Ces ministres qui trahissent la France pour l’étranger | Thomas Dietrich
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« Emmanuel Macron avait dit qu'il suffisait de traverser la rue pour retrouver un emploi. »
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« Un ancien premier ministre français est également payé par le gouvernement russe. »
Temps de parole
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En tout cas, c'est assez triste pour la vie politique française. Et ce qu'on voit, c'est quand même l'impunité qui entoure ces gens qui travaillent pour l'étranger et qui, pour certains, trahissent la France. Salut Thomas ! Salut Jemil ! Ça va bien ? Ça va et toi ? Parfaitement. Alors ce soir, tu viens nous parler des politiciens de C, politiciens pas tous, on va le voir, souvent passés par la case ministre, qui vont ensuite travailler au service d'État étranger. Alors tu te souviens qu'Emmanuel Macron avait dit qu'il suffisait de traverser la rue pour retrouver un emploi. Parfois la frontière du coup.
Eh bien voilà, il y a certains ministres qui ont besoin de traverser la frontière pour retrouver un emploi. Et c'est vrai que c'est d'actualité, puisque ce matin, il y a une petite nouvelle qui a fait l'effet d'une bombe, en tout cas qui a fait l'actualité, avant d'être démenti par le principal intéressé. Il s'agit de notre inamovible Jean-Yves Le Drian, qui avait été ministre de la Défense sous François Hollande et qui, pendant le premier quinquennat d'Emmanuel Macron, a été ministre des Affaires étrangères.
Et Jean-Yves Le Drian était tout proche d'être embauché comme consultant de défense par une société privée, qui s'appelle Scopa Industries, qui est partie prenante de la défense saoudienne. Alors l'intéressé a immédiatement démenti, a dit que de toute façon, je reçois des dizaines et des dizaines d'offres par jour, par mois, d'entreprises privées qui me proposent de travailler comme consultant. Et j'ai refusé cette offre.
Bon, de toute façon, il est clair que s'il avait été passé par la case de la Haute Autorité pour la Transparence de la Vie Publique, nul doute que la Haute Autorité de la Transparence aurait dit niette à une telle reconversion, puisqu'il s'agissait vraiment de travailler pour les intérêts d'un État étranger.
Il n'en reste pas moins que, malgré ce refus, Jean-Yves Le Drian, c'est quand même un personnage qui s'est beaucoup acoquiné avec des États étrangers, qui s'est transformé en super VRP de l'armement français, qui a fait passer la France au troisième rang quand même des marchands d'armes, des marchands de morts dans le monde, et notamment avec des pays aussi peu recommandables que l'Arabie Saoudite, que l'Égypte, que les Émirats Arabes Unis. D'ailleurs, il a vendu un certain nombre d'armes en Arabie Saoudite qui, après, ensuite, ont servi à bombarder au Yémen et faire les 400 000 morts que cette atroce guerre civile ont coûtée. D'ailleurs, l'Arabie Saoudite mène un lobbying assez intense.
Ils ont recruté Maurice Gourdeau-Montagne, qui n'est pas très connu, qui est l'ancien secrétaire général du Quai d'Orsay, donc le numéro 2 du Quai d'Orsay jusqu'en 2019, et qui a été recruté pour être le Sherpa de l'Arabie Saoudite pour promouvoir, tenez-vous bien, la Coupe du Monde de football en 2030 qui va être organisée par l'Arabie Saoudite. Mais Thomas, ce n'est pas le seul, tu l'as un peu dit juste avant, politique française à avoir travaillé pour un pays étranger. On regarde un petit Maneto à ce sujet.
Vous parliez du gazoduc Nord Stream 2. Ça lui donne un levier d'influence énorme sur l'Europe ? Oui, ça lui donne un degré d'influence. D'abord, ça lui permet d'écoller son gaz. Deuxièmement, de peser sur le prix. Aujourd'hui, d'ailleurs, on le supplie pour qu'il fournisse du gaz pour que le prix n'augmente pas trop. Et vous savez aussi comment il s'y prend. Il a recruté, il y a déjà des années, Gazprom, l'ancien chancelier d'Allemagne. Je crois savoir qu'un ancien premier ministre français est également payé par le gouvernement russe. Vous parlez de François Fillon ? Oui, car j'ai appris qu'il avait été recruté par une entreprise qui est la propriété de l'État russe. Ça vous choque ?
Ça me choque, oui, que des personnalités politiques importantes servent les intérêts d'un pays étranger.
François Fillon, c'est un exemple particulièrement marquant puisqu'il a été embauché au conseil d'administration de deux sociétés russes qui sont dans le domaine de la pétrochimie et le domaine des hydrocarbures. Et il n'en a démissionné qu'au lendemain de l'invasion russe en Ukraine. C'était quand même assez incroyable, surtout qu'une des enquêtes ont démontré qu'ensuite, c'était pas la Russie qui a cherché à débaucher François Fillon. C'est François Fillon qui avait demandé à Vladimir Poutine de lui trouver des strempantins confortablement rémunérés. D'ailleurs, sur la Russie, on a vraiment une influence russe jusqu'au sommet de l'État.
L'actuel garde des Sceaux, Éric Dupond-Moretti, qui est mis en examen pour prise illégale d'intérêt par la Cour de justice de la République, a quand même défendu, quand il était avocat, les intérêts d'un milliardaire russe, Dimitri Ribulovlev, qui est connu des amoureux de foot, puisqu'il a investi et racheté le club de Monaco. Et Dupond-Moretti est allé jusqu'à diligenter une enquête administrative contre un juge qui avait mis en examen à Monaco Dimitri Ribulovlev. Donc bon, c'est quand même un peu fort de café, surtout qu'aujourd'hui, on prétend faire la traque aux oligarques russes à travers la France et saisir leurs biens.
Et la Russie n'est pas la seule puissance à s'ingérer dans les affaires françaises, à recruter des anciens politiques qui cherchent à faire la reconversion. Je me souviens qu'à l'époque, Wikileaks avait révélé que François Hollande et Pierre Moscovici, en 2006, étaient allés s'excuser à l'ambassade des États-Unis de la prise d'opposition de Jacques Chirac, qui s'était opposé à la guerre en Irak. Et que François Hollande et Moscovici étaient allés faire tapis, étaient allés à Canossa devant les Américains. Il y a la Chine aussi, qui joue un rôle parfois trouble et qui s'ingère via nos politiques. Et notamment un ancien Premier ministre qu'on connaît bien, qui s'appelle Jean-Pierre Raffarin.
C'est un peu le porte-étendard de ces Français qu'on appelle un peu, l'expression n'est pas très heureuse, mais c'est Français Panda. Alors Jean-Pierre Raffarin défend la Chine. Il dit « Mon intérêt pour la Chine est ancien, j'ai été attiré par ces mystères ». Je crois qu'on peut regarder un petit magnétos, c'est assez parlant.
Jean-Pierre Raffarin est aussi la vedette d'une émission de télévision, d'une chaîne d'État chinoise destinée aux francophones. Dans cet épisode, il nous fait visiter une grande ville de Chine. Là on voit bien la modernité et la tradition. Dans celui-ci, il rend hommage au matériel sportif. La Chine est leader mondial des raquettes de tennis. La Chine est devenue leader mondial dans un très grand nombre de secteurs. Mais Jean-Pierre Raffarin vende surtout les talents du président Xi Jinping, un président qui s'est arrogé tous les pouvoirs et ne tolère aucune opposition. The big picture. Le leadership de M.
Xi Jinping est un leadership puissant dans un grand pays où il faut naturellement de l'autorité pour gouverner plus d'un milliard 400 millions d'habitants. Beaucoup d'observateurs disent à M. Raffarin qu'il fait le jeu de la Chine. Je fais le jeu de la paix. Je fais le jeu de la paix. Et donc je fais attention à ce que les relations soient préservées. Politiquement, ils n'ont pas du tout les mêmes valeurs que nous. Ils n'ont pas la même histoire. Ils n'ont pas la civilisation. Simplement, c'est une civilisation de 5000 ans. Donc il faut faire attention. Elle est quand même assez enracinée. On sort les dossiers, là.
Alors on sort les dossiers. C'est quand même assez extraordinaire. Parce qu'il faut savoir que Jean-Pierre Raffarin a amené des centaines d'entreprises françaises en Chine avec des questions de rémunération derrière. Et puis lui, l'argument qu'il avance, c'est que vous savez, bon, ils n'ont pas le même rapport à l'autorité. Il y a une sorte de racisme ou de paternalisme pour essayer de justifier tout ça. Il n'empêche que même notre service de renseignement intérieur, la DGSI, a fini par s'inquiéter de cette situation puisqu'ils l'ont invité à déjeuner en lui disant calme-toi, Jean-Pierre. Il faut quand même que tu arrêtes de défendre aussi ouvertement les intérêts de la Chine.
Et d'ailleurs, ce n'est pas le seul Premier ministre à être, entre guillemets, proche de Xi Jinping. Il y a notre fantasque et flamboyant Dominique de Villepin qui est proche de Xi Jinping, qui siège même au fonds d'investissement d'une société chinoise qui s'appelle China Minsheng et qui, en pleine épidémie de Covid et en pleine répression des manifestations à Hong Kong, a ouvert une galerie d'art à Hong Kong et pas seulement puisqu'il y a ouvert deux sociétés. Hong Kong étant bien sûr connue pour être un paradis fiscal des plus accueillants.
Et aussi d'autres personnalités françaises, pas forcément politiques, d'ailleurs, de premier plan, ont été mêlés à des scandales d'espénage au profit de puissances étrangères ? Alors, c'est un truc qui est passé complètement sous le radar, mais que moi, je trouve scandaleux. Ce n'est pas un ancien ministre, mais c'est un ambassadeur qui est un ambassadeur star, puisqu'il a été ambassadeur de France d'abord aux Nations Unies, puis à Washington, auprès des États-Unis. Il s'appelle Gérard Harrault. Il est très présent sur les réseaux sociaux. Et quand il est parti à la retraite, il a été embauché par un groupe qu'on appelle NSO.
Et peut-être que les initiés comprendront que c'est la société qui a conçu le fameux logiciel Espion Pegasus que les dictatures, en tout cas, utilisent pour rentrer dans les téléphones des opposants, des dissidents. Et il faut savoir que l'année dernière, il y a un scandale qui a été très vite étouffé, qui a révélé que le Maroc avait utilisé Pegasus non seulement pour espionner ses opposants, mais aussi pour potentiellement cibler des personnalités politiques françaises. Et quand même, parmi elles, on retrouvait les numéros d'Emmanuel Macron et du Premier ministre Édouard Philippe. Alors quand même, Gérard Harrault a peut-être trahi la France.
Et moi, je pèse mes mots en travaillant pour une société étrangère qui a fini par espionner, avec un pays étranger, le Maroc, qui a fini par espionner des hommes politiques français de premier plan. Et qu'est-ce qui est arrivé pour lui ? Non, non, il n'est absolument pas en prison. La haute autorité pour la transparence de la vie publique a lui dit que ce n'est pas bien. Mais comme ils n'ont aucun pouvoir de sanction, personne n'a rien fait. Et le Quai d'Orsay a pris des mesures draconiennes. Ils lui ont retenu 5 000 euros sur sa retraite, qui est très confortable de diplomate. Donc on voit que l'impunité règne pour ces gens-là qui traversent les frontières.
Et l'Afrique aussi est un terrain de reconversion favori des anciens ministres français. Alors là, c'est le festival. C'est la tradition de la France-Afrique. On a notre Dominique Stroscan national, qui est ancien ministre des Finances, directeur du FMI jusqu'à l'affaire du Sofitel. Il n'a pas tout perdu, puisqu'il s'est reconverti en Afrique dans le conseil aux dictatures, notamment auprès du président congolais, enfin dictateur congolais sanguinaire Denis Sasungueso, auprès du dictateur non moins sanguinaire Fornia Simbe au Togo.
Et pour ses bons et loyaux services et ses bons conseils, il a touché en 5 ans 21 millions d'euros, qu'il n'a bien sûr pas déclaré, et qu'il a fait évader dans un paradis fiscal qui était situé au Maroc, à Casablanca, une zone un peu spéciale. Et puis on avait plein de ministres qui se sont reconvertis dans le conseil, plus ou moins officieux aux dictateurs, notamment Bernard Kouchner, notre grand French docteur, notre défenseur de la veuve et l'orphelin, et qui avait surtout un grand ami qui était le dictateur guinéen Alpha Condé, qui se connaissait ensemble depuis le lycée.
Et quand Alpha Condé est arrivé au pouvoir en 2010, Bernard Kouchner l'a aimé, mais il n'a pas aimé qu'on lui rappelle. Je crois qu'on peut écouter un petit magnéto. Yannick, que répond le principal intéressé face à ces attaques ?
France Info est allé à sa rencontre. Bernard Kouchner m'a reçu dans son luxueux appartement du 6e arrondissement. L'entretien commence cordialement. Que faites-vous aujourd'hui ? La question est vaste. Je survis, je respire, je suis libre et j'aide mon ami Alpha Condé. Mais la conversation se tend au fur et à mesure que les questions deviennent plus précises. Là, sur ces conseils à Alpha Condé... Monsieur, je n'aime pas votre façon de poser les questions. Conseiller officieux, ça fait barbouze. Je ne suis pas une barbouze, je suis bénévole, je ne suis pas payé et je suis avec mon copain. C'est clair ? Ici, sur la nouvelle société qu'il a montée en juin dernier, No Borders Consultants...
Qu'est-ce que vous voulez dire ? Je ne fais pas des conférences en Guinée. Je fais des conférences quand on m'invite à travers le monde. Certaines sont gratuites, d'autres ne le sont pas. Comme bien des gens, tout le monde. D'accord, monsieur l'inquisiteur ? Et là, sur son bureau supposé chez Bolloré, comme l'affirme l'opposant Lama Bangoura. Des conneries ! Qu'est-ce que j'ai besoin d'un bureau ? Puisque je travaille au ministère de la Santé, avec le ministère de la Santé, j'étais sûr que vous en viendrez là. Allez, barrez-vous.
Voilà, il n'aime pas trop parce qu'effectivement, Bernard Kouchner a bien été rémunéré pendant des années par Alpha Condé qui a fini par tuer ses opposants, des manifestants pacifiques et qui aujourd'hui fait l'objet de deux plaintes devant la Cour pénale internationale. J'avais enquêté récemment sur la Guinée et puis j'avais découvert que chez Bernard Kouchner, on organisait des dîners pour redistribuer les concessions minières de Guinée. Alors j'avais écrit à Bernard Kouchner et puis j'avais reçu un texto dans la nuit, il m'avait dit « je rentre à Paris samedi, nous parlerons de ces mystérieux dîners » et puis les samedis sont passés, je n'ai jamais eu de nouvelles de Bernard Kouchner.
Il n'en reste pas moins que derrière l'image du French Doctor qui reste un peu pour l'histoire quand même. Bernard, il a eu des activités assez troubles en Afrique. On se souvient notamment des très chers rapports qu'il avait fait pour des sociétés privées pour soi-disant implanter une sécurité sociale au Gabon et au Congo-Brazzaville. Des rapports qui avaient quand même été facturés, je crois que c'était 49 pages, à 1,3 et 1,2 millions d'euros.
Et ce qui est le plus marrant, c'est que quand il est devenu ministre des Affaires étrangères de Nicolas Sarkozy en 2007, il avait usé de son influence le ministre des Affaires étrangères pour faire payer la partie de la facture qui n'avait pas encore été réglée à ces sociétés privées pour laquelle il avait été consultant. Il avait fourni un travail pour le moins discutable sur le Gabon, puisque c'est quand même le symbole de la France Afrique. On se souvient que le président Omar Bongo, de son vivant, avait financé l'ensemble de la classe politique française, gauche et droite, corrompue.
Très récemment, on a eu Ségolène Royal qui est partie en un invité spécial de la présidence gabonaise qui s'est rendue au Gabon pour la semaine africaine pour le climat. Donc derrière ce greenwashing, elle a quand même donné caution à un régime qui enferme ses opposants et qui n'a même pas hésité à tuer des dizaines d'opposants, justement, lors des élections présidentielles très contestées en 2016. Donc on voit finalement que non seulement l'argent n'a pas d'odeur, mais il a encore moins de frontières. Ce qui est assez rigolo, c'est que le Rassemblement national a proposé une commission d'enquête à l'Assemblée nationale sur le financement étranger de la vie politique française.
Alors je pense que le Rassemblement national n'est pas le mieux placé. Ou alors ils ont décidé d'enquêter sur eux-mêmes parce que ça serait heureux, parce qu'effectivement, en termes d'argent russe et puis d'argent qui vient de paradis fiscaux étranges, ils ne sont pas les derniers. En tout cas, c'est assez triste pour la vie politique française. Et ce qu'on voit, c'est quand même l'impunité qui entoure ces gens qui travaillent pour l'étranger et qui, pour certains, trahissent la France. Merci Thomas pour cette chronique.