Face à la colère générale - Thomas Porcher :" Macron a très peur du blocage"
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Questions et réponses
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Thomas, comment tu vois la période de lutte qui commence là ?
- 3:51OuverteRéponse directe
Par rapport à ce mardi 7 mars, le gouvernement a lancé depuis longtemps son offensive politique et médiatique pour dissuader de la grève et des blocages. D'à quel point ça pouvait être dangereux ?
- 5:02OuverteRéponse directe
Thomas, on dirait que le gouvernement abat toutes les cartes, même les plus absurdes, en fait.
- 6:30OuverteRéponse directe
Qu'est-ce que tu en penses, toi ? Est-ce qu'ils ont raison d'agiter ce chiffon-là ou c'est vraiment encore de la dissuasion ?
- 9:43OuverteRéponse directe
Qu'est-ce que tu attends de la journée de ce mardi 7 mars et même de la suite après vu que c'est recorruptible ?
- 11:56OuverteRéponse directe
Est-ce que tu peux nous faire un point sur la situation économique des agriculteurs et paysans français ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« Il n'a pas négocié, il a menti constamment »
- 0:06Invité politiqueFait
« il sort des chiffres mais complètement au doigt mouillé »
- 0:14Invité politiqueFait
« des gens qui vont bosser deux ans de plus »
- 1:50Invité politiqueFait
« les gens restent majoritairement opposés à cette réforme »
- 4:26InvitéChiffre
« En 2022, ce sont près de 800 euros de pouvoir d'achat préservés en moyenne par ménage »
- 4:39InvitéChiffre
« Les mesures liées à la baisse des impôts ont, elles, permis un coup de pouce de 260 euros supplémentaires »
- 4:44InvitéChiffre
« 400 euros supplémentaires pour les 5% des ménages les plus pauvres »
- 5:24Invité politiqueFait
« Macron a très peur, le gouvernement a très peur du blocage »
- 6:09Invité politiqueFait
« le blocage va avoir un impact énorme sur un tas de choses complètement absurdes »
- 6:51Invité politiqueFait
« le blocage de 1995 qui a duré un mois »
- 11:28PrésentateurChiffre
« Dans les années 80, il y avait 1,6 million d'exploitations agricoles en 2000, 600 000. En 2020, 416 000 »
- 11:37PrésentateurChiffre
« Leur taille a par contre doublé en 30 ans, passant de 27 hectares en 1988 à 69 hectares en 2020 »
- 14:56Invité politiqueFait
« un rapport de la répression des fraudes qui a montré que ce n'était pas les agriculteurs »
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Cette sortie est complètement lunaire. Il n'a pas négocié, il a menti constamment, il sort des chiffres mais complètement au doigt mouillé, on ne sait plus ce que ça veut dire. Il fait des prévisions comptables sans tenir compte vraiment de modèles macroéconomiques sérieux qui prendraient l'impact global sur l'ensemble de la société parce qu'il va y avoir quand même des gens qui vont bosser deux ans de plus.
Bonjour tout le monde et bienvenue pour ce nouvel Instant Porchet. Je suis ravie de vous retrouver. L'instant Porchet, c'est un petit moment qu'on se prend entre nous avec Thomas Porchet chaque semaine pour décrypter l'actualité car les discours sont politiques et les comprendre est une véritable arme démocratique. Je vous rappelle que Le Média ne dépend que de votre soutien, vos abonnements et vos dons. Rendez-vous sur soutenez.lemédiatv.fr pour nous soutenir. Ce projet de télé libre et indépendante ne peut se faire sans vous et on arrive bientôt avec de nouvelles annonces. Au programme aujourd'hui, la France à l'arrêt et puis on ira faire un petit tour au salon de l'agriculture.
Ce mardi 7 mars est historique, c'est l'appel de tous les syndicats à mettre la France à l'arrêt. Grèves perlées et ou reconductibles, blocages, coupures d'électricité, manifestations, les forces sont unies et mobilisées pour lutter contre la réforme des retraites. La pression et la tension sont fortes. Emmanuel Macron, lors de chaque déplacement, se fait attraper la veste dans le pays et mobiliser contre sa réforme et ça n'a pas manqué au salon de l'agriculture. Voici en image effectivement ces personnes qui étaient au salon de l'agriculture et qui ont interpellé le chef de l'État. La retraite à 60 ans avec ses pancartes, ses affiches. On voit le service d'ordre évidemment.
Alors malgré tout, on dirait bien que le gouvernement Macron-Borne compte bien garder le cap. Thomas, comment tu vois la période de lutte qui commence là ? Qui a déjà commencé mais qui s'annonce encore plus rude.
Macron a pris les pires exemples. En fait, il est en déplacement. Alors les sondages restent assez fidèles à eux-mêmes, même s'il y a eu une pause pendant les vacances. Mais les gens restent majoritairement opposés à cette réforme avec un fort soutien aux grévistes et à l'action des syndicats. Et là, il y a Macron qui fait un déplacement au salon de l'agriculture et qui prend le pire exemple, qui nous dit en fait quel est son projet. Il prend l'exemple des agriculteurs qui ont très peu de retraite, qui ont des revenus qui sont en train de diminuer, qui sont les premières victimes de la mondialisation. Et on en reparlera au deuxième sujet.
Et il prend l'exemple des agriculteurs pour dire que voilà, en fait, il faut que les gens travaillent plus longtemps et que c'est indolore comparé à ce que vivent les agriculteurs. Il avait fait la même chose quand il avait fait son déplacement à Rungis en disant voilà, ici les gens se lèvent tôt, ils travaillent beaucoup, donc deux ans de plus, c'est rien pour eux. Donc on comprend bien derrière déjà cette sortie qu'il y a deux visions. Déjà opposer finalement les pauvres entre eux.
On oppose ceux qui travaillent à Rungis et qui ont des conditions de travail très dures et les agriculteurs qui ont des conditions de travail extrêmement dures au reste de la population en les stigmatisant, en disant que c'est des enfants gâtés. Et puis son projet, c'est toujours le nivellement vers le bas. C'est qu'en fait, tant qu'il y aura des gens qui auront des retraites plus avantageuses ou tant qu'il y aura des gens qui travailleront et qui auront des conditions de travail plus dures, puis à la fin, le dernier, celui qui n'a aucune finalement protection, c'est l'ubérisation, et c'était le projet d'Emmanuel Macron, eh bien il y aura des réformes à faire.
Et donc il faudra qu'à la fin, on soit tous payés à la tâche que l'on fait en se produisant nous-mêmes nos outils de travail sans congés payés, sans retraite, sans assurance chômage, voilà parce qu'on nous dira que c'est ce qu'il faut et parce qu'il y a déjà un million de personnes qui sont rentrées dans l'ubérisation ou dans l'auto-entrepreneuriat et qui supportent ça. Ça va être ça la finalité. Donc on voit bien qu'il y a une marche finalement contre le progrès social.
Normalement, quand vous avez de la croissance économique, c'est ce que nous avons quand même depuis 30 ans, de la croissance économique, un partage des richesses qui est en faveur d'une petite élite qui s'enrichit plus rapidement que le reste de la population. Normalement, vous devez avoir un peu de progrès social quand il y a de la création de richesses. Or là, c'est l'inverse qu'on nous dit. On a un nivellement vers le bas avec une création de richesses qui est captée par une minorité d'individus. Donc c'est ça le projet de fonds que Macron révèle à chaque fois qu'il fait une sortie en fait.
Par rapport à ce mardi 7 mars, le gouvernement a lancé depuis longtemps son offensive politique et médiatique pour dissuader de la grève et des blocages. D'à quel point ça pouvait être dangereux, qu'il faut avoir peur, on regarde.
Aussi, nous voulons continuer d'avancer, de travailler chaque instant pour répondre aux interrogations des Français et à ce qui menace notre pays. Aussi, mettre la France à l'arrêt, ce serait alourdir une facture déjà salée. Je vous éviterai une fois de plus la litanie des mesures engagées depuis un an maintenant en faveur du pouvoir d'achat des ménages. Les chiffres de l'OFCE parlent d'eux-mêmes. En 2022, ce sont près de 800 euros de pouvoir d'achat préservés en moyenne par ménage grâce à l'action du gouvernement via des aides comme le bouclier tarifaire ou la remise sur le carburant. Les mesures liées à la baisse des impôts ont, elles, permis un coup de pouce de 260 euros supplémentaires.
Et au total, ce sont encore 400 euros supplémentaires pour les 5% des ménages les plus pauvres grâce à la revalorisation des prestations sociales, à l'aide exceptionnelle versée aux ménages et aux chèques énergie.
Donc, ceci est la sortie du Conseil des ministres de mercredi dernier par Olivier Véran, porte-parole du gouvernement. Thomas, on dirait que le gouvernement abat toutes les cartes, même les plus absurdes, en fait.
Oui, tout à fait. Là, cette sortie est complètement lunaire. On le voit bien quand tu commences à dire que le blocage a un impact sur les cancers du col de l'utérus ou sur les sécheresses. On va quand même très, très loin. En fait, on se rend compte d'une chose que ce qu'on a dit aussi beaucoup ici, c'est que Macron a très peur, le gouvernement a très peur du blocage parce que finalement, c'est un blocage. Version 95, c'est la seule chose qui pourrait faire reculer le gouvernement. Pourquoi ça le ferait reculer ? Pas parce qu'il en subirait les effets, parce que lui, il n'en subira pas les effets. Tout simplement parce qu'à un moment, le patronat va dire à Macron, il faut lâcher prise.
Et là, si Macron a la population et en plus le patronat contre lui, parce que jusqu'à aujourd'hui, il a quand même bien gâté le patronat, là, il cèdera. Il cèdera. Ou il y aura dissolution. Enfin, il y aura une crise politique de grande ampleur. Et comme ce gouvernement a parié au début sur la résignation, que ça n'a pas eu lieu, puis il a parié sur l'essoufflement, qui n'a pas vraiment eu lieu. Là, comme il voit que ça se durcit, que les gens soutiennent encore les syndicalistes et qu'il y a l'union syndicale pour bloquer le pays, là, le gouvernement, il doit dire que oui, le blocage va avoir un impact énorme sur un tas de choses complètement absurdes.
Mais la réalité, et là, il l'a montré Véran dans son discours, et je ne sais pas qu'est-ce qu'il a conseillé dans sa communication, parce que c'était complètement absurde. Il a montré, en fait, qu'ils avaient peur, que le gouvernement avait peur du blocage. Après, est-ce que le blocage pourra tenir ? C'est la question. Mais en tous les cas, c'est la dernière des choses qu'il voulait.
Il s'agite le chiffon des problèmes économiques que les blocages et ou les greffes pourraient entraîner. Olivier Dussopt, il dit que bloquer le pays n'aurait pas de bonnes conséquences pour l'économie. Il y a aussi d'autres députés qui amènent à dire que c'est dangereux pour l'économie de faire ces blocages. Qu'est-ce que tu en penses, toi ? Est-ce qu'ils ont raison d'agiter ce chiffon-là ou c'est vraiment encore de la dissuasion ?
En fait, le blocage, d'un point de vue macroéconomique, quand on regarde sur une année, le blocage de 1995 qui a duré un mois, qui était un blocage quand même, il n'y avait plus de transport pendant un mois, sur les chiffres macroéconomiques, qu'il n'y a pas d'effet parce que vous avez un effet de rattrapage. Même mai 68, il n'y avait pas d'effet. C'est-à-dire que vous avez une perte très forte le premier mois et puis vous avez un rattrapage rapide après. Sauf que là, on est dans une situation différente.
Il y a l'inflation, il y a une situation pour beaucoup d'entreprises, pas les grosses entreprises, mais pour beaucoup d'artisans, etc., de fragilisation due à l'inflation et due au Covid aussi, où pendant un certain temps, il n'y a pas eu d'activité et puis maintenant, l'activité ne reprend pas plein pot. Il y a beaucoup d'artisans et de commerces qui font moins 20, moins 30 % de chiffre d'affaires. C'est le cas de certains restaurants, c'est le cas des coiffeurs, etc. Donc, s'il y avait une grève de grande ampleur, un blocage, il est vrai que ces gens-là seraient les premières victimes.
C'est une réalité parce que c'est eux, ceux qui n'ont pas de trésorerie, ceux qui n'ont pas de quoi encaisser un choc et ils en seraient victimes. Et tout le monde va éviter le blocage. Le blocage ne fait plaisir à personne quand on vit dans la vie réelle, ce qui n'est pas le cas de ce gouvernement qui a imposé cette mise sous pression et le fait de toujours augmenter graduellement la pression à mettre pour lâcher cette réforme des retraites. Il n'a pas négocié, il a menti constamment, il sort des chiffres mais complètement au doigt mouillé, on ne sait plus ce que ça veut dire.
Il fait des prévisions macroéconomiques qui sont juste des prévisions comptables comme si on faisait un produit en trois sans tenir compte vraiment de modèles macroéconomiques sérieux qui prendraient l'impact global sur l'ensemble de la société parce qu'il va y avoir quand même des gens qui vont bosser deux ans de plus. Donc, ça veut dire qu'il y aura moins de postes pour les entrants sur le marché de l'emploi. Il y a plein de choses comme ça qu'on pouvait analyser et qu'il n'a pas fait parce qu'il veut faire passer cette réforme de force. Et puis, chaque fois, on se rend compte que dès qu'ils disent une chose, ils sont débunkés quelques temps après par des experts ou des économistes.
Donc, ils passent cette réforme malgré finalement le choix du peuple. Donc, c'est eux qui imposent la pression. Et donc, s'il y a un blocage, c'est vrai que ça risque d'être douloureux et qu'à un moment, je pense que le grand patronat se moque des artisans, mais qu'il y a un moment où l'impact est tellement fort que le grand patronat, le MEDEF, etc., dit « lâchons pris », c'est ce qui s'est passé en 1995 et le gouvernement lâche.
Oui, c'est de renverser la responsabilité, la charge de l'économie. Et puis, il y a beaucoup de gens aussi qui disent que l'urgence est telle que ça fait moins mal de bloquer l'économie pendant un ou deux mois plutôt que de travailler deux ans plus tard.
Exactement, ils font ça et ils divisent les gens entre eux. Et comme les gens ne comprennent pas très bien cette réforme, les retraites, c'est assez difficile à comprendre. Alors, comme les gens qui ont bossé à 30 ans vont se dire « mais moi, de toute façon, je bosse jusqu'à 67 ans et j'aurai ma retraite à taux plein », ils pensent que c'est une retraite complète, ce qui est parfaitement faux. Ils auront des pensions beaucoup plus faibles. Il y a juste le taux de liquidation qui sera plein, mais ils auront des pensions beaucoup plus faibles.
Donc, on joue sur cette incompréhension de la part des gens pour opposer entre eux des gens qui auraient des régimes spéciaux et qui seraient des nantis avec des gens qui n'en ont pas ou des gens qui, eux, n'ont pas de retraite parce que ce sont des commerçants des professions libérales, etc., à des gens qui ont une retraite beaucoup plus stable parce qu'ils sont salariés. Et c'est ce que fait le gouvernement. Mais malgré tout, ça ne prend pas puisque les gens restent quand même très majoritairement opposés.
Qu'est-ce que tu attends de la journée de ce mardi 7 mars et même de la suite après vu que c'est recorruptible ?
Il faut en fait montrer, il faut vraiment montrer à ce gouvernement le rapport de force. Donc, de quoi ce serait une économie bloquée. Après, bien sûr, il y aura toujours cette question de combien de temps on peut bloquer et l'impact que ça. Et je suis sûr que le gouvernement tel qu'il est, même si c'est bien bloqué une journée, il fera en sorte d'essayer de retourner l'opinion publique. Et il sait qu'on ne peut pas bloquer comme en 1995 parce que la situation en termes de pouvoir d'achat est beaucoup trop compliquée. Mais il faut montrer quand même que les gens sont prêts à s'engager et à bloquer ce pays.
Ce qui montrerait en fait que les gens, un ou deux mois après les premières mobilisations, restent toujours mobilisés et qu'ils sont prêts même si on est passé à une autre étape de la mobilisation.
Et puis ça montre que c'est bien les travailleurs qui font l'économie en France.
Et en plus, voilà. Alors ça, on a l'air de l'oublier constamment, surtout en Macronie. On se souvient quand même pendant le Covid de Macron qui avait dit voilà, notre économie traite mal ces travailleurs, il faudra s'en souvenir. Bon, on ne s'en souvient pas visiblement. Et que chaque fois qu'il y a des grèves, avec quelques raffineurs qui font grève, il n'y a plus d'essence, ça montre l'importance de ces travailleurs-là. Mais ça, bon, c'est une question récurrente qu'on a vue et qui est souvent oubliée, y compris chez les populations.
Le Salon International de l'Agriculture vient de se clôturer ce dimanche. Pendant dix jours, les Parisiens et Parisiennes ont pu goûter des produits des régions françaises et au-delà, voir des vaches énormes ou monter dans une moissonneuse-batteuse flambant neuve. Ce salon si médiatique mais pas très fermier attire énormément et a au moins un avantage qu'on parle enfin d'agriculture pendant quelques jours. L'agriculture fait face à d'énormes enjeux depuis des années qui font surface maintenant.
La question de l'eau, évidemment, avec les nappes phréatiques pas très remplies et les sécheresses hivernales ou encore le renouvellement des générations avec des agriculteurs de moins en moins nombreux et un accès aux fonciers difficiles. Dans les années 80, il y avait 1,6 million d'exploitations agricoles en 2000, 600 000. En 2020, 416 000, c'est l'hécatombe. Leur taille a par contre doublé en 30 ans, passant de 27 hectares en 1988 à 69 hectares en 2020. Personne n'est passé à côté de la crise du milieu agricole et paysan depuis les années 1980 et l'intensification de l'agriculture.
D'ailleurs, je me suis moi-même rendue au Salon d'agriculture avec mes camarades Léo et Élie pour vous faire un retour de terrain dans le Toujours Debout de ce lundi 6 mars que je vous invite à aller voir. Thomas aussi y est allé au Salon d'agriculture. Est-ce que tu peux nous faire un point sur la situation économique des agriculteurs et paysans français ?
La situation aujourd'hui, tu l'as très bien dit, elle est catastrophique. Il faut quand même regarder ce qui s'est passé depuis l'après-guerre. À partir des années 50, on avait des prix garantis, donc des prix qui étaient très stables, notamment sur le blé et la betterave. Comme on avait des prix garantis, ça permettait aux agriculteurs de se projeter et donc de faire des investissements nécessaires en machines, etc., qui pouvaient rentabiliser, amortir sur plusieurs années. Ces prix garantis ont été très efficaces, tellement efficaces qu'on a produit même plus que nos besoins. Et donc, il fallait s'orienter vers l'export. Alors, au début, l'export, tout le monde était content.
Les agriculteurs étaient très contents parce qu'on a des débouchés, on était en position de force. Donc, on a exporté en Europe, en Afrique, au Moyen-Orient, on était très contents. Sauf que la mondialisation a changé à partir des années 90 et des pays émergents comme le Brésil, la Chine, sont arrivés avec des produits qui avaient des coûts beaucoup plus faibles parce qu'il n'y a pas les mêmes normes sociales, environnementales dans ces pays-là. Et donc, là, qu'est-ce qu'ont fait les agriculteurs ? Alors, les prix garantis, c'est fini parce que maintenant, on est sur un marché mondial et qu'ont fait les agriculteurs ? Les agriculteurs, ils ont voulu augmenter leur productivité.
Comme on augmente sa productivité, on investit de plus en plus dans des machines, dans des produits phytosanitaires pour produire plus, le prix diminue. Sauf que sur les marchés agricoles, vous savez, au niveau mondial, ce n'est pas parce qu'une pomme vaut deux fois moins cher qu'on va en consommer deux fois plus. Et même à titre individuel, parce qu'une pomme coûte deux fois moins cher qu'on va en consommer deux fois plus. Donc, si le prix diminue de deux fois mais que le volume n'augmente pas de deux fois, c'est que le produit n'est pas autant élastique qu'on le pense. Et donc, ça veut dire que plus vous baissez les prix, moins vous allez rattraper finalement en volume.
Ce qui fait que, et là, tu l'as très bien dit, les agriculteurs les plus faibles qui ont récupéré ces petites exploitations agricoles. Donc, en fait, la mondialisation qui, dans un premier temps, a servi nos agriculteurs, s'est retournée contre elle. Et ça fait 30 ans que c'est comme ça, sans qu'on ne fasse rien. C'est ça le problème. Et même, on fait pire puisqu'on signe des traités de libre-échange avec des pays à l'autre bout du monde en Europe pour faciliter les échanges, pour faciliter les barrières, pour faire en sorte qu'il n'y ait pas de protection sur nos agriculteurs. Et donc, on les expose encore plus à la concurrence.
Tant qu'on ne changera pas, en fait, ce modèle-là, ce sera la fin de notre agriculture. Après, le problème, c'est que les agriculteurs qui sont dans cette situation-là, si vous partez, c'est un peu comme tout le monde, si vous partez du principe que les choses ne peuvent pas changer, que la mondialisation est une fin en soi et qu'elle est installée et qu'elle ne changera pas, qu'est-ce que vous demandez ? Vous demandez des baisses de charges, vous demandez plein de choses comme ça, en fait.
C'est toujours la même chose, on est toujours dans le moins dix ans que peuvent demander des petites entreprises, des petites PME pour tenir la concurrence, mais on ne résout pas le problème de fond qui est lié à la mondialisation.
Alors, on est en période d'inflation depuis plus d'un an qui touche fortement les produits alimentaires. On le voit dans tous nos supermarchés, l'inflation alimentaire tourne autour aujourd'hui des 15% et on présage encore des hausses à venir. Les matières premières comme le prix du blé augmentent aussi, tu viens de l'expliquer. Thomas, le premier réflexe serait de se dire que les agriculteurs profitent donc de l'inflation. Est-ce que tu peux nous expliquer pourquoi ce n'est pas le cas ?
En fait, il y a un rapport de la répression des fraudes qui a montré que ce n'était pas les agriculteurs. Donc, ce n'est pas du tout eux-mêmes, leurs marges ont diminué. Ce n'est pas non plus la grande distribution qui, effectivement, il y a une asymétrie très forte dans les négociations de prix entre la grande distribution et les agriculteurs depuis toujours. Ça, c'est clair, surtout qu'il y a quatre grosses centrales d'achat qui peuvent imposer. Enfin, il ne faut pas se fâcher avec une des centrales d'achat. Donc, les prix étaient négociés autour de la table comme ça et effectivement, les distributeurs avaient un poids fort.
Mais dans cette crise-là, sur cette petite crise-là, on se rend compte aussi que les distributeurs ont fait en sorte de baisser un petit peu leurs marges, etc., parce qu'ils avaient peur de voir leurs clients partir. Donc, l'inflation n'a pas profité à nos agriculteurs, bien au contraire. Et puis après, malgré l'inflation, vous avez toujours une concurrence qui est mondiale et qui est forte. Et donc, vu que l'inflation est différente en fonction des pays et des régions dans lesquelles on vit, il y a même eu des produits qui ont été importés, qui ont certes eu un coût de transport, etc., mais qui sont toujours mis en compétition avec des gens qui produisent localement.
Donc, l'inflation n'est pas quelque chose qui a profité à nos agriculteurs, contrairement à ce qu'on pourrait penser.
Alors, c'est une question large, mais c'est finalement le nœud de tout ça. Penses-tu que les agriculteurs et paysans français sont les grands perdants de la financiarisation de l'économie ?
C'est les grands perdants de la mondialisation et de la financiarisation. Et comme la financiarisation et la mondialisation travaillent ensemble, sont construits ensemble, il n'y a pas de mondialisation sans financiarisation et inversement. Il y a un marché unique en Europe grâce au mouvement des capitaux et les mouvements des capitaux profitent à la financiarisation. Donc, les deux vont ensemble. En fait, on l'a vu dans la première question, la mondialisation a fait que les gens, les agriculteurs ont dû être de plus en plus productifs. Ça a baissé leur prix. Ils n'ont pas retrouvé les volumes et donc les plus faibles ont disparu.
Mais en plus de ça, la financiarisation des marchés des matières premières qui a commencé à partir des années 2000, parce que ça présentait un intérêt en termes d'inflation, parce que vous pouvez répercuter l'inflation sur ces prix-là, contrairement aux autres actifs financiers, a fait qu'il y a eu une augmentation de la volatilité très forte sur ces marchés-là. C'est-à-dire que c'est déjà très difficile. Imaginez-vous, vous êtes un agriculteur. Vous voyez un prix du lait. On vous dit que le prix du lait augmente, par exemple. Donc, vous vous dites si le prix du lait augmente, il faut que j'investisse dans le lait. Donc, vous investissez dans l'achat de machines pour produire du lait.
Et puis, d'un seul coup, vous avez un producteur chinois qui arrive, la Chine, qui inonde le marché de lait. Les prix tombent fortement. Et là, vous n'arrivez pas à rembourser vos investissements que vous remboursez sur plusieurs années. Donc, c'est un vrai problème. Sauf qu'aujourd'hui, les prix sont extrêmement volatiles. C'est-à-dire que, comme vous avez des paniers de biens qui ont été créés par des grandes banques comme le Goldman Sachs Commodity Index qui prend en compte le pétrole, le soja, le blé et d'autres biens agricoles et qui les relient entre eux. Ce qui fait qu'il y a une autocorrélation quand le prix du pétrole va monter.
Par exemple, avec l'affaire de la Russie, vous allez avoir le prix du blé aussi parce que la Russie est un producteur de blé mais d'autres biens agricoles qui ne sont pas produits en Russie qui vont augmenter. Il y a une autocorrélation due à ces paniers de biens financiers créés pour faciliter les financiers en réalité. Quand vous achetez des matières premières, vous achetez aussi du pétrole. Et donc ça, ça a créé un de l'autocorrélation et des mouvements de la volatilité extrêmement fortes.
Quand vous êtes un agriculteur et que vous avez un produit comme ça qui est volatil, extrêmement volatil, pour prévoir l'avenir, se projeter, c'est l'inverse des prix garantis qu'on a vus après les années 50. Les prix garantis, les gens arrivaient à se projeter parce qu'ils pouvaient établir une rentabilité sur plusieurs années.
Aujourd'hui, la mondialisation, la géopolitique mondiale qui peut frapper des grands producteurs comme on l'a vu avec la Russie, plus la financiarisation qui fait que les prix des biens sont volatiles, mais extrêmement volatiles et qu'on peut passer d'un prix à 100 à 50 en l'espace d'un mois, fait qu'il y a beaucoup moins de visibilité, que c'est très utile pour un agriculteur pour savoir dans quels biens, dans quels biens agricoles il doit investir ou comment le développer sur le long terme. Donc la financiarisation a joué très fortement également contre les agriculteurs.
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