“La Bataille de Gaulle”, le pari fou d’Antonin Baudry
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
- E.Eméyé: C'est le point commun de tous ces grands films historiques, ne pas seulement montrer qui étaient ces hommes et femmes de pouvoir, mais nous dire "voilà ce que nous avons besoin qu'ils soient aujourd'hui". Comme ce De Gaulle qui arrive dans une période où on se demande ce qu'est un homme d'Etat.
On va vraiment penser que je finis par mettre de la politique même dans mes chroniques culturelles. - M.Bouhafsi: Le film a été présenté hors compétition au Festival de Cannes.
Vous êtes soulagé de voir l'accueil du public? - A.Baudry: C'était un grand bonheur.
C'était la 1re fois que le film était montré à du public. C'est toujours un moment particulier. Ca a été un moment très émouvant, émotionnel, partagé.
On était tous ensemble à sentir cet écho de notre travail à travers les yeux, les mains et les regards des 1ers spectateurs. - M.Bouhafsi: On a été émus par une image particulièrement, l'émotion palpable à la fin, notamment la vôtre, Florian.
On vous a senti très ému. - F.Lesieur: Complètement.
C'est 7 ans de la vie d'Antonin. Le film est particulièrement émouvant. On vient de s'envoyer 2 heures 40 où on est pris à la gorge et, d'un coup, la caméra vient devant nous.
Il y a cet accueil du public. Je me suis senti submergé. Tous s'est confondu, la fierté, l'émotion...
Et le fait que ce n'est plus un secret. Les 1ers spectateurs l'ont vu. - M.Bouhafsi: Il y avait énormément de films au Festival de Cannes autour de la Seconde Guerre mondiale.
Qu'est-ce que ça raconte de l'époque? - A.Baudry: Il faut le demander à T.Frémont.
Ce qui m'intéresse, c'est cette figure de quelqu'un qui met l'imaginaire et le rêve avant la réalité. La réalité, c'était la capitulation française, l'Occupation, les Allemands dans la rue. Le rêve et l'imaginaire, c'était une France qui ne veut pas être là, qui ne veut pas se rendre.
C'était le choix de se dire "je continue ma route en considérant ça". Il y a un côté Don Quichotte dans le fait de mettre le rêve devant. Il est seul, inconnu, dans un pays où il ne parle pas la langue.
La différence, c'est qu'à force de tenir son rêve, et il le tient, devant toutes les humiliations et les obstacles, ce rêve devient du réel. - E.Eméyé: Parce qu'il devient celui d'autres personnes. - M.Bouhafsi: Vos performances sont magistrales.
Pour revenir sur l'actualité, est-ce important de se souvenir du général De Gaulle? C'est une figure qui fédère? - S.Abkarian: Le verbe "fédérer" fait défaut en ce moment.
On a besoin de faire bloc. Ce n'est pas le cas en ce moment. C'est le cas en 1940 parce que la guerre éclate et que la France est envahie.
Le couteau est près de la veine fémorale. Le combat de tous ces hommes et ces femmes est d'enlever le suffixe "sur" de "survivre" et de reprendre juste le "vivre". - M.Bouhafsi: A quel moment on se dit qu'on va se lancer dans un film sur le général De Gaulle, la personne la plus importante de l'histoire de France? - A.Baudry: En 2020.
Ca a été à la suite d'un assez long cheminement. C'était la passion pour le roman picaresque, tout ce qui est chevalerie, le Moyen Age...
J'ai toujours eu cette espèce d'amour. "Don Quichotte", avec cette figure tragique et comique que j'adore. La rencontre avec le livre de J.Jackson, qui apportait un éclairage plus frais sur le personnage.
On n'a plus affaire à une icône intouchable. En 2020, l'idée a commencé à se concrétiser. - M.Bouhafsi: Avec une autre personne aussi, votre femme, qui cosigne ce film. - A.Baudry: Vous êtes très bien renseigné.
Quand je suis rentré à la maison, je lui dis que je voulais faire un film sur De Gaulle. Elle m'a dit "oui". Elle m'a rappelé que le jour où on s'est rencontrés par hasard dans une bibliothèque, j'avais un livre, les "Mémoires" de De Gaulle à la main.
On a fini par écrire les 2 films ensemble. C'était un beau moment de mise sur orbite de ce projet. En 2020, quand on commence un projet comme ça et qu'on n'a pas la moindre idée de combien de temps il va falloir pour le faire, on fait pas des calculs par rapport à la date de sortie.
J'entends souvent "vous avez fait exprès de le sortir à tel moment". Non. On n'avait pas la moindre idée. - M.Bouhafsi: 7 ans d'un travail colossal, un budget incroyable.
On parle plus de 70 millions d'euros pour les 2 films. Et son lot de galères qui va avec. C'est le projet le plus ambitieux de l'année 2026.
C'est la 1re fois que vous jouez dans une superproduction, Niels. Vous étiez habitué aux films plus intimes. Vous avez eu l'impression de jouer un héros français? - N.Schneider: Je ne me pose pas la question comme ça.
On est ni le héros ni le méchant de sa propre vie. Ce que je trouve fascinant chez Leclerc, De Gaulle ou les 1ers résistants, c'est de voir un monde qui s'effondre et eux qui ont la certitude de l'espoir. Ils ont une lumière à l'intérieur que personne ne peut éteindre.
C'est cette certitude qui me fascine et que j'ai essayé de retrouver. Jouer dans une méga production...
Mon travail d'acteur reste absolument le même. Je travaille très peu. Je laisse le personnage faire le travail.
J'ai l'impression d'être une éponge. C'est à lui de faire le travail. Je ne fais que recevoir, que ce soit une grosse ou une petite production... - M.Bouhafsi: Il paraît qu'il a le feu, la passion, A.Baudry, sur un tournage.
Ca se passe comment? Il paraît qu'il a quelque chose en lui. - A.Vartolomei: Il est habité, passionné.
Je voyais les images qui défilaient de lui sur le plateau qui nous dirigeait. C'était joyeux. Je t'ai entendu dire en interview: "J'ai fait ce film pour l'ado que j'étais." Je l'ai ressenti.
Il nous dirigeait avec beaucoup d'enthousiasme. Il voulait qu'on s'amuse. Il avait une idée très précise de ce qu'il voulait.
Il est obsessionnel et, en même temps, il fixe un cadre mais il te laisse en sortir. - N.Schneider: Mais il aime ses personnages!
Quand tu parlais de Leclerc, il te faisait aussi rire. On a l'impression que c'était comme un ami. Il y a un réel attachement.
Il ne voyait pas ses personnages avec la distance du temps, la distance...
Il n'y avait pas de distance. Tu l'admirais comme il te faisait rire. - M.Bouhafsi: C'est beau d'entendre ses acteurs parler comme ça.
Le 2 juillet 1940, c'est la 1re fois que le général De Gaulle s'adresse aux Français face à une caméra. - C.De Gaulle: Nous croyons que l'honneur des Français consiste à continuer la guerre aux côtés de leurs alliés et nous sommes résolus à le faire.
Charles de Gaulle