ÉCOLOGIE : LE VRAI BILAN D'EMMANUEL MACRON
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- 3:00Emmanuel MacronFait
« Je ne veux plus me mentir. Je ne veux pas donner l'illusion que ma présence au gouvernement signifie qu'on est à la hauteur sur ces enjeux-là. »
- 4:00Emmanuel MacronFait
« Moi, je crois à cette écologie du mieux, pas à cette écologie du moins. »
- 7:00Emmanuel MacronChiffre
« La France n’a pas respecté sa propre feuille de route pour le climat, la stratégie nationale bas carbone. »
- 9:00Chiffre
« Le gouvernement a revu à la baisse ses ambitions pour la période 2019-2023 : le nouvel objectif est de 1,5% de réduction annuelle au lieu des 2,3% initiaux. »
- 10:00Chiffre
« Les émissions de gaz à effet de serre du secteur agricole, deuxième plus gros émetteur en France, ont stagné. »
- 12:00Chiffre
« Les émissions liées aux transports n’ont pas baissé depuis 2008. »
- 16:00Chiffre
« 12 millions de Français souffrent aujourd’hui de précarité énergétique et ce chiffre n’a pas changé pendant le quinquennat. »
- 17:00Chiffre
« La France est le seul pays européen à ne pas avoir atteint son objectif d’énergies renouvelables en 2020. »
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C’est une petite phrase qui a fait le tour du monde. En détournant le slogan de campagne de Donald Trump, Emmanuel Macron s’est assuré un succès énorme sur les réseaux sociaux. Il est sans aucun doute la plus belle prise de guerre d’Emmanuel Macron.
Nicolas Hulot avait refusé la proposition de François Hollande, cette fois-ci, il accepte de relever le défi. Et le défi de notre génération c’est d’agir, agir plus vite. Le climat doit être au coeur du projet national et européen.
L’état d’urgence climatique, il est là. Je ne veux plus me mentir. Je ne veux pas donner l’illusion que ma présence au gouvernement signifie qu’on est à la hauteur sur ces enjeux-là.
Moi, je crois à cette écologie du mieux, pas à cette écologie du moins. J’entends beaucoup de voix qui s’élèvent pour nous expliquer qu’il faudrait relever la complexité des problèmes contemporains en revenant à la lampe à huile. Je ne crois pas au modèle Amish.
Emmanuel Macron leur avait promis de reprendre la quasi-totalité des 149 propositions. Pourtant, aujourd’hui c’est la déception pour les membres de la Convention climat. Ne me dites pas que je n’ai rien fait ou que je ne fais que des hashtags.- Vous resterez dans l’histoire, monsieur le président de la République, le Président de l’inaction climatique.
La phrase a fait le tour du monde. Voilà ce que déclarait Emmanuel Macron, à peine élu. Il se posait alors en “contre-modèle” face à Donald Trump qui avait annoncé le retrait des Etats Unis de l’Accord de Paris.
Il devait être le sauveur, le champion de l’écologie, le Président conscient de l’urgence qui allait ENFIN agir. Pourtant, 4 ans plus tard, le 15 décembre 2021, Emmanuel Macron dressait son bilan pendant 2 heures sur TF1 et pas un mot sur l’écologie. Oui vous m’avez bien entendu, rien de la part du Président ni des journalistes qui l'interrogeaient.
Alors qu’est-ce que cela raconte ? 2017, 2022. On fait le bilan, calmement, en se remémorant chaque instant.
Le temps est passé, passé mais est-ce que beaucoup de choses ont changé ? Le Président l’affirme, jamais aucun chef d’Etat n’a autant fait pour le climat. Mais qu’en est-il vraiment ?
Il y a eu les sommets pour la planète. La fermeture des centrales à charbon, la création du Haut Conseil pour le Climat, l’abandon du projet de Notre-Dame-des-Landes, l’interdiction du plastique à usage unique et en même temps… On est là, on est là ! Même si Macron ne veut pas nous, on est là !
Le fiasco de la taxe carbone, la réautorisation des néonicotinoïdes, la trahison de la Convention citoyenne et le détricotage de la loi Climat, l’échec sur l’interdiction du glyphosate, la ratification du CETA… En bref, beaucoup de contradictions. Nombreux sont ceux qui dénoncent aujourd’hui le fossé entre l’ambition affichée et la réalité du terrain, entre les paroles et les actes. Alors, est-ce que la politique du gouvernement n’a été que du blah blah blah ?
Je vous propose ici un bilan sur l’action de ce quinquennat sur l’écologie : Qu’est-ce qui a été fait concrètement ? Quels sont les manquements ? Et qu’est-ce qui nous attend si Emmanuel Macron est réélu ?
Ces dernières semaines, les analyses du bilan écologique se sont enchaînées : think tank, médias, ONG, globalement il est contrasté voire pas franchement glorieux. Il y aurait tant à dire. Je précise que je ne pourrai pas être exhaustive.
L’idée est simplement de vous aider à comprendre ce qui a été fait pendant ce quinquennat pour l’écologie. Un sujet qui est aujourd’hui au centre des préoccupations des Français. Ils sont 85 % à se dire inquiets face au dérèglement climatique.
Pour faire un bilan, il faut déjà comprendre quel était l’objectif : réduire nos émissions de gaz à effet de serre de 40% d’ici à 2030, c’est l’effort que la France s’est engagée à faire en alignement avec l’accord de Paris. Et là-dessus, les chiffres ne mentent pas. La France n’a pas respecté sa propre feuille de route pour le climat, la stratégie nationale bas carbone.
Elle a dépassé les plafonds d’émissions de gaz à effet de serre qu’elle s’était fixés. Pire, le gouvernement a revu à la baisse ses ambitions pour la période 2019-2023 : le nouvel objectif est de 1,5% de réduction annuelle au lieu des 2,3% initiaux. Ça ne parait rien mais c’est énorme parce que nous avons peu de temps, 2030 c’est demain.
Surtout là où c’est grave, c’est que le gouvernement s’est autorisé à émettre davantage que prévu, pour ensuite se féliciter d’avoir réalisé ses objectifs. Une pirouette qui n’est pas passée inaperçue. C’est un peu comme si un athlète décidait de baisser la barre avant de sauter pour ensuite se donner une médaille.
Et le problème, c’est que cette révision de trajectoire est censée être compensée par des efforts bien plus importants à réaliser après 2024. Un défi qui n’est pas jugé atteignable en l'état si de nouvelles mesures ne sont pas adoptées rapidement. Donc, autant vous dire que le prochain quinquennat sera déterminant.
Sur la réduction des émissions, le Haut Conseil pour le Climat, un organisme indépendant créé par Emmanuel Macron, rappelle dans son dernier rapport annuel, que la tendance actuelle n’est pas suffisante. Il faudrait baisser deux fois plus vite nos émissions pour atteindre nos objectifs. Et il n’y a pas que le Haut Conseil qui a épinglé la France.
Suite à la pétition de l’Affaire du siècle, le tribunal administratif de Paris a, pour la première fois, demandé à l’Etat de réparer le préjudice écologique causé par le non-respect de ses engagements et lui a donné jusqu’au 31 décembre 2022. Le Conseil d’Etat a lui aussi lancé un ultimatum au gouvernement pour respecter ses engagements climatiques. Cette fois c’est pour le 31 mars 2022.
Ça, c’est pour l’avis des institutions officielles. Alors on pourrait se dire que ce n’est pas juste, que ce gouvernement paye l’inaction des précédents. Mais ce n’est pas la question.
Ce n’est plus le moment de se renvoyer la balle, la bombe. L’urgence n’a jamais été aussi visible et ce qui importe désormais, c’est l'action. Une action suffisante pour lutter efficacement contre les menaces posées par le dérèglement climatique et la mise en place de politiques publiques de transition bien pensées et justes socialement.
Ce n’est pas une question de choix mais une nécessité. Même pour le think tank Terra Nova, qui n’est pas le plus dur dans son bilan, si Emmanuel Macron est le Président qui a fait le plus pour l’environnement, il manque un changement systémique et une volonté politique. a expliqué au journal Le Monde Marine Braud, qui a été conseillère auprès du ministère de la Transition écologique jusqu’en juillet 2021.
Venons-en aux détails, et c’est là que le diable se cache, car si évidemment des mesures ont été prises, elles sont souvent considérées comme limitées, différées dans le temps ou susceptibles de ne pas être pleinement appliquées. En résumé, une écologie qui reste bien souvent à la surface et donne dans les mises en scène. De l’avis de Marine Braud, ancienne conseillère au ministère donc, Ici je veux m’attarder sur l'agrochimie.
En 2017, Emmanuel Macron annonce l’interdiction du glyphosate, le pesticide le plus utilisé et classé comme cancérogène probable, 2 ans plus tard, rétropédalage. Ah non, je n’ai pas changé d’avis, je n’ai pas réussi. Le Président reconnaît aujourd’hui un “échec collectif” et rejette la faute sur l’Europe. a-t-il déclaré au Parisien.
Pourtant, il est question ici de santé publique et récemment, une étude scientifique a révélé que le glyphosate est présent dans l’urine de 99,8 % des Français. Sur les 6800 personnes testées, 5 400 ont décidé de porter plainte pour mise en danger de la vie d'autrui, atteinte à l'environnement, et tromperie aggravée. Sur le même sujet, en 2019, les députés de la majorité ont voté pour reporter à 2025 l'interdiction de la production et l'exportation depuis la France de pesticides dangereux vendus en dehors de l’Union Européenne.
Le même jour, une photo faisait le tour des réseaux sociaux, ce selfie de Brune Poirson et Gabriel Attal au milieu d’une Marche des jeunes pour le climat au moment même où la loi était votée. Le cynisme poussé à son paroxysme ou la quintessence du “en même temps”. Dernier exemple emblématique sur ce sujet : les néonicotinoïdes, ces insecticides tueurs d’abeilles qui ont été interdits en 2018, avant d'être temporairement réautorisés deux ans plus tard par les députés de la majorité, pour sauver la filière betterave en prise avec la jaunisse.
À l’époque, 150 personnalités de gauche et écologistes avaient pourtant alerté sur le "recul démocratique majeur" et le "contresens historique" que constituait le projet de loi sur les néonicotinoïdes, conçu selon eux "sous la pression des lobbies de l'agriculture". Ah les lobbies ! Je vous avais expliqué au début de Blast comment ils ont contribué au détricotage de la Loi Climat issue des propositions de la Convention Citoyenne.
Ces mêmes lobbies ont d’ailleurs poussé Nicolas Hulot, alors ministre de la Transition écologique, à la démission en août 2018. Je ne veux plus me mentir. Je ne veux pas donner l’illusion que ma présence au gouvernement signifie qu’on est à la hauteur sur ces enjeux-là.
Je me surprends tous les jours à me résigner, tous les jours à m'accommoder des petits pas alors que la situation universelle au moment où la planète devient une étuve, mérite qu'on se retrouve et qu’on change d’échelle, qu’on change de scope, qu’on change de paradigme. À l’époque, Nicolas Hulot, avait dénoncé l’influence des lobbies de la chasse notamment. Et ça n’a pas beaucoup changé, il y a quelques mois Willy Schraen, président de la Fédération Nationale des Chasseurs se félicitait en déclarant : Et c’est le moins qu’on puisse dire, on pourrait citer le fait que pendant le confinement, les chasseurs ont obtenu une dérogation pour pouvoir aller tirer le sanglier, le cerf ou le chevreuil pendant que la plupart des Français étaient obligés de rester chez eux.
Ou encore le prix du permis de chasse qui a été divisé par deux. Bref, je m’égare, la démission de Nicolas Hulot a donc été un premier révélateur des compromissions du gouvernement sur l’écologie. Selon le Réseau Action Climat, le gouvernement n’a pas pour autant enrayé la politique des petits pas.
Dans son bilan, il décline, secteur par secteur, comment le gouvernement a souvent fait un pas en avant pour en faire deux en arrière. En témoignent les mesures sur la transition agricole. Le gouvernement a développé des aides pour la culture de légumineuses, beaucoup moins émettrice.
Mais l’utilisation d’engrais azotés de synthèse a très peu diminué, aucune mesure n’a été prise pour mettre fin à l’élevage industriel, coucou les lobbies, et le taux de 20% de produits bio pour la restauration collective n’a pas été atteint puisqu’il n’est qu’à 5%. En bref, si de légères avancées sont à noter, elles ne sont pas systémiques et ne permettent pas aujourd’hui de remettre en question le modèle productiviste et agro-industriel polluant. Un pas en avant, deux pas en arrière.
C’est la façon de faire du gouvernement. Résultat : les émissions de gaz à effet de serre du secteur agricole, deuxième plus gros émetteur en France, ont stagné. Et puisque l’on parle de secteur émetteur, devinez qui est en première place ?
Les transports, avec 31% d’émissions de gaz à effet de serre, en 2019. Et pourtant le secteur stagne aussi, malgré une forte diminution conjoncturelle liée à la pandémie. Les émissions liées aux transports n’ont pas baissé depuis 2008, alors que les efforts de réduction devraient être multipliés par cinq pour respecter la stratégie nationale bas carbone.
Et vous le savez sûrement, c’est ce secteur qui est étroitement lié à la pollution de l’air. Une pollution qui causerait plus de 100 000 morts prématurées en France chaque année. À ce sujet, le Conseil d’Etat a condamné le gouvernement à une amende de 10 millions d’euros par semestre de retard pour son incapacité à réduire la pollution de l’air.
Alors qu’est-ce qui a été fait ? Il y a eu la mise en place de zones à faibles émissions pour limiter l'accès des véhicules les plus polluants au centre des grandes villes, la création du plan vélo et mobilités actives pour faire du vélo un mode de transport à part entière, ce qui a plutôt bien marché puisque l’utilisation du vélo a augmenté de près de 30%. On pourrait aussi citer l’efficacité de la prime à la conversion qui a été améliorée en devenant inéligible pour acheter un diesel neuf.
Nous avons commencé à mettre en place des mécanismes d’accompagnement, cette prime à la conversion. 800 000 Françaises et Français ont changé de véhicule. Ils ont changé d’un vieux véhicule polluant pour prendre un véhicule de dernier modèle, ou hybride, ou électrique, ou essence ou diesel mais beaucoup moins polluant.
Mais pas si vite, elle reste limitée en terme d’impact puisqu’elle est éligible pour l'achat d’un véhicule neuf à essence. Et en même temps, la plupart des mesures proposées par la Convention sur les transports ont été écartées ou amoindries, comme par exemple la fermeture des lignes intérieures en cas d’alternative en train en moins de 4 heures, qui a été ramené à 2h30, et ne concerne finalement plus que 5 lignes d’avion. Alors que parallèlement, plus de 100 gares ont été fermées depuis 2017.
Et les investissements sont encore trop faibles pour entretenir et moderniser le réseau ferroviaire. Alors que la Convention, encore elle, avait préconisé un plan massif. Ce qui sortira de cette Convention, je m’y engage, sera soumis sans filtre soit au vote du Parlement, soit à référendum, soit à application réglementaire directe.
Sur l’épineuse question de la voiture, la France n’arrêtera de vendre des véhicules Diesel qu’en 2040. Et si la part des véhicules électriques a augmenté de 1,1% à 5,8% entre 2016 et 2020, l’effet de cette évolution est très limité puisque, dans le même temps, la vente des SUV, elle, a augmenté de 28 à 39%. La Convention citoyenne pour le climat avait pourtant demandé l'interdiction de publicité pour les véhicules les plus polluants, une mesure qui ne sera appliquée qu’en 2028.
D’un autre côté, le plan de relance post covid a octroyé 17 milliards d’aide au secteur aérien sans aucune contrepartie sociale ou environnementale. Pas étonnant lorsque l’on a un ministre des Transports qui aime bien clasher les ONGs comme Greenpeace sur TikTok, et est un fervent défenseur de l’avion. Et surtout de l’avion dit “vert” ou à hydrogène, un pari technologique risqué, puisqu'il ne serait prêt qu’en 2035 pour des vols courte distance.
Surtout, il ne permettra pas du tout d'absorber le trafic actuel qui est en pleine croissance. Tout ceci montre que si le gouvernement s’agite, il fait aujourd’hui l’impasse sur un, la transformation des secteurs les plus polluants, et deux, l’impératif de sobriété dont on ne pourra se passer selon absolument tous les rapports qui tracent une voie vers une France à zéro émission nette en 2050. On devient dans un monde de fou où il y a d’un côté des gens qui disent : L’autre point central de toute politique climatique est celui de la justice sociale.
Le mouvement des Gilets Jaunes l’a démontré : on ne peut aujourd’hui faire reposer le poids de la transition écologique sur les personnes qui ont le moins contribué au problème. Fin du monde, fin du mois, même combat. Nous allons traiter les deux.
Et que nous devons traiter les deux. Pourquoi dès lors taxer le carburant plutôt que le kérosène des avions par exemple ? Il y a ici un paradoxe immense.
La colère des Gilets Jaunes a mené à la création de la Convention citoyenne pour le climat pour justement faire émerger des propositions ambitieuses qui ne pèsent pas principalement sur les plus démunis. Et plutôt que d’appliquer ces mesures sans filtre pour opérer une réelle transformation, le Président n’a pas tenu sa promesse. Et la dimension de justice sociale a été vidée de la plupart des mesures.
Pour Anne Bringault du réseau Action climat, “Les Français ne sont pas prêts.” Si le gouvernement a longtemps utilisé cet argument, dérivatif d’une écologie qui serait punitive, il n’est aujourd’hui plus valable. Une étude de l’ADEME démontre que les Français sont tout à fait prêts à faire des efforts sur le climat s’ils sont équitablement répartis.
Et comment avoir cette impression lorsqu'une grande partie de la politique du gouvernement semble se baser sur l’engagement volontaire des entreprises et le changement des comportements individuels ? Que l’on demande plus aux citoyens de changer qu’aux secteurs les plus polluants ? On peut penser ici à la fameuse “écologie du quotidien” prônée par Barbara Pompili et illustrée à merveille par ce spot, un peu gênant, pour inciter les Français à rejoindre l’élan pour une économie circulaire.
Réduisons, réutilisons, recyclons. Retrouvez toutes les informations utiles sur lesbonneshabitudes.gouv.fr.
Qu’est ce qui changera pour eux ? Qu’est ce qui sera plus écologique dans leur vie, dans leur maison, dans leur bâtiment, dans leurs écoles ? Comment on verra les choses et à quelle échéance ?
On va déployer massivement, on a commencé à le mettre en oeuvre en début de cette année, une prime pour rénover son logement. Elle est en train de décoller, si je puis m’exprimer ainsi, on va y mettre beaucoup plus d’argent pour que les ménages les plus modestes en particulier, les autres puissent procéder aux rénovations pour dépenser moins d’énergie dans la maison et en même temps préserver notre climat. C’est écologique et social.
On ne peut parler de justice sociale sans évoquer la rénovation thermique des bâtiments. Candidat, Emmanuel Macron s’était engagé à supprimer les passoires énergétiques en 10 ans, dont la moitié en 2022. Mais si des dispositions ont été mises en place, comme la Prime Rénov’, cela est loin d’être suffisant pour tenir les objectifs.
Là encore, tout est dans le détail. L’interdiction progressive de location des passoires thermiques ne s'applique pas aux propriétaires occupants et pour les contrats de location en cours, les locataires devraient mener une action en justice contre les propriétaires, ce qui semble assez improbable. 12 millions de Français souffrent aujourd’hui de précarité énergétique et ce chiffre n’a pas changé pendant le quinquennat.
Plus de 4,8 millions de passoires thermiques existent encore… Venons-en aux énergies. C’était une promesse du candidat, et elle est presque atteinte. On est en train de fermer toutes les centrales à charbon.
Aucun autre pays au monde l’a fait. Toutes les centrales à charbon. A un détail près puisque la centrale à charbon de Cordemais continuera à fonctionner jusqu'en 2024 voire 2026.
Dans le programme de 2017, il y avait aussi la promesse de financer le développement des énergies renouvelables et de doubler la capacité en éolien et en solaire photovoltaïque d’ici 2022. Et là encore c’est raté, la France est le seul pays européen à ne pas avoir atteint son objectif d’énergies renouvelables en 2020 et l’objectif pour 2018 d’économies d’énergie a été décalé à 5 ans. Au-delà de la fermeture de Fessenheim, qui a été réalisée en 2020, Emmanuel Macron avait aussi promis de réduire notre dépendance à l'énergie nucléaire, avec l'objectif de 50% d'énergie nucléaire à l'horizon 2025.
Un objectif qui a été repoussé à 2035. Pourtant, le candidat de 2022, après avoir soufflé le chaud et le froid sur le nucléaire, opte aujourd’hui pour une relance franche qui pourrait mener à la construction d’une dizaine de nouveaux réacteurs de type EPR. Alors même, que le Réseau de transport d'électricité proposent 3 scénarios de futurs énergétiques sur 6 qui permettent de se passer de nouveaux EPR tout en atteignant la neutralité carbone en 2050.
La question de la biodiversité reste la grande oubliée de l’urgence écologique. Lorsqu’elle est évoquée, cela reste souvent sous l’angle de protection des espèces animales et végétales sans prendre en compte les pressions systémiques qui s’exercent sur elle et qui sont liées aux activités industrielles. Certes, on peut mettre au crédit du gouvernement l’objectif de “zéro artificialisation nette” d’ici 2050 et de division par deux du rythme d’artificialisation sur la décennie à venir ou encore la lutte contre la déforestation importée.
Mais ce dernier objectif risque d’être inopérant puisqu’il n’y a ni plan ni mesures contraignantes à ce stade. Enfin, cette présidence a mis un terme à plusieurs grands projets néfastes sous la pression de la société civile, il faut le rappeler. Parmi eux, le nouvel aéroport Notre-Dame-des-Landes, le projet de méga centre commercial Europacity ou encore l’exploitation minière Montagne d’Or dans la forêt guyanaise.
Mais les associations de protection de la nature craignent que certaines de ces décisions ne tiennent pas longtemps. Notamment pour la Montagne d’Or. Enfin, je ne peux terminer ce bilan sans rappeler que ce quinquennat a été marqué par le refus de contraindre les entreprises et de changer de logiciel sur notre système économique.
L’épidémie de Covid-19 aurait pourtant été une belle occasion de le faire avec le plan de relance. Mais non. Des milliards d’euros ont été versés aux entreprises sans conditionnement au respect d’une trajectoire climat compatible avec l’Accord de Paris.
Aucune contrepartie à la baisse des impôts de production, qui représentent quand même 10 milliards d’euros par an, n’a été demandée aux entreprises bénéficiaires dont l’activité est plus polluante que la moyenne. Le gouvernement et l'entourage du Président se vantent d’avoir fait rentrer l'écologie dans la vie des Français et de ne pas les avoir trop brusqués. On repassera sur la taxe carbone et les Gilets Jaunes.
En clair, ils seraient parvenus à ne pas “rebuter tout le monde”. Pourtant l’expérience de la Convention citoyenne pour le Climat a démontré qu’il était possible de penser démocratiquement la transition. 150 citoyens tirés au sort ont été formés et ont débattu pour proposer des mesures fortes et justes socialement.
Mais la loi Climat a vidé la plupart des propositions de leurs substance, pour ne pas brusquer les secteurs les plus polluants. Pour Anne Bringault du réseau Action Climat : il faut bien comprendre que plus le temps passe, plus les conséquences du dérèglement climatique seront violentes. Et si la France a aujourd’hui un important retard, c’est aussi sur toute la politique d'adaptation à mettre en place.
Ce mandat est finalement symptomatique d’un changement d’époque : il ne suffit plus de réaliser quelques actions symboliques pour pouvoir se vanter d’un bilan écologique satisfaisant. Ce qu’il faut, c’est un changement en profondeur. Alors, est-ce que l’élection de 2022 le permettra ?
C’est la fin de ce bilan et j’espère qu’il vous a aidé à y voir plus clair. Pour aller plus loin, je vous ai mis comme d’habitude plusieurs liens d’articles et de rapports sous la vidéo. Pour que cette vidéo soit vue un maximum, vous pouvez prendre quelques secondes pour liker, commenter et la partager sur vos réseaux sociaux.
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Emmanuel Macron