LE GOUVERNEMENT ABANDONNE LES SMICARDS
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« Depuis 2007, le SMIC a perdu 5% par rapport au salaire horaire moyen. »
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« En Grande Bretagne, le salaire minimum est de 9,45 euros, mais les CONSERVATEURS se sont engagés à le faire passer progressivement à 12,6 euros. »
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« Une hausse de la prime d’activité contribue davantage à réduire la pauvreté qu’un relèvement du Smic. »
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« La meilleure mesure de lutte contre la pauvreté serait la hausse du RSA, que les experts officiels refusent pour maintenir l’écart entre le RSA et le salaire minimum. »
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Comme chaque année depuis 2008, le groupe d’experts prétendus indépendants a rendu début décembre son rapport dans lequel il recommande au gouvernement de ne pas donner de coup de pouce au SMIC, de s’en tenir à la revalorisation automatique, soit l’inflation et la moitié de la hausse du pouvoir d’achat du salaire horaire des ouvriers et des employés. Nous pouvons vous donner une information exclusive : ce groupe fera la même recommandation en décembre 2020, en décembre 2021, et tant qu’il existera dans sa composition actuelle, c’est-à-dire sans le moindre pluralisme. Pire, ce brillant groupe demande régulièrement que soit supprimée la revalorisation automatique du pouvoir d’achat du SMIC et même son indexation sur l’inflation.
C’est le gouvernement qui choisirait arbitrairement d’augmenter le SMIC, comme il le fait pour l’indice des traitements de la fonction publique qui a perdu 19% de pouvoir d’achat depuis 2000. Déjà, depuis 2007, le SMIC a perdu 5% par rapport au salaire horaire moyen. La plupart des pays développés ont aujourd’hui un salaire minimum.
Celui-ci valorise le travail, il contribue à assurer un niveau de vie minimal à tous les salariés et à leur famille, il limite la concurrence des entreprises par les bas salaires. En Europe, il contribue à décourager l’emploi de travailleurs détachés. La France peut-elle baisser son salaire minimum, après avoir préconisé que tous les pays européens adoptent un salaire minimum égal à 60% du salaire médian ?
Le SMIC français, à 10 euros de l’heure, n’est pas à un niveau extravagant. En Grande Bretagne, le salaire minimum est de 9,45 euros, mais les CONSERVATEURS se sont engagés à le faire passer progressivement à 12,6 euros. Pour ces experts, le haut niveau du SMIC serait un frein à l’emploi des salariés dit non-qualifiés.
Depuis 1993, cette thèse a incité les gouvernements successifs à mettre en place des exonérations de cotisations-employeurs sur les bas-salaires qui sont devenues de plus en plus importantes. En 2019, elles représentent plus de 40 points de réduction au niveau du SMIC et un coût de l'ordre de 57 milliards d'euros. Ces exonérations fragilisent le financement de la Sécurité sociale.
Elles incitent les entreprises à créer une catégorie spécifique d’emplois au SMIC, à temps partiel, précaires, sans perspective de promotion, coincés dans une trappe à bas salaires. Elles favorisent les entreprises à bas salaires au détriment de celles qui font des efforts pour payer et pour promouvoir leur personnel. Les emplois créés ne correspondent pas à la qualification croissante des jeunes.
Une deuxième thèse est que les travailleurs dits "non-qualifiés" refusent de prendre les nombreux emplois disponibles car l’écart entre le RSA et les prestations chômage d’un côté, et les revenus du travail de l’autre, n’est pas assez grand. Les experts officiels soutiennent donc les mesures iniques de baisse des allocations chômage des précaires. Ils proposent la hausse de la prime d’activité, puisque celle-ci est à la charge de l’État et non pas des entreprises.
Selon eux, « une hausse de la prime d’activité contribue davantage à réduire la pauvreté qu’un relèvement du Smic ». Mais, la prime d’activité est une prestation d’assistance, alors que le Smic est un salaire. Le SMIC reconnaît la valeur du travail, la contribution du travailleur à la production.
Il donne droit à des prestations retraite et à des prestations chômage. Beaucoup de femmes n’ont pas droit à la prime d’activité en raison du salaire de leur conjoint. Les Smicards perdent la prime d’activité quand ils deviennent chômeurs, ce qui plonge leur famille dans la pauvreté.
La prime d’activité est d'ailleurs remise en cause par le projet d’un Revenu Universel d’activité, qui serait soumis à un contrôle de recherche d’activité, comme si les salariés payés au SMIC pouvaient choisir de travailler plus. Ces travailleurs n’ont pas besoin de plus de contrôle, ils ont besoin de mesures fortes contre les contrats précaires, contre la sous-traitance, contre les temps partiels subis. Par ailleurs, la meilleure mesure de lutte contre la pauvreté serait la hausse du RSA, que les experts officiels refusent pour maintenir l’écart entre le RSA et le salaire minimum.
Les experts ont trouvé un nouvel argument : le ralentissement de la croissance mondiale. Pourtant, dans cette conjoncture, il faudrait plutôt soutenir la demande, donner du pouvoir d’achat aux ménages que faire l’inverse. Les entreprises exportatrices ne paient généralement pas leurs salariés au Smic, qui concerne surtout les secteurs du service à la personne, des hôtels-cafés-restaurant, du nettoyage, de la grande distribution.
Début 2020, les experts seront bien-sûr entendus. Le gouvernement ne donnera pas de coup de pouce au SMIC. Quelle belle victoire !
Tant pis pour les smicards. La meilleure façon de se payer un costard, c'est de travailler !