La grande interview de Laurence Ferrari avec Boualem Sansal
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Europe 1 La grande interview Europe 1 CNews, Laurence Ferrari Et notre invitée ce matin dans la grande interview sur CNews et sur Europe 1, c'est Boalem Sansal. Bonjour et merci à vous d'être là. Bonjour à vous. Vous êtes écrivain, vous publiez aujourd'hui même chez Grasset la légende, libre méditation d'un prisonnier encombrant. Ce prisonnier c'est vous bien sûr. Le 16 novembre 2024, vous avez été arrêté en descendant de l'avion à Alger, emprisonné. Vous ne saviez pas pourquoi à l'époque, finalement pour terrorisme, atteinte à la sécurité de l'état, condamné à 5 ans de prison. Ce livre c'est autant une oeuvre littéraire qu'un acte politique, Boalem Sansal.
Comment vous l'avez voulu, comment vous l'avez écrit, comme un coup de poing dans l'estomac pour ceux qui allaient vous lire ?
Non, c'était vraiment de manière tout à fait raisonnée. Moi, il était dès le départ dans mes intentions d'attaquer un jour M. Tebboune pour séquestration, kidnapping. Le président algérien. C'est le président. Non, ce n'est pas le président algérien. C'est le chef de l'Algérie. Président, je ne lui reconnais pas ce titre de président. Il n'a pas été élu, il a été imposé par l'armée. Il se comporte comme un vulgaire dictateur. Je ne peux pas le reconnaître comme président. Et il vous a pris en otage, Boalem Sansal ? Oui, je me considère vraiment comme otage. On ne m'a administré aucune preuve de ce dont on m'accusait. Terrorisme, espionnage, atteinte à la surcée de l'état, etc.
C'est mille trucs, accusations. Aucune ne repose sur rien du tout. C'est tout simplement une opération, une marbouzerie politique dans le conflit que le gouvernement algérien entretient avec la France pour des raisons qui sont les siennes. Et voilà, j'avais besoin de moi, de Christophe Glees.
Christophe Glees, dont on espère tous la libération, vous pensez qu'elle peut survenir rapidement ?
Moi, ça fait oui. Je pense que maintenant, on voit bien que c'est sincère ou pas, je n'en sais rien. Je ne crois pas que ce soit sincère. Il y a un rapprochement des deux gouvernements. Et la meilleure démonstration que les choses vont nous faire croire, qu'elles vont dans le bon sens, c'est de commencer par libérer l'Église avant de discuter du reste. Voilà, ça c'est le premier geste. Je veux dire que c'est urgent. Je pense que le gouvernement français devrait se montrer très intraitable sur cette question. Si le gouvernement algérien veut prouver qu'il est dans une démarche vertueuse, il faut libérer Christophe Glees tout de suite.
Commencer par libérer Christophe Glees. La légende, c'est le surnom que vous en donnez, les prisonniers qui vous entouraient à Coléa, dans cette prison d'Alger. Pour quelle raison ce nom a commencé à courir les couloirs de la prison ? Quel espoir est passé en vous ?
Parce qu'il s'est passé quelque chose. Moi, j'ai découvert après. Moi, j'ai été arrêté et mis au secret. Et donc, partout, en Algérie, en France, et partout, on se posait la question, où est passé Bolym Sonsal ? Alors, ils en disaient, il a disparu, il est mort, il est peut-être malade, il est peut-être amnésique. Bref, chacun a échafaudé, y compris ma femme, qui ne savait pas du tout. Et puis, ce qui pesait lourd dans l'affaire, c'est que mon téléphone ne répondait pas. Tout le monde m'appelait sur mon téléphone portable. Et qui était fermé. Et donc, il y a toute une fantasmagorie qui, pendant cette semaine, qui a nourri les imaginations, les imagineurs des uns et des autres.
Et c'est là qu'est la légende. Et puis, huit jours après, le gouvernement, les autorités algériennes me sortent de cette machin et me présentent à la justice. Voilà, médiatiquement, ça a été un coup formidable pour le gouvernement algérien. Et voilà. Donc, quand je suis arrivé en prison, ils ne savaient pas que vous m'appelez. Ils m'ont rappelé que la légende... D'accord. Mais vous, vous ne viviez pas comme une légende. Vous viviez comme un homme normal, frappé par une injustice totale. C'est tout à fait normal. Mais ça m'a interpellé. Pourquoi m'ont-ils appelé ? Après, je me suis dit, je crois qu'ils ont fait un transfert sur moi. Ils se sont dit, c'est un opposant du régime.
Derrière lui, il y a la France. Il y a toute l'Europe. Le régime va tomber. Et si le régime tombe, on sera libéré. On sera libéré. Voilà. Et c'est comme ça. Donc, il y a un transfert, tout simplement. Mais moi-même, j'ai fait ce transfert. Moi, je sais bien que je ne suis pas une légende. Mais pourquoi ils m'ont rappelé la légende ? Et moi-même, j'ai commencé à faire un transfert sur le comité de soutien de Bonhamsan. J'imaginais... Votre phalanche solaire, comme vous. Oui. Je disais, mais qui c'est ces jours-là ? Et pourquoi ils font ça ? Et c'était formidable. Et du coup, je commençais à vraiment me prendre au sérieux. J'étais... N'est-ce que le Mandela, quoi ? Non.
Je sais que vous ne me le pensez pas. Alors, cet comité de libération s'est activé beaucoup pour votre libération. Et ils avaient compris ce que vous vouliez. Vous ne vouliez pas de la grâce présidentielle de M. Théboune. Vous vouliez être rétabli dans vos droits, ce qui n'a pas été le cas à Bonhamsan Sanzal.
Mais c'était... Le conflit était interne au comité. Donc, il s'est créé un comité, je crois, à l'initiative d'Antoine Gallimard. Votre ancien éditeur. Voilà. Et puis, beaucoup de gens ont rejoint ce comité. Mais très vite, ils étaient... Entre eux, ils n'étaient pas d'accord sur la démarche. Il y a ceux qui disaient, bon, il faut faire un profil bas. Et voilà. Bonhamsan Sanzal est entre les mains de ces gens-là. Ils sont dangereux. Ils peuvent le tuer. Il est malade. Et il faut y aller mollo-mollo. Et puis, d'autres, ils disaient, mais pas du tout. C'est des bandits. C'est exactement ce qu'ils font si vous vous mettiez à genoux et que vous leur lèfiez les pieds.
Il faut taper sur la table et les acculer. Et peut-être même au besoin, prendre des sanctions fortes. Je ne sais pas, financières, politiques. Je ne sais pas. Fermer l'ambassade. Voilà. Rappeler son ambassadeur. Des gestes forts, en tout cas. Voilà. Et le comité, c'est divisé en deux. Et moi, en prison, je ne comprenais pas. On me parlait d'un comité. Et puis, ensuite, on me parlait de deux comités. Moi, je me suis dit, c'est fichu. Ceux qui me défendent n'arrivent pas à s'entendre. C'est clair. C'est clair.
Et vous aviez peu d'informations dans cette question ? Aucune.
Vous avez été torturé psychologiquement et physiquement, on le rappelle. Bon, physiquement, non, c'est des bruites. Ils bruisent le mot. Pas le mot torture, c'est plutôt des brutalités, quoi. Voilà. La petite violence de gardien qui vous pousse. Enfin, ils aiment bien humilier aussi. Je ne sais pas. C'est la nature humaine. C'est une dépossession du temps. Ah non, ça, c'est terrible. Ça, c'est terrible. Voilà. On découvre que, finalement, l'être humain, c'est quoi ? C'est un paquet de temps. Il y a du temps en nous. Du temps ancien. Celui de notre enfance. C'est notre temps présent. Puis ce temps d'anticipation sur l'avenir. Et ça, c'est cassé. Et donc, du coup, vous n'avez plus de passé.
Vous n'avez plus de présent. Vous êtes dans un couloir. Un couloir de temps. C'est à la minute. On vit à la minute. Ce qui est important, c'est maintenant. Le reste, on n'arrive même plus à imaginer. C'est terrible. La dépossession du temps, je crois que c'est un truc sur lequel il faut étudier. Il faut appuyer, je ne sais pas, les spécialistes, les psychiatres, les machins. Et tout ça sans pouvoir lire, sans pouvoir écrire. Vous dites que vous vous raccrochiez au livre, aux poésies que vous saviez et que vous récitiez dans votre tête. Eh bien, faute de livre. Parce que nous, on est les gens du livre. Sans le livre, on n'est rien du tout. Et c'est vraiment terrible.
Et donc, j'avais lancé cet appel. J'avais demandé au gardien, au directeur, s'il vous plaît. Bon, c'est comme ça. Oui, si vous voulez un livre, on vous donne. C'est le courant. Puis des livres religieux. Bon, c'est pas ma salle de thé. Moi, je veux lire. Bon, rien. Mais quand même, j'ai lancé l'information dans la prison. Et puis, les prisonniers, chacun dans son petit coin. Et finalement, j'ai reçu au moins deux livres que j'ai lus avec un bonheur inimaginable. Victor Hugo, Notre-Dame de Paris. Et puis, Monterland, que j'adorais. J'ai perdu de vue depuis des années et des années. Et j'ai retrouvé Monterland, que j'adore vraiment.
C'était un des auteurs qui m'avait beaucoup, beaucoup, beaucoup fasciné. Et puis, pour une raison aussi très... que j'aimerais pouvoir raconter. Monterland, tout le monde le sait, était suicidaire, n'était pas bien du tout. Et bon, sa famille qui est très riche, le balader d'un pays à l'autre pour qu'il retrouve un peu ses esprits. Et puis, un jour, on lui dit, écoute, tu devrais aller à Alger. C'est bien le soleil, l'exotisme. Alors oui, bon, d'accord. Pour une petite semaine, il arrive et il reste cinq ans. Grand amour d'Alger. Et là, il a écrit un livre. Et c'est ce livre que j'ai découvert, qui m'a fait découvrir Monterland. Et il a écrit un petit livre d'une trentaine de pages.
Il y a encore des paradis. Il y a encore des paradis. Où sont-ils les paradis aujourd'hui ? Il n'y a plus de paradis maintenant, c'est fini. Le monde autour de nous est en train de s'effriter. Il y a des guerres partout. Mais les guerres, ce n'est pas vraiment, ce n'est pas ça qui abaisse l'homme. C'est cette misère morale dans laquelle on se laisse vivre là-dedans. Tout s'entraîner. Oui, oui. Il est quasiment impossible d'échapper à la déchéance. Elle est générale. C'est comme la gravité, en fait. La gravité, dans tout l'univers, ne laisse rien derrière elle. Elle empiece tout. C'est une civilisation qui se compre.
Y compris les galaxies, oui, oui, on est dans une culture, une civilisation de la déchéance. On y prend goût parce que ça nous déresponsabilise. C'est l'État, on ne sait pas qui, c'est l'ONU, ce n'est pas l'ONU. On est là, on vit petitement. On vit dans la petitesse. C'est agréable aussi. On n'a pas de soucis. Voilà, c'est terrible.
Boulême Sansal, vous êtes l'invité exceptionnel de CNUS Europe 1 ce matin. Vous dites que dans la prison, il y a un nom qui se murmure, qui passe les murs des cellules, c'est l'ONU de Bruno Retailleau. Quand il arrive, il se sert de l'intérieur. C'est son nom qui arrive jusqu'à vous. Parce qu'il y avait, ça véhiculait quoi, un espoir, un ton plus ferme vis-à-vis de l'Algérie.
Vous savez, un prisonnier, c'est quoi ? C'est deux grandes oreilles. On est là parce qu'on est mort. Il faut imaginer que beaucoup de prisonniers sont là pour la vie. Il est condamné à mort, il est condamné à perpétuité, 30 ans, 40 ans. Et la vie est réelle, la perpétuité. Voilà. Et donc, on vit sur les rumeurs. Et on est là. La moindre rumeur prend des proportions colossales. Et bon, là, tout était négatif. Thébou, il est entré à l'Algérie dans sa propre déchéance. Bon, on est perdu. Puis un jour, on entend une voix. Alors, une voix qui parle fermement, c'est mon copain, nous, on se connaît depuis longtemps, mon copain Bruno, ministre de l'Intérieur. Ah, ça y est, il va nous sauver.
Parce qu'il a lancé des mesures très fortes. Bon, malheureusement, il n'a pas été suivi. Il y avait d'autres démarches concurrentes de celles-ci. C'était de profil, de faille négocier, de la diplomatie, ce qui est bon. Et il faut faire de la diplomatie, bien entendu. Le ministère des Affaires étrangères, c'est fait pour ça. Alors, il est dans son rôle, comme le ministre de l'Intérieur est dans son rôle aussi.
Laurent Nunez, aujourd'hui, il est dans son rôle, Laurent Nunez, quand il reçoit son homologue algérien, hier, à Paris, pour relancer la coopération.
Pour moi, c'est regrettable. Pour lui, c'est dans son rôle. Il reçoit son homologue. Bon, moi, j'aurais voulu, j'aurais cru, et que ça me paraîtrait normal, si Christophe Goulez avait été déjà libéré. C'est ce qu'on a dit. Mais là, et donc, ils le tiennent encore en otage. Pourquoi vous ne l'avez pas libéré ? Puisque vous voulez renouer les relations avec la France et des échanges. Depuis un mois, on voit bien, ça s'accélère. Pourquoi vous ne l'avez pas fait ? Donc, ça veut dire que vous êtes toujours dans l'esprit. Je garde quelque chose en main. Au cas où Macron, au truc, et nous avons encore eu une de ses phrases tordues, hop, et on va brandir Christophe.
Ça, ça fait que moi, je n'y crois pas trop.
Les rapports entre la France et l'Algérie, pourraient-ils se pacifier un jour, selon vous, Boalem Sansal, qui avait été détenu un an en Algérie, pour avoir osé écrire des livres et osé les écrire en France ?
Il ne faut pas poser la question comme ça, parce que l'Algérie, c'est une abstraction. Non, le gouvernement. Ce gouvernement-là, non. Voilà. Il est... C'est ce qu'avait dit... C'est un diagnostic formidable, et tout à fait vrai, fait par Xavier Rencourt. Le gouvernement algérien ne connaît que le rapport de force. Voilà, c'est tout. Et le rapport de force, il a réussi à l'inverser en sa faveur. Donc, depuis que Teboun est arrivé au pouvoir, il a réussi. Le rapport de force est du côté de l'Algérie. Et la France, pour ses raisons, mais beaucoup d'autres, elle est dans une phase d'affaiblissement.
Elle cède sur beaucoup de plans, vis-à-vis de tout le monde, et pas seulement vis-à-vis de l'Algérie, vis-à-vis un peu de tout le monde. De sa propre population. Oui, voilà. Regardez ce qui s'est passé hier, ce n'est pas normal.
Oui, ce qui s'est passé, les violences en marge de la victoire du PSG,
pour vous, c'est pas normal ? Oui, mais je trouve que le gouvernement n'a pas assez condamné cela. Oui, ils ont déploré. Mais sommes-nous encore au stade de la déploration ? Non, mais c'est l'État qui est en train de s'effondrer, parce qu'en toute occasion, match de foot, en toute occasion, il y a une violence volcanique qui se déchaîne, et du coup, ça relève maintenant de l'ordre naturel. C'est un ordre naturel que chaque match se termine comme ça. Mais non, ce n'est pas un naturel. Le naturel, c'est que force doit rester à la loi, en toutes circonstances.
C'est une jeune partie de la jeunesse française qui dit sa haine de la France, pour vous, Bolem Sanse.
Oui, mais on comprend. Il y en a qui n'arrivent pas à s'intégrer, d'abord parce qu'ils ne le veulent pas, ou parce qu'on les empêche, les imams peut-être, leur gouvernement. Vous savez, les gouvernements algériens et autres veillent en quelque sorte sur leur diaspora. Ils veulent que les Algériens restent entre eux et qu'ils ne s'intègrent pas. Il faut rompre cela. Il faut faire en sorte que quand quelqu'un s'installe en France, il devienne français. il n'est pas seulement un habitant du pays. Derrière, il y a une citoyenneté. Une histoire. Il y a une histoire, oui. On adhère à un récit national. Et là, ce n'est pas le cas. Le séparatisme, le communautarisme, etc.
Ils font que, en fait, la France existe ou telle, ou il y a peut-être deux Frances qui sont en train de cohabiter. Elles le font la plupart du temps, peut-être pacifiquement, mais de temps en temps, ces déruptions, ce n'est pas normal, ça.
Boalem Sonsal, votre livre, c'est la légende, sort aujourd'hui aux éditions Grasset. Dans votre livre, vous avez des mots très forts sur la religion. Vous dites que dans trop de pays musulmans, l'islam est une chape brutale, est une chape brutale jetée sur une faillite historique, une manière de défigurer l'expérience sublime de la liberté, ce trésor ultime confié par Dieu aux hommes de bonne volonté.
La religion, comme tout le reste, devient une idéologie. C'est comme, je ne sais pas, le communisme, au départ, c'était un humanisme, un progressisme. C'est ça, c'est le progrès. On s'occupe du peuple. On a mis le peuple au centre du système. Et puis, voilà. Et les institutions travaillent pour le peuple, pour améliorer sa condition. Et qu'est-ce qui s'est passé ? Eh bien, on a inversé les choses. L'État est au centre, et le peuple est au service de l'État. Et la religion, c'est la même chose. Je pense que Dieu a mis l'homme au centre pour qu'il s'occupe de lui-même. La meilleure façon d'être un humain, c'est de s'occuper de soi-même en tant qu'être humain.
Et pas confier ça, ni à ceci, ni à la magie, ni à un magicien, ni à Dieu, ni à Satan. C'est soi-même. Je me confie à moi-même. Et là, la religion se comporte comme une vulgaire idéologie. Et l'islam, peut-être plus que les autres religions, qui, elles, bon, ils ont fait leur temps, elles ont perdu de leur virulence et de leurs ambitions premières. Mais l'islam reste très totalitaire. Je ne comprends pas qu'on soit choqué quand je dis ça. C'est un constat qu'un gamin de 5 ans peut faire. C'est une chape de plomb. L'islam, il vraiment fonctionne comme une chape. On aimerait qu'il revienne à son récit premier. Voilà. Mais ce n'est pas le cas.
Ce n'est plus qu'une jurisprudence, une loi de plus en plus dure, de plus en plus radicale. et puis ensuite, il s'est créé des sous-systèmes, l'islamisme, le salafisme, le rabisme, etc., pour contraindre encore de manière plus forte et il faut rompre ce cercle-là et rendre l'islam à son récit. Origine, voilà.
Originelle. Vous, Alain Sansal, vous dites dans votre livre, vous racontez le retour aussi, le retour à Paris. D'abord, vous réalisez dans l'avion que vous avez été gracié et vous dites mais je ne voulais pas être gracié.
Non, mais c'est insupportable. C'est insupportable. C'est insupportable. Je n'arrive pas à vivre cette... Quand j'ai appris au cours de l'été, donc moi j'étais libéré au novembre, au cours de l'été, ça circulait beaucoup en prison. Les gardiens me disaient tout fièrement Ah bon, là, tu vas sortir bientôt, oui, oui, oui. Et puis, quand à un moment donné, on a entendu parler du message du président allemand, etc. Ah, j'ai dit non, ce n'est pas possible, je ne vais pas être gracié. Vous ne vouliez pas être gracié,
pourquoi ? Vous vouliez qu'on rétablisse vos droits.
Mais c'est ça. Je veux aller devant une vraie justice et qu'on punisse ceux qui m'ont fait cela. Pas seulement, à la limite, bon, je suis libre. Non, mais ce n'est pas possible. Donc, c'était une victoire du président Tebboune. Oui, non, non, ça, ce n'est pas possible. Et donc, j'avais écrit au président Tebboune, j'apprends, je lui dis, voilà, monsieur le président, j'apprends que, que, que, je vous apprends que je refuse toute grâce d'office, je la refuse. Si vous, si, le président allemand qui avait demandé un geste d'humanité, si vous-même voulez répondre à cela, faites un nouveau procès avec mes avocats et si possible, un observateur international ou deux.
Voilà, et là, s'il me condamne, j'accepte. Mais, voilà, mais sinon, comme, de toute façon, il n'y a rien, je veux être acquitté et éventuellement avec des dommages et intérêts et même comme ça, ce n'est pas fini parce que je veux ensuite votre procès. Pourquoi vous avez fait ça ? Pourquoi ? Qu'est-ce que je vous ai fait pour que... J'ai parlé de la frontière et de ceci, mais je parle comme je veux, je suis libre. Voilà, c'est tout. Et puis, d'ailleurs, je ne l'ai pas dit en Algérie, je l'ai dit en France. En français, et je m'adresse au français. En quoi ça vous concerne ? Et je suis français,
en plus. Aujourd'hui, vous êtes algérien réfugié en France ou français d'Algérie ?
Non, non, je suis français, point. Français ? Oui, donc, ils ont désactivé mon passeport. Ça veut dire quoi ? Quand on ne veut pas de moi. Merci. Alors, quel est mon statut, alors ? En France, je suis français, mais... Donc, vous êtes français. Et vous rêvez de retourner un jour en Algérie ou plus du tout ? Mais je le veux parce que c'est une de mes libertés de je veux aller où je veux. Voilà, c'est tout. Enfin, où je veux. Je ne peux pas aller en Chine comme ça parce que je le veux. Il faut aussi, dans le cadre des lois, il faut un visa, il faut... Évidemment, je vais pouvoir exercer ma liberté dans le cadre des lois existantes. Mais là, en l'occurrence, c'est quoi ?
Je suis Algérien, on m'a enlevé mon passeport. Pourquoi ? Donc, vous n'êtes pas patrie, vous êtes français. Alors, peut-être... Oui, heureusement. C'est que je suis français et qui me permettra d'envisager la suite, c'est-à-dire attaquer M. Teboune en justice.
Vous, Alain M. Sansal, vous publiez ce livre, effectivement, qui est une ode à la liberté, au fond. C'est ce qui vous caractérise. Vous êtes un homme libre. Vous avez été blessé par la cabale médiatique qui a entouré l'annonce de la publication de ce livre chez Grasset. Vous avez changé d'éditeur. À un moment, vous avez même dit je vais quitter la France. Évidemment, vous ne le confiez pas,
peut-être ? Non, mais franchement, pour moi, c'est une douleur immense. Je sais qu'il y a un cabal, les gens, ils se font foutre. Ils sont peut-être tout à fait heureux que je souffre. Tant mieux pour eux. Mais pour moi, c'est une douleur inimaginable. C'est-à-dire que ceux qui m'ont fait du mal, aujourd'hui, se posent en victime. Moi, je n'ai pas demandé à venir chez Gallimard. On m'a sorti de prison, on m'a amené à Berlin. Il m'a dit mais qu'est-ce que je fais à Berlin ? Pourquoi moi ? On me crassive, on me sort en Algérie, je rentre chez moi à Boumades, je retrouve ma femme. On me jette dans un avion, on m'amène en Allemagne. Quel est mon statut ? On ne sait pas.
Ensuite, on me met dans un avion, on me ramène à Paris. Quel est mon statut ? Bon, heureusement, je suis français, donc au moins ça. Et puis, je sors de chez Macron qui m'a reçu très gentiment. Merci, M. Macron. Brigitte aussi a été charmante avec ma femme et vraiment, elle nous a bien reçus. C'était très bien. Et là, on sort de l'Elysée et on m'emmène où ? Je ne sais pas. Je suis dans une voiture avec des gendarmes. On m'emmène chez Gallimard. Je ne s'ai pas demandé à venir chez Gallimard, j'aurais voulu être... C'était votre ancien éditeur. Apparemment, il y avait un accord entre Gallimard et l'Elysée ou Quai d'Orsay, je ne sais pas quoi, pour que...
Bon, et puis, je comprends qu'on me dit qu'il ne faut pas parler parce qu'il y a une partie difficile avec le gouvernement algérien, Christophe Gleize et bon, très bien, je vais modérer mon propos et je ne parle pas de procès contre Théboune etc. On vous a demandé de vous taire ? Et puis, à un moment donné, subisement, mais subisement. Gallimard nous a hébergé en disant, en disant à ma femme, devant témoin, Jean-Paul Scarpita qui est au Mont-Lapis et qui a tout le monde collé, il dit, bon, tu es chez toi ici, tu restes tout le temps que tu veux jusqu'au moment où tu régleras ton problème, etc. Ben, parfait.
Mais j'ai toujours resté chez moi, chez Gallimard, ce sont mes amis, mes meilleurs amis du monde.
Et puis, tout d'un coup,
j'ai besoin de mon appartement. Ben, vous d'accord, mais quand... Donc, vous vous retrouvez dehors ? Et il me dit tout de suite, attendez, sous 8 ans, c'est une expulsion, ou quoi ? Bon, bon, allez, sous 15 ans. Non, j'ai dit, ni 8 ans, ni 15 ans, tout de suite. On va partir tout de suite. Et donc ? Voilà, et donc après, je suis dehors, chômeur, je n'ai pas d'argent, mon compte était bloqué, je n'ai pas de vêtements, je n'ai rien du tout. Et voilà, je... et là, je ne remercierai jamais assez mon comité de soutien. De soutien. Arnaud Benetti, Noël, Xavier Drioncourt, Jean-Michel Blanquer, et Kamel Benchir, et Kamel Daoud, etc. qui sont mobilisés, ils s'occupaient de tout.
Ils ont couru dans tous les sens pour me trouver un piétateur, pour ci, pour autre. Et puis, c'est comme ça que j'ai rencontré Arnaud Lagardère. Bla, bla, bla, on discute, viens chez nous. de toute façon, je cherche un éditeur, chez toi ou ailleurs, je cherche un éditeur. C'est gracé. Voilà. Et puis, il me dit, quand on est ton profite, machin, à gracé, tu seras très bien. On me présente, Jean-Christophe Thierry, un homme absolument formidable, d'une... extraordinaire. Nora, j'arrive, je suis tombé amoureux de Nora, Olivier Nora, en cinq minutes, un vrai éditeur, intelligent. Je lui donne quelques feuilles, bonnes feuilles, de mon truc, qui le lit. Ah, il me dit, mais c'est formidable.
Mais oui, on va publier. Eh bien, voilà, ça y est, mes problèmes étaient réglés. Et là, ensuite, Gallimard, il se met dans la position de la victime. Mais vous m'avez mis dehors. Et la campagne... En plus, alors, il faudrait que je... Alors, on me vide de l'appartement, mais on veut que je reste chez Gallimard. Et l'humiliation entre les deux, vous en faites quoi ? Et puis ensuite, et la cabale a été amorcée par Jean-Marie La Glafthine, qui publie un truc, il a eu l'élégance quand même de m'avertir. Mais il dit, écoute, Jean-Marie, tu fais ce que tu veux, tu publies, mais les... Toute la vérité.
Tu ne dis pas, bon, l'homme sans sale, dit court, il a été acheté, un million, patati, patata, boloré, la bolosphère. Ok, dis ce que tu veux, mais dis aussi comment ça a commencé. C'est que Antoine m'a fichu dehors. Vous avez raison. Et que je t'en ai parlé et que tu es resté pendant une heure à m'écouter comme ça, tu étais triste et tu ne savais pas quoi faire. Et bien, je te dis, moi je sais quoi faire, je m'en fais. Voilà, c'est tout.
Vous êtes là aujourd'hui et vous publiez ce livre qui est magnifique, qui est un grand livre littéraire et un ouvrage politique, La Légende, aux éditions Grasset. Merci beaucoup. Merci beaucoup à vous. Vous êtes venus ce matin sur nos antennes, sur CNews et sur Europe 1. Vivement le prochain livre. Merci beaucoup. Bonne journée à vous. Merci. Merci Boalem Sansal, merci Laurence Ferrari. Dans un instant, vos signatures Europe 1, le journal de Roland-Garros également. A tout de suite.