Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
Podcast / conversationLe Média (sur Podcast)· 12 mai 2024 23 minContradictoireActualité / polémiqueÉconomie & entreprisesSolidarités & familleNumériqueEurope & international

Un rapport explosif : "On a mis des salariés au chômage pour rendre des pdg très très riches !"

Source d'origine 2 locuteurs

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 5 %Attaque 75 %Défensif 20 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:19ComplaisanteRéponse directe

    Bonjour tout le monde, je suis ravie de vous retrouver pour un nouvel épisode de l'Instant Porcher

  • 1:05OuverteRéponse directe

    Alors avec toi aujourd'hui au programme, les grands patrons qui font fortune sur le dos de leurs salariés et la visite de la Chine en France entre concurrence économique et crise mondiale

  • 2:57OuverteRéponse directe

    Thomas, je le disais, les patrons 130 fois plus que leurs salariés et ses clés moyennes, comment c'est possible ?

  • 5:26RelanceRéponse directe

    Comment se fait-il que les PDG puissent toucher autant, surtout en période de crise ?

  • 8:22OuverteRéponse directe

    Comment se fait-il que l'État a si peu de pouvoir par rapport à ça ? C'est une question de volonté ou c'est vraiment une question d'on ne peut rien faire ?

  • 10:17RelanceRéponse directe

    Tu as un peu répondu, mais qu'est-ce que tu répondrais à ceux qui te disent « oui, mais c'est normal que les patrons ou les actionnaires gagnent plus, car c'est eux qui prennent tous les risques, c'est eux qui ont travaillé dur »

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 1:14PrésentateurChiffre
    « En 2022, les PDG du CAC 40 ont gagné en moyenne 130 fois plus que leurs salariés. »
  • 1:24PrésentateurFait
    « C'est ce qu'on apprend dans le dernier rapport de l'ONG Oxfam. »
  • 1:31PrésentateurChiffre
    « Cette année, les patrons avaient gagné 111 fois plus. »
  • 1:39PrésentateurChiffre
    « Oxfam rapporte qu'en 2022, les entreprises du CAC 40 ont versé en moyenne 76% de leurs bénéfices à leurs actionnaires. »
  • 2:09PrésentateurChiffre
    « Le PDG de Téléperformance a gagné 1453 fois plus que le salaire moyen de son entreprise en 2022. »
  • 2:26PrésentateurChiffre
    « En 2022, les hommes PDG du CAC 40 ont gagné 2,4 fois plus que les femmes PDG du CAC 40. »
  • 2:45PrésentateurFait
    « Dans le secteur public, par exemple, les dirigeants ne peuvent gagner plus que 450 000 euros bruts. »
  • 2:50PrésentateurFait
    « L'ONG avance comme solution l'écart de salaire de 1 à 20. »
  • 4:13InvitéChiffre
    « on avait un différentiel entre le salaire moyen et le salaire du patron qui était de 60, 70. »
  • 4:25InvitéChiffre
    « aujourd'hui, tu l'as dit, l'écart est supérieur à 100. »
  • 8:08InvitéFait
    « Sarkozy, en 2012, il a dit, moi, les bénéfices doivent se diviser sur un tiers, un tiers, un tiers. »
  • 9:35InvitéFait
    « Il y a toujours cet exemple de General Motors, une des plus grandes entreprises automobiles au monde, américaine, qui était jugée « too big, too fail », impossible qu'elle coule. »
  • 13:44InvitéFait
    « La Chine a eu un développement extrêmement impressionnant. Elle a fait en 30 ans ce que les pays riches ont fait en plus d'un siècle même, en 150 ans. »
  • 14:11InvitéFait
    « La Chine a refusé le consensus de Washington. »
  • 21:12InvitéFait
    « Le plan Made in China 2025, qui est sorti en 2015 »

Temps de parole

  • Invité72 %
  • Présentateur28 %

1,7 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Invité

Ce n'est pas la finance qui est au service de l'entreprise, c'est l'entreprise qui est au service des financiers. Ça devient un jouet et les salariés deviennent des meubles que l'on bouge pour générer plus de profits. Nous avions des géants de la télécommunication que nous avons tués nous-mêmes en appliquant ces lois de la financiarisation. Nous avons mis les salariés au chômage et les PDG sont devenus très très très très riches.

0:19
Présentateur

Bonjour tout le monde, je suis ravie de vous retrouver pour un nouvel épisode de l'Instant Porcher, à l'heure où l'on est assoué par les discours de toutes parts. Il est bon de se poser, faire le tri et décrypter. Avant de commencer, on vous dit un petit quelque chose. Les autorisations des 15 chaînes nationales de la TNT arrivent à échéance en 2025. L'ARCOM a donc lancé un appel à candidature qui représente une opportunité pour le média. Nous allons déposer un dossier de candidature pour être diffusé sur la TNT. Une tâche loin d'être simple.

Voilà pourquoi on en appelle aux spécialistes des médias, de la télé, juristes, experts et experts techniques pour nous aider à monter ce dossier de candidature et marquer un nouveau tournant historique dans l'histoire des médias indépendants et engagés. Soutenez-nous, abonnez-vous, parlez de nous, parlez de vous. Bonjour Thomas.

1:04
Invité

Salut Lisa.

1:05
Présentateur

Alors avec toi aujourd'hui au programme, les grands patrons qui font fortune sur le dos de leurs salariés et la visite de la Chine en France entre concurrence économique et crise mondiale. C'est parti. En 2022, les PDG du CAC 40 ont gagné en moyenne 130 fois plus que leurs salariés. C'est ce qu'on apprend dans le dernier rapport de l'ONG Oxfam. Cache 40, trop de millions pour quelques hommes. Et c'est en progression depuis 2019. Cette année, les patrons avaient gagné 111 fois plus. Depuis, crise Covid, guerre en Ukraine, des épisodes bénéfiques pour les dividendes des actionnaires. On le savait déjà.

Oxfam rapporte qu'en 2022, les entreprises du CAC 40 ont versé en moyenne 76% de leurs bénéfices à leurs actionnaires. Une période donc bénéfique aussi pour les PDG. L'ONG explique que, malgré une meilleure prise en compte des critères non financiers, la rémunération totale des patrons du CAC 40 en 2022 était indexée à 19% sur la satisfaction des actionnaires contre seuls 5,8% sur les objectifs climatiques. Les entreprises du CAC 40 qui s'enrichissent donc pendant que l'écart avec les salariés se creuse. Certaines se démarquent. Le PDG de Téléperformance a gagné 1453 fois plus que le salaire moyen de son entreprise en 2022.

En deuxième position, Carrefour, qui a rémunéré son PDG Alexandre Bompard 426 fois plus que le salaire moyen de son entreprise. Des inégalités également femmes-hommes. En 2022, les hommes PDG du CAC 40 ont gagné 2,4 fois plus que les femmes PDG du CAC 40, soit 10 fois l'écart moyen dans l'ensemble du secteur privé en France selon le rapport. Sept entreprises du CAC 40 sur dix n'ont pas plus de trois femmes parmi leurs dix salariés les mieux payés. Oxfam dénonce un manque de régulation des rémunérations des dirigeants. Dans le secteur public, par exemple, les dirigeants ne peuvent gagner plus que 450 000 euros bruts. L'ONG avance comme solution l'écart de salaire de 1 à 20.

Ça poussera peut-être les dirigeants à augmenter les salaires les plus bas. Thomas, je le disais, les patrons 130 fois plus que leurs salariés et ses clés moyennes, comment c'est possible ?

3:04
Invité

C'est possible parce qu'il y a eu un tournant dans l'organisation de l'entreprise dans les années 80. Jusque dans les années 80, les chefs d'entreprise, c'était des managers. C'était une gestion qu'on appelait manageriale de l'économie. C'est-à-dire qu'il y avait les actionnaires qui étaient extérieurs et il y avait ensuite les managers qui pouvaient faire des plans de long terme, etc. À partir des années 80, il y a l'arrivée de la finance, financiarisation des économies, ce qui veut dire rôle primordial pour l'actionnaire. Et pour que le manager puisse servir l'actionnaire plutôt que l'entreprise, on a relié son salaire à ce qu'il donnait aux actionnaires.

Et c'est là que les managers ne sont plus des gens qui ont eu des plans, parfois à 5, 6 ans, 7 ans pour leur entreprise, mais qui avaient comme premier but de satisfaire les actionnaires sur une année et donc de faire cracher le maximum de bénéfices à l'entreprise en compressant toutes les parties prenantes, c'est-à-dire les PME qui travaillaient avec eux, les salariés, les coûts de production, etc. Et c'est là que ça a commencé. Et ça a fait augmenter très fortement les salaires des grands patrons, des actionnaires et des grands patrons.

Et donc dans les années, je ne sais pas moi, jusqu'à dans les années 80, on avait un différentiel entre le salaire moyen et le salaire du patron qui était de 60, 70. Il y avait même Ford au tout début qui voulait que ce soit 40, comme ce que demande à peu près l'Oxfam. Et puis là, on a vu les salaires augmenter. Aujourd'hui, tu l'as dit, l'écart est supérieur à 100. Aux États-Unis, parfois, ils montent jusqu'à 200, le multiplicateur. Donc les salaires des patrons se sont envolés et se sont envolés sans que le salaire moyen dans l'entreprise suive. Donc c'est vraiment... Parce que dans la tête des gens, c'est... Oui, ils gagnent ça parce qu'ils font beaucoup d'argent. Ce n'est pas que ça.

C'est aussi l'organisation de la valeur qui est créée dans l'entreprise et la distribution de cette valeur entre les différentes parties prenantes. La part des salaires dans la valeur ajoutée a chuté à partir des années 80. Donc ça veut dire que les salariés ont moins récupéré et elle est restée stable depuis. Et les patrons ont beaucoup plus récupéré. Et on le voit bien dans la part du bénéfice. Ce qui reste, une fois qu'on a tout payé, ça va majoritairement aux actionnaires.

5:11
Présentateur

Alors l'entreprise top 1 dans cet écart, je l'ai dit, c'est Téléperformance. En 2022, le PDG du leader mondial des centres d'appel, Daniel Julien, a touché 20 millions d'euros. C'est 1453 fois plus que le salaire moyen de son entreprise. Question rhétorique, Thomas. Comment se fait-il que les PDG puissent toucher autant, surtout en période de crise ? Ces chiffres et ceux de l'inflation montrent clairement que c'est aux dépens des salariés et des consommateurs. Ce n'est pas de l'ordre du naturel.

5:36
Invité

Non, ce n'est pas du naturel. En économie, on nous a longtemps appris que le salaire d'un individu dépendait de sa productivité, sa productivité marginale. Il ne fallait surtout pas payer quelqu'un au-dessus parce que l'entreprise perdait. Puis si on payait quelqu'un en dessous, ce n'était pas valable sur le long terme pour le salarié. Donc on nous dit qu'il faut le payer à la productivité marginale. Et là, quand on voit l'évolution expansionniste des salaires des patrons, on voit bien que cette théorie est fausse. Aujourd'hui, un patron ne peut pas être 20 fois, 30 fois, 40 fois meilleur qu'il y a 50 ans.

C'est juste l'organisation du fonctionnement, comme on l'a dit à la première question, l'organisation du fonctionnement de l'entreprise qui lui permet de dégager autant d'argent. Et ce qui est même dingue, c'est que parfois, des décisions qui sont prises contre l'entreprise, contre les salariés, peuvent lui faire gagner énormément d'argent et énormément d'argent à l'actionnaire. Par exemple, je ne sais pas moi, vous fermez une usine pour l'ouvrir dans un autre pays, c'est contre les salariés de votre pays. Mais en même temps, vous allez compresser encore plus les coûts et donc vous allez dégager plus de bénéfices et votre salaire va augmenter.

Vous développez, par exemple, des structures qui vont développer des produits financiers ou qui vont s'intéresser plus à la finance qu'à la production réelle de cette entreprise. Eh bien, vous allez pouvoir gagner plus d'argent sur le court terme. Mais à long terme, comme il n'y a pas d'investissement, il n'y a pas de regard stratégique sur l'avenir de l'entreprise, vous mettez en danger l'entreprise. Et on a plein d'exemples là-dessus. Vous coupez votre entreprise en petites unités de production et vous éliminez les unités de production les plus faibles, vous allez dégager énormément d'argent.

Je veux dire, il y avait un patron, le patron d'Alcatel, Serge Chourou, qui disait qu'il rêvait d'une entreprise sans usine. Donc, il a fermé les usines, il a commencé à délocaliser, il a gagné énormément d'argent. Sauf qu'Alcatel n'existe plus aujourd'hui. Et Alcatel était numéro un sur la fibre optique. Je veux dire, aujourd'hui, on parle de l'influence des étrangers sur la téléphonie mobile et télécommunication. Nous avions des géants de la télécommunication, que nous avons tués nous-mêmes en appliquant ces lois de la financiarisation.

Nous avons tué ces entreprises, nous avons mis des salariés au chômage et des actionnaires et des PDG sont devenus très, très, très, très riches en faisant ça. C'est ça qui est dramatique dans cette organisation, dans cette financiarisation du monde de l'entreprise. C'est qu'aujourd'hui, l'entreprise, ce n'est pas la finance qui est au service de l'entreprise, c'est l'entreprise qui est au service des financiers. Et ça devient un jouet. Et les salariés deviennent des meubles que l'on bouge pour générer plus de profit, pour que ça ait aux actionnaires et aux dirigeants qui ont leur salaire, finalement leur revenu global, indexé à ce qu'ils vont donner aux actionnaires.

Ce système a été condamné maintes fois par des gens de droite et de gauche, mais la puissance de ces gens est tellement importante que rien n'a été remis en cause. Sarkozy, Sarkozy, en 2012, il a dit, moi, les bénéfices doivent se diviser sur un tiers, un tiers, un tiers. Un tiers pour les actionnaires, un tiers pour l'investissement, un tiers pour les salariés. Bon, ben, c'est en 2012, on est en 2024, rien n'a changé.

8:22
Présentateur

Comment se fait-il que l'État a si peu de pouvoir par rapport à ça ? C'est une question de volonté ou c'est vraiment une question d'on ne peut rien faire ?

8:27
Invité

C'est une question de volonté politique, toujours. D'accord. Alors, on vous dit, oui, mais ça fonctionne comme ça, le monde. Ben, d'accord, très bien, mais le monde, il fonctionnait différemment entre 50 et 70. À partir de 80, il a fonctionné différemment. Il faut savoir aussi remettre en cause les choses, parce que cette logique actionnairelle nous a fait prendre énormément de risques. Quand on délocalise des usines de fabrication de médicaments, on perd en indépendance stratégique. Donc, il faut savoir parfois reprendre la main politique. Mais aujourd'hui, le rôle du politique, c'est quoi ? Dans le monde d'Emmanuel Macron, c'est quoi le rôle du politique ?

C'est de donner, en fait, un cadre réglementaire pour attirer les investisseurs. Et donc là, vous jouez le jeu, finalement, de ces actionnaires. C'est-à-dire, on va baisser la fiscalité, on va baisser la taxe sur les dividendes. C'était dans le projet de Macron. On va mettre la flat taxe sur les revenus financiers. On va faire en sorte que la réglementation soit tellement attractive que les gens soient contents de s'installer en France. Donc, en fait, on accroît ce qui se passe déjà. Et puis, quand on a vu ce qu'il a dit la semaine dernière sur la bourse européenne, on accroît ce mouvement de financiarisation de l'économie qui est mauvais pour les entreprises.

Et in fine, il faut le dire, quand ça va mal, c'est toujours le contribuable qui met la main. C'est toujours le contribuable. Il y a toujours cet exemple de General Motors, une des plus grandes entreprises automobiles au monde, américaine, qui était jugée « too big, too fail », impossible qu'elle coule. Après 2008, elle a coulé. Et il y a 50 milliards qui ont été mis de la poche du contribuable pour la racheter. Et pendant tout ce temps, pendant tout le temps où elle est allée très mal, où elle perd des départs de marché face aux Japonais, etc., des gens se sont enrichis. Ils ont fermé des usines, ils ont compressé les salaires et ils se sont enrichis.

Donc il faut condamner parce que c'est une répartition des richesses créées extrêmement défavorables, enfin favorables au capital et défavorables finalement aux salariés, et in fine, toujours à l'entreprise.

10:17
Présentateur

Tu as un peu répondu, mais qu'est-ce que tu répondrais à ceux qui te disent « oui, mais c'est normal que les patrons ou les actionnaires gagnent plus, car c'est eux qui prennent tous les risques, c'est eux qui ont travaillé dur ».

10:27
Invité

Alors il faut faire attention, alors ça c'est ça qui est très bien, c'est qu'il n'y a que 40 entreprises, enfin là on parle de 40 entreprises, du 440, donc 40 chefs d'entreprise qui n'ont pas commencé souvent dans l'entreprise, parfois qui ont été parachutés, qui ont été dans des cabinets ministériels et à qui on a donné une entreprise, ou qui ont commencé en étant à des postes très élevés. Et il y a beaucoup de petits patrons de PME qui s'identifient à eux. Je veux dire, vous êtes auto-entrepreneur, vous êtes un chauffeur Uber, vous êtes payé en fonction de l'heure que vous travaillez.

Et quand vous ne travaillez pas, vous n'avez pas d'argent, puis quand c'est fini, vous n'allez pas revendre votre fonds de commerce. Ça se passe, vous vous rendez peut-être ce qu'il en reste de votre voiture. Donc là, si ça coule, vous coulez avec également. La plupart des gens qui ont des PME, s'ils coulent, la PME coule, ils coulent avec. Or là, l'entreprise peut couler, mais le patron ne coule pas avec. Il a ce qu'on appelle un parachute doré et il s'enrichit. La situation de ces grands patrons est complètement différente. Ils prennent des postes parce qu'ils sont souvent placés, pas en bas de l'échelle. Les eux, à titre personnel, n'ont quasiment aucun risque.

L'entreprise peut couler et eux peuvent gagner des millions. Et puis après ça même, après avoir fait parfois couler des entreprises ou revendu une partie des entreprises, donc jouer parfois contre la France, la souveraineté et l'indépendance française, et bien après, ils arrivent à se recaser dans des conseils d'administration. Donc eux, ces gens-là sont plutôt dans des rentes de situation que des gens qui affrontent des risques. Il y a très peu de risques pour ces gens-là. Il y a beaucoup de risques, par contre, pour les gens qui sont en dessous, ceux qui travaillent dans l'entreprise, etc.

Parce qu'on l'a vu même avec le Kawaïon, grand chef d'entreprise qui avait un tas d'entreprises françaises qui l'a fermé. Bon, lui est à l'abri du besoin. Peut-être que son groupe va mal, mais lui, à mon avis, est à l'abri du besoin. Et les salariés, ils vont être laissés sur le carreau.

12:11
Présentateur

Depuis la politique plutôt protectionniste des Chinois et des États-Unis vis-à-vis de leur propre industrie, Emmanuel Macron est soucieux de la politique industrielle française et européenne. Le chef de l'État remet au goût du jour le mot « réindustrialisation » dont on a assez parlé ici. Le président chinois Xi Jinping est attendu en France ce lundi et mardi pour célébrer les 60 ans des relations diplomatiques entre notre pays et la Chine lors d'une visite d'État. À l'occasion, Emmanuel Macron a appelé l'Europe à défendre ses intérêts stratégiques face à la Chine dans une interview pour The Economist. « C'est un de mes objectifs principaux en accueillant le président Xi Jinping.

Il faut tout faire pour engager la Chine sur les grandes questions mondiales et avoir un échange sur nos relations économiques qui reposent sur la réciprocité », je le cite. Un des points de tension entre la Chine et le vieux continent, ce sont les voitures électriques comme le rapporte la tribune. Emmanuel Macron avance le pragmatisme et le « en même temps », je cite. « Aujourd'hui, nous devons avoir sur le plan commercial avec la Chine un comportement respectueux mais de défense de nos intérêts, de réciprocité et de sécurité nationale ».

La guerre en Ukraine sera aussi au programme de la rencontre au cours de laquelle Emmanuel Macron demandera à son homo-langue chinois de contribuer à une résolution du conflit à nouveau. Le Moyen-Orient sera aussi à l'ordre du jour. Une rencontre donc très politique. D'une part, l'interdépendance économique entre les investissements chinois en France, notamment sur les batteries électriques d'un côté, et la concurrence commerciale de l'autre. D'autre part, la géopolitique internationale avec une Chine alliée des Russes ou qui entretient des liens de coopération avec l'Iran. Thomas, qu'est-ce que tu peux nous dire de l'évolution de la puissance économique de la Chine ?

Parce que des fois, on la voit encore comme l'atelier du monde ou ce genre de choses.

13:44
Invité

Oui, c'est fini. C'est fini depuis longtemps. La Chine a eu un développement extrêmement impressionnant. Elle a fait en 30 ans ce que les pays riches ont fait en plus d'un siècle même, en 150 ans. Elle a eu des taux de croissance à 10% tous les ans. Et il y a eu des impacts réels sur une grosse partie de la population. L'espérance de vie a très fortement augmenté. Les revenus ont très fortement augmenté. Donc il y a eu quand même un développement impressionnant. Et il faut rappeler que la Chine a refusé le consensus de Washington.

Parce que pendant très longtemps, les politiques du développement étaient axées sur ce consensus de Washington qui est grosso modo un plan de recette libérale à appliquer. Les pays africains l'ont appliqué massivement. Les pays d'Amérique latine l'ont appliqué plus ou moins, avec des retours parfois politiques. La Chine a refusé de l'appliquer. Elle a refusé. Elle a dit, j'applique pas ça, j'applique ma manière. Et finalement, ça a beaucoup mieux marché que dans des pays très pauvres. Et c'est pour ça qu'aujourd'hui, beaucoup de pays africains et même beaucoup de pays d'Asie un peu plus pauvres regardent la Chine comme un modèle finalement.

Et se disent qu'elle a trouvé sa propre voie sans suivre la voie des Européens et des Américains. Donc ça, il faut le dire. C'est-à-dire qu'ils ont commencé vraiment par attirer au début, avec leur main d'œuvre, des productions de textiles, etc. Et qu'ils font encore un petit peu. Mais très vite, ils ont protégé un certain nombre d'industries qui jugeaient stratégiques. Les renouvelables, les métaux précieux, la voiture électrique, la téléphonie mobile, le digital. Et ils se sont dit, là, ils ont été capables d'interdire les Américains. Ils ont été capables de protéger leur industrie. Donc ils ont vraiment réussi à faire un saut en gamme qui est assez impressionnant.

Alors aujourd'hui, notre économie française est très peu dépendante de la Chine. On échange majoritairement en Europe. On est très peu dépendants à part dans le textile et à part cette affaire des masques qu'on a vu pendant le Covid. Nous sommes très, très peu dépendants. Mais à l'avenir, nous risquons de l'être de plus en plus. Il y a les réseaux sociaux, TikTok. Il y a aussi l'intelligence artificielle parce qu'ils ont un plan pour être les numéros 1 en 2030. Et il y a tous les renouvelables. Les panneaux solaires sont majoritairement chinois. Donc là, il va y avoir une vraie dépendance. Donc se pose vraiment la question.

Et c'est pour ça qu'il y a une dichotomie dans le discours de Macron de la place de notre industrie. Si nous taxons les produits chinois, mais que nous n'avons rien à offrir en substitut, c'est le consommateur qui va payer. Si nous taxons, nous empêchons les produits chinois, mais que nous avons une industrie installée en France qui produit, c'est très bien. Mais on ne peut pas développer une industrie sans investissement public. C'est les derniers rapports qui l'ont dit, y compris d'Aglion sur l'intelligence artificielle. Or, aujourd'hui, dans toute l'Europe, nous sommes dans la réduction des déficits, les nouveaux packs de stabilité, etc.

Donc j'ai bien peur qu'on soit encore le dindon de la farce, comme on l'a été dans la mondialisation ces dernières années.

16:28
Présentateur

En plus, Emmanuel Macron veut attirer les investissements étrangers, dont chinois, pour sa fameuse réindustrialisation.

16:33
Invité

C'est là.

16:34
Présentateur

Avec l'usine dans le nord, etc. Exactement.

16:36
Invité

Alors on ne peut pas dire d'un côté, il faut que l'Europe change. Parce que c'est ce qu'il a dit la semaine dernière, on l'a vu. Il faut que l'Europe change face à l'agressivité, finalement, des États-Unis et de la Chine, tout en recevant Xi Jinping, en parlant, certes, de géopolitique, je pense, en priorité. Mais après, de dire on a des investissements, il faut investir chez nous, on va vous permettre d'investir. Parce que là, à partir du moment où on investit et qu'on a des biens moins chers venant de Chine, ça va être très difficile qu'une industrie compétitive se développe dans ces conditions-là. Donc à un moment, il faut avoir un objectif stratégique.

Et c'est ça le problème qu'il y a entre, d'un côté, les États-Unis, qui, eux, ont organisé des règles du commerce mondial et de la finance à leur profit, notamment en ayant le dollar comme monnaie internationale. Et la Chine, qui est maintenant devenue le porte-parole de ceux qui veulent remettre en cause cet ordre, du Pakistan à l'Iran, à certains pays d'Afrique, à la Russie. Et qui, elle, sait où elle va en termes d'investissement stratégique. Et au milieu, l'Europe, qui va être condamnée à être finalement le valet des États-Unis. Et on le voit bien avec certaines personnes. Il faut interdire TikTok parce que les États-Unis interdissent TikTok.

Ah ben, il faut être méfiant envers Huawei parce qu'il y a les Américains. Donc on se met dans les mains des Américains. Je ne suis pas sûr que ce soit une bonne position également. Donc je pense qu'il faut continuer à discuter avec la Chine, mais tout en ayant nous-mêmes aussi une vraie stratégie. Et le problème, c'est ça en Europe. C'est-à-dire que Xi Jinping, il va voir après Urban-Hongrie. Urban-Hongrie, considéré plutôt comme un allié de la Russie et de la Chine, plus qu'un allié européen. Donc comment voulez-vous qu'après, en Europe, on soit tous d'accord ? Donc à un moment, si on attend d'être tous d'accord en Europe, ça va prendre des décennies.

Donc il faut aussi un peu, à l'échelle de notre pays, savoir ce que nous voulons.

18:15
Présentateur

Là, il y a les deux pôles, entre guillemets, même s'ils sont à côté, parce que la Terre est ronde. Les États-Unis, la Chine, c'est quoi ? C'est une nouvelle guerre froide économique et d'impérialisme, de soft power ?

18:27
Invité

Vous savez, c'est très marrant. Moi, ce qui me fait rire, c'est que quand on a intégré la Chine dans le commerce mondial, en 1996, moi, j'étais en première année d'écho. On en parlait beaucoup. Donc je suis vieux, en première année d'écho, en 1996. Donc on en parlait beaucoup en cours. Et on disait, comme le mur de Berlin venait de tomber, tous les pays de l'Est voulaient rentrer dans l'Europe. La Russie était en pleine phase de privatisation, ce qui a créé des oligarques dans le pétrole et le gaz. Tout le monde disait, la Chine, le Parti communiste chinois, va tomber. En fait, quand tu ouvres les marchés économiques, dans la tête des gens, il y avait libéralisme, écale, démocratie libérale.

Et il disait que les mecs le chiffraient à 2015. En 2015, tout devait tomber. Alors là, nous sommes en 2024. Et le Parti communiste est toujours là. Et il y a beaucoup de pays, en fait, qui arrivent à se développer en n'ayant pas des démocraties libérales. C'est le cas de beaucoup de pays du Golfe. Et c'est le cas aussi de la Chine, mais même parfois de pays comme le Vietnam, qui ont un seul parti, et qui arrivent quand même à se développer. Et donc, on se rend compte que le modèle européen ne plaît plus vraiment. Donc il y a quand même, quelque part, une montée des tensions. Les États-Unis veulent endiguer la Chine.

Ils font des traités de libre-échange avec le Pacifique en faisant exprès de ne pas prendre la Chine pour que les échanges soient favorisés avec eux et pas avec la Chine. Et de l'autre côté, la Chine représente tous les pays non alignés, avec une grosse partie des pays pauvres qui regardent la Chine avec une certaine admiration, parce qu'elle a pu se développer, parce qu'elle leur a prêté de l'argent pour des infrastructures, là où les banques françaises et américaines ne voulaient pas leur prêter d'argent, parce qu'elle est une forme de diplomatie. Et donc, il y a ces tensions qui... Alors, la guerre froide, ça ne veut pas dire la guerre.

Mais il y a des formes de tensions, et l'Europe est au milieu de ça. Et il faut effectivement qu'elle trouve sa place, ça va être compliqué.

20:11
Présentateur

Tu disais que l'Europe et la France étaient les dindons de la farce de la mondialisation ?

20:16
Invité

Oui, oui. Quand on a créé un marché unique, on a mis l'économie en avant, en faisant croire qu'on pouvait être concurrent et ami. Là, on se rend compte que tout le monde, tout le monde... Et d'ailleurs, maintenant, c'est dit, tout le monde veut jouer sa partition dans l'Europe. Jouer sa partition dans l'Europe, ça veut dire qu'on considère un pays européen comme un concurrent.

Mais c'est ce que fait l'Irlande quand elle baisse la fiscalité, c'est ce que fait le Luxembourg quand il baisse la fiscalité, c'est ce que fait la Hongrie quand elle fait du business avec la Russie, c'est ce que fait le Portugal quand il baisse sa fiscalité pour attirer les retraités français, c'est ce que fait tout le monde. Donc, à un moment où on n'est pas unis, ça va être très difficile de créer des champions européens qui puissent affronter les deux pôles, les États-Unis ou la Chine. Donc oui, nous avons cru que l'économie était plus importante que la géopolitique. Or, il y a les géopolitiques.

Nous avons cru que tout le monde voulait copier notre modèle et aller arrêter de subventionner leurs industries, et aller arrêter de faire des plans sur la comète, c'est faux. Les gens subventionnent, ils créent des incitations, ils protègent et ils font des plans. Je veux dire, le plan Made in China 2025, qui est sorti en 2015, quand on était en plein dans la crise des dettes souveraines en Europe, qu'on était en train d'imposer réforme sur réforme aux Grecs, eux, ils avaient ce plan-là. Et ils disaient, le plan, c'était très clair. Protéger, subventionner des industries stratégiques, voitures électriques.

Aujourd'hui, leur but, c'est d'inonder le marché européen de voitures électriques peu chères. Renouvelable. Aujourd'hui, on voit bien où ça en est. On est dépendant sur un certain nombre de matériaux de la Chine. Et la partie digitale. On voit bien qu'eux ont réussi à créer des plateformes attractives pour les jeunes comme TikTok, ce que nous n'avons pas réussi à faire chez nous. Ce que nous n'avons pas réussi à faire chez nous. Et ce n'est que le début. Donc, il faut vraiment, je pense qu'il faut se réveiller et se dire à un moment qu'il va falloir changer la manière dont nous voyons l'économie en Europe. Mais on ne peut pas dire tout est son contraire.

On ne peut pas dire vive l'Europe, c'est super. Alors que l'Europe, ce n'est pas super. C'est un marché où on met tout le monde en concurrence, les uns contre les autres. Et on ne veut pas dire non plus, ah oui, on ne veut plus parler à ces pays-là. Ces pays-là sont méchants et d'autres pays comme les États-Unis sont gentils. C'est plus compliqué que ça. Le monde est en train de changer et vous avez un certain nombre de pays qui ne veulent pas de l'ordre mondial et des règles organisées par les États-Unis.

22:29
Présentateur

Merci, Thomas.

22:29
Invité

Merci.

22:31
Présentateur

Merci à vous, chez vous, d'avoir suivi cet épisode de l'Instant Porcher. J'attrape une dernière fois votre attention avant de se quitter. La situation politique est inédite et urgente. Deux directs par jour, du terrain, du reportage, mais aussi de l'enquête. Le Média, c'est 25 travailleurs et travailleuses qui produisent de l'information au quotidien. Alors abonnez-vous au Média à partir de 5 euros par mois. L'abonnement, c'est notre moyen de financement le plus pérenne, le plus solide. Être abonné, c'est faire vivre une chaîne télé d'information indépendante et engagée, accessible à toutes et tous en francophonie.

Être abonné, c'est faire vivre le pluralisme et le débat dans le très petit monde de la télé. Nous sommes ravis de décrypter l'actualité avec Thomas chaque semaine. Merci pour tous vos pouces en l'air qu'on lit sous la vidéo YouTube. Spectateurs, abonnés, donatrices et sociaux, je vous dis à la semaine prochaine. Sous-titrage Société Radio-Canada