Liban: comment des satellites permettent de mesurer les destructions par Israël dans le sud du pays
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Dans la foulée de la guerre en Iran, on a commencé à voir ce genre de vidéo. Ce qu'on voit là, ce sont des démolitions à l'explosif dans des villes libanaises proches de la frontière avec Israël. D'autres destructions sont réalisées directement à la pelleteuse ou via les airs par bombardement.
La plupart de ces vidéos sont relayées directement par l'armée israélienne qui revendique ces destructions. Elle affirme qu'elle se défend et que ces opérations ont pour but de lutter contre le Hezbollah. Après la mort du guide suprême iranien, ce mouvement allié de Téhéran a lancé des missiles et des drones sur Israël.
Mais les villes détruites dont on parle sont aussi celles de centaines de milliers de civils. Selon l'ONU, plus de 800 000 personnes ont dû fuir le sud du pays à cause de l'invasion israélienne. Au <i>Monde</i>, on a donc voulu mesurer l'ampleur de ces destructions.
On s'est concentré sur l'intérieur de cette ligne jaune qui est la zone de défense qu'Israël a décrétée et dans laquelle se trouve l'essentiel des destructions. Normalement, pour faire ça, on analyse des images de haute résolution et on compte directement les bâtiments détruits. C'est ce qui nous avait permis de quantifier les destructions à Rafah, dans la bande de Gaza, en mai 2025.
Sauf que cette zone fait 600 km2. C'est beaucoup plus vaste que les superficies qu'on a analysées à Gaza. Puis, dans le contexte de la guerre contre l'Iran, l'administration Trump a demandé aux fournisseurs américains de couper l'accès aux images satellite du Moyen-Orient.
Ce qui nous a privés d'un outil essentiel pour observer le Liban. Mais on avait toujours accès à une autre technologie : celle de l'imagerie radar des satellites européens. Ces satellites envoient des signaux radar sur terre qui permettent de détecter les lieux où la surface du sol a été modifiée.
Grâce à ces signaux, on peut scanner une zone à deux dates différentes et voir si le terrain a changé, comme lors d'une destruction de bâtiment. Pour nous aider, on a fait appel à l'entreprise Masae Analytics, qui s'est spécialisée dans ce type d'analyse. Après quelques jours de travail, voici ce à quoi on a abouti grâce à leur expertise : une carte des zones où les satellites ont détecté une transformation des bâtiments dans les secteurs les plus densément construits.
Selon elle, 45% des centres urbains ont été détruits ou endommagés en 2 mois. Mais on ne voulait pas se contenter de ces détections radar. Pour les vérifier, on les a comparées avec des images prises sur le terrain.
Par exemple : cette vidéo filmée au drone. On a pu la géolocaliser précisément et on sait qu'elle a été prise ici, dans la ville de Bint Jbeil, c'est-à-dire en plein dans une zone de destruction détectée par les satellites. Surtout, à la fin du mois d'avril, la censure des images satellite américaines a en partie pris fin.
On a donc pu superposer ces photos de haute résolution à la carte des destructions sur une dizaine d'échantillons au total. Ce qu'on a découvert sur ces images, ce sont beaucoup de ruines. À Khiam, une ville de 30 000 habitants avant la guerre, on voit qu'une majorité des bâtiments ont été rasés.
Tout au sud de la ville, on aperçoit d'ailleurs cette rangée de pelleteuses qui ont probablement servi à les démolir. Maintenant, dans ces 45%, il n'y a pas que des bâtiments complètement détruits. Si on retourne à Bint Jbeil et qu'on sort un peu du cœur de la ville, on voit qu'il y a des bâtiments qui tiennent encore debout.
On s'aperçoit que celui-ci a plusieurs trous dans la toiture et que son mur d'enceinte a été effondré. C'est flagrant si on le compare à des images plus anciennes. Juste à côté, on voit des traces du passage de blindés israéliens.
Et encore un peu plus à l'est, on en voit d'ailleurs quatre, qui sont stationnés juste là. Globalement, ce que ces échantillons photo nous ont montré, c'est que les détections par radar étaient justes. Sur l'ensemble de la zone décrétée par Israël, près de la moitié des cœurs de villes et de villages a été endommagée ou détruite.
Et ce chiffre ne prend pas en compte la précédente offensive israélienne de 2024, où on avait déjà vu ce type de démolition. 45% c'est vraiment une moyenne, puisque ça varie beaucoup d'une localité à l'autre. Il y a des villes comme Taybeh qui, on le voit là, a été presque entièrement rasée. 85% du bâti comptabilisé a été touché.
Et puis d'autres, comme Haddatha, qui sont restées quasiment intactes. En tout cas à la date du 29 avril, qui est celle à laquelle on a choisi d'arrêter notre analyse. On a bien sûr contacté l'armée israélienne, qui n'a pas souhaité réagir au chiffre de 45% de destruction.
Elle assure qu'Israël n'opère pas contre l'État libanais ou les civils, mais uniquement contre le Hezbollah. Fin mai 2026, malgré le cessez-le-feu, les destructions étaient toujours en cours au Liban. Si vous voulez comprendre les étapes qui ont permis d'aboutir à ces résultats, on a rédigé une méthodologie que vous trouverez dans la description.