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interviewyoutube.com· 11 mai 2026 6 min

Interview du Président Emmanuel Macron sur France 2.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Présentateur

Bonjour M. le Président. Bonjour. Merci de nous accorder cette interview dans cette cité internationale de la langue française que vous venez d'inaugurer. Nous sommes ici au milieu de la salle du Jeu de Paume à Villers-Cotterêts, au-delà de l'histoire de la ville. Pourquoi avoir choisi Villers-Cotterêts ?

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Emmanuel Macron

Pour deux raisons. La première, c'est que dans ce château, ici, par une ordonnance royale, François Ier, en 1539, a fait du français la langue de notre État, la langue de tous les textes, la langue administrative, dirait-on aujourd'hui, qui a été un vrai vecteur d'unification de notre pays. La France est une nation qui s'est faite par l'État et la langue. Et cette décision de 1539 a fait que d'un seul coup, les textes n'étaient plus faits en latin, mais dans la langue maternelle, le français, et elle était utilisée pour tous les textes officiels. Elle a pu ensuite se diffuser.

Puis on a eu d'autres moments importants, la Révolution française, qui a été un autre grand moment d'unification, de normalisation, la Troisième République, avec les enseignants, et c'est comme ça que notre pays se tient, par sa langue. La deuxième raison, c'était que ce château tombait en ruine. Je l'ai visité en mars 2017, il était fermé depuis plusieurs années, il était en train de s'effondrer, c'était un trésor patrimonial. Et là, aujourd'hui, dans l'Aisne, au cœur de ce qu'on appelle le Valois, qui est une terre si importante pour notre littérature et pour notre histoire.

1:21
Présentateur

Justement, nous sommes sur une terre de désindustrialisation. Nous sommes sur une terre de désindustrialisation, où le Rassemblement national a réussi à s'implanter. Ça n'est pas laissé au hasard d'avoir choisi ce lieu.

1:33
Emmanuel Macron

Non, c'est aussi montrer que la reconquête, elle se fait par la réindustrialisation, parce que vous avez raison, ces dernières décennies, cette région a perdu beaucoup d'emplois, mais nous nous employons en recré, depuis ces dernières années. On réimplante de l'industrie dans toute la région, que ce soit d'ailleurs dans les terres de Haute-France, qui sont les plus au nord, comme dans celle de l'Aisne. Et donc, on réindustrialise ici, et par la culture. Et cette reconquête, si je puis dire, des cœurs, des esprits, cette réinstallation de la République, elle passe aussi par la culture.

Et donc, pouvoir ici rouvrir ce joyau patrimonial de l'architecture renaissante française, la rouvrir aux écoles, aux habitants, ce qui va se faire dans les prochaines heures, c'est redonner de la fierté. Et c'est sortir d'un discours qui peut être, en quelque sorte, une forme de nostalgie. De repli sur ce point. Une fatalité.

2:26
Présentateur

Il y a de grands absents, aujourd'hui, pour cette inauguration. L'Académie française, une partie des académiciens, a décidé de bouder l'événement. Vous le regrettez ?

2:36
Emmanuel Macron

Non, je ne crois pas à cette théorie.

2:38
Présentateur

Il y a quand même quelques chaises vides, aujourd'hui.

2:40
Emmanuel Macron

Le secrétaire perpétuel de l'Académie française, Amine Mahalouf, est là. Et Barbara Cassin, qui est membre de l'Académie française, a fait partie des commissaires qui ont organisé, structuré ce lieu. Et en tant que protecteur de l'Académie, je sais son attachement. Après, il y a des individus qui sont là. Il y a des individus qui sont là. Il y a des individus qui sont là. Vous savez, la langue française a toujours été un sujet de controverse. Et c'est d'ailleurs notre force. Parce que c'est un sujet passionnel, chez nous. Et donc, dix ans après l'ordonnance de Villers-Cotterêts, un très beau texte de Joachim Dubélé a été pris. Défense et illustration de la langue française.

Et il défendait le français contre la beauté du français, qui n'était pas une langue de barbare. Le défendait-il face aux grecs et aux latins. Donc déjà, il y avait un conflit entre les anciens et les modernes.

3:23
Présentateur

Ce lieu n'est pas un tartuffe. Comme on a pu le lire dans la bouche de Jean-Marie Rouard, l'académicien.

3:29
Emmanuel Macron

Non, si les chagrins qu'ils viennent, et qu'ils regardent, et qu'ils voient, et qu'ils s'aventurent. Je crois que c'est un lieu qui rend d'abord hommage à la langue française, à son histoire, à travers le temps et à travers les continents, qui montre toutes les pages de sa richesse, qui montre une langue qui vit, qui est prise, possédée par les artistes, les habitants, qui change selon les latitudes, et en même temps, une langue qui a été celle de l'État, qui est celle de la norme, de l'unité, comme je l'évoquais. Justement, l'unité. Une langue des jeux de mots. Donc je crois, au contraire, que c'est un lieu. D'abord, c'est un geste patrimonial.

Ensuite, c'est une défense et illustration de notre langue française, pour montrer combien elle joue un rôle politique pour aujourd'hui, pour nous et pour demain.

4:16
Présentateur

Justement, dans le moment que traverse le pays, fait de fractures, quelques semaines après l'assassinat d'un professeur à Arras, non loin de là, est-ce que la langue française peut être un des leviers pour renforcer l'unité du pays ?

4:30
Emmanuel Macron

Elle l'est résolument. La langue française, je le défends, c'est ce que je plaide en inaugurant ce lieu, c'est deux choses. L'unité et l'universalité. L'unité, c'est comme je le disais, c'est ce qui a fait notre pays. Quand on parle mal le français, on est malheureux en France. On ne comprend pas les choses, on ne comprend pas le monde, on ne nomme pas bien les choses, les confusions se créent, les divisions naissent. La langue nous unit. Elle nous unit en reconnaissant d'ailleurs beaucoup de différences.

4:57
Présentateur

Mais ça, vous pensez que les français attendent justement que ce soit la langue française qui les unisse ?

5:02
Emmanuel Macron

Elle contribue à les unir. Bien apprendre la langue à nos enfants et à l'ensemble de nos compatriotes, lutter contre l'illettrisme, c'est un combat politique éminemment important. Et elle contribue en effet à cette unité, je vais encore le redire. L'autre chose, c'est que nous avons toujours pensé notre unité dans l'universalité. Notre langue, et c'est le fruit de notre histoire, de ce que nous avons encore par nos territoires ultramarins, mais aussi de la francophonie, elle est parlée par plus de 300 millions d'habitants à travers le monde. Et elle dit toujours la liberté. Elle a eu des pages sombres par le colonialisme, mais elle dit la liberté.

Et dans un moment où au Proche-Orient, on revit les divisions fondées sur les religions, les tensions politiques, l'impossibilité que certains voudraient nous faire croire de cohabiter, de coexister entre des femmes et des hommes dont la religion, les origines sont différentes, le français a toujours été la langue au Proche-Orient des minorités. La langue de celles et ceux qui aimaient la liberté. Parler français à Beyrouth, à Damas, au Caire, à Alexandrie, c'est être libre et vouloir passer d'une culture l'autre, d'une religion l'autre, d'une minorité l'autre, c'est ça le français.

6:19
Présentateur

Merci beaucoup Monsieur le Président, merci pour cette interview.

6:21
Emmanuel Macron

Merci à vous.

Interview du Président Emmanuel Macron sur France 2. — Emmanuel Macron · Pourquijevote