Libération de Boualem Sansal : une victoire de la diplomatie ?
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 40 %Attaque 30 %Défensif 30 %
Questions et réponses
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Une date symbolique pour libérer B.Sansal.
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L'Algérie est un pays isolé aujourd'hui sur la scène mondiale.
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Le changement de discours a tout de même été public, officialisé par L.Nunez.
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Vous n'avez jamais craint qu'elle faiblisse, cette mobilisation?
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Les proches de C.Gleizes ont été les rares personnes à alerter sur la détention de leur fils.
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:00Me F.ZimerayFait
« 3 rapporteurs spéciaux, solides et sérieux, ce n'est pas toujours le cas, ont fait un rapport extrêmement cinglant sur l'Algérie, qui a été publié il y a quelques jours. »
- 3:00Me F.ZimerayFait
« La fermeture des visas, ça a produit des effets. »
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une date symbolique pour libérer B.Sansal. Tout de même, on a demandé à un certain nombre de personnes de se faire plus discrètes quand ils parlaient de l'Algérie, notamment B.Retailleau. - A.-E.Lemoine: Il y a eu beaucoup d'espoirs douchés tout au long de cette année. - Me F.Zimeray: J'ai du mal à réaliser.
Souvent, on a cru être au seuil de cette libération. Depuis un moment, nous avions des signaux convergents et une analyse qui menait à penser que s'il y avait un moment, ce serait celui-là. Je crois que c'est passé beaucoup sous les radars...
Je n'ai rien fait pour le rendre visible...
Une mobilisation au niveau onusien. Au printemps, nous avons saisi le Haut-Commissariat des droits de l'homme avec une plainte. 3 rapporteurs spéciaux, solides et sérieux, ce n'est pas toujours le cas, ont fait un rapport extrêmement cinglant sur l'Algérie, qui a été publié il y a quelques jours.
Le "franco-algérien" nuit, on l'avait vu, à B.Sansal. Tout le travail était de sortir de cette dimension franco-algérienne, qui est tellement polluée, où chacun rejoue ses guerres, son passé...
L'Algérie est très sensible à son image sur le champ multilatéral. Ca a joué. - P.Cohen: L'Algérie est un pays isolé aujourd'hui sur la scène mondiale. - Me F.Zimeray: Elle n'a pas besoin de l'être plus encore. - P.Cohen: La visite en Allemagne envisagée par Tebboune est un signe d'ouverture, mais elle n'aurait été possible qu'après la libération de B.Sansal. - Me F.Zimeray: Dernier petit commentaire, si vous me le permettez...
Oui, la diplomatie, les efforts constants de la diplomatie au contact de la défense, de la famille, de l'éditeur, cela doit être salué. Mais ces efforts n'auraient pas porté sans...
De l'époque précédente, nous gardons des décisions de fermeté qui ont produit leurs effets. La fermeture des visas, ça a produit des effets. Les mesures très dures qui ont été prises sur certains membres de la nomenklatura algérienne ont produit des effets.
Ils ont été érigés à un niveau européen. Ceux qui n'avaient pas le visa en France ne l'avait pas dans les autres pays européens. Sans doute les mots de cette époque ont heurté et entravé la possibilité d'un accord négocié à ce moment-là, mais les actes de cette époque ont quand même ouvert la voie à la décision annoncée aujourd'hui. - P.Cohen: Le changement de discours a tout de même été public, officialisé par L.Nunez, qui était à votre place il y a 15 jours sur le plateau de "C à vous".
On réécoute ce que disait le nouveau ministre de l'Intérieur. - L.Nunez: C'est quand même un problème qu'on n'ait pas de relations sécuritaires avec ce pays.
C'est l'ancien coordinateur national du renseignement qui vous parle. Je parle du canal sécuritaire. C'est de ma responsabilité.
C'est une forme de rupture avec ce qui se disait avant. - P.Cohen: "Une forme de rupture"... - Me F.Zimeray: Dans les mots, mais les actes posés avant ont été utiles. - E.Girard: C'est stratégique de la part des Français d'utiliser ce langage-là.
Par ailleurs, des actes de fermeté ont porté leurs fruits, mais aussi une pression des comités de soutien qui est hyper importante. La stratégie, c'est de ne pas parler de ça et de parler de ce qu'on peut construire d'intéressant pour les Algériens à la partie algérienne. Aujourd'hui, c'est cette stratégie-là qui a fonctionné. - Me F.Zimeray: Quitte à faire semblant de l'oublier.
Beaucoup de gens disaient qu'il fallait se mobiliser tout le temps. Il y a des moments, comme rien ne marchait, on se demandait s'il ne fallait pas feindre un faux oubli pour rendre cette solution possible. Tout ce qui pouvait ressembler à une concession aux exigences de la France, aux demandes de la France, ou même une attente du corps social français était vain... - A.-E.Lemoine: Voire mal perçu. - E.Girard: Toutes les démarches sont absolument complémentaires. - P.Lescure: Durant toute cette année, on a vu des manifestations plus ou moins spontanées.
Le 25 mars dernier, une manifestation devant l'Assemblée nationale. - Je suis venue pour soutenir la liberté d'un écrivain. Je trouve absolument abominable qu'on puisse emprisonner, sans aucune raison, un homme pour ce qu'il a dit. - Je ne comprends pas ce que le gouvernement algérien a contre B.Sansal.
Compte tenu de la personnalité de Boualem, lui-même, compte tenu de son âge et son état de santé, c'est encore pire. - P.Lescure: Vous n'avez jamais craint qu'elle faiblisse, cette mobilisation? - A.Trapenard: C'est aussi un écrivain qui a été récupéré, qui a été sans cesse récupéré par des gens qui, sans doute, ne l'avaient jamais lu, qui ont simplifié son discours, son écriture, nous faisant croire que c'était un ennemi de l'Algérie.
Quand on ouvre le moindre livre de B.Sansal, on se rend compte de son amour pour la lumière de l'Algérie, lumière dans tous les sens du terme. La lumière du pays, la lumière avec un réseau d'images somptueux, mais également la lumière de la liberté, qu'il inscrit lui-même dans son pays.
Ca a toujours été compliqué de lire ces manifestations. Quand on a commencé ce rendez-vous, vous avez montré des réactions et des réactions politiques. Je m'interroge toujours des raisons de ces réactions, d'où elles viennent, ce qu'elles veulent dire.
C'est quand même un écrivain qui a été libéré aujourd'hui. Il ne faut pas l'oublier. - Me F.Zimeray: Il a fallu lutter contre l'appropriation de B.Sansal.
Ca a été une des difficultés à laquelle P.Cornut-Gentille et moi avons été confrontés. - A.-E.Lemoine: Le 4 novembre dernier, B.Sansal a obtenu le prix Renaudot poche.
Cette récompense était très symbolique. - A.Trapenard: Oui.
Je défends aussi les prix littéraires pour ça. L'académie Goncourt portait un badge "Boualem Sansal". Ca montre que le monde littéraire n'a pas laissé passer. - A.-E.Lemoine: Encouragé par l'éditeur de B.Sansal. - A.Trapenard: Il faut reconnaître que l'éditeur de B.Sansal a toujours résisté à ces récupérations. - Me F.Zimeray: On a entendu des mots très durs là-dessus.
Nous pensions que la modération et la pondération n'étaient pas une faiblesse. C'est la conviction, tout en exprimant ce qu'on avait à dire, et en laissant la voie ouverte à une solution dont on savait qu'elle devait venir...
Même si beaucoup ont intérêt, à Alger, à détériorer cette relation, on voit bien que ça ne peut pas durer durablement. - A.-E.Lemoine: A.Gallimard, J.-M.Laclavetine seront présents ce soir, mais également d'autres invités...
Le titre de l'émission a changé. C'est devenu "12 novembre, Boualem Sansal libre". - A.Trapenard: Ces dernières heures, ça a été un moment extraordinaire.
On espérait, on espérait et c'est tombé au bon moment. C'est toujours une bonne nouvelle, même si on doit travailler... - A.-E.Lemoine: Ce soir, juste après "C à vous".
Mais on vous écoute aussi sur RTL, "Le Trapenard du vendredi". "Le Traquenard du vendredi"... - A.Trapenard: Ca fait longtemps qu'on ne me l'avait pas faite. - E.Tran Nguyen: C'est aussi un espoir pour un autre Français, C.Gleizes, journaliste sportif indépendant détenu en Algérie depuis plus d'un an.
Son nom est cité dans le communiqué avec celui de B.Sansal. "C'est pourquoi nous continuerons à réclamer la libération de notre autre otage, qui est le journaliste C.Gleizes." C'est ce que pensent les parents de C.Gleizes, qui s'inquiétaient il y a un mois des conditions de détention du journaliste. - Il aurait le droit à une visite consulaire.
Il ne l'a pas eue. Il a le droit à une visite pour un soutien moral, spirituel...
Il ne l'a pas eue. On lui envoie des lettres qu'il ne reçoit pas. Tout ça contribue quand même à l'enfermer doublement et l'enfermer psychologiquement.
On a le sentiment que Christophe a été la victime collatérale des mauvaises relations entre la France et l'Algérie, qu'on lui fait payer quelque chose de ce genre. - E.Tran Nguyen: Les proches de C.Gleizes ont été les rares personnes à alerter sur la détention de leur fils, impression partagée aussi par certains de nos téléspectateurs.
C.Gleizes a été oublié. Il bénéficierait de moins de soutien que B.Sansal.
C'est un journaliste sportif indépendant. Il écrit sur le foot depuis 12 ans. Il a participé à plusieurs livres.
Le football et l'Afrique le fascinent. C'est pour ça qu'il se rend en Algérie en mai 2024 pour le magazine "So Foot". Il doit faire un reportage sur un club de foot local.
C'est un des plus grands clubs de football d'Algérie. C.Gleizes enquêtait et était en lien avec le président du club depuis 2015, bien avant sa classification pour terrorisme.
Il n'a pas eu le temps d'écrire ses papiers. Il a été arrêté en mai 2024 et jugé en juin dernier, condamné à la peine la plus lourde jamais infligée à un journaliste français, 7 ans de prison. RSF a fait appel.
La date de cet appel est le 3 décembre. D'ici là, d'autres journalistes sportifs aimeraient que le monde du foot se réveille. Ecoutez l'appel de N.Iannetta, directrice des sports de Radio France. - Seulement 7 clubs ont manifesté leur soutien: Nice, Nantes, Le Havre, Auxerre, Lorient et le Paris FC.
Ils devraient tous avant chaque match venir avec une banderole demandant simplement la libération de C.Gleizes. Ce n'est rien, mais ce serait plus fort que n'importe quelle manifestation dans les rues.
Il ne faudrait pas se mêler de politique, mais qui parle de politique quand on parle de la liberté de la presse? - E.Tran Nguyen: Il est difficile à comprendre, ce silence autour de C.Gleizes.
On espère que la grâce accordée à B.Sansal va peut-être lui profiter. - E.Girard: Ce silence n'est pas un hasard.
Il a été pensé, théorisé par le Quai d'Orsay, qui ne veut absolument pas politiser l'affaire. Il ne veut pas que C.Gleizes, aux yeux d'Alger, devienne un otage... - P.Cohen: Une cause. - E.Girard: Il y a ce procès en appel.
La stratégie du Quai d'Orsay, c'est d'attendre que l'issue judiciaire aille à son terme, jusqu'au procès du 3 décembre, pour éventuellement parler plus fort et monter le son. On voit qu'avec la libération de B.Sansal, l'Algérie est sensible à son image.
On saura assez vite si ça a porté ses fruits. Ce qui est vrai, c'est que la stratégie du silence a porté jusqu'à présent un échec: 7 ans de prison pour C.Gleizes.
On espère qu'en appel, les magistrats se montreront plus raisonnables. - P.Cohen: Il y a quelque chose de difficile à comprendre pour le grand public: les efforts pour obtenir la libération de ce genre de personnalités ne sont pas proportionnels à la publicité qui en est faite. - A.-E.Lemoine: Le silence, parfois, paye plus. - P.Cohen: En tout cas, on peut avoir du silence et, en coulisses, des gens qui s'activent très fortement pour obtenir ce résultat. - A.-E.Lemoine: Je vous renvoie à l'enquête de "L'Express" consacrée à cette année de tractations en coulisses pour obtenir la libération de B.Sansal.
On a appris aujourd'hui qu'il était dans l'avion en direction de l'Allemagne, en espérant qu'il sera bientôt de retour en France. Merci, maître F.Zimeray, d'avoir été avec nous.
Augustin, on se retrouve tout à l'heure
François Zimeray