SERVICES PUBLICS : LA START-UP MACRON CACHE LA MISÈRE
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Quand vous avez un trou dans un vêtement, vous pouvez mettre une pièce pour le cacher. Dans la macronie, quand ça va pas, on met une petite rustine start-up, un cache-misère fun et inspirant. Et parfois, on peut même envoyer Brigitte Macron.
Comme mardi dernier, pour inaugurer une salle détente dans un hôpital. De grands canapés, une bibliothèque, des fauteuils de massage et enfin, ce qu'on appelle des cocons de sieste Ce nouvel espace bien-être dédié aux soignants a été entièrement financé par la Fondation des hôpitaux de Paris, dirigée par Brigitte Macron. On a réfléchi avec des soignants : qu'est-ce qu'on peut faire, pour les aider, avec tous les dons que l'on avait.
Bon OK, après tout, améliorer l’ordinaire avec des cocons à sieste c’est toujours bon à prendre. Alors voilà : là il y a de la concertation, faut arrêter de râler tout le temps...
C'est peut-être notre manière de dire un grand merci aux soignants parce qu’on se représente très bien tout ce qu'ils ont sur les épaules. Mais il y avait le syndicaliste de service pour venir lui rappeler dans quel état est l’hôpital public, en particulier concernant la pénurie de personnels. Le nombre de lits qui ont été fermés, de façon progressive, depuis le début du mois de juin jusqu'à aujourd'hui, et qui va s'agraver un petit peu cet été...
Et c'est suite au Covid monsieur ? Pas forcément lié au Covid c'est lié surtout à la pénurie d'effectifs qui a créé la fermeture de lits On sort le dossier de cette poussière qu’on cache sous le tapis à propos des services publics. Jeudi, Emmanuel Macron et le ministre de l’Education nationale, Pap Ndiaye, se sont rendus dans une école maternelle de Marseille, l’une de celles qui participent au projet « École du futur » pour parler d'autonomie, de liberté, de laboratoire de mathématiques, de projet pédagogique innovant, personne peut être contre de tels mots.
Il s’agit de donner plus de liberté aux équipes pédagogiques pour bâtir des projets autour de la culture, des langues, de l’environnement ou des sciences. Mais donner la possibilité à nos enseignants nos enseignants et l'ensemble des parties prenantes qui font l'éducation, ce sont aussi les chefs d'établissement, les parents d'élèves, les associations de périscolaire, avec les élus, pour permettre à notre école de continuer d'avancer et de tenir ses promesses. Un volet de cette expérimentation, c’est de permettre aux directeurs d’établissement de recruter eux-mêmes leurs équipes, ce qui constitue un changement profond dans l’Education nationale.
Les syndicats redoutent que cette pratique soit généralisée. Ca cache aussi une casse pour les personnels à recrutement local avec un directeur d'école qui devient un manager, mais aussi avec une éducation qui va être différente d'une école à l'autre. Manuel !
Manuel ! On ne parlera pas de ce qu’il y a derrière la belle façade : l’effarante pénurie de personnel enseignant. Quelques jours avant, dans l’académie de Versailles, se déroulait un recrutement d’un genre un peu particulier.
Une trentaine d'aspirants professeurs attendent de passer leur entretien d'embauche pour devenir contractuels. Pour postuler, un Bac+3 suffit, les candidats ont donc des profils éloignés de l'enseignement. L’académie a besoin de 700 professeurs des écoles, recrutés à Bac+3, et de 600 enseignants en collège ou en lycée, recrutés à Bac+3 en concordance avec leur discipline d’enseignement.
L'entretien, mené par des inspecteurs et des conseillers pédagogiques, dure 30 minutes. Je voulais être professeure des écoles depuis longtemps. L’évènement avait été annoncé par la rectrice de l’académie.
Vous recherchez un emploi ? Un nouveau métier qui a du sens ? L'académie de Versailles recrute, pour la rentrée de septembre. “Donner du sens”.
Quand un recruteur parle comme ça du travail qu’il veut vous faire faire, normalement faut fuir (surtout si vous apercevez un babyfoot dans le coin) ! Mais ces mots reviennent dans les bouches des candidats : J'ai eu des enfants et une très belle carrière dans le marketing et la finance, mais là, la quarantaine passée j'ai besoin de donner du sens à ma vie en fait. Ils sont très motivés, et beaucoup ont déjà accompli une carrière dans le privé, montrant ainsi que toute la société est touchée par cette perte de sens.
J'ai eu quatre enfants, je me suis occupé d'eux, ça m'a intéressé de faire le programme de maths avec eux, et puis, j'atteins la cinquantaine donc je me dis qu'il faut peut-être changer un petit peu de vie, avoir un autre rythme. Ah moi j’ai vu tous les Super Nanny, et les Pascal le grand frère ! Je suis prêt.
Le ministère prétend que c’est ponctuel. Les syndicats au contraire pensent que ces pénuries s’installent, car on a systématiquement un grand nombre de postes aux concours non pourvu. On parlera par euphémisme du “manque d’attractivité du métier d’enseignant”, alors qu’il faudrait plutôt parler de découragement et de démoralisation massifs des personnels enseignants, ainsi que des étudiants qui pourraient aspirer à devenir profs.
À cause des conditions de travail, du rythme des réformes absurdes, des rémunérations insuffisantes, de l’image dégradée dans l’opinion publique, et plus récemment, de la situation de stress en période de l’épidémie. Alors l’Education nationale fait de plus en plus appel à des contractuels recrutés sans avoir passé de concours et reçu de formation à l’enseignement. Ce devrait être l’exception, non la règle.
Nous allons organiser des sessions d'accueil, de formation. Nous aurons des tuteurs également pour ces personnels qui vont nous rejoindre. Le job-dating, c'est une bonne manière de passer des entretiens et finalement faciliter le recrutement des personnes qui ont envie de nous rejoindre.
On comprend que l’initiative ait scandalisé les enseignants, qui la prennent comme une insulte. La forme que prend ce recrutement, et sa couverture médiatique nourrissent la représentation du métier de prof comme d’un métier que tout le monde peut faire. L'idée ne rassure pas vraiment Pamela, dont la fille passe au collège en septembre prochain.
La confier à des professeurs qui seraient suceptibles de ne pas être compétents, ça me fait vraiment peur. Il faut tout de même préciser que jusqu’à une période récente, le professeur titulaire stagiaire était parachuté devant ses premières classes avec pas beaucoup plus de formation pédagogique. Mais il avait réussi un concours qui attestait d’une grande maîtrise de sa discipline.
Des personnes qui ont des métiers qui n'ont absolument rien à voir avec l'éducation et gérer un groupe de 20 collégiens, on appréhende, et pour eux, et pour les élèves. En 2020, la proportion d’enseignants non titulaires était de plus de 7%. Cette part a augmenté de 25% en 10 ans.
Et toujours en 2020 la proportion de contractuels enseignants comme non enseignants était de 22%. En 2018, la Cour des comptes a estimé que le phénomène était désormais structurel et indispensable. On produit alors une profession à deux vitesses et une opposition interne entre des enseignants titulaires au statut de fonctionnaire, et des contractuels recrutés en CDD aux compétences aléatoires.
Le statut d’enseignant fonctionnaire n’est pas attaqué frontalement, mais il est grignoté, petit à petit, et par les flancs, en contractualisant tout ce qui ne relève pas stricto sensu du coeur du métier. Quant aux fameux “projets innovants”, ils ont toujours, plus ou moins, un peu existé au sein des établissements. Et ils requièrent non pas de la flexibilité mais à l’inverse de la stabilité : il faut que les équipes se connaissent et puissent expérimenter sur plusieurs années.
Il n’y a que dans la vision néolibérale de l’entreprise réduite à la rencontre de collaborateurs autour d’un projet qu’on peut croire que de grandes choses peuvent se faire dans l’instabilité. À Marseille une micro manif pour interpeler le président et le ministre avait été interdite. Difficile de se faire entendre.
Alors écoutez ce que répond Brigitte Macron au syndicaliste venu l’interpeler : Je m'engage à transmettre, je m'engage personnellement à transmettre et à voir... et il faut aussi une réflexion collective. “Je transmettrai”.
Tout se casse la gueule et ne dites même plus "dialogue social", dites “quémander l’attention de Madame Macron”. Je suis une courroie pour ça Alors voilà mon conseil, les enseignants, les gueux : si vous voulez vous faire entendre par le roi-Jupiter, tirez plutôt la manche de la Première dame lors de son prochain déplacement, et rappelez-lui son ancien métier. Avec un peu de chance, Madame Veto “transmettra” et vous aurez peut-être des cocons de sieste et des babyfoots.
À la semaine prochaine
Emmanuel Macron