Les élections législatives, le renoncement de Taha Bouhafs, l'affaire Squarcini-LVMH... Le "8h30 franceinfo" de François Ruffin
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Bonjour François Ruffin. Bonjour. Hier Emmanuel Macron s'est dit favorable à une révision des traités de l'Union Européenne. Est-ce que vous saluez sa décision ?
Moi d'abord Emmanuel Macron il nous a déjà fait un grand discours sur l'Europe. C'était il y a 5 ans, c'était à la Sorbonne il me semble. Qu'est-ce qui a changé depuis ? Rien. Donc il aime beaucoup faire des discours, il aime beaucoup qu'on l'écoute et être écouté. Mais ensuite dans les faits il faut avoir ce qui change pour de vrai. Ensuite mon deuxième point c'est si jamais il y a une révision des traités et elle peut être souhaitable mais elle doit passer par référendum. Dans les 27 pays ? En tout cas en France elle doit passer par référendum. Il y a eu un référendum qui s'est déroulé le 29 mai 2005. Les français ont dit à 55% non à l'époque au traité constitué européen.
Ça reste comme un traumatisme démocratique. C'est Emmanuel Macron qui a employé ce mot et en effet ça reste comme un traumatisme. Les gens ont à raison eu le sentiment qu'on passait par-dessus leur décision. Donc si demain il y a une révision et une révision d'ampleur des traités européens, il faut qu'il y ait l'approbation du peuple français par référendum.
Et vous personnellement est-ce que vous êtes pour plus d'Europe pour les questions de santé ou de défense ? C'est ce que veut par exemple Emmanuel Macron ?
Ça sera à mettre en débat en fonction de ce qu'il y aura à l'intérieur de ces traités-là. Ça peut faire l'objet de discussions. Maintenant moi, plutôt que d'avoir ces vastes projets d'Emmanuel Macron sur lesquels on serait amené à déabattre, j'aimerais qu'on ait une Europe du concret. Et je vois que quand l'Europe veut avancer dans le bon sens, qui est-ce qui bloque ? C'est la France et c'est Emmanuel Macron. Pourquoi ? Je vais vous prendre trois points. Le congé paternité, il y avait la volonté, y compris la Commission européenne, d'aller vers un vrai congé paternité avec un minimum garanti partout. Qui a bloqué ? La France, la France d'Emmanuel Macron.
Sur les taxes sur les transactions financières, qui a bloqué ? La France, la France d'Emmanuel Macron. Et aujourd'hui, très concrètement, sur les travailleurs Uber, sur les travailleurs des plateformes, le Parlement européen et la Commission européenne sont d'accord pour qu'on avance vers une reconnaissance de ces travailleurs-là sous statut de salarié. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire des droits à la retraite, des droits au chômage, des droits à des protections au cas d'accident. Qui bloque ? Qui fait le jeu des plateformes ?
Aujourd'hui, contre des avancées possibles dans le bon sens de l'Union européenne, la France et la France d'Emmanuel Macron, parce qu'elle se met au service de Uber, de Deliveroo et compagnie,
plutôt qu'en servir des salariés de Uber, Deliveroo et compagnie. François Ruffin, vous êtes d'accord avec Emmanuel Macron qui dit sur ces points précis, la fiscalité par exemple, les décisions doivent pouvoir se prendre désormais à la majorité qualifiée, c'est-à-dire 55% des États regroupant 65% de la population, et plus à l'unanimité, qui fait que quand il y a un pays qui dit non, quel qu'il soit d'ailleurs, la mesure n'est pas adoptée. Vous êtes d'accord pour dire on change les règles ?
Je suis d'accord pour qu'il y ait une révision des règles, qu'on voit ce qu'on en fait ensuite. Maintenant, Emmanuel Macron, je vous dis, c'est au pied du mur qu'on voit le maçon. Et au pied du mur, on a vu un Emmanuel Macron qui, pendant ses 5 années de mandat, a fait tout pour freiner l'Europe quand elle voulait avancer dans le bon sens.
Je vous le redis sur 3 points précis que vous pourrez vérifier, sur le compagé paternité, sur la taxe sur les transactions financières, et aujourd'hui, au présent, et ça me tient à cœur, sur les travailleurs Uber, c'est-à-dire les travailleurs qui aujourd'hui ont le moins de droits dans le pays, qui sont souvent jeunes, il y a la possibilité, entre autres, par un travail de ma collègue Leïla Chabie au Parlement européen, puis une reprise par la Commission de vouloir avancer pour avoir des droits pour les travailleurs de ces plateformes. Que fait Emmanuel Macron ? Que fait Elisabeth Borne ?
Elle vient essayer d'étouffer tout ça, de le rendre plus complexe, de le dissoudre, pour qu'on n'ait pas d'avancée pour ces travailleurs-là, au niveau européen, et encore moins au niveau français.
Du coup, vous êtes pour une révision des traités, ou pour une désobéissance au traité actuel ?
Il faudra désobéir pour obtenir des progrès au niveau européen. Je vais vous donner un exemple très concret de quand est-ce que la désobéissance, elle s'impose, puisque je l'ai vu moi-même quand j'étais en Commission des Affaires économiques. Il y avait la loi EGalim, vous savez, sur l'agriculture. Et là, à un moment, il y a un amendement qu'on pose en disant, écoutez, ça serait bien que les paysans puissent fournir les cantines à proximité de chez eux. Et donc, dans environ 50 km autour de chez eux, il serait prioritaire pour fournir les cantines. Et là, qu'est-ce qu'il nous a répondu ?
Il nous a répondu, non, c'est pas possible, c'est contraire au droit de la concurrence européenne, qui fait que le paysan espagnol, il doit pouvoir fournir la cantine d'Amiens à égalité avec le paysan de Boves, dans mon coin, qui se trouve à 10 km de là. Il me semble que c'est complètement absurde. Donc, il est évident qu'il y a la nécessité de désobéir quand c'est nécessaire.
On renégocie ou alors on désobéit ? C'est une autre manière de réfléchir.
Il y a des moments où il faut mettre le pied dans la porte, désobéir pour contraindre à une renégociation.
Mais si nous on le fait, François Ruffin, qu'est-ce qui empêchera les Hongrois, de Victor Orban, les Polonais, de mettre un pied aussi dans la porte en disant, sur les libertés publiques, nous aussi on va désobéir au traité. Après tout, les Français le font. Eh bien, ils le font déjà, en pour partie. Mais ça veut dire que c'est la fin de l'Europe si tout le monde le fait.
Non, non, ce n'est pas la fin de l'Europe. Ce n'est pas la fin de l'Europe, c'est aujourd'hui. La question se pose, est-ce qu'on fait une Europe pour les gens ou est-ce qu'on fait une Europe pour les entreprises ? Donc, vive la désobéissance pour tout le monde ? Il ne s'agit pas de la faire n'importe comment, mais il y a des points, je vous en ai cité un, où il est absolument nécessaire. Et au quotidien, c'est comme ça. Au quotidien, aujourd'hui, on a une Europe qui est fondée. C'est pour ça que la révision des traités... Mais la révision des traités, vous savez, ça ne peut pas être juste est-ce qu'on met la majorité qualifiée ? Est-ce qu'on amende telle règle et telle règle ?
Non, c'est quel est le projet européen ? Au cœur du projet européen, depuis le début, dans son ADN, il y a la concurrence libre et non faussée, il y a la libre circulation des capitaux et des marchandises.
Et vous vous dites non, on arrête ça.
Moi, je dis que ça ne doit pas être au cœur du projet européen. Donc, il faut d'abord, c'est qu'est-ce qu'on veut faire ensemble ? Et cette question-là, ce n'est pas seulement en bidouillant des petites règles. Quel est le projet qu'on veut porter ensemble en Europe ? Et aujourd'hui, cette question-là, elle n'est pas posée et on préfère dissoudre ça, dissoudre le projet européen dans de la technique. Et oui, moi, je suis pour une remise en cause de la centralité de l'économie dans le projet européen. Je ne pense pas que l'économie doive être centrale dans le projet européen.
D'autant plus, aujourd'hui, en un moment où c'est la crise environnementale qui nous pète à la figure, vous savez, hier, c'est là-dessus que devrait poser notre débat aujourd'hui. C'est sur l'avis rendu par l'autorité environnementale qui nous dit que la transition écologique n'est pas amorcée en France. C'est-à-dire qu'on est en train de foncer droit dans le mur écologique. On a la moitié, grosso modo, des oiseaux qui ont disparu pendant ma génération, depuis que je suis né. On a un rêve-chauffement climatique qui est évident. On a une sécheresse qui est là, tout compris en Picardie. Et l'autorité environnementale nous dit que la transition économique n'est pas amorcée en France.
C'est-à-dire qu'on est dans le mur.
François Ruffin, vous restez avec nous. On va parler de la Picardie, de la France, du pouvoir d'achat, du programme des insoumis, des tensions aussi, avec les autres partenaires de cette alliance de gauche. Dans un instant, le temps du fil Info, à 8h40 avec Solène Cresson.
Face à la sécheresse et en pleine pousse du blé, les agriculteurs demandent un meilleur stockage de l'eau. Le ministère de l'Agriculture prévient déjà que les rendements seront affectés par le manque de pluie. 20 millions d'euros sont débloqués pour aider les agriculteurs à faire face aux changements climatiques. L'offensive russe dans l'Est de l'Ukraine s'intensifie. À Mariupol, les bombardements continuent. Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, redoute une guerre longue de plusieurs années.
Après la polémique à gauche, comme dans l'opposition, le journaliste et militant, Tahabouaf semble jeter l'éponge et renoncer à être candidat aux élections législatives à gauche dans le Rhône à Vénitieux. J'ai essayé, mais je n'y arrive plus, a-t-il écrit sur Twitter. Tahabouaf pointait du doigt après une condamnation pour injure publique en raison de l'origine. Et puis Elisabeth II ne prononcera pas le discours du trône devant le Parlement britannique aujourd'hui. La reine d'Angleterre, 96 ans, souffre de problèmes de mobilité. Le prince Charles la remplace. Elle n'a raté l'événement que deux fois. C'était en 1959 et 1963 parce qu'elle était enceinte. France Info
Le 8.30 France Info, Salia Brachia, Marc Fauvel.
François Ruffin, dans votre circonscription de la Somme, une terre frappée par la désindustrialisation, Marine Le Pen est arrivée en tête au premier et au second tour de la présidentielle. Elle a obtenu jusqu'à 65% des voix dans l'une des plus grandes villes, là où Jean-Luc Mélenchon a fait 18% des voix. Comment vous l'expliquez ?
D'abord, il y a un phénomène de longue durée quand même. Vous avez décrit cette désindustrialisation, cette désespérance qui s'empare. Dire quand même ce qui était réussi pendant la campagne de Jean-Luc Mélenchon. Il a réussi, grosso modo, l'Union Populaire a réussi les paris qui s'étaient fixés. On s'est fixé d'avoir la jeunesse des centres-villes soucieux des questions écologiques. On l'a eu assez largement. Les centres-villes, oui, les banlieues, oui. Mais pas votre France, pas cette France-là. Voilà. Et là, il y a un gros trou pour moi dans la raquette que j'ai posé d'emblée au lendemain de l'élection présidentielle.
Que vous attribuez à quoi ?
Que j'attribue d'abord, il faut savoir si on s'en fait une priorité ou pas. Si on veut aller reconquérir cette France-là ou si on choisit de l'abandonner.
Vous n'avez pas l'impression que c'est le cas ?
Non. Pour l'instant, on ne s'est pas fixé ça comme priorité. C'est clair. Et donc, pour moi, je demande à ce que mon camp, la gauche, se fixe ça comme priorité pour les 5 ans à venir. Ça ne va pas être réglé en quelques semaines d'ici les élections législatives. Mais que pour les 5 ans à venir, il y ait une envie, un désir de se dire qu'on n'abandonne pas cette France-là au Front National. Pour moi, c'est un devoir électoral. Je ne vois pas comment on va être majoritaire demain dans le pays si jamais on ne reconquiert pas cette France-là aussi.
Vous parlez de la France rurale, la France qui a été désindustrialisée.
Vous savez, c'est même plus que la France rurale, c'est tout ce qui est la France des bourgs, la France des gilets jaunes, la France des ronds-points, la France périphérique. Et donc, la France des campagnes en fait partie. Mais il ne faudrait pas croire que c'est le pays des alouettes. C'est aussi le pays des zones logistiques et compagnie. Et cette France-là, quand est-ce que, puisque je parle de logistique, quand est-ce que dans la campagne présidentielle, on a évoqué la question de la logistique ? Chez moi, il y a des entrepôts qui poussent partout. Il y a des caristes en série. Il y a plus de 800 000 travailleurs là-dedans.
Ça devrait poser des questions qui sont à la fois des questions sociales, comment on travaille dans ces métiers-là, des questions qui sont environnementales, des questions qui sont le sens de ce qu'on fait ensemble dans ces territoires. À aucun moment, la question de la logistique, c'est-à-dire est-ce qu'il faut accélérer les flux à tout prix, n'a été posée dans la campagne présidentielle. Mais même en général, les métiers de la seconde ligne, ce que Macron appelait comme ça, 4,6 millions de salariés, dont le ministère du Travail nous dit que pour la plupart, ils sont sous le SMIC parce qu'ils sont soit des temps partiels contraints.
Mais la question du pouvoir d'achat a été abordée pendant cette campagne électorale. Et vous, alors, comment vous comptez convaincre ces personnes-là, qui font partie de cette France périphérique que vous décrivez, à voter pour vous aux prochaines législatives ? Sur le pouvoir d'achat ?
Sur le pouvoir d'achat, moi, il y a un truc à faire. Le premier truc à faire, c'est l'indexation des salaires sur l'inflation.
C'est ce qu'il va faire Emmanuel Macron, c'est ce qu'il promet.
Non, non, non, non, il n'a absolument pas promis. Alors là...
Sur les minima sociaux.
Les minima sociaux, ok. Il a promis ça sur les retraites, mais moi, je dis, il faut indexer aujourd'hui les salaires sur l'inflation.
Donc, on augmente demain tous les salaires de 5% ?
Exactement. Public comme privé ? Oui. Et ça, ce n'est pas dans votre programme ? Je vous dis ce que moi, je porte.
Mais ce n'est pas dans le programme des insoumis, et ce n'est pas dans le programme de la nuit.
Moi, je souhaite qu'il y ait une indexation des salaires sur l'inflation. Jusqu'en 1983, on a eu dans notre pays, une indexation des salaires sur l'inflation. Qu'est-ce qui s'est passé à ce moment-là ? Et donc, parce que vous saviez qu'on avait une inflation importante en France. Il faut voir qu'aujourd'hui, l'inflation, elle n'est pas conjoncturelle. Elle n'est pas liée à la crise en Ukraine. A l'automne dernier, on avait déjà de l'inflation. Elle est liée notamment à la crise environnementale qui produit une inflation des matières premières.
Si jamais vous laissez l'inflation des produits se produire et que pendant ce salaire, les salaires se stagnent, ça produit mécaniquement une érosion du pouvoir d'achat, pas seulement pour les gens qui sont au SMIC, pas seulement pour les gens qui sont aux minima sociaux, mais même pour les gens qui vont gagner...
Vous connaissez le risque, vous savez pourquoi cette mesure a été enlevée, François Riffin ? Le risque, c'est que si on augmente demain tous les salaires du montant de l'inflation, c'est-à-dire de 5%, les entreprises répercutent ensuite cette hausse dans leur prix et ça alimente l'inflation. Et on peut, c'est ce que disent ceux qui ne veulent plus de cette mesure, avoir une sorte de spirale inflationniste où l'inflation se nourrit elle-même et arrive à des niveaux qu'on n'avait pas connus.
Il y a de l'inflation sur tout. D'ailleurs, France Info a montré un graphique avec l'augmentation des 5 fortunes françaises où on voyait le triplement des 5 milliardaires français sous le mandat de Macron. En 5 ans, les 5 premières fortunes françaises ont vu leurs fortunes tripler. C'est une inflation qui est considérable.
Mais concrètement, comment vous faites pour reposer aux entreprises d'augmenter les salaires ?
Rendez-vous compte de la modestie de ma demande. Rendez-vous compte de la modestie de ma demande. Je ne demande pas d'indexer les salaires sur les 5 premières fortunes françaises ou sur les 500 pour fortune françaises. Je pense que ça serait une mesure à mettre en oeuvre. Vous savez, quand le patron de Total vient annoncer qu'il se prend plus 52% cette année, que Total fait 9 milliards d'euros de bénéfices, qu'il n'y a pas un moment où le gouvernement français vient prononcer le mot Total ou dire à Patrick Pouyanné « Non, ce n'est pas possible de s'augmenter comme ça. » Qu'est-ce que c'est ces 9 milliards d'euros de bénéfices juste sur le premier trimestre ?
Ils ont battu le record de tous les temps.
Mais c'est une entreprise privée.
Non, c'est une entreprise privée. Et alors, comment ils s'enrichissent comme ça ? Comment ils s'enrichissent comme ça ? Ils s'enrichissent comme ça. Ils s'enrichissent comme ça sur le dos des Français. Vous êtes député comment vous imposez aux entreprises augmenter les salaires ? Je termine. Je vois qu'ici non plus, on ne veut pas qu'on parle de Total. Mais si, on ne veut pas parler de Total. Alors, laissez-moi parler de Total. Le gouvernement français ne dit pas un mot de Total. Total, l'an dernier, c'est 15 millions de profits. Là, sur l'Europe. 15 milliards. 15 milliards, pardon, merci de nous prolonger. Vous voyez qu'on parle de Total.
Et sur le premier trimestre, c'est 9 milliards de profits. C'est énorme. Ce sont des sommes considérables. Le PDG de Total, M. Patrick Pouyanné, s'augmente de 52%. Ça, ça veut dire un enrichissement sur quoi ? Un enrichissement sur le dos des Français qui payent leur gasoil à la pompe près de 2 euros. Et sur le dos de la crise en Ukraine, profiteur de guerre. Et là, là-dessus, on a un scandale qui est énorme, qui est sous nos yeux. Et il n'y a pas un journaliste pour venir poser la question de comment ça se fait que Total se permet de faire ces bénéfices-là et qu'il n'est pas taxé par le gouvernement et qu'on n'impose rien. Comment ça se fait ? Et donc, la question...
Comment ça, Total n'est pas taxé par le gouvernement ? Mais non, 9 milliards d'euros de profits.
Oui, l'impôt sur les sociétés.
Rien de plus. Rien de plus. Rien de plus quand le profit se fait manifestement.
Vous auriez souhaité une taxe exceptionnelle sur les profits.
Je veux dire, qui est-ce qui va payer les 15 centimes d'euros mis ? Ça va être l'État. Ça veut dire que les Français vont être prélevés pour donner sur l'essence. Mais alors que Total est en train de se gaver de manière gigantesque. Et c'est vrai. Et c'est vrai pour l'ensemble des sociétés du CAC 40. L'an dernier, elles ont fait 160 milliards d'euros de profits. Il faut voir que c'est gros comme une vache au milieu du couloir. Et on ne veut pas le voir. Elles ont fait 160 milliards d'euros de profits. Leur dernier record... Leur dernier record...
Une fois que vous avez dit ça concrètement, comment vous améliorez le quotidien des Français ? Comment vous imposez aux entreprises ? Et je répète ma question parce que je n'ai pas la réponse. Comment vous imposez aux entreprises d'augmenter les salaires de 5% au chiffre de l'argent ?
Et si vous me permettez de compléter la question de Salia, si c'est si indispensable que ça, pourquoi ce n'est pas dans le programme de Jean-Luc Mélenchon ?
Alors, ça sur l'indexation. Mais de manière générale, aujourd'hui, qu'est-ce qu'il faut ? On est comme dans l'ancien régime. Les seigneurs sont exemptés d'impôts. Voilà la situation dans laquelle elles se trouvent. Donc, il nous faut, aujourd'hui, changer la base fiscale. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que Amazon, Hermès, Bernard Arnault, Mulier et compagnie, Total, doivent être taxés. Si jamais ces gens-là sont taxés et sont taxés à la hauteur de leur profit, nous retrouverons des marges de manœuvre pour faire respirer l'économie. Là où on se trouve dans une situation d'injustice majeure, c'est qu'aujourd'hui, les petits payent gros et les gros ne payent pas d'impôts.
Ça veut dire que vous pourriez vous servir de l'argent que vous récupérez en taxant exceptionnellement ces grandes entreprises qui font du bénéfice en reversant, en abondant, en fait, les salaires des salariés.
Mais même les entreprises sous-traitantes qui, aujourd'hui, sont écrasées.
C'est l'État qui va mettre la main à la poche, c'est ça.
Mais qu'est-ce qui se passe aujourd'hui ? Les petites entreprises payent en proportion plus d'impôts que les grosses entreprises. C'est que le boulanger du coin va payer son URSAF, va payer sa TVA, va payer son impôt sur les sociétés, va payer ses impôts locaux et compagnie, pendant qu'Amazon, lui, va réussir à échapper à ça et McKinsey aussi. On a aujourd'hui des nouveaux seigneurs qui se sont exemptés du paiement de l'impôt. Eh bien, si jamais on les remet, c'est comme ce qui s'est passé au moment de la Révolution française, si jamais on les refait payer, on retrouve des marges de manœuvre à la fois pour les petits salariés, pour les travailleurs, mais aussi pour les petites entreprises.
Et nous avons ce combat-là à mener qui est un combat pour la justice fiscale.
Un mot, François Ruffin, de la réforme des retraites proposée par Jean-Luc Mélenchon, 60 ans, le retour à la retraite à 60 ans pour tout le monde, avec 40 années de cotisation. Est-ce qu'il y a un loup dans votre réforme ? Tout simplement parce qu'aujourd'hui, il n'y a plus grand monde qui commence à travailler à 20 ans en France. Et donc, il y aura ces 40 années d'annuité à 60 ans.
Il y aura ces 40 années d'annuité, il n'y a pas de loup, c'est dit.
Mais quelqu'un qui commence à travailler à 23 ans aujourd'hui n'aura pas ces 40 années à 60 ans.
Donc il y aura des cotes. Ça sera à 63 ans. Enfin voilà, c'est la possibilité du départ à 60 ans, mais avec 40 années d'annuité.
Mais pour avoir les deux en même temps, les 60 ans et les 40 années d'annuité, c'est difficile.
Oui, mais aujourd'hui, c'est quoi ? Il faut voir quelle est la situation. On peut dire que c'est insuffisant. D'abord, ça revient à la situation de 1982 en Rouen. Entre-temps, les Français ont vécu et vivent beaucoup plus longtemps. Aujourd'hui, la réalité, c'est que c'est 43 années de cotisation et pas de départ avant 62 ans. Et qu'est-ce que c'est la réalité que je vois dans mon coin ? La semaine dernière, je vois une dame à Berthe-Cour-les-Dames qui travaille dans un atelier de logistique à faire à la fois un petit peu charisme et surtout pour balayer et faire agent d'entretien.
Elle a le genou broyé, elle a les épaules broyées, elle s'est fait opérer de partout, elle ne peut plus aller au boulot. Et elle n'a pas les caractères de pénibilité ? Non, elle n'a pas les caractères de pénibilité parce que ça, c'est des trucs individuels. Ça ne marche jamais, ces trucs individuels-là. Et donc là, qu'est-ce qu'elle fait ? En attendant la retraite, elle tire sur l'invalidité, essayait d'être mise en inaptitude. Et aujourd'hui, il faut comprendre ça, c'est que c'est la moitié des Français qui, à 60 ans, ne sont plus en emploi. Hommes et femmes, la moitié des Français ne sont plus en emploi. Vous vérifierez. D'accord ? Ils ne sont plus en emploi. Et pourquoi ?
À la fois parce qu'ils en sont exclus, parce qu'ils s'auto-excluent. Et c'est 40% des Français qui, à cet âge-là, à 60 ans, considèrent qu'ils ont une santé altérée. Donc, évidemment, là, le problème se pose de qu'est-ce qu'on fait, qu'est-ce qu'elle est la phase de transition entre on n'est plus en emploi et avec une retraite qu'on repousse de plus en plus. Ça veut dire que, vous avez vu le taux de RSA qui a augmenté depuis 10 ans pour les seniors. Plus 153%. Ça veut dire qu'on a plus qu'un doublement du nombre de personnes âgées qui survivent aujourd'hui grâce au RSA. Pourquoi ?
Parce qu'on a ce flou, cette incertitude entre le « c'est la fin de l'emploi » et « c'est pas encore la retraite ». Eh bien, ce « ça, cela », il faut le diminuer plutôt que l'augmenter, plutôt que l'allonger.
François Ruffin, député insoumis de la Somme et l'invité de France Info jusqu'à 9h. Le fil Info 8h51, Solène Cressan.
Plus d'attentes à prévoir dans les aéroports. Cet été, par manque de personnel sur France Info, le président de l'Union des aéroports français l'explique par des conditions de travail qui ne sont pas suffisamment attractives. L'inflation va s'accélérer dans les prochains mois et les prix qui vont le plus flamber sont ceux des aliments, 5% de plus sur un an en mai et même au-delà de 6% en juin. Alors que 16 millions de volailles ont dû être abattues à cause de la grippe aviaire en France cette année, des oies ou des canards commencent à être vaccinés. Aujourd'hui, dans deux fermes, expérimentation avant un possible vaccin l'année prochaine.
L'épidémie recule, mais 19 départements sont encore en risque élevé. Marilyn Monroe sur fond bleu turquoise, cheveux jaunes, lèvres rouges. L'un des cinq portraits de l'icône signé Andy Warhol est devenu l'œuvre d'art du XXe siècle la plus chère jamais vendue aux enchères. 195 millions de dollars lors d'une vente à New York et on ne sait pas qui se l'est offert. France Info
Le 8.30 France Info Salia Brakia, Marc Fauvel
Toujours avec François Ruffin, député de la France Insoumise de la Somme depuis plusieurs années et suite aux révélations de Mediapart, vous accusez le groupe LVMH et son patron, Bernard Arnault, de vous avoir fait espionner, vous et votre journal Fakir, au moment du tournage de votre documentaire Merci Patron, information donc démentie par Bernard Arnault auprès des policiers. Et grâce à un accord judiciaire en décembre dernier, le groupe LVMH a échappé aux poursuites judiciaires en échange d'une amende de 10 millions d'euros. Ce n'est pas normal pour vous.
Vous dites vous accuser, ce n'est pas vous accuser, les faits sont prouvés, ils sont démontrés, il y a même des écoutes qui prouvent ça. Qu'est-ce qui s'est passé ? Le groupe LVMH et Bernard Arnault ont envoyé des tops au sein du journal Fakir qui ont fouillé nos poubelles, qui nous ont infiltré à la demande de LVMH via Bernard Squarsini, vous savez l'ancien squal de Sarkozy. Donc on nous a envoyé tout ça sur le dos. Ça veut dire atteinte à la liberté de la presse, puisque c'est un organe de presse qui est visé, et atteinte à ma vie privée, puisque j'ai été surveillé, y compris quand j'allais jouer à la pétanque.
Bon, tout ça je le présente de manière comique, mais voilà ce que s'est permis de faire le plus grand groupe de luxe au monde.
Hier vous étiez devant la cour d'appel de Paris, pour remettre en cause cet accord qui a donc abouti au paiement par LVMH de 10 millions d'euros. Qu'est-ce que vous espérez ?
J'espère qu'un jour les juges se réveillent et qu'ils se disent la justice n'est pas à vendre. Parce qu'aujourd'hui, qu'est-ce qui s'est passé ? Je vous parlais tout à l'heure des nouveaux seigneurs qui se permettaient d'échapper à l'impôt. Et bien ces nouveaux seigneurs, maintenant ils ont une loi qui le permet aussi d'échapper au droit, d'échapper à la justice. Et de dire, bon ben, je vous fais un chèque, je fais un chèque de 10 millions d'euros, et même s'il y a de l'espionnage, même s'il y a de l'atteinte à la vie privée, même s'il y a des atteintes à la liberté de la presse, et bien on efface ça parce que je vous donne 10 millions d'euros.
Vous avez récupéré de l'argent vous sur les 10 millions ?
Non, je n'ai rien récupéré. Et mon objectif n'est pas d'en récupérer. Les juges, ils ne comprennent pas. Ils disent, mais M. Ruffin, il ne demande pas d'argent. Ben non, je ne demande pas d'argent. Moi, ce que je demande, c'est qu'il y ait la loi et la loi pour tous. C'est-à-dire que ce n'est pas parce que vous êtes plein de fric que vous avez un gros porte-monnaie que vous devez échapper à la justice. Et là, en l'occurrence, les délits commis sont prouvés. C'est prouvé. Tout est prouvé. Et pourtant, il leur a suffi de faire un chèque pour... Alors, ça, il n'y a pas moins que ça indigne, quand même. Il y a des associations de journalistes, de reporters sans frontières.
Il y a les syndicats de journalistes. Il y a un syndicat d'avocats. Il y a toutes les associations de luttes.
On explique que c'est une pratique qui a été mise en place par la justice pour désengorger les tribunaux.
Mais c'était pas pour ça. Et qu'il n'y avait pas ces types d'appels. Au départ, c'était pas pour ça, normalement. C'était fait pour les conflits entre les grandes multinationales, entre Boeing et Airbus, qu'ils arrangent leurs tuyaux sans que ça dure pendant des années. Bon, ben, à la fin, les tuyaux, ils s'arrangent contre moi. Et qu'on font contre le droit, contre la liberté de la presse, contre... Voilà. Et donc, moi, ce que je demande, là, je le demande au Conseil constitutionnel, c'est de venir mettre des bornes à ça. OK, il y a ce truc qui s'appelle la Convention judiciaire d'intérêt public.
Donc, j'ai découvert le machin la veille, puisque le lendemain, j'étais en procès, et qu'on me disait, ben, c'est réglé. Bernard Arnault a payé 10 millions d'euros, donc c'est terminé. Moi, ce que je demande, c'est que le Conseil constitutionnel vient de dire, quelles sont les bornes à cette Cégip ? Quelles sont les voies d'appel auxquelles nous avons droit ? Quelle est la place de la victime à l'intérieur de ça ? Est-ce que l'État et les multinationales peuvent s'arranger ? Parce que Bernard Arnault, il avait déjà acheté la police par le biais de Squarsini. Il avait acheté la préfecture de police. Il avait acheté les services.
Il avait acheté les services, y compris auprès du numéro 2 de l'Élysée. C'est dans les écoutes de médias. Parfois, je n'invente rien. Donc, d'un côté, il achète la police. De l'autre côté, il achète la justice. Mais à qui appartient le pays ? Est-ce que le pays, il appartient aux Français ou est-ce que le pays, il appartient aux milliardaires de luxe ?
Et décision de justice attendue à la fin du mois. Je voudrais vous interroger sur la candidature de Tahabouhaf, que votre parti a investi aux législatives à Vénitieux. Tahabouhaf, qui se présente comme un militant journaliste qui a été condamné par la justice il y a quelques années pour injure raciale. Il avait traité une syndicaliste policière, je cite, d'arabe de service. Vous êtes à l'aise avec cette candidature ou pas ?
Là, manifestement, il vient de la retirer. Pas tout à fait.
Est-ce que vous êtes à l'aise, tout simplement, ou pas ?
Moi, ce qui m'inquiète moins, ce n'est pas qu'il y ait un Tahabouhaf à l'Assemblée, c'est tout ce qu'il n'y a pas à l'Assemblée. Combien d'ouvriers à l'Assemblée ? Zéro. Combien de maçons à l'Assemblée ? Vous détournez la question.
La question, c'est le profil de Tahabouhaf.
Parce que lui, il vous gêne ou pas ? Il y a cette condamnation. Il y a les propos, vous les connaissez, François Ruffin, qui l'a tenu par le passé. Il avait dit qu'il vomissait Charlie Hebdo. Il avait traité une jeune femme de pute blanche. Et il y a ces propos qui ont été condamnés pour un juge raciale. S'ils n'étaient pas de votre camp, vous diriez quoi ?
Chacun a commis des erreurs dans son existence. Maintenant, il faut les reconnaître. Mais moi, je vous dis, ce qui me peine le plus pour la démocratie demain, ce n'est pas qu'il y ait un Tahabouhaf, et manifestement qu'il n'y en ait pas, puisqu'il vient de retirer sa candidature. Vous regrettez ? Ce n'est pas ça. Moi, ce qui m'inquiète pour la démocratie demain, c'est cette uniformité de l'Assemblée nationale. Vous savez, moi, je mène campagne dans la Somme. Le décrochage entre le politique et les gens, je le perçois tous les jours. Et c'est-à-dire ce sentiment de ne pas être représenté.
Alors, moi, je fais ce que je peux avec mes interventions sur les agents d'entretien, sur les clubs de foot, et ainsi de suite. Mais combien d'auxiliaires de vie à l'Assemblée nationale ? Combien d'agents d'entretien ? Alors là, peut-être qu'on va avoir la chance, et moi, j'y suis attaché, au fait qu'on ait une femme de ménage, une femme de chambre, vous savez, de l'hôtel Ibis, c'est la personne de Rachel Kéké, qui pourra peut-être entrer à l'Assemblée nationale. Mais voilà, moi, ce que je souhaite, c'est que l'Assemblée nationale soit représentative de la diversité de la société française, et on peut considérer que Taabouaf représente une partie de la sensibilité de la population française.
Moi, ce que j'aimerais bien, c'est qu'il y ait les quartiers populaires, c'est qu'il y ait les quartiers populaires, mais qu'on n'oublie pas les campagnes populaires, la France des ronds de poings, la France des gilets jaunes, et qu'elle aussi, elle puisse se retrouver dans les voies qui apporteront à l'Assemblée nationale. Sachant que ce n'est pas à l'Assemblée nationale que se fait la loi, c'est quand même l'Élysée qui décide de la loi. Bon, mais voilà.
Je tente, est-ce que vous êtes capable de répondre à une question par oui ou non ?
Je tente.
Si Jean-Luc Mélenchon est Premier ministre, vous serez dans son gouvernement ou non ? Ben voilà, merci beaucoup. François Ruffin, bonne journée à vous.
François Ruffin