Robots : des nouveaux soldats ? | Le journal de la Défense
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Générique ... -La robotique est aujourd'hui partout.
Elle s'est aussi répandue au sein des armées, dans tous les milieux. A côté des drones aériens, les robots terrestres et sous-marins se développent, et pour des missions très variées, du soutien à la logistique, de l'observation à la détection, de la surveillance à l'appui au combat. -Les robots sont un game changer.
Ils vont permettre de changer l'art de faire la guerre. -La robotique devrait permettre d'éloigner l'homme de la menace et aussi de démultiplier ses capacités. -La vraie question aujourd'hui : est-ce une évolution ou est-ce que ce sera une révolution ? -La robotisation des armées est en marche, mais jusqu'où ira-t-elle ?
A quoi ressemblera le champ de bataille de demain ? Moins d'humains et plus de robots. La guerre finira-t-elle par être menée par des machines ?
Autant de bouleversements qui posent question. -Pour nous, point de salut sans part de l'humain dans la décision. -Il y a des questions éthiques abyssales qui se posent. -En intervention, les sapeurs-pompiers de Paris sont souvent épaulés par Colossus, un collègue un peu particulier.
Un robot d'extinction employé dans des conditions parfois extrêmes, avec un objectif : éloigner l'homme du danger. Le tout 1er exemplaire entre en service en 2017 à Issy-les-Moulineaux, l'un des 3 centres de secours spécialisés dans l'exploration longue durée. -Le principal intérêt des robots est d'envoyer le robot en cas de risque d'effondrement, d'éboulement ou de grosse chaleur, où le sapeur-pompier serait beaucoup trop exposé à un risque, en espérant éviter des morts par la suite.
Aujourd'hui, ce robot est indispensable dans notre manière d'intervenir. On pourrait difficilement revenir en arrière. C'est un matériel qui a fait ses preuves. -A raison de 65 départs en intervention par an en moyenne, le robot est régulièrement engagé sur des incendies.
C'est aussi un engin de reconnaissance. Avec ses capteurs, il voit à 360 degrés de jour comme de nuit et détecte les gaz et produits toxiques. Cette machine est également adaptée au transport de victimes et de matériel. -Ca représente une charge énorme.
On est sur presque plus de 200 kilos à porter, donc répartis sur les personnels bien sûr. Mais à côté de ça, s'ils portent 200 kilos sur des longues distances, automatiquement, ils sont plus fatigués pour commencer leur mission. C'est pour préserver le pompier, pour être fort dans l'action à l'instant T. -Le robot pour être plus fort, mais aussi plus rapide. -Le robot, on met 1 minute pour le sortir de l'engin et les engins comme les premiers intervenants sont déjà garés.
On se retrouve avec des rues bloquées. Notre matériel est sur le robot, on peut monter sur le trottoir et aller rapidement sur les lieux de l'intervention et s'engager au plus vite. Le facteur temps est important. -La robotique terrestre au service du combattant, une histoire qui date.
Au 20e siècle déjà, des ingénieurs français conçoivent des machines comme cette torpille destinée à transporter des explosifs dans les tranchées ennemies à l'époque de la Grande Guerre avec plus ou moins de succès. Parmi les plus aboutis, le Goliath, fabriqué par les Allemands au cours de la Seconde Guerre mondiale. Explosion La robotique s'est peu à peu développée en parallèle des conflits armés. -Le 11 septembre 2011, l'Amérique est foudroyée par les attentats du World Trade Center.
Le pays le plus puissant du monde se voit ainsi fragilisé par le terrorisme. -Un des éléments marquants de l'introduction des robots dans les armées, ce sont les guerres en Irak et en Afghanistan du début du 21e siècle, avec notamment l'apparition chez les insurgés d'engins explosifs improvisés. Et ces engins explosifs improvisés, laissés sur le bord de la route, qui explosaient au passage d'une unité militaire amie, ont causé énormément de dégâts aux forces de la coalition, notamment les militaires français.
Presque un sur deux malheureusement dans ces conflits a été tué ou blessé par ces engins. Il a fallu trouver des solutions et celle qui est apparue naturellement est le robot, qui permet de se déporter, de se déplacer et d'aller voir une menace potentielle, d'aller creuser le sol, prendre des photos, analyser les images et détecter s'il y avait un engin explosif improvisé sur le bord de la route. -Dans les armées, les démineurs sont considérés comme les précurseurs de l'utilisation de robots terrestres.
Parmi eux, le capitaine Florent. En près de 40 ans de carrière, il a participé à beaucoup d'opérations, En ex-République yougoslave de Macédoine avec le 17e régiment du génie parachutiste, comme le montrent ces images tournées en 1999, mais aussi au Cambodge, en Bosnie, au Liban et au Kosovo, en Afghanistan, en Irak et en Syrie, et plus récemment au Mali. -Les premiers IED sérieux sur lesquels j'ai été confronté, c'est en Afghanistan, où là, vraiment, la technologie et les techniques utilisées par l'ennemi étaient vraiment de très haut niveau. -Il forme désormais les jeunes démineurs, toutes armées confondues, au désamorçage et à l'élimination d'engins explosifs industriels ou artisanaux, ainsi qu'à l'emploi des robots de déminage comme celui-ci. -C'est un robot qu'on a eu à l'époque de l'Afghanistan, donc le combat de contact, il nous fallait un robot léger, maniable, rapide, qui puisse intervenir au profit des démineurs, de l'infanterie et de la main-d'oeuvre lors d'une embuscade.
Nous avons également un robot plus lourd qui permettra d'autres types d'intervention, que ce soit sur le territoire national ou en extérieur. -Un outil dont il ne peut plus se séparer. -Je suis devenu addict à ces 2 engins.
Parce que, dans l'équipe, le robot, c'est lui qui va y aller en premier. C'est la 1re question que je me pose face à une menace comme ici, par exemple. La 1re question que je me pose, c'est : le robot peut-il y aller à ma place ?
C'est son boulot, nous, on a le nôtre. S'il peut pas y aller, pour des raisons diverses et variées, du genre accessibilité, dangerosité de tirs directs, par exemple, ou tout simplement l'approche est difficile puisqu'il y a des fils pièges. Le robot peut pas neutraliser un fil piège.
Donc là, effectivement, on va y aller. Mais tout d'abord, c'est lui. S'il ne peut pas, on ne le met pas de côté, on l'utilise quand même pour porter du matériel.
Soit il se met en position pour nous filmer et qu'on soit en connexion directe avec notre équipier qui reste au niveau du véhicule blindé ou du camion. Le robot et nos démineurs, c'est un tout. Il fait partie de l'équipe. -Depuis 20 ans, les robots du génie ont largement évolué.
Aujourd'hui, une nouvelle génération fait son apparition, plus agile et embarquant davantage de technologie. -Comme les engins explosifs ne cessent de se diversifier, il faut utiliser des capteurs là aussi diversifiés pour maximiser les chances de les détecter. Et donc, on peut avoir, par exemple, des capteurs qui vont détecter plutôt l'électronique, des capteurs qui vont détecter des changements dans le sol.
Et on cherche même à fusionner les informations qui proviennent des différents capteurs. -C'est l'exemple du RSM, de l'entreprise nantaise Capacités, soutenue par l'Agence de l'Innovation de Défense, un robot de détection de mine antipersonnel à faible signature magnétique, dont l'utilité sera tant militaire en temps de conflit que civile pour restituer des terrains sécurisés aux populations. -Nous avons proposé d'associer de l'intelligence artificielle et de la robotique dans une interface de collaboration avec les démineurs.
Cette interface permet d'analyser les données recueillies par le robot et d'aider le démineur à prendre des décisions à distance et en sécurité. Aujourd'hui, on a une évolution de la philosophie de l'autonomie dans la robotique. On a longtemps cru qu'on allait mettre des robots à la place des hommes.
Aujourd'hui, il s'agit surtout de mettre des robots avec les hommes et de pouvoir les faire collaborer. Donc c'est un robot et un homme plus qu'un robot à la place de l'homme. -Ce robot utilise plusieurs techniques : de la mesure de contact, de la mesure sans contact et du radar de sol.
Les données recueillies sont stockées et géolocalisées puis analysées. Pour l'instant, aucun système ne permet d'avoir cette approche, mixant ces différentes technologies. -Donc le robot peut travailler sur des sous-munitions qui arrivent par voie aérienne.
Ces sous-munitions sont posées au sol, peuvent être légèrement dissimulées sous du feuillage, et là, le robot peut avancer de lui-même. Par analyse d'image, il va détecter la sous-munition qui est présente et s'arrêter de lui-même pour prévenir à distance. -Le robot sait aussi détecter les mines enterrées et les dissocier des objets naturels.
Il sonde le sol en toute autonomie, libérant le démineur des tâches répétitives, pénibles et dangereuses. En mer, même combat. Chaque année, plus de 2000 munitions sont détruites par les plongeurs démineurs.
Dans cette guerre, la marine nationale elle aussi mise sur la robotique pour renouveler et moderniser ses capacités. C'est l'objectif du SLAM-F, le 1er programme de drone naval pour la France, développé en coopération avec la Grande-Bretagne. -Alors, Fabien, Frédéric, cette exploitation de mission, ça donne quoi ? -On est en train de regarder la dernière mission qu'on a faite, des rails d'un demi-mille nautique de longueur et 300 mètres de fauché. -Le but de la mine, c'est d'interdire le passage maritime, l'accès à un port, l'accès à un détroit.
Et le système de lutte contre les mines, c'est le bouclier contre cette menace. Les mines deviennent de plus en plus intelligentes, de plus en plus furtives, la menace évolue. -Plusieurs pistes ont été explorées par la Direction générale de l'Armement avec les industriels.
Certaines ont été retenues, d'autres non. -Typiquement, pour la neutralisation, on avait imaginé un drone kamikaze, ce choix n'a pas été fait pour le SLAM-F. -Pour quelle raison ? -L'idée, c'est quand même, même si on veut éloigner l'homme de la menace, c'est important de garder l'homme dans la boucle en permanence et pour les fonctions identification et neutralisation de mine, le choix d'un ROV, donc un robot filoguidé, piloté par le marin, à distance, a été fait. -Le prototype qui préfigure le système final est aujourd'hui en cours d'évaluation opérationnelle par la marine nationale, avec un objectif : vérifier s'il répond bien aux besoins et identifier les ajustements éventuels avant livraison des premiers de série en 2024. -Bonjour. -Mes respects, commandant. -On a fait un choix de prendre un drone de surface habitable.
Pendant la phase d'évaluation, j'ai toujours du personnel à bord, en cas de problème, on peut reprendre la main et mettre en oeuvre en local. A terme, mon opérateur sera en fait à une dizaine de nautiques de mon centre d'opérations en train de piloter le drone. Il y a 2 configurations, une avec un sonar remorqué.
Il tiendra mieux le courant que l'UV et surtout j'aurai une transmission de mes données sonar en direct vers mon centre. L'opérateur pourra vérifier la qualité de l'image et si le fond n'est pas encombré, identifier immédiatement des contacts intéressants. La 2e configuration est avec le drone d'intervention sous-marin, donc un robot, qui permettra d'aller identifier et si l'objet est une mine de le contre-miner en déposant une charge explosive à proximité. -A cela s'ajoutent 2 drones sous-marins autonomes capables de fournir des images sonar de haute résolution et multi-angles. -L'idée, aujourd'hui, c'est que vous les utilisiez, manipuliez et que vous puissiez restituer aux industriels qui sont là votre perception de leur usage.
Et pour vous d'imaginer ce que sera le combat de demain. On a fait un exercice ici à l'académie militaire de Saint-Cyr Coëtquidan avec l'école militaire interarmes en 2021 en utilisant des robots terrestres en combat urbain. Et ces robots, ils avaient une finalité, c'est prendre du renseignement.
S'exposer, détecter l'ennemi, avant que l'ennemi ne vous détecte. On a fait des mesures avec les élèves officiers de l'intérêt d'utiliser ces robots. Est-ce que ça apporte une plus-value opérationnelle ?
Des coups de feu retentissent. -OK, go ! ... -C'est un peu plus long en termes de délai pour la même manoeuvre.
On a 10, 15 minutes de plus. Par contre, il y a pas de morts. -Et l'ennemi a été identifié en avance de phase quasiment à chaque fois.
C'est le côté positif. -Déjà bouclier contre le danger, le robot pourrait bientôt avoir sa place au combat pour voir, écouter, sentir et agir plus loin. -On s'y intéresse pour l'infanterie, par exemple, pour réaliser des investigations de bâtiments, voir s'il y a des présences ennemies à l'intérieur, voire des pièges.
On envisage de l'utiliser pour la reconnaissance, la surveillance, également peut-être pour le ravitaillement et pour l'appui au combat également. Ce qui paraît intéressant, c'est de pouvoir exploiter les capacités complémentaires de l'homme et de la machine. -C'est l'ambition du projet Vulcain, porté par l'état-major de l'armée de terre. -Dans la multitude des choses qu'on peut faire au travers du prisme des robots et de l'automatisation, le champ des possibles est si vaste qu'il a fallu mettre en place une démarche, une méthode.
C'est ça, le projet Vulcain. C'est à l'horizon 2040 de disposer d'unités opérationnelles qui utilisent et maîtrisent l'emploi de systèmes automatisés dans le combat de demain. -Ambition incarnée par la nouvelle section exploratoire robotique, créée à l'été 2021 et qui rassemble aujourd'hui 17 militaires. -L'utilisation des drones et robots change la façon de penser au niveau de la manoeuvre.
Les missions qui se faisaient en 1 heure se font en 10 minutes. L'utilisation des drones en avance de phase pour le renseignement nous permet d'éviter certaines missions et d'anticiper aussi. -En fait, pour bien spécifier les futurs robots, les ingénieurs, notamment à la DGA, ont besoin d'orientations et de retours d'expérience de la part des opérationnels.
Inversement, pour orienter les futurs systèmes, les opérationnels ont besoin de tester des robots suffisamment matures et proches de leurs besoins. Donc je pense que Vulcain doit permettre de créer les conditions d'une boucle vertueuse entre la recherche et technologie, les acquisitions et le retour d'expérience opérationnel. -Historiquement, quand on faisait des expérimentations, on s'appuyait sur des unités qui n'avaient pas le même ressenti, la même approche de ces systèmes automatisés.
Avoir un point fixe avec des gens qui ne sont pas des expérimentateurs, mais bien des opérationnels spécialisés dans l'usage des robots, nous permet de comparer les différents systèmes, de les rendre compatibles avec la difficulté du combat sur le terrain. -Bravo pour moi. J'ai effectué la reconnaissance du rez-de-chaussée avec le SRMO, dans la pièce de gauche, j'ai un ennemi neutralisé.
Je demande l'autorisation de pénétrer dans le bâtiment. -La section teste des robots aéroterrestres dans des scénarios tactiques, défensifs comme offensifs, comme ces mini-robots de reconnaissance obtenus dans le cadre du programme Scorpion, qui renouvelle les équipements de l'armée de terre. -OK.
Un ennemi détruit. Pièce claire ! -Rattachée au 94e régiment d'infanterie, la section est localisée à Sissonne dans l'Aisne, au centre d'entraînement aux actions en zone urbaine.
Ce camp dispose d'infrastructures particulièrement adaptées à l'usage de robots. -En ville, on a une vision assez restreinte et on a des portes successives dans des bâtiments où les risques d'avoir un piégeage ou des ennemis cachés derrière sont très fréquents. L'emploi des robots a tout son intérêt.
Dans les souterrains, de la même manière, on y voit très mal. Il y a des labyrinthes de tunnels où il peut, là aussi, y avoir beaucoup de piégeages, d'ennemis cachés et donc là également, les robots peuvent amener une plus-value intéressante en évitant des pertes humaines. -Personnel ennemi armé détecté. -Historiquement, la ville a toujours été un point dur pour les combats avec des rapports de force toujours très importants.
La question que pose le projet Vulcain est : demain, les systèmes automatisés permettront-ils de réduire ce rapport de force grâce à l'apport de la robotique ? -Pour y arriver, des verrous technologiques restent à surmonter, comme de rendre le robot autonome dans ses décisions pour les déplacements. -Un des défis que doivent relever les industriels est de permettre à ces machines d'avoir une autonomie pour libérer le militaire, notamment le déplacement.
C'est-à-dire pouvoir donner à une machine un ordre de déplacement qu'il puisse exécuter par lui-même. C'est relativement aisé dans les milieux homogènes que sont les milieux aériens et sous-marins, c'est beaucoup plus difficile sur le milieu terrestre. -Le milieu terrestre cumule de très nombreuses difficultés pour la robotique terrestre.
On a une grande diversité de l'environnement, des scènes parfois changeantes, très dynamiques. On a aussi des zones qui sont souvent compartimentées délimitées par des obstacles naturels, artificiels. Et ces caractéristiques impactent très fortement les capacités de mobilité, les capacités de communication, de réception des signaux satellites pour la géolocalisation ou encore le traitement d'images.
L'autonomie décisionnelle est vraiment très importante pour la robotique et pour pouvoir aller vers une diversification des applications. Ca permet en fait d'éviter, par exemple, à l'opérateur de devoir se focaliser sur la téléopération d'un robot. Ca permet de favoriser la discrétion hertzienne.
Ca permet également d'être beaucoup plus fluide pour réagir aux aléas dans l'environnement. Idéalement, on aimerait même aller jusqu'à des interactions en langage naturel comme on dit, donc être capable de dire au robot : "Va te poster sur la colline en te déplaçant "de façon furtive." -Un gros point positif que j'ai vraiment apprécié en position défensive, en fait, on avait décelé l'ennemi peut-être deux fois plus vite que sans les systèmes optiques.
A un moment, on s'est retrouvés bloqués, les robots les voyaient, mais à l'oeil nu, on voyait pas l'ennemi. Au niveau tactique, en défensif, ça peut être vraiment une grosse plus-value. -Avec ces capacités, le robot pourrait être un pion tactique supplémentaire dans la manoeuvre. -Pion tactique pour le chef militaire, c'est également avoir la possibilité d'utiliser plusieurs robots en même temps, des robots terrestres, mais aussi aériens.
On peut coordonner divers systèmes, combattre de façon collaborative. -Alors, le combat collaboratif, qu'est-ce que c'est ? C'est l'autre révolution, l'autre game changer qu'on identifie pour le combat de demain.
L'idée est d'exploiter la mise en réseau de l'ensemble des plateformes sur le champ de bataille et d'optimiser leur coordination pour accélérer notamment le tempo de la manoeuvre. L'objectif, c'est de comprendre, de décider et d'agir plus vite que l'adversaire sur le terrain. -La robotisation porte en elle un potentiel révolutionnaire pour les armées et autant d'enjeux éthiques et juridiques. -La question de fond, c'est la question du sens de l'action militaire.
Ce sens ne peut être porté que par l'homme, que par le chef militaire. Jamais une machine n'aura conscience de ce qu'elle fait. Elle n'est pas un agent moral. -Vous savez, quand vous commandez des hommes au combat, une chose primordiale est de donner du sens à leur action, qu'ils comprennent ce qu'ils font, pourquoi ils le font, pourquoi ils voient tout le monde se faire "trouer la peau", car ça arrive.
Pour tout, pour l'idée qu'ils se font de leur pays, de la patrie, de leur drapeau, du camarade à leurs côtés. Tout ça, un robot ne l'intègre pas. Un robot ne l'intègre pas. -En 2020, une structure unique au monde est créée au ministère des Armées, le 1er Comité d'éthique de la Défense, dont les travaux doivent guider la conception, le développement et l'utilisation des systèmes d'armes.
En matière de robotique, le Comité s'est penché sur la question des SALA, systèmes d'armes létaux autonomes, approuvant le choix de la France d'y renoncer. -Imaginons qu'on arrive à faire ce genre de systèmes, coder des fonctions décisionnelles évitant l'intervention de l'être humain dans l'appréciation de la situation et dans l'enchaînement avec la décision, il faudra se poser la question de ce qu'on est en train de faire. Doit-on le faire et au nom de quoi ? -Au Tchad, dans une autre vie, où, commandant à la tête de mon régiment, j'ai eu à tête reposée aux rebelles du moment.
Ces rebelles avaient les mêmes matériels que l'armée nationale aux côtés de laquelle nous étions engagés. De nuit, on a vu arriver dans nos caméras de vision nocturne des véhicules identiques à ceux de l'armée avec laquelle nous étions, progressant vers nous avec des affûts de canon devant, très dangereux. Qu'est-ce qu'on fait ?
Est-ce un ennemi, est-ce qu'on le détruit ? Est-ce un ami ? Pas de liaison radio, etc.
Je n'ai pas tiré. J'ai attendu le dernier moment et fort heureusement, parce que c'était des éléments de l'armée avec laquelle nous combattions à l'époque. Un SALA aurait évidemment tiré. -Si le système est mal employé, etc., qui est responsable, finalement ?
Est-ce que c'est effectivement le militaire qui a pris la décision d'utiliser ce système peut-être pas dans les bonnes conditions ? Est-ce que ce sont les concepteurs du système qui sont en cause ? Est-ce que ce sont les chercheurs qui sont en cause ?
Qui est responsable ? Il y a une sorte de dilution de la responsabilité qui va se produire. -En France en tout cas, la ligne de conduite est claire : l'humain est aux commandes de tout système d'arme, ce qui ne signifie pas renoncer à la recherche dans le domaine. -Nous ne pouvons pas cesser les études poussant jusqu'au bout la connaissance de ces armes.
Nos soldats, nos marins doivent pouvoir se prémunir contre ces SALA utilisés par d'autres. Etant entendu que les organisations terroristes se fichent du tiers comme du quart de l'éthique et n'hésiteront pas à acheter sur étagère des armes qui pourraient être des formes de SALA et auxquelles nous aurions à être confrontés. -Alors, non seulement les réflexions éthiques sont prises en compte, mais ça a été l'accélérateur de la réflexion sur ce sujet.
Ca nous permet d'ouvrir le champ des possibles sur ce qui est réalisable ou non, avec la notion de préserver la responsabilité du chef militaire dans les ordres donnés, exécutés par une unité humaine ou, demain, robotisée. -L'apparition des robots armés ou non, téléopérés ou intégrant de l'autonomie bouleverse la pratique de la guerre. Demain, ces machines seront autant d'outils tactiques que d'équipiers sur le champ de bataille comme peut-être un nouvel ennemi à combattre.
Si des défis restent à relever, comme les autres pays, la France se prépare à cette mutation en gardant à l'esprit les mots de l'écrivain Rabelais : "Science sans conscience n'est que ruine de l'âme." SOUS-TITRAGE : RED BEE MEDIA
Jean-Pierre Bataille