils sont aux prises avec un vilain procès actuellement.
Regardez quand même un extrait de la vidéo, ça vaut le détour.
Congress again, President Trump. And now, it's our turn.
And now, it's our turn.
And now, it's our turn. And now, it's our turn. And now, it's our turn. And now, it's our turn. Make Europe great again.
Bref, le Rassemblement National se verrait très bien avec Trump, c'est juste qu'il faut éviter de le dire trop fort. Comme d'habitude, Marine Le Pen, c'est le double langage de l'extrême droite.
Alors, tu disais au début que la réélection de Trump pourrait pousser le RN à censurer le gouvernement Barnier. Comment ça ?
C'est juste une hypothèse. Mais tout de même, elle circule à l'Assemblée Nationale, dans les lieux de pouvoir, à Matignon, à l'Élysée, etc. On remarque quand même que le RN se sent à nouveau poussé des ailes avec ses résultats électoraux. Il faut avouer aussi que le parti de Marine Le Pen est plombé. On le disait par un procès qui n'en finit plus sur ses emplois fictifs au Parlement européen, qui s'avère quand même très gênant pour son image. On rappelle quand même que Marine Le Pen, maintenant, elle donne des duplexes sur BFM depuis devant la salle du tribunal. Donc, c'est quand même un petit peu gênant pour son image.
Et il se dit que Marine Le Pen pourrait appuyer sur le bouton atomique de la censure à l'Assemblée pour renverser le gouvernement et essayer de retourner la situation à son avantage. Pour le moment, c'est une rumeur à suivre.
Et puis, qu'est-ce que c'est réconfortant de voir que Donald Trump, qui a des milliers de procès derrière le dos et des casseroles qui font un teint amarre épouvantable, lui, il gagne les élections. Alors, je voudrais qu'on parle maintenant des écolos. Comment va le parti écologiste aujourd'hui ? On a eu l'impression qu'il y avait une petite hype, Tondelier, après les législatives anticipées. Mais qu'en est-il aujourd'hui, là, au moment où nous parlons ?
Coussi-coussa, le parti, en fait. Alors, tout le monde, en tout cas une majorité d'élus, de cadres d'Europe Écologie de l'Hiver reconnaît à Marine Tondelier le mérite d'avoir réussi à imposer une séquence positive avec le nouveau Front populaire. Mais les écolos, quand même, sortent d'une séquence compliquée avec pas mal de trous d'air. Campagne aux européennes catastrophique, on le rappelle. L'affaire Bayou, aussi, qui a écorné l'image féministe du parti. Et un ancien classique d'Europe Écologie de l'Hiver résume le paradoxe des écolos de cette manière. Les enjeux climatiques n'ont jamais été aussi majeurs, mais on a du mal à percer le mur médiatique.
Alors, j'ai contacté Marine Tondelier, qui était dans le train. Elle rentrait de Mulhouse, où elle était à un déplacement public. Et elle balaye cette analyse. Alors, elle m'explique qu'elle sillonne actuellement les villes moyennes de France pour tenter de raviver les consciences écolos, chercher des électeurs un petit peu moins urbains, un petit peu moins bobos, peut-être. Elle, elle préfère mettre en avant, évidemment, ses réussites, avant le fameux congrès du parti, qui est prévu à la fin du mois d'avril 2025. J'imagine qu'elle a des réponses face à toutes les critiques qui lui tombent dessus. Évidemment.
Alors, elle me dit que les écolos sont revenus au centre du jeu médiatique et politique. Elle en veut pour preuve que le parti a dépassé la barre des 18 000 adhérents et des 200 000 soutiens, et que le nombre de personnes qui ont adhéré depuis l'été est plus élevé que le nombre total d'encartés en 2017. Mais c'est des arguments qui ont du mal à convaincre en inter d'une partie de ses opposants. On m'explique que, sous des dehors sympathiques, elle a quand même une volonté de museler toute contestation en interne. Alors, notamment cet été, puisqu'il y a eu les fameuses négociations avec le reste de la gauche, notamment LFI et le PS.
Donc, c'est à ce moment-là que Marine Tourdelier s'est entretenue en visio avec ses petits camarades. Et l'un d'eux m'explique que c'était compliqué de lui faire part de réserves sur l'union, sur sa méthode. Et qu'on peut comprendre, évidemment, que gérer un parti comme celui des écolos, ce ne soit pas évident. Mais d'un autre côté, on ne peut pas entendre à chaque fois que c'est fatiguant de répondre à des questions. C'est ce que déplorait en off l'un de ses adversaires. Et puis, il y a aussi toutes les petites maladresses de Marine Tourdelier qui n'ont pas été oubliées.
Par exemple, quand elle a qualifié de forceur ses rivaux en interne pour avoir insisté pour faire alliance à gauche pour les européennes.
Quand c'est non, c'est non. Ok, 2022. Donc, il n'y a pas de négociation possible encore avec vos alliés NUP ? Il faut arrêter de faire les forceurs, en fait. On l'a dit, on l'a redit, on l'a re-redit. Oui, maintenant, stop. On discute quand ils veulent de plein de choses. Ils m'ont aimé, ils sont des forceurs. C'est non. C'est la dernière fois que je le dis. Je pense que maintenant, c'est clair pour tout le monde. Et on va pouvoir travailler.
Il y a aussi eu les mots vifs qu'elle a employés sur une manifestation pro-Palestine. C'était en octobre 2023, quand elle a affirmé qu'elle trouvait débit d'échoquant de prononcer les mots Allah Akbar dans ce contexte.
Je rêve d'un monde où je pourrais aller manifester pour le peuple palestinien, pour le peuple israélien et pour la paix, sans risquer d'être amalgamé à des gens qui crient Allah Akbar, place de la République hier, ce qui est quand même complètement débile et choquant dans le contexte.
Alors évidemment, elle s'en est excusée par la suite. Elle a expliqué qu'elle n'aurait jamais dû laisser un amalgame s'immiscer dans ses propos, qu'il fallait évidemment respecter cette prière des 1,5 milliard de musulmans. Et puis, elle avait fait un mea culpa assez complet en adressant ses excuses à toutes les personnes que ses propos auraient blessées. En interne, on lui reconnaît évidemment un vrai talent de tacticienne. Elle a été très politicienne, me dit un éminent écologiste. Elle grenouille dedans depuis longtemps, faut-il dire. Neuf ans quand même au bureau exécutif, deux ans collaboratrice de Cécile Duflo, sa prédécesseur à l'Assemblée.
Mais bon, chez les écolos, c'est toujours pareil. Théo, il y a des haines recuites, notamment sur la gestion de l'affaire Bayou. Alors, on rappelle que deux enquêtes pénales ont été ouvertes à Paris depuis mars, après des plaintes d'Anaïs Leleux, l'ex-compagne de Julien Bayou, par ailleurs ancienne militante du Parti écologiste. Alors, ces plaintes, elles visent l'ancien dirigeant pour harcèlement moral et abus de faiblesse et le parti pour non-assistance à personne en danger. Alors, évidemment, Marine Tondelier se retrouve prise dans un engrenage judiciaire un peu malgré elle.
Elle a fait ce qu'elle a pu, mais elle se retrouve dans un truc qui ne la concerne pas aujourd'hui, la défend un proche. Et puis, Marine Tondelier, elle préfère évidemment insister sur les changements qu'elle a opérés au sein du parti avec son groupe. Donc, elle m'explique, on a une ligne claire en termes de valeur et de stratégie politique. On est passé de 5 à 15 salariés. On a changé de nom, de statut, insiste encore Marine Tondelier. Alors, ça également, ses opposants ne sont pas forcément hyper réjouis. Oui, enfin, si elle a changé le nom du parti, c'est parce qu'elle en a marre de traîner le boulet Bayou, dont elle avait des proches avec elle.
C'est un peu du ripollinage, c'est ce que m'explique un opposant. Et c'est vrai que dans ce contexte, les écolos attendent beaucoup du prochain congrès. Alors, pas a priori pour changer de patronne, parce que, mine de rien, elle a quand même de sacrées réussites à son actif, mais plutôt pour faire revivre la démocratie interne, c'est ce qu'on m'explique. Et d'ailleurs, il y a plusieurs textes d'orientation qui circulent. L'un d'eux s'appelle « Faire gagner l'écologie ». Donc, c'est les députés Yordanov, Sasse et Bellouco qui le portent pour fortifier et clarifier notre projet.
Et c'est vrai qu'il y a un petit peu cette atmosphère un peu fébrile où on hésite entre opposition contre Marine Tondelier et en même temps, voilà, une volonté d'aller de l'avant pour préparer les municipales et peut-être la présidentielle en 2027.
Donc, quelque part, elle est un peu insubmersible, enfin, pour l'instant, Marine Tondelier.
Oui, elle a une sorte d'immunité temporelle pour le moment. Et puis alors, elle voit ça aussi comme des attaques médiatiques, en fait. Elle m'explique qu'il y a un prisme journalistique qui voudrait insister sur les divisions des écolos, alors qu'en réalité, ils sont bien alignés. Quand, par exemple, je l'ai interrogé sur les critiques de subordination à LFI, puisqu'on l'accuse d'être trop subordonné à la France insoumise, ça, c'est régulièrement au sein du mouvement. Elle m'explique que c'est un truc de journaliste. On ne se détermine pas par rapport à ce que ferait la France insoumise. À chaque fois qu'on prend une décision liée à la gauche, on nous accuse de soumission.
C'est encore le cas, notamment sur la candidature de l'ISOUFOC en Isère. Alors elle me dit, bah non, nous, on respecte juste l'accord du NFP. Et elle insiste là-dessus. Il n'empêche, en 2022, les casiques du parti considéraient Marine Tondelier comme « sympa » et s'inquiétaient d'un potentiel manque de fermeté. Eh bien, manifestement, au fil des crises, la patronne des écolos apprend et elle a appris. Et elle est moins sympa avec ses adversaires politiques et la presse, mais au moins, elle est toujours à la tête des écolos.
Eh bien voilà, la main de fer dans un gant de velours, de velours recyclé peut-être. Merci Nils. Merci Théo. Et merci à vous d'avoir regardé cette émission. Dites-nous ce que vous en avez pensé en commentaire, si vous nous regardez par YouTube et via e-mail, si vous nous regardez à la télé, si vous avez quelques secondes. d'aller sur tnt.lemédiatv.fr pour signer notre pétition et soutenir toutes les démarches que nous avons engagées après l'attribution des fréquences TNT par l'ARCOM, si vous le pouvez, bien entendu. Apportez-vous notre soutien, toujours sur tnt.lemédiat.fr.
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Emmanuel Macron