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Podcast / conversationFrance Culture — L'Esprit public (sur Site radio)· 15 octobre 2023 29 minContradictoireActualité / polémiqueSécuritéImmigration & asileInstitutions & électionsSolidarités & famille

Attaque à Arras : la France peut-elle encore faire bloc ?

Source d'origine 2 locuteurs

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 30 %Attaque 40 %Défensif 30 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 75 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 1:05OuverteRéponse directe

    Est-ce que vous craignez d'autres attentats ?

  • 3:21OuverteRéponse partielle

    Comment faire bloc dans un tel contexte propice aux divisions ?

  • 5:45OuverteRéponse directe

    Il faut vivre avec cette atmosphère de djihadisme aujourd'hui ?

  • 10:03OuverteRéponse directe

    Tenir compte de l'émotion légitime tout en respectant l'État de droit, est-ce le défi actuel ?

  • 10:40OuverteRéponse partielle

    Comment faire baisser le niveau de tension dans ce pays ?

  • 11:40OuverteRéponse partielle

    Est-ce que la classe politique doit faire bloc pour ressouder la société ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 1:20InvitéFait
    « Ça permet à nos amis militaires de l'opération Sentinelle de monter en puissance. »
  • 2:11PrésentateurFait
    « Mohamed M. a été interpellé. »
  • 2:13PrésentateurFait
    « Islamiste repéré par la DGSI et fiché S, il était arrivé en France à l'âge de 5 ans, en 2008, avec sa famille originaire d'Ingushi, une province russe proche de la Tchétchénie. »
  • 2:50PrésentateurFait
    « Il règne en tout cas une atmosphère de djihadisme, pour reprendre les mots du ministre de l'Intérieur. »
  • 4:11InvitéFait
    « On a affaire ici à un terrorisme d'atmosphère, dit-on parfois, effectivement, où on a un jeune homme, en l'occurrence radicalisé, sans aucun doute, et qui attend le moment pour passer à l'acte. »
  • 5:17InvitéFait
    « Mais on ne peut pas non plus imaginer de mettre des policiers dans toutes les écoles de France. »
  • 5:33InvitéFait
    « Elle n'est pas réaliste. On ne peut pas prévenir chacun de ces attentats en préparation, retirer tous les couteaux de cuisine. »
  • 6:17InvitéFait
    « On n'a pas du tout envie de quitter l'État de droit, et que la présomption suffise à établir le crime et la pénalisation du crime. »
  • 7:47InvitéFait
    « Son frère est incarcéré pour apologie de terrorisme, je crois. Sa famille, en 2014, avait subi une obligation de quitter le territoire qui n'a pas été exécuté en raison du recours des associations, y compris auprès du Premier ministre de l'époque, Manuel Valls. »
  • 9:21InvitéChiffre
    « Il y a eu 23 000 attentats terroristes entre 1900 et 1917 en Russie. »
  • 22:20InvitéFait
    « À des gens qui ont bénéficié en France d'un accueil qui manifestement devient le support de leur action terroriste. »
  • 25:33InvitéFait
    « Ça s'appelle tout simplement un phénomène simple des trous dans la raquette. »

Temps de parole

  • Invité26 %
  • Invité 222 %
  • Présentateur17 %
  • Invité 317 %
  • Invité 417 %

0,7 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

Et nos débatteurs ce dimanche, Anne-Lorraine Bujon, bonjour.

0:03
Invité

Bonjour.

0:03
Présentateur

Directrice de la rédaction de la revue Esprit, dont le dernier numéro, celui du mois d'octobre, s'intitule « Nommez l'extrême droite ». Thomas Gomart, bonjour.

0:12
Invité

Bonjour Avakatet.

0:14
Présentateur

Historien, directeur de l'Institut français des relations internationales, vous avez publié cette année chez Talendier « Les ambitions inavouées ». Jean-François Colosimo, bonjour. Bonjour. Essayiste, directeur des éditions du CERF « La crucifixion de l'Ukraine », c'est votre dernier livre. C'était l'an dernier aux éditions Albin Michel et Catherine Tricot, bonjour. Directrice de la revue « Regards », le thème central du dernier numéro de votre revue « Climat, la science peut-elle nous sauver ? » Bienvenue à vous.

Alors dans la deuxième partie de l'émission, nous reviendrons sur l'offensive israélienne sur la bande de Gaza, consécutive à l'attaque du Hamas du week-end dernier, aux massacres et aux prises d'otages de l'organisation islamiste palestinienne, répond un siège total de la bande de Gaza par Israël, des actes au mépris des règles de la guerre et du droit humanitaire international. Mais que peut encore le droit ? Nous en débattrons. Et tout de suite, on passe à notre premier sujet.

1:05
Invité

Est-ce que vous craignez d'autres attentats ? Alors il n'y a pas de menaces caractérisées. Il y a une atmosphère évidemment extrêmement négative, notamment du fait de l'appel à des passages à l'acte. Quand on passe à ce niveau de vigilance, d'abord c'est pour dire à tous les Français, à toutes les administrations de faire attention. Ça permet à nos amis militaires de l'opération Sentinelle de monter en puissance.

Donc il y aura davantage, quelques milliers d'hommes en plus par le ministre des Armées qui vont aider la police et la gendarmerie pour surveiller les centres commerciaux, pour protéger tous les Français évidemment dans leur vie de tous les jours, parce que ce n'est pas nous qui allons reculer.

1:36
Présentateur

La France est donc à nouveau depuis vendredi soir en alerte urgence attentat, le niveau le plus élevé du dispositif Vigipirate. Un niveau pour dire à tous les Français, à toutes les administrations de faire attention, comme l'a précisé le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, qu'on vient d'entendre. La décision a été prise quelques heures après l'attentat d'Arras, dans le Pas-de-Calais, devant la cité scolaire Gambetta-Carnot. Un attentat au cours duquel un homme d'une vingtaine d'années a assassiné un enseignant, Dominique Bernard, professeur de français, et blessé trois autres membres du personnel éducatif.

Plusieurs témoins disent avoir entendu l'agresseur crier Allah Akbar au moment de son attaque. Mohamed M. a été interpellé. Islamiste repéré par la DGSI et fiché S, il était arrivé en France à l'âge de 5 ans, en 2008, avec sa famille originaire d'Ingushi, une province russe proche de la Tchétchénie. Cet acte terroriste intervient dans un contexte d'extrême tension, lié à l'onde de choc du conflit israélo-palestinien et au risque d'importation de celui-ci en France, si ce n'est déjà un peu fait. Mais cette attaque devant une école de la République renvoie aussi au traumatisme de l'assassinat de Samuel Paty le 16 octobre 2020. Il y aura trois ans exactement demain.

Ces événements sont-ils liés ? S'agit-il d'une pure coïncidence ? Difficile à ce stade d'être affirmatif. Il règne en tout cas une atmosphère de djihadisme, pour reprendre les mots du ministre de l'Intérieur. Et ce nouveau drame vient percuter une société française à Cran, une France où progresse le déclinisme, la colère et l'attrait pour l'extrême droite, comme le relève la dernière édition de l'enquête Fracture française du Cevipof. Depuis les lieux de l'attaque où il s'est rendu vendredi, Emmanuel Macron a appelé les Français à faire bloc contre la barbarie islamiste. Mais comment faire bloc dans un tel contexte propice aux divisions ? Comment faire bloc, Anne-Lauren Bujon ?

Ça paraît à la fois essentiel et un défi particulier dans ces moments d'extrême tension au sein de la société française.

3:30
Invité

Un défi considérable et je crois que vous avez raison de rappeler en fait que nous sommes dans un... Je crois que cet attentat intervient dans un triple contexte. Il y a bien sûr le conflit entre Israël et le Hamas. Et on sait que ces sujets sont très passionnels dans la société française et que ça rend l'atmosphère inflammable. Il y a ce triste anniversaire de la mort de Samuel Paty. Et puis il y a le contexte de tensions généralisées, de tensions, de divisions dans la société française dont l'enquête Fracture française témoigne. Et je crois que ça n'est pas sans lien.

On a affaire ici à un terrorisme d'atmosphère, dit-on parfois, effectivement, où on a un jeune homme, en l'occurrence radicalisé, sans aucun doute, et qui attend le moment pour passer à l'acte. Il attend le moment d'être appelé. Et en fait, ce type de terrorisme, qu'on appelle aussi parfois du terrorisme low cost, il pose un problème très particulier parce qu'il s'inscrit dans une longue série. On pourrait rappeler Saint-Etienne-du-Rouvray, on pourrait rappeler la cathédrale de Nice. Et donc en fait, combien sont-ils, ces individus isolés, radicalisés, qui vont peut-être passer à l'acte, peut-être que non ?

Et je crois que ce qui est très difficile, c'est de prendre conscience que le contexte est favorable, que les tensions sont extrêmes, et en même temps que la réponse sécuritaire ne peut pas suffire à elle seule. Donc bien sûr, les services de renseignement sont mobilisés, la police, l'armée, ce qui pose peut-être aussi une autre question sur le brouillage entre interne et externe. Mais on ne peut pas non plus imaginer de mettre des policiers dans toutes les écoles de France. On n'a pas envie de vivre dans Minority Report. Donc si vous voulez, cette réponse sécuritaire, d'une part, je crois qu'elle n'est pas réaliste.

On ne peut pas prévenir chacun de ces attentats en préparation, retirer tous les couteaux de cuisine. Elle n'est pas non plus souhaitable, dans le sens où elle conduirait les démocraties à se renier elles-mêmes.

5:45
Présentateur

Ça veut dire qu'il faut se, comment dire, considérer que cette atmosphère de djihadisme, qualifiée d'évidente d'ailleurs par le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, Jean-François Colosimo, il faut vivre avec, aujourd'hui ?

5:59
Invité

Il faut vivre avec, parce qu'il faut vivre d'abord avec un monde qui est largement déstabilisé, où la violence règne, et cette question, elle n'est pas que française, elle est d'abord mondiale, évidemment. Le deuxième point, tout de même, c'est qu'évidemment, on n'a pas du tout envie de quitter l'État de droit, et que la présomption suffise à établir le crime et la pénalisation du crime.

Donc si certains rêvent que ces gens qui sont, plus que fichés S, qui sont dans le fichier de traitement des signalements pour la prévention, la radicalisation à caractère terroriste, ils sont beaucoup moins nombreux que les S, parce que les S ne sont pas tous des terroristes islamistes, il y a d'autres gens qui menacent la sûreté d'État, et qui ne sont pas forcément bons. Donc ces gens-là, si on veut les mettre, je ne sais pas, les isoler, les mettre dans un camp, dans une prison, etc. Il est évident qu'on sort de l'État de droit, puisque ce n'est pas parce que vous avez des mauvaises pensées et des mauvaises fréquentations que vous êtes coupable d'un délit ou d'un crime.

Quand vous dites qu'on n'a pas envie de sortir de l'État de droit, ça veut dire que vous considérez qu'il peut y avoir cette tentation-là ? Je pense que l'émotion tout à fait légitime que déclenche l'assassinat de ce professeur, un de plus après Samuel Paty, enfin, etc., il faut aussi la prendre en compte, n'est-ce pas ? L'école, c'est la République, les professeurs sont là justement pour donner les moyens d'émancipation par rapport aux contraintes idéologiques, etc.

Donc, évidemment, le symbole est une immense violence, mais je crois que ce qu'il y a derrière, surtout, c'est qu'il y a un défaut de confiance dans l'appareil d'État, parce que ce jeune homme qui est allé égorger ce professeur, qui était là pour essayer de l'arrêter, il appartient à une famille. Son frère est incarcéré pour apologie de terrorisme, je crois. sa famille, en 2014, avait subi une obligation de quitter le territoire qui n'a pas été exécuté en raison du recours des associations, y compris auprès du Premier ministre de l'époque, Manuel Valls, dont on ne peut pas dire qu'il donne une image de faiblesse de l'État.

Donc, on voit qu'on est face, une fois de plus, à un dysfonctionnement, en fait, de l'État, puisque ce garçon a été effectivement contrôlé par les services, il a même été contrôlé la veille de l'attentat, semble-t-il, mais là où on est face à l'indécidable, c'est qu'effectivement, ce passage à l'acte, dans ce forme de terrorisme low-cost, ou plutôt ubérisé, n'est-ce pas ? Puisque, en fait, on s'auto-déclare au moment où on a commis l'acte, et généralement, on se revendique d'une organisation qu'on n'a jamais vue, qui ne vous a ni endoctriné, ni préparé. C'est ça, le problème qu'on a aujourd'hui.

Alors, ce problème, juste pour finir, rappelle une situation peu connue historiquement, qui est celle de la Russie avant 1917. D'un coup, l'attentat est devenu une espèce, l'attentat terroriste est devenu une espèce de mode en Russie. C'est vraiment une dissémination, c'était plus le terrorisme qu'on connaissait en Europe, de la chasse aux gibiers royales, tuer le représentant du pouvoir pour faire un acte de propagande, c'est devenu un acte gratuit. Il y a eu 23 000 attentats terroristes entre 1900 et 1917 en Russie, avec un climat de terreur qui a accompagné aussi un sentiment de déliquescence, très marquée dans la littérature de l'âge d'argent, etc. La réponse a été quoi ?

La réponse a été que la répression a entraîné cette mutation opérée par Lénine, dont le frère aîné était un de ses terroristes, à savoir qu'il ne s'agissait pas de dispenser la terreur, mais de placer la terreur au cœur de l'État. Ça a donné 70 ans de totalitarisme.

9:56
Présentateur

Catherine Tricot, tenir compte de cette émotion légitime après cet attentat, tout en prenant garde à respecter l'État de droit, est-ce que ça, ça fait partie du défi actuel pour le gouvernement, comme ça a pu en faire partie lors des précédents attentats que la France a connus ?

10:16
Invité

Très certainement, mais ça ne suffira pas. C'est-à-dire qu'évidemment, il y a une ligne à ne pas franchir, et vous l'avez rappelé l'un et l'autre, on ne peut pas présupposer quelqu'un coupable avant qu'il n'ait commis quelque chose. Donc on le surveille, on fait tout ce qu'on peut pour anticiper, on ne peut pas mettre des policiers partout, mais donc il y a une question qui est peut-être plus profonde, c'est comment on fait baisser le niveau de tension dans ce pays. Et vous l'avez rappelé tout à l'heure, on est dans un moment particulièrement tendu pour les raisons internationales, mais intérieur.

Et intérieur, je dirais, à la fois parce qu'on a des difficultés politiques très grandes, avec une société française très éclatée, et qui vient s'installer dans un moment où on a vu qu'on a fait une rentrée scolaire sur la question de la baïa, par exemple, qui a un peu enflammé les esprits, c'est-à-dire que je ne dis pas qu'il y a un rapport direct, mais cette crispation sur les enjeux de la place des musulmans dans la société française me semble pas saine. C'est-à-dire, je crois qu'il faut vraiment qu'on arrive à revenir à un point de vue un peu plus laïque.

Moi, je regrette vraiment qu'on se soit centré sur ce sujet et qu'on n'ait pas remis les enjeux de laïcité au bon endroit, c'est-à-dire ne pas mettre le ministre comme le juge de paix, de savoir quelle est la tenue. Mais d'une façon plus générale...

11:42
Présentateur

Pardonnez-moi, juste pour que ce soit bien clair, Catherine Tricot, quand vous dites que c'est une situation qui n'est pas saine, ça veut dire que vous voyez un lien de causalité entre cette situation-là, ce climat-là, et ce qui a pu se passer avant Thierras Arras ?

11:57
Invité

Ce que je pense, c'est que la classe politique dans son ensemble, là en l'occurrence, ne fait pas les gestes, ne prend pas les positions qui permettraient de ramener tout ça dans son lit, à son juste niveau. C'est-à-dire que je trouve qu'on assiste à une... On enflamme le débat sans arrêt, de façon récurrente, sur ces sujets. Bon, la semaine dernière, on en a vu vraiment...

Enfin, je ne sais pas comment dire, mais que le dimanche, enfin que le samedi, la France Insoumise ne trouve pas les mots pour qualifier ce qui s'est passé était très désastreux, que le dimanche, la Première Ministre accuse Jean-Luc Mélenchon d'antisémitisme, je trouve ça désastreux, que le lundi, Yael Brown-Pivet fasse lever l'Assemblée Nationale pour un soutien indéfectible et inconditionnel à Israël. Tout ça, ce n'est pas de nature à rassembler, ce n'est pas sur ce point-là, ce n'est pas sur ça qu'on peut faire corps, comme l'appelle le Président.

J'ai trouvé que son intervention était équilibrée, et je trouve qu'il faudrait qu'on arrive à revenir à ce qui nous a soudés en 2003, que la position française était une position juste, dans laquelle les Français se sont reconnus, et que c'est ce type de position qui peut permettre de faire revenir les enjeux à leur bon niveau, c'est-à-dire pas de la politique agrie, pas de la tension artificielle, et remettre un peu de gravité dans la situation, et je ne dis pas évidemment que ça ne va pas empêcher des actes imbéciles, monstrueux, etc. Je ne dis pas ça, mais je dis que c'est ça qui peut permettre que ça descende.

13:38
Présentateur

Pardon, juste avant de donner la parole à Thomas Gomart, la référence à 2003, je ne suis pas sûr de l'avoir...

13:44
Invité

Alors, la référence à 2003, je parle de la position de la France lors du conflit, enfin, ce qui s'est passé vis-à-vis de l'Irak, quand la France a dit qu'elle ne prendrait pas part, et qu'elle s'est opposée à la position américaine, et que du coup, elle a soudé la collectivité française sur une position juste de droit international et d'autonomie dans sa position.

14:07
Présentateur

Merci pour cette précision. Thomas Gomart.

14:11
Invité

Un peu tôt pour s'exprimer sur le déroulement des faits, mais moi, ce qui m'a frappé quand même à Arras, c'est que ce professeur, Dominique Bernard, s'est interposé. C'est-à-dire qu'il a protégé ses élèves, ainsi que les trois autres personnes blessées. Et je pense que ça mérite d'être relevé, parce que ça montre aussi qu'il y a un courage individuel tout à fait remarquable. Moi, ce qui me frappe, c'est quand même la spirale dans laquelle on est désormais pris. Juste quelques rappels chronologiques. En 2015, vous aviez des millions de personnes qui ont défilé pour la liberté d'expression après l'attentat de Charlie Hebdo.

Quand vous repartez de cette chronologie, il y a des éléments quand même très marquants et très troublants. Vous avez cette manifestation de 2019 novembre 2019, à la suite d'une attaque de mosquée, organisée par le collectif contre l'islamophobie en France, qui précisément veut remettre en cause la loi de 2004, et à laquelle participent des représentants de la France insoumise. Donc, loi de 2004 sur la laïcité. Sur la laïcité. Vous avez ensuite, en septembre 2020, l'ouverture du procès du Bataclan. Vous avez le discours des mureaux, pardon, du 2 octobre 2020. Ce qui est intéressant, c'est qu'une prise de parole présidentielle provoque le 16 octobre 2020. Enfin, provoque.

Il n'y a pas de cause à effet, là aussi, direct. Mais Samuel Paty. Et moi, ce qui me frappe cette semaine, c'est qu'on a un très bon discours du président de la République, compte tenu de la situation, très équilibré, très juste aussi sur la situation dans laquelle se retrouve Israël et sur laquelle on va revenir. Et deux jours après, vous avez cet attentat terroriste qui reprend au fond, dans son déroulé, ce qu'on avait connu avec Samuel Paty.

Et de ce point de vue-là, si vous voulez, je pense qu'il faut bien comprendre que ce n'est pas simplement, à mon sens, un apaisement qui est nécessaire, mais c'est de bien comprendre que nous sommes désignés, que ces professeurs sont désignés comme ennemis par certains, par des djihadistes. Et donc, on peut effectivement estimer qu'il faut revenir à des positions plus équilibrées. Je pense que tout le monde le souhaite, mais il faut aussi bien comprendre que c'est un acte qui vise à tuer, qui se répète. On a mentionné aussi les trois parboissiens qui avaient été assassinés à Nice également en octobre 2020.

Je ne vais pas faire toute la liste, mais ça montre quand même qu'on a l'impression qu'on s'intéresse au djihadisme quand il y a un attentat. Or, le djihadisme persiste de manière continue parce que vous avez des éléments qui nous ont désignés comme ennemis de manière tout à fait claire et que cette désignation va être, à mon sens, malheureusement, renforcée par ce qui se passe au Proche-Orient.

17:10
Présentateur

Donc, face à un ennemi qui nous a désignés comme tel, il faut faire bloc, c'est compliqué. Cet apaisement, d'où est-ce qu'il peut venir ou d'où est-ce qu'il doit venir à Lorraine Bujon ? Est-ce que c'est d'abord la classe politique de le faire ? C'est aussi sans doute aux médias. C'est-à-dire, on a l'impression qu'on est aussi un peu dans une impasse aujourd'hui. C'est-à-dire qu'effectivement, quand on voit toutes ces fractures qui ont gagné la société, on ne voit pas très bien par quel bout on peut ressouder un petit peu tout ça.

17:36
Invité

Je ne pense pas qu'on soit nécessairement dans une impasse, mais en revanche, je pense qu'on ne peut pas reculer devant une interrogation dans la profondeur historique, politique, philosophique. Thomas a raison de rappeler la persistance de ce terrorisme djihadiste chez nous, mais aussi à Londres, à Madrid, comme on sait. Et ce danger, cette menace, si vous voulez, elle persiste, peut-être même qu'on pourrait dire qu'elle s'étend et elle continue de brouiller, en fait, les enjeux intérieurs et extérieurs. On va parler du Proche-Orient, on pourrait parler du Sahel aussi. Donc, le djihadisme reste, il est menaçant, il est dangereux, il nous a désignés comme ennemis.

Mais nous, nous, société démocratique, nous, état de droit, et c'est bien la difficulté, c'est qu'en fait, ces terroristes nous connaissent. Ils connaissent aussi, je crois, les fragilités des sociétés démocratiques, le rôle de l'opinion, le rôle des passions, le besoin de protéger les libertés individuelles, et ils les exploitent. Et nous, je crois que nous ne les connaissons pas suffisamment. Donc d'abord, je crois qu'il y a un vrai travail à faire pour comprendre ces parcours de radicalisation, pour comprendre comment on en arrive là à ce niveau de haine et de peur où on déchaîne une violence aveugle sans but stratégique. Donc il faut comprendre ça.

Il y a des éléments psychologiques, il y a des éléments personnels, il y a des éléments biographiques. Il faut comprendre et il faut prévenir.

19:05
Présentateur

par rapport à la fragilité de la démocratie que vous évoquez et pour rebondir aussi sur la chronologie que refaisait Thomas Gomart, est-ce que vous avez l'impression qu'au fil des attentats, nos démocraties, à commencer par la note, la France s'est affaiblie ? Ou bien, est-ce que malgré tout, l'État de droit a été capable de résister à cette menace-là ?

19:25
Invité

Je crois qu'on est dans un exercice d'équilibre. Je crois effectivement que la lutte contre le terrorisme et la façon dont nous avons choisi de lutter contre le terrorisme a fragilisé les démocraties, qu'elle a fragilisé la foi dans la démocratie, la confiance dans les institutions, comme on nous le disait tout à l'heure. Et du coup, sur la société française et le besoin d'unité, si vous voulez, je crois que ce qui est très délicat, c'est de comprendre que la démocratie, ce n'est pas un système où on pense tous la même chose et on est tous unis.

La démocratie, c'est un système où on reconnaît des divisions internes des sociétés, où on reconnaît des conflictualités, où on reconnaît l'autre au besoin, et on trouve le moyen de civiliser ou de pacifier tous ces conflits. Donc en fait, il y a une illusion, si vous voulez, à vouloir revenir à des sociétés homogènes où tout le monde penserait pareil, où tout le monde aurait la même culture politique ou la même opinion du conflit au Proche-Orient. Ce qu'il faut, c'est reconnaître ces divisions internes, leur permettre de s'exprimer et leur permettre de se pacifier.

Donc c'est très difficile cette question de faire bloc parce que faire bloc, c'est peut-être aussi reconnaître que ces tensions existent dans la société française et les traiter, pour ainsi dire.

20:37
Présentateur

Jean-François Colosimo ?

20:38
Invité

Oui, moi je crois que non, la France fait quand même exception, elle fait exception en raison de son histoire, en raison de sa place en Méditerranée qui est la première encore aujourd'hui économiquement, militairement, et que c'est bien la Méditerranée aussi qui est en quelque sorte ce cratère aujourd'hui explosif de l'autre côté de la Méditerranée avec les convulsions que connaît le monde musulman, que la France a la première communauté juive d'Europe et l'une des principales du monde aussi la plus importante à la communauté musulmane et je dirais que par exemple on n'en parle pas assez, moi je comprends tout à fait le sentiment profond d'insécurité de nos compatriotes de confession juive.

Je ne vois pas comment ils pourraient se sentir autrement, n'est-ce pas ? Je veux dire, alors de ce point de vue-là d'ailleurs on le voit bien puisqu'on en vient à quasiment un traitement d'exception qui est très dérangeant du point de vue des équilibres démocratiques puisque la première des mesures c'est la protection des lieux de culte et des écoles juives. Dans quel pays vit-on ? Dans quel pays vit-on ? N'est-ce pas ? C'est quand même une véritable question. C'est-à-dire que nous sommes dans un climat d'instabilité si critique que nous devons première protection s'adresse à nos compatriotes de confession et de culture juive qui sont en fait effectivement en première ligne.

Donc c'est bien quand même une guerre si ce n'est mondiale mondialisée que nous vivons. Et de ce point de vue-là il faut voir aussi qu'avec beaucoup de constance en tout cas un nombre significatif d'attentats correspond à comme ce garçon Mohamed Moukouchkov à des gens qui ont bénéficié en France d'un accueil qui manifestement devient le support de leur action terroriste. Donc je crois que si l'État se montrait tout de même à hauteur de ses missions ce qui nécessite par exemple aussi parler de faire bloc on aimerait bien que les policiers et les juges finissent par faire bloc plutôt que de se démentir les uns et les autres en permanence n'est-ce pas ?

Que la sûreté soit suivie des faits aussi. Je crois que cette attente elle est tout à fait légitime et ça n'est pas sortir de l'État de droit parce qu'il n'y a pas d'État de droit sans État tout simplement.

23:07
Présentateur

Assurer la sûreté est-ce que ça pourrait passer comme le réclament par exemple les Républicains Catherine Tricot par l'instauration de l'État d'urgence ?

23:15
Invité

Moi je pense ce que vous avez dit tout à l'heure c'est que ce qui a été dit tout à l'heure autour de la table c'est qu'on ne va pas régler cette question-là par des mesures enfin il faut renforcer la protection c'est certain mais ce n'est pas des mesures d'exception qui vont régler la question.

Moi je crois qu'on est devant ce défi qui est colossal pour nous puisque comme vous venez de le rappeler on est le troisième pays pour la communauté juive et le premier pays européen pour les Arabes puisqu'ils ne sont pas tous musulmans c'est vrai je suis parfaitement d'accord si on peut le dire c'est-à-dire que déjà je noterais que juste il ne faut pas tout transporter sur le terrain d'un conflit religieux parce que là on enflamme encore plus ces esprits je pense qu'il faut dans le sens de calmer les choses et de revenir de refaire redescendre la pression et revenir dans le lit c'est qu'il faut que les choses soient bien nommées et en l'occurrence je ne crois pas qu'on puisse avoir une politique systématique à l'égard des familles qui seraient d'origine arabe ou musulmane par exemple cette famille c'est totalement dommageable mais je veux dire c'est quand même de très nombreuses familles qui ont trouvé l'asile en France et leurs enfants ne vont pas devenir des terroristes on ne peut pas présumer anticiper remonter en arrière je ne pense pas que c'est ce que vous avez voulu dire mais ce que je veux dire c'est qu'on ne peut pas revenir à ça quand on a des foyers d'apologie du terrorisme il faut être capable aussi de les traiter je veux dire il ne s'agit pas évidemment de pratiquer une forme totalement indiscriminée je veux dire et certainement je suis parfaitement d'accord avec vous qu'il faut arrêter de dire les musulmans parce qu'on peut être d'un héritage musulman et ne pas l'être du tout du point de vue de sa foi musulman jusqu'après du contraire c'est une religion ce n'est pas une identité tout à fait au sens d'une identité ethnique tout à fait d'accord mais là on voit bien tout de même et on voit bien les ennuis du ministre de l'intérieur dans son discours qui doit expliquer comment en fait quelqu'un de fiché qui est contrôlé la veille arrive néanmoins à passer à l'acte le lendemain ça s'appelle tout simplement un phénomène simple des trous dans la raquette je suis désolé de parler ainsi et ça ça crée un sentiment d'instabilité voire d'insécurité je ne sais pas si c'est des trous dans la raquette je ne sais pas s'il est possible d'avoir une raquette tellement fine qu'on puisse se prémunir c'est à dire je ne sais pas s'il était possible de l'anticiper voilà ce monsieur là sans doute n'avait pas donné les signes qui permettaient de l'identifier en revanche ce que je crois c'est qu'il y a une action globale générale alors vous avez dit tout à l'heure qu'être en démocratie c'est assumer les différences c'est les faire vivre et les pacifier donc je suis totalement d'accord avec ça néanmoins ce que je pense c'est qu'il faut aussi chercher des consensus et en ce moment je pense qu'il importe de travailler sur le consensus de la société française et je pense que dans son consensus on va en parler tout à l'heure mais dans le consensus le respect du droit international et l'humanisme sont des éléments qui fondent véritablement notre unité nationale et que c'est sur cela qu'il faut travailler je note que le professeur qui était visé était un professeur d'histoire-géographie c'est pas du tout anodin c'est à dire que celui qui est venu attaquer à chercher un professeur d'histoire-géographie c'est à dire ceux qui racontent finalement les soumassements de cette construction nationale et de ce consensus qu'il faut être capable de faire vivre au quotidien

26:52
Présentateur

un dernier mot sur ce sujet Thomas Gabbard

26:53
Invité

oui deux choses je pense que il y a tout le propos général sur lequel on converge mais il y a aussi le fait que quand on quand on a des gens qui veulent vous tuer il faut aussi trouver des manières de se protéger je pense que là-dessus il y a un certain nombre d'adaptations à faire je note que après les attentats de 2015 on a eu un état d'urgence sécuritaire qui s'ensuit transforme en état d'urgence sanitaire avec le Covid et qui a été levé ce qui montre bien aussi la capacité de l'état de droit de mettre en place des mesures d'exception compte tenu de la gravité des événements et de savoir revenir en arrière pour revenir à un cours normal une distinction entre un état normal et un état d'exception je pense que ça c'est aussi très important pour la suite de nos discussions entre ce qui relève d'un état de paix et de ce qui relève d'un état de guerre je crains malheureusement que cette distinction très claire dans nos esprits ne le soit pas pour tout le monde deuxième point le terrorisme comme mode opératoire le principe bien connu c'est il vaut mieux tuer une personne et être vu de mille que tuer mille personnes et être vu de un ça veut dire que ça génère toujours un risque ou de sous-réaction et de ce point de vue là les autorités publiques dans le prolongement de ce qu'indiquait Jean-François Colossimo à mon avis sont tenus aujourd'hui de réagir on va le voir aussi dans le cas d'Israël ou de sur-réaction et effectivement c'est toujours la grande difficulté de trouver la manière encore une fois de se protéger de protéger sa population ses minorités en l'espèce la communauté juive qui est directement ciblée et désignée comme telle par les djihadistes et au-delà les représentants de l'Etat et en même temps de le faire de manière je dirais la plus fine possible et de ce point de vue là je pense qu'on est encore tout à fait en France c'est tout à fait clair que la lutte contre le terrorisme se fait par des moyens judiciaires de services de renseignement et que le but du jeu ce jeune homme a été interpellé il est en garde à vue et donc il sera jugé je pense que l'exemple qu'on a eu avec le procès du Bataclan montre ce qu'est un état de droit

Attaque à Arras : la France peut-elle encore faire bloc ? · Pourquijevote