Élections 2020 : Trump dénonce un grand complot contre lui
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Vous êtes éditorialiste pour "Ouest-France". On va entendre dans un instant le discours de D.Trump.
Mais d'abord, je voulais avoir votre impression. Est-ce que vous vous vous attendiez à cela? L'adresse à la nation, c'est un moment important. - L.Menget: Il y a eu des fuites dans la journée.
On savait que D.Trump allait parler d'élections. On a l'impression que D.Trump est dans l'urgence de s'adresser à la nation, mais surtout à sa base électorale MAGA.
Il y a un peu le feu au lac pour les élections de mi-mandat qui arrivent dans 4 mois à peine. Ce discours m'a donné l'impression...
Je n'utiliserai pas vos mots, mais ça m'a donné une impression désagréable et presque gênante de quelqu'un qui tire des ficelles trop grosses, qui manie cette histoire...
C'est un discours conspirationniste de la part du président des Etats-Unis. On l'a déjà entendu tenir ce genre de discours, plutôt quand il était dans le creux de la vague, entre les 2 mandats. Mais ses obsessions sur Biden, sur le trucage des élections alors qu'il a été prouvé par toutes les enquêtes et toutes les cours judiciaires des Etats-Unis que ce n'était pas le cas, c'est un peu pathétique. - A.Casse: Le gouverneur de Californie parle des divagations d'un roi fou.
Vous avez l'impression de voir un président aux abois? - A.Toulouse: Il n'est pas aux abois, mais il est inquiet, à juste raison.
Je ne pense pas que les élections seront un grand succès. Peut-être pas un désastre complet, il y a des chances de garder le Sénat, mais il y a des chances de perdre la Chambre. C'est vrai que D.Trump, en ce moment, comme tout le monde, voit les sondages, voit l'affaire d'Iran lui échapper, voit l'économie qui n'est pas au mieux de sa forme, encore que...
Les Etats-Unis sont un pays d'une vitalité extraordinaire qui résiste...
Le climat est consternant à tous les niveaux, dans les 2 partis. On en est à 49 % de gens qui ne se reconnaissent ni chez les démocrates ni chez les républicains. Les uns et les autres n'arrivent pas à 40 % d'approbation.
Il y a une espèce de laisser-aller général où on suit les plus extrêmes et on assiste à des tripatouillages qui, normalement, devraient susciter l'indignation de la population. Par exemple, le découpage électoral. Tout le monde connaît ça, on le fait en France.
Aux Etats-Unis, on a élevé ça au rang des beaux-arts. On va, en changeant les lignes des circonscriptions, vous donner 1, 2 ou 3 sièges supplémentaires. C'est Trump qui a commencé en disant: "Vous me donnez 4 ou 5 sièges au Texas." Il les a eus.
Dans mon Etat, la Virginie, on fait un référendum pour donner à la gouverneure l'autorisation, sur 11 sièges, d'en attribuer 10 qui sont imperdables pour les démocrates. Ce qui m'a choquée dans mon Etat, ce n'est pas tellement que les politiques essayent de faire ce genre de truc, mais je n'ai pas vu la moindre indignation morale chez les gens. Je disais: "Si votre enfant rentre à la maison en disant:'mon copain est le 1er parce qu'il a triché dans son contrôle de mathématiques', vous allez pas lui dire que la prochaine fois, il faut qu'il triche aussi pour être premier." Je crois que depuis 10 ans, ils voient tant de choses et d'un coup, il y a eu cette espèce de grand choc chez les démocrates qui a été la réélection de Trump.
Puisqu'il a été réélu par des méthodes que nous réprouvons, au lieu de continuer à les réprouver, on va faire la même chose et, si on peut, en pire. Vous avez, dans le Maine, un candidat aux primaires démocrates qui, depuis 20 ans, a un tatouage nazi. Il dit qu'il ne savait pas ce que c'était.
Il a plein d'affaires de harcèlement de dames...
Une qu'il semble avoir violée...
Mais il a fallu qu'on aille vraiment à l'extrémité pour qu'il soit désavoué et pour que les électeurs disent: "C'est dommage, il nous plaisait bien." - A.Casse: Vous avez vos lunettes américaines, c'est précieux, ce que vous le dites. - A.Toulouse: J'ai des petits problèmes de vue. - A.Casse: Vous nous dites qu'il y a presque une sorte de surenchère.
Trump pousse le curseur tellement loin que ses adversaires disent qu'ils vont faire la même chose. Les Américains sont désabusés. Ils sont combien à croire à ce que dit D.Trump, quand il fait sa liste noire?
Il dénonce une ingérence de la Chine, il parle d'un complot qui viendrait de l'Etat profond, de B.Obama qui aurait joué son rôle dans ce complot, des médias, des machines à voter électroniques...
On voit toute la liste des corps qui complotent contre lui. Quelle est l'ampleur de ce complot? - V.Jolly: J'ai pas le doigt sur le pouls de chaque Américain.
Ce que je note, c'est qu'hier, il n'y a rien eu de nouveau sous le soleil. C'est le même discours qu'on entend depuis 2015. Tout le monde est contre lui...
Là, il a ressorti Obama, il sort les Chinois...
Il y avait tellement rien de nouveau que c'était juste pour ne pas nous dire que les candidats démocrates lèvent 2 à 3 fois plus de fonds que leurs adversaires républicains...
Ca, c'est factuel. On a accès aux comptes de campagne et on sait qu'aujourd'hui, dans la plupart des sièges et des élections de mid-terms qui vont être un peu compétitives, les démocrates lèvent beaucoup plus de fonds que les républicains. Or, aux Etats-Unis, avoir de l'argent en campagne, c'est important.
Pour le reste, je fais toujours attention, avec D.Trump, à ne pas être incantatoire. Il défie les lois de la gravité en politique.
Les gens se fichent qu'il ait gagné 2,2 milliards de dollars cette année. Ca ne colle pas dans l'opinion. Ca colle quand vous êtes à New York ou à Los Angeles, mais quand vous allez dans le Montana, les gens s'en fichent.
Ils ont d'autres problèmes. C'est pas qu'ils n'aiment pas D.Trump, c'est qu'ils détestent encore plus les démocrates. - A.Casse: Quel est l'objectif poursuivi par D.Trump, quand il dénonce ce complot? - N.Bacharan: Il a un but très précis qu'il poursuit depuis 2015.
Quand il est en danger de perdre une élection, de semer le doute sur la validité de l'élection, et cette année, en plus, de prendre le contrôle d'une bonne partie des règles électorales...
Ca dépend des Etats, des comtés, des municipalités, mais ça marche. Il y a énormément de contrôle des 2 partis. Je parle jusqu'à une époque récente.
Peut-être que ce n'est plus le cas. On fait des recomptages, tant et plus, s'il le faut. Ca ne change pas le résultat final de l'élection.
Mais D.Trump veut pousser au Congrès une loi restreignant l'accès aux urnes pour beaucoup de gens et il n'a pas la majorité pour la faire passer. Il veut faire pression sur l'opinion.
Le 2e élément d'un discours comme celui qu'on a entendu hier soir, c'est qu'il faut pas oublier que D.Trump triche. Soit il gagne, soit il triche.
Il nous raconte une histoire absurde qui est qu'en 2016, on a voulu le faire perdre, mais il a gagné. En 2020, il a perdu parce que le système est complètement pourri, l'Etat profond intervient, il y a des tas de gens illégaux qui votent...
En 2020, Il n'a pas réellement perdu, mais l'élection était truquée contre lui. Et puis, après 4 ans de présidence Biden, d'autorité démocrate, en 2024, tout d'un coup, il ne l'évoque jamais. Là, il a gagné.
Ca veut dire que le système a bien marché. Ca marche pas quand il perd, ça marche très bien quand il gagne. Il risque de perdre trop de sièges pour garder sa majorité en 2026 donc il veut pousser les électeurs à mettre en doute un résultat qui lui serait défavorable. - A.Casse: Jusqu'où peut-il aller?
Il y a la tentation du coup d'Etat? Il pourrait aller jusqu'à ne pas reconnaître sa défaite? - J.Staron: Il n'a pas reconnu sa défaite en 2020, donc oui, bien sûr.
La notion de coup d'Etat est intéressante mais elle ne correspond pas aux Etats-Unis de D.Trump d'aujourd'hui. Si ça devait se passer, ce serait plus subtil que ça.
Lorsque vous invoquez la menace d'ingérence étrangère, et on le fait tous parce qu'on est tous en ce moment victimes d'ingérences étrangères, à différents degrés...
Lorsque vous invoquez cette menace, c'est pour plusieurs raisons. Soit c'est pour décrédibiliser totalement le résultat d'un scrutin et dire: "Ce scrutin a été manipulé donc ne tenez pas compte des résultats." Ca a été le cas de la Roumanie.
Soit on recommence, soit c'est une forme de coup d'Etat donc on arrête les élections tant qu'on n'est pas capables de sécuriser le système. Soit, comme c'est le cas en Europe, en France ou ailleurs, on se dit qu'on attribue l'ingérence, on sensibilise et on essaye, jusqu'aux prochaines élections, de rendre le système beaucoup plus robuste pour que la prochaine élection ne soit pas décrédibilisée et pour qu'elle puisse être légitime avec des résultats acceptés par la population. Dans quels cas de figure se trouve D.Trump?
Plutôt dans le premier. Il ne perd pas. Ce n'est pas dans sa nature.
Il nous a prouvé plusieurs fois qu'il ne supportait pas le cas de figure de la défaite.
Alexis Jolly