ISLAMOPHOBIE : LA GUERRE DE DARMANIN CONTRE UNE ASSOCIATION
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 10 %Attaque 60 %Défensif 30 %
Questions et réponses
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- 2:35OuverteRéponse directe
Bonjour.
- 2:42OuverteRéponse directe
Vous libérez ?
- 3:11OuverteRéponse directe
Qu'est-ce que vous voulez négocier ?
- 3:30OuverteRéponse directe
Vous faites quoi ton type d'action ?
- 4:54OuverteRéponse directe
En septembre, tu vois, en magnifique nouvelle, j'ouvre ma boîte mail et sur la lettre d'évaluation de la Commission européenne, la première phrase qui sort, c'est aujourd'hui, le projet va au-delà des standards européens.
- 10:56OuverteRéponse directe
En fait, c'est un problème de démocratie.
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:27Invité politiqueFait
« Dans ce courrier, il affirme que l'association ferait la promotion de la charia. »
- 4:38Invité politiqueFait
« En avril 2020, la Commission européenne lance un appel à projet pour financer des initiatives contre le racisme. »
- 4:45Invité politiqueFait
« L'association grenobloise y participe et remporte la subvention en portant un projet contre les discriminations faites aux femmes musulmanes dans l'espace public. »
- 5:36PrésentateurFait
« Darmanin a envoyé un courrier à la Commission européenne, est-ce que vous souhaitez le commenter ? »
- 6:14Invité politiqueFait
« L'Alliance citoyenne y est décrite comme une association dont le but serait de promouvoir, au profit des musulmans, des règles compatibles avec la charia. »
- 6:22Invité politiqueFait
« Elle serait aussi ralliée à la mouvance de l'antiracisme décolonial, ce qui paraît être un crime aux yeux de Darmanin. »
- 10:12InvitéFait
« Sachant que ça fait depuis octobre que la DGSI enquête, s'il y avait vraiment quelque chose, ils auraient trouvé en fait. »
- 11:21PrésentateurFait
« il demande à ce que les États membres de l'Union européenne soient davantage impliqués dans les processus de sélection des projets financés. »
- 12:37Invité politiqueFait
« un porte-parole de la Commission a répondu que les ministres des États membres n'ont pas d'influence sur leurs décisions, notamment en ce qui concerne le financement des associations. »
Temps de parole
- Présentateur27 %
- Gérald Darmanin23 %
- Invité14 %
- Invité 213 %
- Invité 311 %
- Invité 410 %
- Invité 53 %
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Depuis des mois, le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, mène une croisade contre des associations antiracistes. Cette fois, la fatwa ministérielle s'est abattue sur une petite association grenobloise, l'Alliance Citoyenne. Cette association devait obtenir une subvention dans le cadre d'un projet européen de lutte contre le racisme. Mais voilà, c'était sans compter sur l'engagement sans faille du ministre de l'Intérieur qui s'est aussitôt empressé d'écrire à la Commission européenne pour leur demander l'annulation de cette subvention. Dans ce courrier, il affirme que l'association ferait la promotion de la charia.
Alors nous avons décidé de nous rendre à Grenoble pour rencontrer ces dangereux islamistes radicaux.
En 2019, je suis régulièrement emprisonnée chez moi parce qu'il y a régulièrement des pannes d'ascenseur. Je veux qu'ils changent cet ascenseur qui date de plus de 40 ans, qui tombe régulièrement en panne. Ils ont beau changer les pièces, ils tombent quand même en panne. Donc moi je demande à Actis qu'ils puissent se bouger un petit peu. Parce qu'on est deux locataires, on peut être employés comme tout le monde, on a le droit de vivre comme tout le monde. Alliance Citoyens me soutient dans mon action. Ils se battent avec moi, ils vont voir le responsable avec moi.
Et voilà, ils soutiennent toutes les personnes en situation de handicap, que ce soit pour les ascenseurs, que ce soit pour l'accessibilité. Et donc, c'est grâce à eux que je tiens.
Alliance et la règle, madame. Vous demandez qu'il y ait une délégation qui soit reçue, c'est ça ?
C'est ça.
Exactement, c'est bien.
Du coup, qui va en égo ? Du coup, Galia, Christian, Marie-Ange et moi, on va partir en égo avec M. Bourget. Ok. Il y a deux questions que j'attende 2022.
Donc là, ce que vous dites, c'est que vous ne sortez pas d'ici, donc vous n'avez pas une réponse claire, une date.
Bon, on va préparer vos sandwichs.
Bonjour.
Bonjour, je suis madame Melboussy et je viens pour que vous puissiez me libérer.
Vous libérez ?
Oui, parce que je suis prisonnière du fait que l'ascenseur est en vrai indigamentable.
Oui, oui, on est dessus, mais il fonctionne, non ?
Oui, à part qu'à 20 sièges, je suis quand même restée, trois heures dehors, parce qu'il est tombé en panne.
Oui, on sait, on a eu une problématique d'intervention.
Donc, je souhaite, avec une petite équipe, négocier avec vous.
Qu'est-ce que vous voulez négocier ? Bon, je vais vous recevoir, oui, tout à fait, mais pas à tout ce monde, là, ce ne sera pas possible.
Non, non, non, mais on est quatre personnes.
Mais on peut l'évoquer, oui, sans problème. Allez, rentrez.
Vous faites quoi ton type d'action ? C'est quoi votre panel d'action ?
Est-ce que vous avez trois syndicats ? Donc, les locataires, les handis et le syndicat des femmes voyées libres. On se mobilise et on prépare des plancartes, des revendications. Et on essaie d'apporter nos revendications de manière marrante, en faisant des métaphores.
Après une heure de négociation, finalement, Gaïa obtient un gain de cause. Son ascenseur sera bientôt réparé. Ils sont la marque de l'alliance citoyenne. Mais plus que ces actions auprès des locataires, ce qui dérange les autorités françaises, c'est leur engagement contre l'islamophobie. En avril 2020, la Commission européenne lance un appel à projet pour financer des initiatives contre le racisme. L'association grenobloise y participe et remporte la subvention en portant un projet contre les discriminations faites aux femmes musulmanes dans l'espace public.
En septembre, tu vois, en magnifique nouvelle, j'ouvre ma boîte mail et sur la lettre d'évaluation de la Commission européenne, la première phrase qui sort, c'est aujourd'hui, le projet va au-delà des standards européens. L'organisation des femmes musulmanes pour lutter contre l'islamophobie est de notre point de vue, la solution la plus efficace. Et de octobre à mars 2021, silence radio. On va sur le site de la Commission, on s'aperçoit que les autres projets ont eu leur subvention, ont commencé le travail. Et nous, quand tu vas sur la plateforme, on est en attente de la signature de la Convention pour verser les sous.
Et là, c'est à ce moment-là, on reçoit un message d'un journaliste qui nous dit « Darmanin a envoyé un courrier à la Commission européenne, est-ce que vous souhaitez le commenter ? » On n'y a pas cru, du coup, on a dit qu'on ne souhaitait pas commenter en attendant de voir si c'était vrai, quoi. Si le courrier avait bel et bien été envoyé et signé par la ministre de l'Intérieur. C'est vraiment le choc, c'est la stupeur quand on voit le courrier. On se dit « Mais qu'est-ce qui se passe ? » « Qu'est-ce qu'on a manqué ? » Mais on ne reste pas les bras ballants, on décide de répondre rapidement.
On publie un communiqué en disant que ce qu'il dit est faux, archi-faux, que c'est calomnieux, c'est diffamatoire à l'égard des membres et qu'en fait, on ne se laissera pas faire, quoi.
Le courrier envoyé par le ministre de l'Intérieur est fort. L'Alliance citoyenne y est décrite comme une association dont le but serait de promouvoir, au profit des musulmans, des règles compatibles avec la charia. Elle serait aussi ralliée à la mouvance de l'antiracisme décolonial, ce qui paraît être un crime aux yeux de Darmanin. Mais les femmes en question, elles, elles en pensent quoi de tout cela ? Leurs paroles, si rarement entendues, nous révèlent une réalité très éloignée des fantasmes propagés par la place Beauvau.
Moi, je dis aux gens qui ne me connaissent pas que je suis tout d'abord une femme. Et je suis une femme libre, je suis une femme épanouie, je suis une mère de famille. J'ai milité toujours, toute ma vie, en tant que femme déjà, j'ai milité. Alors, femme voilée, encore plus. On m'empêche de vivre ma vie en tant que femme, de vivre ma vie en tant que mère avec ses enfants, d'accéder à certaines activités. J'étais inscrite au club de plongée et le club lui-même, il a reçu des pressions de la commune pour qu'il ne m'accepte pas. Alors, j'ai eu mon baptême et on m'annonce le lendemain que vous n'êtes pas la bienvenue parce que je suis une femme musulmane.
Il va aller, je viens du quartier, j'étais la seule. J'étais repérée comme habitante parce que j'ai eu le malheur de demander l'accès à la piscine comme toute citoyenne habitante grenobloise. Alors, il y a des règlements intérieurs discriminatoires qui ne nous laissent pas l'accès à la piscine sous prétexte du maillot de bain. Alors, c'est un maillot de bain qui viquera et il respecte parfaitement les deux conditions, l'hygiène et la sécurité. Depuis le jour où j'ai décidé moi-même de porter le voile, je vois que les discriminations, elles sont partout. Que ce soit dans la rue, au quotidien, par des regards, par des insultes, par des menaces aussi au quotidien.
Ça passe aussi par, je veux dire, un racisme d'État aussi qui fait qu'il y a une mise en place d'un chantage au quotidien. En fait, c'est juste fou de se dire que maintenant, encore en France, on lance une campagne pour demander le droit au travail. Le droit au travail, il a été acquis il y a très longtemps et en fait, on en a encore à là, à demander de travailler en portant le voile. Parce qu'aujourd'hui, on est confronté à un chantage qui fait que si on veut aller travailler, on doit renier une part de son identité parce qu'on nous dit en fait, si tu veux travailler, tu enlèves le voile.
C'est, on va dire, la société qui crée le communautarisme en disant aux femmes qui portent le voile, écoutez, vous n'avez pas le droit de travailler, vous n'avez pas le droit de faire tel loisir, tel loisir, vous n'avez pas le droit d'accompagner vos enfants ? Ils veulent interdire le voile dans l'espace public ? On va se retrouver, là pour le coup, vraiment bloqués chez nous. Et après, ils vont dire, oh là là, on ne voit plus de femmes voilées dans la rue, vous avez vu ? Elles sont soumises. On est soumises qu'à l'État en fait. Je ne suis pas en Arabie Saoudite, je ne suis pas en Iran, je ne suis pas en Afghanistan.
C'est en France qu'on ne me laisse pas aller à la piscine, qu'on ne me laisse pas y aller faire de la plongée, qu'on ne me laisse pas y aller dans les salles de sport, qu'on ne me laisse pas travailler. On n'a pas besoin qu'on nous libère. On est libres, on est libres. On réclame nos droits ici. On est des citoyennes et la citoyenneté, il y a des devoirs et des droits. Et malheureusement, nous, on nous prive de certains droits. Ça embête qu'il y ait une association qui est justement, parce qu'il y a beaucoup d'associations pour la lutte des droits, pour les personnes handicapées, pour les musulmans, pour les locataires de logements sociaux, etc.
Il y en a beaucoup, mais il n'y en a pas comme nous à l'Alliance qui vraiment se bat concrètement et sur des actions concrètes et qui font avancer les choses. On a vraiment une liberté dans tout ce qu'on décide, parce qu'il y a vraiment ce truc que c'est les premiers concernés, les premiers et premiers concernés qui décident. Et en fait, les salariés sont juste là pour nous accompagner. Ils ne sont pas là pour nous influencer ou que sais-je. Sachant que ça fait depuis octobre que la DGSI enquête, s'il y avait vraiment quelque chose, ils auraient trouvé en fait. On est en avril, là, ils auraient déjà trouvé quelque chose.
Et en fait, ça montre juste que notre combat, derrière tout ça, derrière cette polémique, derrière la peur qui est instrumentalisée, ça montre que notre combat, il est digne. Il mérite justement d'être entendu. Si justement, ça fait peur, et s'ils veulent nous faire taire en disant « Bon, c'est des islamistes », ça veut dire qu'en fait, concrètement, on est légitime de faire ces campagnes-là. Si on nous empêche de mener une campagne qui est légitime, si on a des revendications qui sont dignes et qu'on nous refuse, je me dis « Ben, est-ce qu'on est encore en démocratie ? » Tout simplement.
En fait, c'est un problème de démocratie. Tu vois, c'est un problème de séparation des pouvoirs. Jusqu'où va le pouvoir de Darmanin ? Est-ce que Darmanin, aujourd'hui, peut aller à la Commission européenne et dire « J'aimerais que vous sélectionnez tel asso, mais pas celle-là ? » Sur quels critères ? C'est quoi la définition d'un bon projet associatif ? C'est Darmanin qui le décide ? Parce que si vous avez vu dans le courrier, en fait, à la fin du courrier, il demande à ce que les États membres de l'Union européenne soient davantage impliqués dans les processus de sélection des projets financés. Mais en fait, à quoi sert l'UE alors ? À quoi sert la Commission ?
Autant qu'on installe des techniciens français du ministère de l'Intérieur pour choisir les projets financés. Tu vois, il y a un projet… Moi, vraiment, il y a une inquiétude à deux niveaux. Une inquiétude démocratique, tu vois, de la France qui interfère, qui fait de l'ingérence dans des processus souverains. Tu vois, ça, c'est de la Commission européenne. Ça, c'est ma première inquiétude. Et la deuxième inquiétude, aujourd'hui, Darmanin s'en prend à nous sur la question d'islamophobie. Ça crée un précédent. La Commission cède. Admettons que la Commission cède à Darmanin. Ça crée un précédent.
Demain, Victor Orban débarque et dit, ben voilà, vous vous arrêtez de financer les assos qui défendent les migrants. Vous vous arrêtez de financer les assos qui défendent les minorités sexuelles. Vous vous arrêtez de défendre les assos, les syndicats de journalisme. En gros, Orban, il est dans l'Union européenne. Qu'est-ce qui l'empêchera demain d'aller interpeller les commissaires pour leur dire de ne pas financer tel ou tel projet si la Commission cède aujourd'hui face à Darmanin ? Il y aura un précédent. Et du coup, ça nous dépasse, ça dépasse l'Alliance.
L'ingérence de Darmanin agace, y compris au sein de la Commission européenne. Sollicité par Le Média, un porte-parole de la Commission a répondu que les ministres des États membres n'ont pas d'influence sur leurs décisions, notamment en ce qui concerne le financement des associations. Pourtant, à l'heure actuelle, la subvention qui devait être accordée à l'Alliance n'a toujours pas été versée, contrairement aux associations sélectionnées pour le même projet dans les autres pays de l'Union européenne.
Gérald Darmanin