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interviewC à vous (sur YouTube)· 4 novembre 2025 9 min

“Des vivants” : la fiction au service du devoir de mémoire

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

sont nos invités. Bonsoir. Je vous embrasse.

On est ravis de votre présence ce soir. Cette série est une incroyable et formidable réussite. Plus de 2 heures de prise d'otages.

Ce n'est pas passé au second plan, mais c'était important de raconter cette histoire. Vous vous êtes demandé si c'était le rôle de la fiction de s'en emparer? - J.-X.de Lestrade: Il y a plusieurs interrogations.

La première, c'était d'imaginer s'il y a l'espace pour que la fiction s'empare d'événements aussi tragiques, des événements comme on n'en avait pas connu depuis la Libération. C'était la première question. Je me suis dit assez rapidement que oui, la fiction devait s'emparer de cet événement.

On commençait à oublier. Aujourd'hui, ça fait 10 ans. Pour les victimes, c'est hier.

C'est comme s'il s'était passé une journée. Pour les proches des victimes aussi. Pour le reste de la population, ça commence à être oublié.

La fiction permet de raconter l'événement en le mettant un peu à distance. Toute la violence subie, toute l'horreur subie, on sait que ce sont des comédiens qui la jouent. On peut la regarder.

On peut mieux la regarder. On peut mieux l'accepter. On peut éprouver les émotions qu'on a envie d'éprouver, on peut pleurer, on peut être aimé.

On sait que ce sont des comédiens. Ca fait du bien de voir ça, de pouvoir, 10 ans après, repleurer sur ces événements. - A.-E.Lemoine: On a tous été éblouis par la richesse psychologique de cette série. - P.Cohen: Il faut y entrer, même si on peut avoir une petite hésitation au début.

Ensuite, on n'a pas envie d'en sortir. C'est une série qui prend son ampleur dans la durée, qui n'aurait pas pu exister dans un format cinéma parce que les personnages vivent des émotions tellement différentes d'un épisode à l'autre...

Ce sont des personnages qui vous restent dans la mémoire. J'ai vu les 8 épisodes. Je vis encore avec Arnaud, Marie, Grégory, Stéphane, David et les autres.

Ils ne vous quittent pas à cause de l'intensité de leur interprétation, à cause de l'intensité des émotions et de leur évolution. Sur le plan dramatique, leur évolution est un suspense sentimental. Au milieu de la série, je me suis dit: "Au fond, c'est un film sur la solitude, sur l'impossibilité de communiquer avec quiconque n'a pas vécu une telle horreur." A l'épisode suivant, c'est différent.

Il y a quelque chose d'humain qui reprend le dessus entre les personnages, jusqu'à la scène finale, admirable et magnifique. Je ne vais pas la dévoiler. C'est un long plan-séquence qui nous rassemble, qui vous rassemble.

C'est un concentré de fraternité et d'humanité. - A.Poisson: Merci, Patrick. - A.-E.Lemoine: C'est l'Edito de Patrick. - A.Poisson: Je l'ai dit dans le couloir. - A.-E.Lemoine: Beaucoup d'acteurs ont hésité voire renoncer à s'engager face à la gravité du sujet.

Vous avez hésité aussi, Benjamin? - B.Lavernhe: Oui.

C'est un traumatisme national de toute une génération. C'était en 2013, je ne vais pas faire le matheux, j'étais encore jeune. 2015!

Pardon. 13 novembre 2015. Ca m'a énormément marqué.

Tout le monde se rappelle cette soirée. L'idée d'en faire une fiction, de jouer, je n'avais aucune envie de jouer un otage. Ca me terrifiait.

C'est une limite. Je trouvais ça sacré. Comment s'en emparer?

La question du point de vue est fondamentale. Quand j'ai su que c'était Jean-Xavier, ça m'a rassuré. J'admire énormément son travail.

J'ai vu "Staircase", "Laëtitia". Six épisodes qui se sont transformés en 8. - P.Cohen: C'est basé sur le récit des vrais otages... - A.-E.Lemoine: Je l'ai dit dans le lancement!

Tu ne m'écoutes pas. - P.Cohen: Je ne savais pas que le romanesque avait été à ce point pris à distance. - B.Lavernhe: L'émotion de ma lecture a fini de me convaincre.

C'est savoir que ces potages étaient d'accord. Ils se sont tous concertés et les 7 ont dit: "Oui, on veut bien partager notre histoire." Ce ne sont pas les stars des victimes.

C'est une histoire commune. Ils ont des personnalités différentes. Ca fait série.

Ce n'est pas juste un témoignage de plus. Les 7 sont insensés. - A.-E.Lemoine: Vous incarnez Arnaud et Marie, un couple.

Ils sont parents de 2 petites filles, pris en otage tous les 2. Ils ont vécu la même épreuve mais leur après-Bataclan sera diamétralement opposé. Marie décide de reprendre sa vie comme quand elle s'était arrêtée avant le 13 novembre, et notamment de reprendre le travail. - Je ne sais pas ce qu'il s'est passé.

J'ai bloqué sur mon sac à main. "Si j'ai mon sac, ça va aller." Je ne sais pas, comme un mantra.

Il va falloir alors que j'en parle à ma psy. On va avoir des trucs à se dire! Je ne sais pas...

C'est peut-être parce qu'il y a mon téléphone portable dedans et qu'il y a toute ma vie dedans. Quand les flics ont débarqué et que les terroristes ont voulu négocier, qui a filé son téléphone? Moi!

N'importe quoi. La conne! J'ai filé le truc. - A.-E.Lemoine: C'est le récit que Marie fait à ses collègues quand elle reprend le travail. - P.Cohen: Sous les yeux ébahis de ses collègues. - A.-E.Lemoine: Elle voulait absolument tourner la page.

Elle pensait pouvoir. - A.Poisson: Il y a zéro mode d'emploi.

Chacun répond au traumatisme comme il peut à ce moment-là. Marie, quand vous lui parlez, elle dit que c'était inconcevable de ne pas aller au travail. En plus, elle aimait beaucoup ses collègues.

Elle savait que ça lui ferait du bien. Le 1er truc qu'elle m'a dit, c'est: "Quand je suis arrivée, j'ai fait un sketch." "Comment ça?" Elle a ce tempérament de mettre les choses à distance et d'avoir beaucoup d'humour.

C'est un moyen de survivre et de faire en sorte que les réactions des autres ne soient pas trop envahissantes. Si les gens s'effondrent devant vous, vous allez peut-être vous effondrer. - A.-E.Lemoine: "La compassion, c'est de la merde." C'est un personnage qui le dit.

Il n'en peut plus, des têtes penchées sur le côté. - P.Cohen: Et la résilience également. - B.Lavernhe: Cette attitude qui consiste à dire que ceux qui passent à autre chose le plus vite possible et qui ont la tête haute sont les héros des victimes parce qu'ils s'en sortent plus vite que les autres...

Ca met un temps fou, de se réparer. C'est 1000 étapes. C'est bouleversant.

En 8 épisodes, on voit le temps que ça prend, de recoudre chaque blessure. La résilience, parfois, c'est insupportable. - A.Poisson: C'est un concept chouette au départ mais qui devient une injonction de la société.

Ca rassurerait que tout le monde se relève très vite, très bien et très fort. - B.Lavernhe: La mise à l'épreuve du spectateur de sa propre capacité d'empathie...

C'est hyper émouvant. Comment le père d'Arnaud ne supporte pas la souffrance de son fils... - A.-E.Lemoine: L'acteur est formidable. - B.Lavernhe: Je sais qu'Arnaud tient à dire que ça s'est arrangé avec son père.

Il avait peur de la réaction de son père.