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interviewyoutube.com 49 min

Valérie Pécresse face à ses archives dans "adn" , l'émission politique de l'INA | INA

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:07
Présentateur

Pécresse Valérie, 54 ans, candidate du parti Les Républicains, présidente de la région Île-de-France. C'est votre ADN que nous allons tenter de capter en plongeant avec vous dans les archives de l'INA. Bonjour et bienvenue Valérie Pécresse.

0:21
Valérie Pécresse

Bonjour.

0:22
Présentateur

Et pour commencer, je vous propose de déterrer vos racines. La première fois que vous apparaissez à la télévision, c'est pour protester. Avec d'autres élèves de l'INA, vous occupez l'école pour refuser son transfert de Paris à Strasbourg. Nous sommes en 91, vous avez 24 ans.

0:47
Locuteur non identifié

Ils s'y sentent tellement bien dans leur école parisienne de la rue de l'université qu'ils n'ont plus envie de la quitter, même la nuit. Je ne pense pas qu'un jour j'aurai l'honneur de me coucher sur la moquette de l'amphithéâtre Jean Moulin. Mais s'il s'agissait de démontrer à Mme Cresson que loin d'être coupée la réalité sociale de ce pays, nous pouvions avoir des préoccupations terre à terre.

1:06
Présentateur

Le grand public nous connaît mal, sinon il saurait qu'on n'est pas des polars en cravate et en weston, mais qu'on ne nous reconnaît pas quand on nous croise dans la rue.

1:18
Locuteur non identifié

Nous sommes des hommes et des femmes comme tout le monde, comme disait ma camarade. Les énarques ont un père et une mère, j'espère que tout le monde en est conscient. Et tout ce que vous direz ce soir ? Oui, oui, je voudrais dormir.

1:31
Présentateur

Combat perdu. Avec le recul, vous diriez mauvais combat ?

1:35
Valérie Pécresse

Notre combat, c'était pour dire que les énarques devaient être formés, non pas en province, mais au plus près des administrations centrales. Ce déménagement à Strasbourg, il était très symbolique. C'était l'idée d'aller mettre en province les béaux fonctionnaires. Aujourd'hui, l'éna va être une école de formation de toutes les administrations. Et aujourd'hui, ce campus à Strasbourg, il a trouvé son équilibre. Mais à l'époque, ça nous paraissait assez démagogique comme proposition.

2:07
Présentateur

Ça veut dire qu'il ne faut pas toujours écouter les jeunes ou qu'ils n'ont pas toujours raison ?

2:10
Valérie Pécresse

Ça veut dire que, en fait, c'était vraiment surtout du symbolique et que ça nous paraissait effectivement uniquement symbolique et pas très très efficace dans la pratique. D'ailleurs, pendant des années, les énarques ont eu des problèmes à faire venir leurs professeurs jusqu'à Strasbourg parce que les professeurs ne voulaient pas venir. Et maintenant, l'école a trouvé son équilibre et c'est tant mieux pour elle.

2:33
Présentateur

Vous vous préparez à une carrière de haut fonctionnaire et pourtant, face à Catherine Sélac dans Thé ou Café, vous lui confiez avoir rêvé de tout autre chose.

2:44
Valérie Pécresse

J'ai eu une enfance assez solitaire parce que j'étais l'aînée de très loin. Mes parents ont eu mon frère beaucoup plus tard que moi. Et donc, j'étais l'aînée, j'étais donc assez solitaire. Et alors, tous mes petits cousins, j'avais l'habitude de leur faire jouer des pièces de théâtre. Donc, j'écrivais des pièces de théâtre et je leur montais des pièces de théâtre. Et voilà, je faisais mon petit théâtre. Vous avez toujours aimé le spectacle ? Oui, oui, oui. À l'époque, je rêvais d'être actrice et puis je me suis rendu compte que je n'avais pas le talent. Alors, je me suis orientée vers la politique. Vous ne savez rien. Vous n'avez pas tenté. Ah, si, si, si. J'ai essayé de être amateur.

Mais je n'étais pas assez jolie. Il y avait beaucoup plus jolies pour jouer des jeunes premières. Il n'y a pas que des jeunes premières. Non, c'est vrai. C'est vrai. Il y a aussi les servantes.

3:25
Présentateur

Est-ce qu'il reste un peu de comédienne en vous dans ce théâtre politique, Valérie Pécresse ?

3:29
Valérie Pécresse

Je crois que la politique, ce n'est pas de la comédie. Et je crois que ce n'est pas être acteur. Je crois que la politique, c'est des convictions. Je crois que la politique, c'est de l'action. Et c'est très différent de jouer un rôle.

3:43
Présentateur

Du paraître, quand même, dans la politique.

3:46
Valérie Pécresse

Il y a de la séduction. Il y a du plaire. Mais à trop plaire, on oublie de faire. Et moi, je suis une femme qui fait.

3:53
Présentateur

Un personnage qui a beaucoup compté, c'est votre grand-père maternel, Louis Bertagna, psychiatre, grand spécialiste de la dépression et des troubles bipolaires, précurseur des traitements au lithium. Il a soigné André Malraux, Romain Garry, Gene Syberg ou encore la fille aînée de Jacques Chirac, Laurence. Écoutez-le parler de la dépression et de la grande souffrance de la dépression en 1983 dans l'émission Aujourd'hui, la vie sur Antenne 2.

4:18
Invité

C'est une des choses sur lesquelles il faut insister. Le mot de dépression est très souvent très mal vécu. Voyez-vous, tout à l'heure, Mme de Guilage nous disait qu'elle n'avait pas vu de spécialiste et qu'elle avait employé ce mot tout récemment seulement. Dans les familles, dire de quelqu'un, de la famille qu'il est déprimé, c'est un peu un déshonneur. En revanche, quand on trouve des ascarises, quand on trouve des oxyures, quand on trouve la fameuse apanécite chronique, c'est l'honneur qui est restitué à la famille. Ce sont tous ces fameux boucs émissaires, salvateurs, parce qu'ils viennent introduire l'élément somatique qui est, lui, parfaitement avouable.

Or, la dépression, non seulement est parfaitement avouable, mais je dirais même que, pour moi, dire de quelqu'un qu'il a été déprimé, c'est presque lui rendre un hommage. Non pas que je souhaite à quiconque d'être déprimé, car il n'y a pas d'épreuve plus épouvantable que la dépression, mais la dépression existe. Je la rencontre tous les jours. Et pour vous donner une idée de son importance, je vais vous donner quelques chiffres. Il y a en permanence, dans un pays comme le nôtre, 3% de personnes qui sont en dépression grave. 3% ? Ça fait 1,5 million de personnes.

Ça fait 1,5 million de personnes en permanence qui sont en dépression grave, c'est-à-dire qui connaissent l'épreuve la plus épouvantable qui soit. Si on définit la gravité d'une maladie par la douleur, la douleur morale de la dépression est pire que toutes les douleurs physiques. Je n'ai jamais vu un malade déprimé qui ait été éprouvé par ailleurs sur le plan physique, ne pas dire mille fois ma maladie physique plutôt que ma dépression.

5:59
Présentateur

Votre grand-père Louis Bertagna, à vous en particulier, Valérie Pécresse, que vous a-t-il appris ?

6:04
Valérie Pécresse

Ma mère était son assistante, donc j'ai grandi effectivement après l'école chez mes grands-parents et j'ai vu les souffrances des malades. Parce que les patients appelaient au téléphone, ils appelaient au téléphone et ils appelaient, ils étaient souvent en grande souffrance. J'ai même assisté à une scène assez dramatique d'un patient qui était en train de commettre une tentative de suicide et qui passait le dernier coup de fil à mon grand-père, donc pris par ma mère au téléphone. Et donc c'est des moments qui vous marquent. Il m'a appris que les âmes devaient être réparées autant que les corps.

Lui c'était un médecin de l'âme, il était adoré par ses patients et surtout il a fait reconnaître la vulnérabilité de la dépression dans la société française. Il a fait introduire avec un certain nombre de collègues médecins les médicaments pour soigner la dépression, les antidépresseurs. Il s'est battu toute sa vie pour qu'on arrête de dire que quelqu'un qui était déprimé était juste mélancolique et devait juste se prendre en main. Et c'était son combat. Et réparer les âmes, c'est aussi un petit peu ça la politique.

7:08
Présentateur

Est-ce qu'il vous a aidé ? Est-ce qu'il a facilité votre premier contact avec Jacques Chirac ?

7:13
Valérie Pécresse

Non, en réalité ce qui s'est passé c'est que Jacques Chirac était à terre en 1997 après la dissolution ratée de l'Assemblée Nationale. Et c'est le moment que j'ai choisi pour lui envoyer une lettre de candidature. Donc je lui ai envoyé une lettre de candidature en lui disant « Voilà, vous êtes abandonné par tout le monde, moi je souhaite vous rejoindre. » J'étais à l'époque maître des requêtes au Conseil d'État. J'ai été recommandé par Denoy de Saint-Marc qui était le vice-président du Conseil d'État à Jacques Chirac. Mais bien sûr, Jacques Chirac, quand il m'a rencontré la première fois, savait que j'étais à la fois la petite-fille de mon grand-père.

Il savait aussi que j'étais mariée à un Corrésien. Un Corrésien dont la cousine était la femme de son suppléant, Henri Belcourt. Donc effectivement, la Corrèze est mon grand-père. Mais ce n'est pas là-dessus qu'a porté notre premier entretien. Notre premier entretien a porté sur deux éléments de mon CV qui l'ont intéressé. L'Internet, parce que j'étais spécialiste de l'Internet et que lui avait eu des problèmes avec le mulot. Et le russe et le japonais. Parce que j'avais appris le russe et le japonais et que lui aussi était fasciné par la Russie et le Japon. Donc on a parlé de russe, on a parlé de Russie, on a parlé de Japon, on a parlé de littérature.

Et cet homme qui était vraiment à terre, politiquement à terre, je crois qu'il s'est pris d'affection effectivement pour la jeune femme qui venait essayer de le rejoindre et que c'est comme ça que j'ai eu le poste.

8:36
Présentateur

Le russe et la Russie, justement, dans votre scolarité dans le privé à Neuilly, fantaisie ou amour de Tolstoy à l'adolescence. Vous partez deux années de suite en Union soviétique, dans un camp de jeunesse du régime, en guise de vacances. Alors non, nous n'avons pas des images, là, nous séchons, mais une archive de cinq colonnes à la une en 67 où le journaliste Marcel Tria part à la rencontre de touristes français en Urse. C'est dans un camp de pionniers que nous avons rencontré la promotion sortante de l'école centrale. Une de ces remarquables colonies de vacances où 80% environ des enfants soviétiques passent un mois chaque année. Trois semaines.

9:42
Invité

C'est absolument impossible.

9:45
Présentateur

Je crois que c'est pas la peine d'assister en trois semaines pour essayer vraiment d'être précis. Nous avons visité un camp de jeunesse communiste qui était des étudiants, des étudiants de l'université de Kiev. Finalement, nous n'avons pratiquement pas rencontré d'étudiants désirant parler aussi bien en français qu'en anglais. Et puis ensuite, enfin, je crois que c'est une chose qui existe en URSS et qui est connue, plus ou moins, on se fait aborder dans les rues par des personnes qui cherchent à vous acheter votre pantalon ou votre chemise à condition qu'elles soient en nylon. Et ces personnes-là, enfin, nous n'avons eu aucun contact. Expliquez-nous, Valérie Pécresse.

C'était le goût de l'aventure, la curiosité ou un petit attrait pour le communisme ?

10:28
Valérie Pécresse

Ça ne ressemblait pas du tout à ça. Moi, c'était dans la fin des années 80. Donc, ce n'était pas du tout les années 60. C'était à l'époque une volonté de l'Union soviétique d'accueillir des étudiants du monde entier. Et ça ne ressemblait pas non plus à ça du tout. D'accueillir des étudiants du monde entier dans des espèces de colonies de vacances assez organisées. Et nous, nous étions des Français, mais nous n'étions pas du tout des jeunes communistes. Donc, nous étions une bande de Français qui venaient apprendre le russe et qui étaient invitées à venir séjourner dans ces camps.

Alors, effectivement, on a pu voir, il y avait du sport, il y avait des activités, mais il y avait aussi des activités de débat. Et l'idée, c'était effectivement de nous convaincre du bien fondé du communisme. Mais là-dessus, on était très punchy. Et nous, on était vraiment les dissidents qui venaient porter une parole différente dans la colonie de vacances, en disant que, ben non, le capitalisme, c'était pas ce qu'on leur apprenait. Donc, on était assez mal vus de certains, mais ça permettait du débat. Et par ailleurs, notre groupe visitait l'Union soviétique à partir de notre base dans le camp. Voilà. Donc, je n'ai pas du tout fait ce genre de choses.

11:53
Présentateur

Et comme vous parlez encore le russe, Vladimir Poutine, en vous entendant, a vraiment cru que vous étiez un agent des services ?

12:00
Valérie Pécresse

Ben, quand François Fillon me présente à Vladimir Poutine, il me dit, il dit, j'ai un ministre qui a appris le russe. Et alors, Vladimir Poutine se tourne vers moi et me dit, non pas pourquoi avez-vous appris le russe, pas de chez nous, mais il me dit, Zatchem, Zatchem, dans quel but avez-vous appris le russe ? Et alors, je lui réponds que je n'avais pas de part en communiste, que je n'étais pas communiste moi-même, mais que j'avais appris le russe parce que j'aimais la littérature russe, Tolstoy, Dostoyevsky, le docteur Zhivago.

Et là, je vois dans son regard qu'il ne me croit absolument pas et qu'il se dit, celle-là, c'est la ministre qui représente les services dans le gouvernement et elle est là pour nous espionner. Venant de sa part, je pense que c'était presque un compliment. Mais vous savez, dans ces camps, ce qui était intéressant, c'est qu'à l'époque où j'y arrive avec mes camarades français, moi, mon livre préféré, c'était le docteur Zhivago. Et j'ai été tombée amoureuse d'Omar Sharif qui jouait le docteur Zhivago à l'écran.

Et j'arrive et je rencontre ces jeunes communistes, ces jeunes soviétiques, et je leur parle de Boris Pasternak, de docteur Zhivago qui était un prix Nobel de littérature russe, soviétique et il avait été censuré. Et là, je mesure à quel point le poids de la censure était important, à quel point le communisme était un lavage de cerveau. Et puis, nous visitions des usines, nous visitions des magasins et nous voyons cette économie de la pénurie, cette économie qui était très en retard.

Alors, quand je suis rentrée en France de ces voyages, j'ai dit à mes professeurs d'histoire-géographie, mais attendez, vous nous dites que la Russie, l'Union soviétique, c'est la deuxième puissance mondiale, mais est-ce que vous savez que dans les magasins, il y a la queue, qu'il y a très peu de produits ? Est-ce que vous savez que dans les usines, tout est rouillé, tout est vieux ? Est-ce que vous avez vu qu'ils roulaient dans des toutes petites voitures, des pots de yaourt ? Et donc, je suis rentrée en 10 ans en France, dans ma classe, la réalité de l'Union soviétique que j'avais perçue, qui n'avait rien à voir avec ce qu'on regardait dans les livres d'histoire.

14:07
Présentateur

– Ce n'était pas le paradis annoncé.

14:10
Valérie Pécresse

– Non, et surtout pas la grande puissance. Enfin, on voyait la fragilité de cette grande puissance, bien avant la chute du mur. En tout cas, quand on allait en Union soviétique, à cette époque, apprendre le russe, on s'apercevait de toutes ces fragilités et on s'apercevait aussi des ravages de cette propagande absurde.

14:28
Présentateur

– Voyons maintenant vos…

14:28
Valérie Pécresse

– Ça m'a rendu totalement anticommuniste.

14:30
Présentateur

– Vos débuts en politique, rubrique Big Bang. Et encore une surprise dans votre parcours, le 21 mai 1981, vous n'avez que 13 ans, mais vous prenez le métro avec une amie pour assister à ceci.

14:45
Invité

– François Mitterrand se dégage de la foule, de rose à la main, il pénètre seul, à l'intérieur du Panthéon. L'orchestre de Paris joue maintenant l'hymne à la joie. Le président de la République va se recueillir devant les tombeaux de Jean Jaurès et du résistant Jean Moulin.

15:28
Présentateur

– François Mitterrand au Panthéon, le jour de sa prise de fonction, vous étiez rue soufflot, là aussi, curiosité ?

15:35
Valérie Pécresse

– Oui, absolument, absolument. Mais vous savez, moi, j'étais d'une famille gaulliste, une famille gaulliste de toujours, et vous savez que les gaullistes se sont beaucoup déchirés en 1981. Ils se sont déchirés entre ceux qui sont restés fidèles à la droite, Valéry Giscard d'Estaing, et ceux qui ont préféré voter François Mitterrand. Et donc, à table, en famille, avec mes oncles, mes tantes, mes cousins, c'était des discussions homériques sur Giscard ou Mitterrand. Et donc, moi, je regardais ça de l'extérieur, et je me suis dit, qui c'est ce Mitterrand ? Et j'avais le sentiment que cette élection présidentielle, c'était un moment d'histoire.

Et donc, avec une amie, j'ai dit, on va aller voir le moment d'histoire. Et donc, on avait 13 ans, et on est venus regarder ce spectacle au Panthéon. Et moi, j'ai aimé le décorum. J'ai aimé le décorum de cette marche vers le Panthéon. Mais ensuite, j'ai regardé, un peu plus tard, les actions de ce président Mitterrand. Et là, je n'ai pas du tout adhéré. Je n'ai absolument adhéré à rien. Je n'ai adhéré ni aux nationalisations, ni à sa politique économique, ni à ce qu'il a fait de la France. Donc, je n'ai jamais voté pour François Mitterrand.

16:56
Présentateur

– À 25 ans, vous entrez au Conseil d'État, où vous êtes auditeur. Ça s'est féminisé depuis, je crois qu'on dit maintenant, auditrice. Deux ans plus tard, vous jouez les guides pour l'émission de Jean-Luc Delarue. Ça se discute.

17:14
Invité

– Alors, ici, vous arrivez dans la salle parodie. C'est l'une des trois salles de travail du Conseil d'État. C'est la salle des jeunes rapporteurs.

17:21
Valérie Pécresse

Un rapporteur au Conseil d'État, c'est la personne qui examine en premier les affaires.

17:26
Invité

Devant nous, la procédure est entièrement écrite. C'est-à-dire que nous ne rencontrons jamais ni les requérants, ni les défendeurs, ni leurs avocats.

17:32
Valérie Pécresse

On nous attribue un dossier. Et dans ce dossier, chaque partie a pu faire valoir son point de vue. Donc, mon rôle, c'est d'examiner ces différents mémoires, d'écrire une note de synthèse, et de proposer un premier projet de jugement. Et après, le dossier quitte mon bureau, et il va être soumis à quatre filtres successifs avant d'arriver au tribunal.

17:52
Présentateur

La jeune femme souriante et volubile qui fait des présentations, rêvait-elle déjà de politique ou est-ce qu'elle se voyait passer toute sa vie au Conseil d'État ?

18:02
Valérie Pécresse

Moi, je rêvais d'être juge. Je rêvais d'être juge parce que, malgré effectivement l'aridité de cette procédure du Conseil d'État où on ne rencontre pas les victimes, il me semblait que dire le droit, c'était l'un des plus beaux métiers du monde. Et protéger les victimes aussi. Donc, j'étais spécialisée dans la responsabilité des hôpitaux. Donc, toutes les erreurs médicales. Vous voyez, vous rentrez à l'hôpital et finalement, il vous arrive un accident. Même parfois, des malades trouvent la mort. Donc, c'était l'époque du sang contaminé. C'était l'époque des années SIDA.

Donc, c'était des dossiers qui étaient extrêmement douloureux et dans lesquels on a complètement changé le regard sur l'hôpital. Avant, on jugeait que les hôpitaux étaient une boîte noire et que finalement, circuler, il n'y avait rien à voir. Les médecins devaient faire des fautes vraiment très, très graves pour pouvoir être condamnés. Et puis, à cette période-là, on se rend compte que ce n'est pas juste et que donc, il faut absolument changer les choses et reconnaître la responsabilité, y compris sans qu'il y ait de faute dès lors que quelqu'un tombe malade à l'hôpital ou que quelqu'un décède à l'hôpital. Donc, c'était un moment très fort pour le droit, pour la justice.

On a fait progresser la justice et le droit. Et puis, je jugeais aussi des choses plus légères. Par exemple, la question des droits et des libertés fondamentales sur Internet qui démarraient, qui débutaient. C'était un petit peu plus tard. Donc, vous voyez, pour moi, dire le droit, c'était quelque chose d'important. Rendre la justice, c'était ma vocation. Et à l'époque, je n'imaginais pas faire de la politique du tout. Je pensais peut-être faire plutôt une carrière dans ces métiers du droit, dans ces métiers de la justice.

19:53
Présentateur

Vous avez raconté tout à l'heure votre entrée, votre arrivée à l'Elysée en 1997. C'est en 2002 que les portes de l'Assemblée nationale vont s'ouvrir pour vous. Après la réélection de Jacques Chirac, vous voici dans les Yvelines et dans la joie d'une campagne électorale.

20:12
Valérie Pécresse

J'ai fait 2000 kilomètres en voiture, j'ai fait 5 réunions publiques déjà, j'en ai 7 en préparation. Les gens me demandent tous les jours de venir leur parler dans leur petit village. C'est une impression extraordinaire d'envie de politique. Et moi, je m'amuse énormément.

20:28
Présentateur

Vous vous amusez à découvrir la France, les gens, c'est-à-dire le contraire du Conseil d'État ou de l'Elysée ?

20:35
Valérie Pécresse

En fait, au fond de moi, je suis une femme d'action. Et c'est vrai qu'au bout de 8 ans, au Conseil d'État à juger, je me suis dit qu'il fallait que j'entre dans l'action. Et Jacques Chirac venait de perdre les élections. Et je me suis rendu compte que si les lois n'étaient pas forcément toujours bien faites, celui qui avait le pouvoir de les changer, c'était le politique. Et donc, après avoir jugé en appliquant des lois, je me suis dit, je vais aller vers le politique, je vais aller vers celui qui fait la loi. Et donc, je me suis mise au service de Jacques Chirac aussi. Et d'abord par conviction, parce que la gauche venait de l'emporter. Je voulais absolument l'aider à regagner.

Je suis rentrée chez Jacques Chirac. Et Jacques Chirac m'a dit, la vraie politique, la vraie, c'est se faire élire, c'est aller au contact du terrain, c'est conquérir la confiance des Français. Et donc, en 2002, quand il a regagné les élections présidentielles, au lieu de continuer une carrière dans l'administration, j'ai décidé d'aller me faire élire. J'ai décidé de me mettre mon destin dans les mains des Français déjà à l'époque. Et à l'époque, c'était une élection très difficile, parce que François Bayrou m'avait envoyé le général Morillon.

Le général Morillon, qui était un héros de la guerre de Bosnie, qui venait d'organiser les journées mondiales de la jeunesse avec le pape, enfin, qui était une figure très connue. Et personne ne misait un copec sur ma victoire dans les Yvelines, terre de droite, mais terre extrêmement propice à l'arrivée du général Morillon. Et je me suis battue, je me suis battue comme une lionne. Vous voyez, j'étais jeune à l'époque, j'étais pleine d'enthousiasme. Et j'ai surtout été à la rencontre de chaque habitant de la circonscription, un par un, en porte-à-porte. J'ai fait, comme je le dis sur le petit film, des milliers de rencontres. Et vous avez mis une raclée au général.

Et j'ai gagné, parce que j'avais en moi cette vraie envie de servir. Et je pense que la politique, c'est pas seulement, voilà, le pouvoir pour le pouvoir, c'est d'abord se mettre au service.

22:34
Présentateur

Un quinquennat plus tard, Nicolas Sarkozy vous nomme au gouvernement, à 39 ans, plus jeune ministre du gouvernement Fillon, avec pour mission de faire passer la réforme sur l'autonomie des universités et de tenir bon, malgré plusieurs mois de contestation.

22:54
Invité

L'abrogation avant toute négociation. Le seul mot d'ordre dans les rues de Paris et des grandes villes de France. Ils sont plusieurs milliers, des étudiants et autant de lycéens, rassemblés contre la loi d'autonomie des universités.

23:09
Présentateur

C'est mettre la fac au service du MEDEF, au service du patronat, et il n'y a rien de bon à garder dans cette loi. Donc on ne peut pas l'aménager.

23:16
Invité

Et pourtant, au ministère de l'Enseignement supérieur, on discute. Cet après-midi, Valérie Pécresse a reçu cinq organisations étudiantes, dont l'UNEF, et a fait des annonces.

23:27
Présentateur

Et vous avez tenu bon réforme promulguée en août 2007. Qu'avez-vous appris de cette première épreuve du feu, Valérie Pécresse ?

23:35
Valérie Pécresse

Alors effectivement, c'était vraiment l'épreuve du feu. Il y a eu neuf mois de grève extrêmement violente. Mais j'ai appris la concertation, j'ai appris la négociation, j'ai appris la décision. Et j'ai appris aussi le contact avec l'ultra-violence de l'extrême-gauche, parce qu'on avait des présidents d'universités séquestrés, on avait des invasions ultra-violentes de l'université. L'objectif de l'extrême-gauche, c'était d'avoir les images que vous montrez, c'est-à-dire des images de confrontation extrêmement violente avec la police. Donc déjà à l'époque, une extrême-gauche qui voulait déstabiliser un gouvernement.

Besancenot, à l'époque, m'avait dit dans une émission télé, nous avons perdu dans les urnes, mais nous allons gagner dans la rue, nous allons gagner contre vous. Et son objectif, c'était vraiment de déstabiliser le gouvernement. Alors il fallait tenir, il fallait tenir, et en même temps, il fallait trouver des alliés. Trouver des alliés, c'était les grands chercheurs, c'était un certain nombre d'universitaires. Ça a été les mouvements étudiants, parce que j'ai convaincu à l'époque Nicolas Sarkozy et François Fillon qu'il fallait aussi négocier avec les étudiants, négocier sur le dixième mois de bourse, négocier sur la réussite en licence.

Et donc j'ai donné des contreparties pour prouver que cette réforme de l'autonomie des universités ne se faisait pas contre les étudiants, mais pour eux. Et alors ce qui est intéressant, quand on fait ce type de réforme, c'est qu'on s'aperçoit de quoi ? Eh bien, avant la réforme, tout le monde hurle. Pendant la réforme, c'est très violent. Mais une fois que la réforme est passée, eh bien, tout va bien. Tout le monde est content. François Hollande n'est pas revenu sur cette réforme. Il n'a pas osé la détricoter parce que finalement, les universitaires en étaient satisfaits. Et aujourd'hui, malheureusement, personne n'a eu le courage d'aller à l'étape 2 de l'autonomie.

Mais l'étape 2 de l'autonomie, elle est indispensable pour les universités françaises, pour qu'elles soient à armes égales dans la compétition mondiale. Et si vous regardez les classements des universités dix ans après, eh bien vous voyez quoi ? Vous voyez des universités françaises qui arrivent dans les dix premières au classement de Shanghai, le fameux classement des universités, parce qu'elles sont autonomes, parce qu'elles ont pu développer leurs projets. Alors vous voyez, la politique c'est dur, la politique c'est un combat, mais les résultats, c'est souvent dix ans plus tard, et c'est des beaux résultats dont je suis très fière.

Et je suis très fière parce que j'ai été dans ce combat aussi soutenu par Nicolas Sarkozy et François Fillon, qui n'ont pas lâché leurs ministres. Parce que vous savez que dans ces genres de réformes, eh bien les ministres sont souvent lâchés.

26:16
Présentateur

Oui, c'est arrivé. Pour cet ADN, nous avons aussi cherché vos mentors. Alors évidemment, Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy, François Fillon, Alain Juppé ont accompagné votre parcours, mais pour l'inspiration politique, vous avez cité deux femmes en début de campagne, deux grandes dirigeantes, Angela Merkel et Margaret Thatcher.

26:39
Invité

Vous savez que votre surnom en France, comme ailleurs, c'est la dame de fer. Est-ce que c'est une image qui vous blesse parfois, ou bien est-ce que c'est quelque chose au fond qui consolide votre image ?

26:59
Locuteur non identifié

Tout président, tout premier ministre doit être très ferme.

27:03
Valérie Pécresse

Il doit savoir ce qu'il veut, et la façon dont je gère ma politique m'amène à dire ce que je pense et à lutter pour ce que je crois, être juste.

27:13
Invité

Je ne peux pas changer ma façon d'être. Je ne souhaite pas la changer. Je crois que c'est un style britannique, et je pense que cela ajoute à la communauté. Chacun d'entre nous apportons notre style. Nous ne voulons pas être des copies conformes les uns des autres. Nous voulons être complémentaires. Je ne pense pas que cela blesse mon image. Oui, je suis très ferme sur certains domaines. Pourquoi ? Parce que je crois en certaines choses. Est-ce que ce n'est pas normal de la part d'un politicien ?

27:40
Présentateur

Bonsoir, madame la chancelière. Merci de nous recevoir. Une question préliminaire, un peu personnelle, si vous le voulez bien. À la veille de ce G7, ça fait une décennie que vous gouvernez l'Allemagne, et régulièrement, on vous désigne comme la femme la plus puissante du monde. Est-ce que c'est une satisfaction ? Est-ce que c'est une fierté ?

28:01
Invité

Ma plus grande satisfaction, c'est que la politique que je mène soit reconnue. Mais bien sûr, je me réjouis un peu aussi pour moi.

28:09
Locuteur non identifié

Cela montre aussi qu'il y a moins de compétition entre les femmes, car nous sommes moins nombreuses que les hommes qui dirigent des États. C'est pour ça qu'il faut encore plus de femmes en politique.

28:18
Présentateur

Deux tiers Merkel et un tiers Satcher, avez-vous dit, mais on voit à quel point elles sont différentes. Que pensez-vous avoir en commun avec l'une et l'autre ?

28:32
Valérie Pécresse

Quand j'ai dit cela, ce que je voulais dire aux Français, c'est que le pouvoir peut s'incarner au féminin. Et je sais qu'il y a encore un doute sur cette question. Est-ce qu'une femme peut tenir ? Est-ce qu'une femme peut décider ? Est-ce qu'une femme peut concerter ? Montrer qu'il y avait deux femmes puissantes qui avaient dirigé des grands États voisins et qui étaient sans doute des personnalités qui avaient marqué leur époque, pour moi, c'était une façon d'affirmer ma volonté d'incarner un pouvoir féminin. Alors, je les ai citées toutes les deux, parce que toutes les deux, elles ont un point commun. Elles ont protégé et défendu leur peuple.

Et moi, si je suis présidente de la République, présidente de tous les Français, je protégerai les Français, je défendrai leurs intérêts et je me battrai comme une lionne, comme elle.

29:22
Présentateur

La rubrique suivante est celle des changements ou des volte-face 180 degrés contre le mariage homosexuel. Vous avez manifesté, Valérie Pécresse, ici à Versailles, à l'appel de la manif pour tous, en décembre 2013, six mois après le vote de la loi. On vous voit converser avec le maire de Versailles, François de Mazière, et aux côtés de Jean-Frédéric Poisson. Qu'est-ce qui vous a fait évoluer sur ce sujet ?

30:05
Valérie Pécresse

À l'époque, j'étais venue dialoguer avec la manif pour tous après le vote de la loi. Ils demandaient l'abrogation. Et moi, je leur ai dit que, humainement, on ne pourrait pas revenir sur cette loi. Pourquoi ? Eh bien parce qu'une fois qu'elle est votée, moi je suis une républicaine et je considère que le peuple s'est exprimé. Et sur ces sujets de société, ce sera comme ça que je présiderai la France. Ce que je souhaite aujourd'hui, c'est que les choix de société, qui sont des choix intimes, qui relèvent de la conscience des personnes, restent des choix de conscience. Voilà. Et moi, j'ai mes opinions. J'étais à l'époque pour l'union civile.

Je défendais l'union civile et pas le mariage, parce que je pensais qu'il ne fallait pas crisper la société, parce que je pensais qu'il ne fallait pas déchirer les Français. Mais aujourd'hui, le mariage est voté. Et en républicaine, j'ai dit dès 2013 que j'appliquerai la loi.

31:04
Présentateur

Donc à ce moment-là, vous allez à Versailles, dans ce grand rassemblement, en ne reprenant pas le mot d'ordre de l'abrogation de la loi à Taubira.

31:13
Valérie Pécresse

Absolument. Et d'ailleurs, je me fais siffler parce que je ne reprends pas ce mot d'ordre d'abrogation.

31:17
Présentateur

Parce que vous prenez la parole lors de ce rassemblement. Oui. Rubrique suivante. Ce zéro pointé ne s'adresse pas à vous directement, mais à votre famille politique, qui, au fil du temps et de la pression du Front National notamment, a opéré quelques zigzags ou affiché quelques désaccords sur les questions de nationalité et d'immigration. Ce débat, il traverse la droite depuis plus de 20 ans. En 1991, dans une interview choc, Valéry Giscard d'Estaing évoque, je cite, « L'immigration invasion ». Ce que les Français souhaitent pour eux, pour eux, c'est le droit du sang.

31:58
Locuteur non identifié

Lorsqu'un enfant né en France de parents étrangers, il devient français. Moi, je dis, je préfère qu'on devienne français en ayant demandé la nationalité.

32:10
Présentateur

Je suis très attaché à la notion de droit du sol pour une raison que je vais vous expliquer, c'est que je n'aime pas l'idée du droit du sang. Qu'est-ce que ça veut dire, le droit du sang ? Vous savez bien ce qu'ils en ont fait un certain nombre. C'est la pureté. On ne devient français que par le sang. Qu'est-ce que ça veut dire, la pureté du sang ? La France n'est pas un pays d'immigration et nous devons nous donner les moyens réglementaires et administratifs de gérer un quota zéro d'immigration.

32:37
Locuteur non identifié

Il est des quartiers où je peux comprendre l'exaspération de certains de nos compatriotes, pères ou mères de famille rentrant du travail le soir, apprenant que leur fils s'est fait arracher son pain au chocolat à la sortie du collège par des voyous qui lui expliquent qu'on ne mange pas pendant le ramadan.

32:55
Invité

Si vous ajoutez à cela le bruit et l'odeur,

33:01
Présentateur

eh bien, le travailleur français sur le palier devient fou. Moi, je suis pour une vision de la société française qui respecte d'abord notre diversité. Je suis heureux d'ailleurs de voir que les évêques de France viennent d'écrire une lettre qui dit exactement la même chose. Nous sommes divers. Nous n'avons pas les mêmes religions, pas la même couleur de peau, pas la même origine. Il faut respecter cette diversité qui fait notre richesse. Le racisme anti-blanc, ça existe. Je le vis, moi, sur mon territoire, aux confins entre la Haute-Loire et la Loire, à proximité de Saint-Etienne.

Ce n'est pas en nous alignant si peu que ce soit sur les positions et sur les thèses du Front National que nous dissuaderons les électeurs de voter pour cette formation politique. Alors, question pas facile pour qui veut rassembler sa famille. De quelles paroles vous sentez-vous la plus proche ?

33:52
Valérie Pécresse

Ce que je crois, c'est qu'une immigration incontrôlée, avec une intégration ratée, ça peut disloquer la nation. Et ce que je crois aussi, c'est qu'on est face à ce défi aujourd'hui. Ce défi est réel, ce défi existe. Et ça va être le défi du prochain quinquennat. Refaire nation avec des Français qui se regardent, qui vivent côte à côte et qui ne doivent pas se retrouver face à face. Alors, qu'est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire reprendre le contrôle des flux migratoires et des entrées sur le territoire. On a aujourd'hui 272 000 titres de séjour qui sont donnés chaque année. C'est évidemment trop, c'est ce que je pense.

Nous avons des détournements du droit d'asile colossaux, avec 100 000 demandeurs d'asile dont la majorité sera déboutée, mais restera en France. Et aujourd'hui, ça n'est pas possible, ça n'est pas souhaitable. C'est pour ça que moi, je souhaite une loi constitutionnelle avec des quotas migratoires. Et ces quotas, selon un principe très simple, les pays d'origine qui ne reprennent pas leurs clandestins n'auront plus droit aux visas. Je vois d'ailleurs que le président de la République, Emmanuel Macron, qui avait été totalement immobile et impuissant sur ce sujet, a commencé à bouger, mais il agite un sabre de bois, puisque les visas qu'il a bloqués sont des visas de court séjour.

Et ces visas de court séjour, eh bien, ils peuvent être donnés dans n'importe quel pays de l'Union européenne. Donc, l'interdiction de visa d'Emmanuel Macron est aujourd'hui contournée.

35:21
Présentateur

Voilà. Donc, je note que vous n'avez voulu citer personne dans la galerie de portraits, de déclarations qu'on vous a proposées.

35:30
Valérie Pécresse

Mais parce que c'est moi la candidate. Oui, bien sûr. Et c'est ma ligne qui sera proposée aux Français. C'est celle que je porte.

35:35
Présentateur

Et la phrase de Bernard Stasi prononcée il y a 30 ans, ce n'est pas en s'alignant sur les thèses de l'extrême droite que nous dissuaderons ces électeurs. Est-ce qu'elle vous parle aujourd'hui ?

35:44
Valérie Pécresse

Mais d'abord, on n'est pas du tout sur les mêmes thèses. Nous, on est pour des solutions qui vont fonctionner. L'immigration zéro, ça n'existe pas. Ça ne marchera pas. Et il faut une immigration de travail. Il faut aussi une immigration étudiante. Il faut limiter l'immigration familiale dans la mesure où nous voulons des personnes qui parlent le français, qui passent un examen de français, qui aient des ressources suffisantes pour s'intégrer et qui respectent les valeurs de la République. Mais aujourd'hui, nous avons des solutions pour reprendre le contrôle de l'immigration.

Et ce n'est pas en niant le problème, ce n'est pas en faisant comme s'il n'existait pas que nous reconquérons la confiance des Français. Vous savez, aujourd'hui, il y a 30% des Français qui veulent voter au premier tour pour des extrêmes. Et bien ça, c'est le bilan d'Emmanuel Macron. C'est le bilan d'un président qui n'a pas voulu voir les problèmes et surtout qui n'a pas su les régler.

36:40
Présentateur

Alors, je vais quand même vous entraîner à nouveau dans le passé. C'est un peu la philosophie de l'émission. Comme son nombre et son héritage planent sur cette campagne, nous invitons chaque candidat à se placer face à De Gaulle. Et nous avons choisi pour vous une archive peu connue du général et très peu citée. C'est l'extrait d'un entretien télévisé avec Michel Droit juste après mai 68. De Gaulle y vante la participation. Troisième voie, selon lui, entre le communisme et le capitalisme qu'il rejette presque dos à dos écouté.

37:15
Invité

Le capitalisme dit grâce au profit qui suscite l'initiative fabriquons de plus en plus de richesses qui en se répartissant par le libre marché élève en somme le niveau du corps social tout entier. Seulement, voilà, la propriété, la direction, le bénéfice des entreprises dans le système capitaliste n'appartient qu'au capital. et alors ceux qui ne le possèdent pas se trouvent dans une sorte d'état d'aliénation à l'intérieur même de l'activité à laquelle y contribuent. Non, le capitalisme du point de vue de l'homme n'offre pas de solution satisfaisante.

38:16
Présentateur

Le capital qui aliène ceux qui ne le possèdent pas. Réaction de la gaulliste que vous êtes, Valérie Pécresse ?

38:23
Valérie Pécresse

Je suis totalement dans cette ligne. Je veux réconcilier le capital et le travail. Et je pense que c'est possible. Je pense que c'est souhaitable. Et c'est pour cela que dans la politique économique que je prône, il y a la revalorisation des salaires et du travail par la baisse des cotisations sociales pour permettre à tous les salariés de se voir mieux reconnus dans leur travail, que le travail paye plus que l'assistance. Et puis, il y a la possibilité pour les entreprises de mieux associer leurs salariés aux bénéfices. C'est la participation chère au général de Gaulle. C'est l'intéressement.

Je vais supprimer le forfait social qui pèse sur les entreprises lorsqu'elles donnent de l'intéressement et de la participation. Je vais permettre aux PME de verser sans impôt des primes à la fin de l'année à leurs salariés, une prime annuelle. Comme ça a pu être fait pendant la crise Covid, il faut que ça puisse à nouveau se faire. mon objectif, c'est aussi d'avoir de l'actionnariat salarié et d'inciter les entreprises qui le peuvent et qui le souhaitent à donner des actions gratuites à leurs salariés, à les associer au capital. Et je mettrai des incitations fiscales là encore pour ce faire.

Je crois effectivement pour moi qu'il n'y a rien de plus stérile que d'opposer le capital et le travail et qu'au contraire, il faut les réconcilier. Je crois à un État stratège et je ne crois pas, je crois qu'aujourd'hui, c'est l'ensemble de nos travailleurs, des Français qui travaillent, qui font l'économie aux côtés des chefs d'entreprise qui entreprennent. Les chefs d'entreprise peinent beaucoup de risques. Leurs salariés doivent aussi être valorisés. C'est ma vision du capitalisme. Récompenser et aider ceux qui créent les entrepreneurs, récompenser et aider les salariés.

40:07
Présentateur

Allez, on va laisser un peu la politique. Nous vous avons trouvé aussi une madeleine. Une madeleine ou une Pavlova peut-être puisque nous avions envie de chatouiller votre amour de la culture russe et de ses auteurs avec une grande question posée dans une émission littéraire de l'ORTF en 1963. Tolstoy ou Dostoyevsky,

40:30
Invité

un essai de Georges Steynay. Vous écrivez, demandez à un homme s'il préfère Tolstoy ou Dostoyevsky et vous connaîtrez le secret de son cœur. Pourquoi faire de Tolstoy et de Dostoyevsky ces cas limites

40:41
Présentateur

en quelque sorte, ces cas test ? Il est des œuvres d'art qui nous forcent en quelque sorte à choisir parce qu'elles vous prennent à la gorge pour ainsi dire et elles disent voilà une vision du monde, de Dieu, de votre rôle dans le monde. Choisissez entre nous. Nous avons des visions opposées, antagonistes et pour moi ce sont là les deux géants du roman qui est après tout la forme contemporaine par excellence, la forme qui a succédé au poème épique, au drame tragique.

Nous sommes dans le siècle, si vous voulez, ou dans le second siècle du roman et ce sont les deux grands maîtres de cette forme et quoi que nous puissions les apprécier tous deux, je crois que chaque homme en soi choisit l'un plutôt que l'autre. C'est-à-dire,

41:23
Locuteur non identifié

disons peut-être pour simplifier les choses, le rationalisme et puis d'autre part l'irrationnel.

41:30
Présentateur

Dostoyevsky, en somme, et pour simplifier, dit au monde entier, si vous voulez, le royaume de la justice sur Terre, le royaume de la raison, vous aboutissez par la ruine, par l'inhumain, par le monde concentrationnaire qu'il a prévu dans les possédés et dans les karmazofs. Et Tolstoy dit non, c'est ici qu'il faut bâtir le royaume de l'homme et de Dieu et si vous esquivez en pensant au ciel, au transcendant, alors vous aboutirez par l'injustice. Et les deux solutions sont antagonistes et très ennemies. Elles ne s'admettent pas également toutes deux et je crois d'instinct, de raison, de sensibilité, nous choisissons.

Alors Valérie Pécresse, dans le secret de votre cœur, Tolstoy ou Dostoyevsky ?

42:13
Valérie Pécresse

Plutôt Dostoyevsky et le Dostoyevsky de crime et châtiment.

42:17
Présentateur

Ah, très bien. Une archive à présent que nous soumettons à tous les candidats. L'alerte verte, c'est celle que René Dumont, le premier candidat présidentiel écologiste, agitait dès 1974. Vous savez ce qui va se passer ? Eh bien, nous allons bientôt manquer de l'eau et c'est pourquoi je bois devant vous un verre d'eau précieuse puisque avant la fin du siècle, si nous continuons un tel débordement, elle manquera. À lundi, je vous dis au revoir et j'espère vous revoir pour vous expliquer notre projet global d'avenir. Merci mes amis. Alerte qui a mis du temps, beaucoup de temps à être prise au sérieux, Valérie Pécresse.

43:18
Valérie Pécresse

Oui, alors j'appartiens, comme vous le savez, à une filiation où on s'est beaucoup préoccupé d'écologie, que ce soit Jacques Chirac avec le discours de Johannesbourg, que ce soit Nicolas Sarkozy avec le Grenelle de l'environnement. Moi, cette préoccupation écologique, elle est très forte en moi comme ministre de la Recherche. J'ai fait trancher l'Académie des sciences sur l'existence du réchauffement climatique et sur la responsabilité de l'homme dans ce réchauffement.

À l'époque, vous le savez, Claude Allègre aller sur les plateaux et désespérer les climatologues en disant que le réchauffement climatique n'existait pas et le fonctionnement médiatique étant ce qu'il est, sur les plateaux, il y avait un pour, un contre et un journaliste au milieu qui ne prenait en général pas parti. Donc, les climatologues m'avaient saisie en disant faites rétablissez la vérité. Et donc, j'ai fait trancher l'Académie des sciences. C'était une des dernières académies qui ne s'étaient pas prononcées encore sur le sujet. Alors, cette urgence climatique, elle nous oblige.

Et l'un des grands enjeux du prochain mandat, c'est celui qui est décrit dans votre petit extrait, c'est celui de la gestion de l'eau qui va devenir une question très dramatique avec le réchauffement. Nous avons besoin de respecter les engagements de la conférence de Paris. Aujourd'hui, la France n'en respecte aucun. Donc, nous devons nous mettre dans une trajectoire qui nous amènera au zéro carbone 2050. Nous devons nous mettre dans une trajectoire qui préservera les ressources de la planète. Mais ma conviction, c'est que l'écologie, ce n'est pas une idéologie. L'écologie, c'est des résultats concrets. C'est des résultats en termes de baisse de pollution.

C'est des résultats en termes d'énergie propre. C'est des résultats en termes de sobriété et de consommation. C'est inventer une nouvelle croissance qui sera sobre. Parce que moi, je ne crois pas à la décroissance, pas dans un pays avec des difficultés sociales aussi fortes que la France. Nous avons besoin de ne pas opposer l'écologie à l'économie. Mais c'est toute l'économie qu'il faut redéfinir, reconstruire, réinventer.

45:18
Présentateur

Une rencontre, enfin, à vous proposer. Rencontre avec une grande voix dénichée parmi les trésors de l'INA. Il s'agit d'Albert Jacquard, célèbre biologiste et généticien français disparu en 2013 à propos de compétition.

45:36
Invité

Il faut être violent contre la compétition. Il faut être violent contre la violence. De même que la seule guerre bonne, nous dit l'abbé Pierre, c'est la guerre contre la misère, eh bien, la seule violence, c'est la violence contre la violence. Car, en fond, être compétitif, ça veut dire quoi ? Ça veut dire vouloir passer devant un autre.

45:51
Présentateur

Mais on n'apprend que ça à l'école ?

45:53
Invité

On a bien tort. Non, ce n'est pas ça qu'on apprenait autrefois. Et quels sont les grands personnages qui ont fait avancer la science, qui ont fait avancer la pensée humaine ? Il n'était pas compétitif. Est-ce qu'Einstein était compétitif ? Absolument pas. Il ne se battait contre personne. Il n'avait pas envie d'arriver le premier. Il avait envie de comprendre des choses qu'il n'arrivait pas à comprendre et que les autres croyaient avoir compris, mais il avait bien tort. Eh bien, lui, il se battait contre lui-même. La compétition, mais il faut y réfléchir un peu.

Chaque fois que l'on accepte la compétition, on accepte de mépriser quelqu'un, de le détruire, et on est en train de se détruire soi-même puisque un beau jour, on perdra. Ce n'est pas sérieux. Ni pour un État, ni pour une collectivité quelconque, ni pour un individu, être compétitif, ça ne peut pas être le bon moteur. Il y a d'autres moteurs dans la vie. Et malheureusement, on nous raconte aussi que la sélection naturelle veut que les meilleurs gagnent. C'est faux. Ce n'est jamais le meilleur qui gagne. On ne gagne pas. Simplement, il faut survivre, il faut avancer, il faut être meilleur que soi-même. C'est complètement différent. Mais quand est-ce qu'on l'aura compris ?

Je crois qu'actuellement, le drame de la Terre entière, c'est que la société qui domine la nôtre, a pris comme moteur la compétition. Mais il faut y réfléchir. C'est forcément un poison.

47:04
Présentateur

La compétition, ainsi dénoncée par Albert Jacar, a-t-elle été le moteur de votre vie et de vos ambitions ?

47:11
Valérie Pécresse

Non, le moteur de ma vie, de mes ambitions, c'est changer la vie, changer la France, la rendre encore plus forte, plus belle. C'est vraiment l'amour de mon pays et puis aussi l'amour des Français. Depuis que je fais de la politique, j'ai rencontré énormément de Français, j'ai rencontré énormément de souffrances, de problèmes, j'ai rencontré aussi énormément de questionnements. Moi, j'ai appris, vous montrez les écoles qui m'ont formée, les maîtres qui m'ont formée. J'ai appris que dans la vie, quand on avait beaucoup reçu, quand on avait eu beaucoup de chance, et c'est mon cas, j'ai une famille heureuse, j'ai grandi dans un milieu protégé. Quand on a beaucoup reçu, on doit beaucoup donner.

Et vous savez, la devise de mes écoles, ça a été servir. C'était servir. Servir, la devise de mon lycée, servir sans s'asservir, la devise de l'ENA. Et donc, je crois à cette notion de service. Alors, en même temps, la compétition fait partie de la vie. La compétition, elle existe. Une campagne électorale, c'est une compétition. Donc, pour pouvoir avoir les moyens de faire, il faut gagner des batailles. Donc, je me bats, je gagne des batailles. Mais l'objectif pour moi, ce n'est pas la bataille, ce n'est pas de gagner la bataille. L'objectif pour moi, c'est de servir.

48:33
Présentateur

Au terme de cet ADN et de ce voyage dans les archives de l'INA, y a-t-il un morceau essentiel de votre ADN, Valérie Pécresse, que nous avons manqué ?

48:44
Valérie Pécresse

Un morceau essentiel de mon ADN que vous avez manqué ? Sans doute, peut-être, mon amour de la Corrèze, de ce terroir, de cette terre de France, dans laquelle je me suis ancrée il y a 27 ans, et qui est devenu un refuge, qui est devenu un lieu dans lequel, au contact de la nature, au contact de cette France des villages, j'équilibre ma connaissance de la France des villes.

49:13
Présentateur

Merci Valérie Pécresse. Sous-titrage ST' 501