L'invité de Bourdin Direct : Philippe Juvin - 26/02
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Vous écoutez RMC, RMC, l'interview à Pauline de Valherbe. Professeur Philippe Juvin, bonjour. Bonjour. Vous êtes chef des urgences de l'hôpital Georges Pompidou à Paris. Vous êtes maire Les Républicains de la Garenne-Colombe dans les Hauts-de-Seine. J'ai hésité à vous inviter. Je vais être tout à fait honnête et je vais même dire aux auditeurs pourquoi.
Vous étiez un des soignants qui, au début de cette crise, était presque le plus marquant, d'abord par votre fonction, parce que vous êtes à la tête des urgences d'un des plus gros hôpitaux de France, mais aussi parce que vous aviez une manière d'expliquer les choses qui fait que vous étiez très pédagogique et qu'on était heureux de vous recevoir. Et puis voilà que depuis, vous voulez devenir président de la République. Et du coup, je me pose cette question. Bien sûr que j'ai envie de vous entendre parce que vous êtes à la tête des urgences et qu'aujourd'hui, avec la crise qui reprend encore de la vigueur, j'ai envie d'entendre votre témoignage.
Mais je me pose la question et j'ai envie de vous la poser tout de suite comme ça. Est-ce que je peux vous faire confiance ?
Vous pouvez me faire confiance. Vous m'avez déjà posé la question, en fait, il y a quelques mois. Vous ne vous en souvenez pas. Vous m'aviez dit, est-ce que vous faites de la politique ou de l'information ? Je fais de l'information. Moi, je suis médecin. Il y a un certain nombre de choses que je sais. En tant que médecin de terrain, je vois des choses et je vous dis ce que je vois. Et je suis un homme libre, surtout. Et plusieurs fois, j'ai félicité le président de la République, alors même que je suis un homme de l'opposition, puisque vous me placez au plan politique. Je l'ai félicité quand il faisait des choses que je croyais être de bonnes choses.
J'ai félicité Olivier Véran, dont j'ai pris la défense plusieurs fois, d'ailleurs, ces fonctions dans des conditions extrêmement compliquées. Mais c'est vrai, quand les choses ne vont pas, je le dis. Je suis un homme libre, donc vous pouvez me faire confiance.
Au moins, les choses sont dites. Vous êtes toujours au front. Vous êtes effectivement en première ligne. Cette légitimité-là, le fait de voir ce qui se passe derrière les portes des hôpitaux. Je vous pose tout de suite la question. Est-ce qu'on a les moyens d'attendre ?
D'abord, je ne vois pas pourquoi on attend. C'est ça le sujet. Vous voyez, hier, il y a eu une conférence de presse du Premier ministre d'Olivier Véran. Des choses intéressantes ont été dites. Et on nous a expliqué. Rendez-vous le 6 mars. Et le 6 mars, on verra ce qu'on fait. Le problème, c'est que quand l'épidémie monte, toujours perdu est un jour qui compte double. Je vais vous donner un chiffre. Le 15 mars, vous vous souvenez, on a confiné. Et il y a un travail qui a été publié dans les semaines qui ont suivi. Moi, que je n'ai lu que récemment. C'est pour ça que je le cite beaucoup. C'est que si on avait confiné 7 jours avant, on aurait eu 13 000 morts au moins.
Mais si on avait confiné 7 jours après, on n'aurait pas eu 13 000 morts en plus, mais 53 000 morts en plus. Autrement dit, plus vous vous approchez du moment où l'épidémie va monter, plus les jours comptent cher.
A l'inverse, au gouvernement, on nous dit que chaque jour où on peut éviter le confinement est un jour gagné.
Je ne comprends pas. Je sais, je l'entends. C'est ce qu'on nous dit. Mais gagné, pour quoi faire ? On a 300, 400, 500 morts tous les jours, 20 000, 30 000 nouvelles infections. Non, je vous dis que c'est une donnée scientifique. Plus vous vous approchez du moment où le pic va... Plus vous vous approchez dans le développement de l'épidémie, plus en fait, chaque jour qu'on passe sans prendre de décision est un jour qui coûte cher. Donc non, je ne partage pas cet avis. Alors peut-être, on aurait pu gagner du temps si on s'était mieux préparé.
Par exemple, si on nous avait dit, c'est vrai, on va se donner trois semaines sans confiner parce que le confinement a aussi des effets négatifs qu'il faut avoir en tête.
Mais j'imagine que vous passez votre vie à essayer de juger...
À faire des avantages. Mais si on nous avait dit, en trois semaines, on est capable de vacciner massivement la population, pourquoi pas ? Mais que va-t-il se passer, par exemple, entre aujourd'hui et le 6 mars ? Pas grand-chose. Pas grand-chose.
Il y a très peu de chances que d'ici le 6 mars, les chiffres baissent.
On a vacciner toute la population française, non.
Donc c'est peut-être uniquement psychologique. C'est peut-être uniquement pour nous donner le sentiment qu'on est encore un peu maître de notre destin.
Il y a une part aussi psychologique parce qu'il ne faut pas aussi oublier que la question de décision de confinement, qu'il soit local ou national, on va en parler, c'est une décision qui est facile. Personne ne veut être confiné. Et je voudrais que les gens comprennent qu'il n'y a pas d'un côté les méchants médecins qui veulent confiner et les gentils politiques qui ne veulent pas confiner, qui veulent protéger les Français. Le pari a été fait, c'est un pari, de ne pas confiner il y a quelques semaines. Mais quand on n'a pas confiné, finalement, on a fait quoi ? On nous a mis dans un régime de semi-liberté, de semi-confinement.
Est-ce qu'aujourd'hui, nous considérons que nous vivons normalement ? Non, je ne crois pas. Donc, qu'est-ce qu'on a gagné ? Finalement, pas grand-chose. Je pense même qu'on a probablement perdu du temps.
On a perdu ce pari ?
D'abord, j'espère que ce n'était pas un pari au sens strict du terme parce qu'on ne gouverne pas en pariant. Mais en tout cas, si vous me posez la question, est-ce que le fait d'avoir attendu nous a permis de tirer des bénéfices sanitaires ? Je ne vois pas lesquels. Des bénéfices économiques, peut-être. Mais moi, je n'ai pas les éléments pour vous dire lesquels. Je ne les vois pas, très franchement, mais peut-être existent-ils. Des éléments d'acceptabilité sociale, parce qu'il faut aussi comprendre que les décisions de confinement ou de limitation de liberté sont également... On a vu en Hollande, il y a eu des troubles à l'ordre public parce que les gens ne voulaient pas être confinés.
Mais au fin du fin, qu'est-ce qu'on tire de cette affaire ? On tire qu'il va probablement falloir confiner plus longtemps.
Donc, en fait, on n'y échappera pas ?
Je crois qu'on n'y échappera pas. Et d'ailleurs, c'est ce qu'a dit le Premier ministre en nous expliquant qu'il fallait attendre le 6 mars. Il faut bien comprendre une chose. Quand la décision de confinement doit être prise, plus vous la prenez tôt, plus le confinement est court. Et évidemment, plus vous la prenez tard, plus il va falloir confiner longtemps.
Philippe Juvin, là, pour le coup, j'avoue que vos deux casquettes peuvent être utiles. C'est-à-dire que quand vous parlez de cette histoire de décision et de pari politique, est-ce que vous vous dites que le politique doit toujours suivre le soignant ? Ou est-ce qu'à ce moment où on avait d'un côté Jean-François Delfraissy et le conseil scientifique qui nous disaient qu'il faut reconfiner et qu'il faut que ce soit imminent, et de l'autre, le gouvernement et Emmanuel Macron qui ont décidé de ne pas reconfiner, est-ce qu'il a bien fait de s'émanciper du sanitaire ou est-ce que c'était un risque trop grand ?
Est-ce que le politique doit toujours suivre le scientifique ? Non, le politique prend des décisions éclairées par les données scientifiques et éclairées par d'autres données, sociales, économiques, etc. Donc moi, je ne conteste pas du tout la liberté du président de la République ou du Premier ministre de prendre des décisions qui ne sont pas celles qui sont conseillées par le conseil scientifique. Toutefois, je regarde rétrospectivement, si vous me demandez est-ce que finalement, on a bénéficié d'un avantage quelconque au plan sanitaire en ne prenant pas les décisions qui auraient peut-être dû s'imposer début janvier ?
Je pense qu'on a perdu du temps et qu'on va le payer probablement cher avec un confinement moins efficace et plus long.
Philippe Juvin, on va revenir ensuite à la question du reconfinement éventuel local et notamment de l'appel de la mairie de Paris. Mais je voudrais quand même que vous nous disiez ce que vous voyez derrière les portes des hôpitaux.
Écoutez, prenons l'exemple de l'Île-de-France que je connais le mieux. On observe une stabilité relative du nombre d'hospitalisations et d'hospitalisations conventionnelles. Mais on a des réanimations qui sont pleines à plus de 90% dans certains CHU. La semaine dernière, en cinq jours, on a vu doubler le nombre de cas en réanimation de patients entre 40 et 50 ans. Donc, un rajeunissement. On a un âge moyen en réanimation qui est de l'ordre de 63 ans. On a une situation d'équipe. Les équipes médicales dont on parle peu qui sont usées et très fatiguées, un peu comme tous les Français. On est tous usés de cette situation.
Eh bien, nous aussi, à l'hôpital, voyez-vous, et on sait que nous n'allons pas pouvoir bénéficier des renforts dont nous avions bénéficié il y a un an. Donc, la situation est très tendue parce que nous n'avons pas de marge de manœuvre. C'est ça, le sujet. Si l'épidémie monte, et je crains qu'elle soit en train de monter, eh bien, où sont nos marges de manœuvre ? Nous n'en avons pas beaucoup.
Le rajeunissement de ceux qui arrivent à l'hôpital, je voudrais quand même qu'on s'arrête un instant là-dessus. Ça veut dire quoi ?
Alors, comment l'analyser ? Il y a une analyse qui consisterait à dire, au fond, on a vacciné en France, d'abord et en priorité, les patients les plus âgés. Peut-être est-ce un effet mécanique que du coup, ces gens étant plus protégés, ils viennent moins à l'hôpital puisqu'ils font moins la maladie et désormais, on a des gens plus jeunes. Donc,
la moyenne redescend.
Oui, ça peut être une hypothèse. Ça ne veut pas dire
qu'il y a plus de jeunes qui sont touchés ?
On ne saura le dire qu'ensuite. En tout cas, moi, je vous dis, j'observe qu'en réanimation en Ile-de-France, en cinq jours, doublement des patients entre 40 et 50 ans.
Une question également sur les hospitalisations et les réanimations. Les derniers chiffres montrent qu'il y a moins d'hospitalisations en France mais qu'il y a plus d'entrées en réanimation. Ça aussi, comment on l'explique ?
On peut peut-être penser qu'un certain nombre de patients restent à la maison plus longtemps. Au mois de mars, on découvrait le truc, on était débordés, on faisait venir tout le monde à l'hôpital qu'on ne pouvait pas garder pour un certain nombre, souvenez-vous, mais beaucoup de gens passaient par l'hôpital. Peut-être qu'aujourd'hui, il y a une prise en charge ambulatoire en médecine de ville qui est plus efficace et plus précoce et qu'on garde plus longtemps les gens à la maison. On leur donne pour certains des saturomètres, vous savez, sur les appareils avec une pince à linge au bout du doigt où on regarde le taux d'oxygénation.
Ce sont des moyens dont nous ne disposions pas au mois de mars donc je pense qu'il y a plus de patients pris en charge en ville. C'est pour ça d'ailleurs que l'indicateur d'évolution de la maladie qui est de regarder simplement les hospitalisations et les hospitalisations en réa, c'est très important comme indicateur mais c'est un indicateur très tardif. En fait, quand vous regardez que l'hôpital se remplit, c'est déjà trop tard.
Est-ce qu'avec le recul qu'on commence à avoir sur la question des variants, aujourd'hui, vous estimez que ce variant anglais il est oui ou non plus contagieux, il est oui ou non hors de contrôle ? Comment vous le jugez ?
Alors le variant anglais a une mutation ce qu'on appelle en position 501 qui montre qu'il y a plus de transmissibilité et il y a probablement, enfin il y a quelques arguments pour penser qu'il est plus dangereux de 1,2 à 1,6 fois plus mortel. Pourquoi est-il plus contagieux ? En fait, on a découvert qu'il donnait une maladie qui durait plus longtemps et quand vous avez votre maladie, vous crachez plus de virus longtemps, donc vous affectez plus. Mais ce variant, il a aussi un avantage et qu'il semble rester sensible aux vaccins qui sont sur le marché, ce qui est quand même un grand avantage.
Ce qui n'est pas le cas forcément de variants sud-africains et brésiliens qui sont beaucoup moins présents sur le territoire national mais qui, eux, ont une sorte d'échappement immunitaire. Par exemple, quand vous avez été malade une fois, avec le variant sud-africain, vous n'êtes pas forcément aussi protégé qu'avec d'autres variants. Et puis, un certain nombre de vaccins sont moins efficaces sur le variant sud-africain. Ça, ça sera un sujet si demain, le variant sud-africain devenait important en France ce qui n'est pas le cas aujourd'hui. Aujourd'hui, c'est le variant britannique qui est à entre 50 et 70% des variants circulant en France.
Philippe Juvin, comment vous jugez la campagne de vaccination ? Alors là, pour le coup, à la fois en tant que soignant responsable des urgences de Pompidou et en tant que maire d'une commune où vous avez dû mettre en place aussi la campagne de vaccination.
Alors, j'ai la sorte de vaccination dans ma commune que j'ai ouverte, bien entendu. Qu'est-ce que j'observe ? J'observe que depuis deux mois, on ne vaccine pas assez. Moi, je serais prêt à vacciner dans ma commune 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. Je suis capable de faire ça. Sauf que je n'ai pas de vaccin. Donc, vraiment, on a un sujet, on n'a pas suffisamment de vaccin. Il faut accélérer là-dessus. D'ailleurs, regardez la Grande-Bretagne. Boris Johnson a expliqué hier ou avant-hier qu'il se projetait dans une hypothèse où retour à la normale, retour à la normale en juin. Pourquoi ils peuvent faire ça ? Pour deux raisons.
D'abord, ils vaccinent massivement ce que nous ne faisons pas pour des raisons qu'on pourrait expliquer et deuxièmement, ils ont confiné pendant, je crois, 4 ou 6 ou 8 semaines. Ils ont confiné durement mais tôt. Nous, nous n'avons ni confiné mais en même temps, nous n'étions pas libres. Donc, c'était tous les désavantages sans les avantages et nous ne vaccinons pas suffisamment. Je pense, si vous voulez, la priorité des priorités, ces vaccins 24-24, 7 jours sur 7, partout en France, dans chaque commune, il y a 30 000 communes. Ça faudrait des 12 ? Mais oui. Dans ces cas-là, ça fait deux mois que j'explique qu'il y a des solutions. Compliquées, mais des solutions. On va voir M.
Pfizer, on va voir Mme Moderna, on met tous les euros sur la table qui sont nécessaires, on achète tout ce qui est possible, on achète les licences, on monte des usines. Le coûte que coûte, il faut le mettre là aussi. Mais si vous ne le mettez pas là, en fait, l'économie ne peut pas être relancée. Il y a un plan de relance de 100 milliards qui est une très bonne chose. Et d'ailleurs, vous me parliez de politique tout à fait au début, je trouve qu'autant la gestion sanitaire de la crise est très contestable, autant la gestion économique est plutôt bonne. On verra ensuite comment payer la dette. Mais aujourd'hui, on a maintenu des économies, des entreprises à flot et c'est une bonne chose.
On aurait pu aussi en mettre sur le vaccin.
Tant que vous n'aurez pas un système de santé robuste, c'est-à-dire des lits d'hôpitaux en nombre important, ce que nous n'avons toujours pas aujourd'hui, pas de marge de manœuvre, et une vaccination massive, on n'y arrivera pas. Donc coûte que coûte, il faut vacciner. D'autant que, alors on nous dit, mais monter des usines, ça va mettre 5 ou 6 mois. Peut-être. Mais si dans un an, dans un an, il faut revacciner, parce que c'est ça aussi le sujet. Peut-être que dans un an, il faudra revacciner la population. Peut-être comme pour le vaccin, la grippe. Peut-être. Est-ce qu'aujourd'hui, on a commandé les vaccins pour dans un an ?
Est-ce qu'aujourd'hui, on est en situation de dire, vous inquiétez pas, là on n'en a pas beaucoup, mais on a appris de nos erreurs, donc c'est vrai. Au mois de janvier prochain, on aura des vaccins pour tout le monde. Je n'ai pas entendu parler de recommandes massives de vaccins pour la fin de l'année.
Vous parliez, Philippe Juvin, à l'instant de Boris Johnson, qui prévoyait un retour à la normale en juin. Oui. Et vous aviez l'air de dire que c'était franchement pas mal et que nous, on ne pouvait pas en dire pour autant. Juin ?
Mais juin, écoutez, juin, nous, on n'y est pas. Juin, pourquoi Johnson dit ça ? Il dit... Donc lui, attendez, pardon,
nous vaccinons. Lui, avec le vaccin beaucoup plus massivement déployé, avec un confinement qui a été très strict des écoles fermées à Londres et partout, il ne parle que de juin et vous, du coup, vous dites que nous, c'est quoi ?
Parce que vous croyez qu'avec les demi-mesures que nous avons prises, vous croyez qu'avec une vaccination qui n'arrive pas, on va arriver à reprendre notre vie normale au mois de juin ? Mais ce n'est pas ça qui va se passer. Notre vie, elle va mettre du temps à reprendre tant que toute la population française n'est pas vaccinée. On ne reprendra pas une vie normale. Comprenez cela. La vaccination, aujourd'hui, et la condition sine qua non, en l'absence de traitement, bien entendu, elle a repris une vie normale.
Et j'ajoute qu'une fois qu'on aura fait ça, la partie ne sera pas gagnée parce que, dès lors que, quelque part dans le monde, existera une zone qui n'est pas vaccinée, nous serons exposés au fait que, dans cette zone, le virus continuant à se multiplier, des variants nouveaux apparaîtront et que ces variants, s'ils arrivent sur le territoire, pourront éventuellement échapper à la vaccination dont nous aurions bénéficié.
Vous êtes donc favorable à l'idée de partager le vaccin le plus possible avec tous les pays du monde ?
Mais, encore une fois, je vous dis, tant qu'il existera une zone dans le monde où quelqu'un n'aura, où des zones entières n'auront pas été vaccinées, nous serons évidemment exposés. Donc, il y a, quand le président dit on va donner des vaccins, je ne sais pas, 1%, 3%, 4% de vaccins, oui, il faut le faire. Alors, ce n'est pas à la hauteur parce que 3% de nos vaccins à nous, on ne va pas vacciner donc, en effet, ça veut dire que ce n'est pas ce qui va permettre de tout le monde. c'est une initiative de la Commission européenne et de l'OMS, une initiative COVAX, je crois, qui permet de dire oui, il faut aider les pays qui n'en ont pas.
C'est pour ça d'ailleurs qu'il faut que nous fabriquions en France du vaccin, des usines qui certes ne seront mises en place que dans 5 mois, mais depuis le temps que je demande que ça soit en place, déjà les 5 mois ils vont bientôt être passés et une fois qu'on aura ces usines, on en aura besoin pour nous, on en aura besoin pour les autres.
Être capable davantage de produire. Vous disiez au fond, s'il y a ne serait-ce qu'une zone qui n'est pas dans la même logique que nous, vaccinés ou confinés, de toute façon, ça ne sert à rien. Non, non, je n'ai pas dit
que ça nous expose à un retour d'un variant qui aurait acquis une résistance.
Ça nous laisse sous la menace. Oui, voilà, c'est ça. Ça nous laisse sous la menace. Maintenant, une question sur, quand même, le confinement local. Quand vous entendez que tout le pourtour autour du littoral niçois, que Dunkerque sont confinés, mais dans les reportages que j'avais notamment sur AMC ce matin, j'entendais les habitants de Nice et on ne va pas les blâmer qui disaient attendez, moi, je vais vous dire à 14h, je prends mes enfants sous le bras et je vais dans l'arrière-pays, je vais chez ma mère, je vais aller passer le week-end du coup en dehors de Nice pour pouvoir profiter de mon week-end et ne pas être enfermé dans mon appartement.
Est-ce que ça va être contre-productif du coup ?
Oui, c'est une décision qui n'est pas simple. Je trouve que le gouvernement a pour le coup raison de partir sur une hypothèse de confinement local. Pourquoi ? Parce que la France est un pays où il y a des hétérogénités de territoire et dans mon village en Corse de 200 habitants dans la montagne, si le virus ne circule pas, je ne vois pas l'utilité de confiner toute la population à une condition qui n'est pas remplie aujourd'hui. C'est que nous ayons les moyens locaux de surveiller d'une manière attentive où le virus circule et où il ne circule pas. Et ça, c'est un des sujets que je vous l'ai dit il y a un mois ici.
Nous n'avons toujours pas les moyens de fine granulométrie pour aller regarder partout dans chaque quartier ce qui se passe.
Mais si la mère de famille dont je parlais tout à l'heure part tout à l'heure à 14h en voiture avec ses enfants et qu'elle va chez sa mère dans l'arrière-pays et qu'elle revient lundi matin travailler à Nice, est-ce qu'on ne va pas diffuser davantage ? Est-ce qu'il faudrait, même si c'est terrible à dire, est-ce qu'il faut que quand on reconfine, on reconfine et qu'on empêche les gens de sortir ? C'est-à-dire que c'est inimaginable et c'est impensable. Mais où alors il faut reconfiner l'ensemble du territoire ?
Encore une fois, il n'y a pas de solution idéale. Toutefois, je pense que des moyens que nous n'avons pas permettraient de faire cela. Le testing des eaux usées, je vais le faire dans ma commune, je vais tester les écoles dans ma commune par eaux usées. Ça nous coûte une fortune, mais on va le faire parce que c'est important. Mais il y a aussi un élément dont nous ne disposons pas en France, je ne comprends pas d'ailleurs pourquoi c'est même interdit. C'est ce qu'on appelle les tests à faire à la maison, les autotests.
Ce matin, avant de venir sur RMC, vous prenez chez vous votre test, vous le mettez au fond du nez, au fond de la gorge, vous testez, au bout de 30 minutes, vous savez si vous êtes positif, négatif. Si vous êtes positif, vous restez chez vous. Si vous êtes négatif, vous venez travailler. Pourquoi on n'a pas les autotests qui sont possibles aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne, en Allemagne ? Vous savez qu'en Grande-Bretagne, tous les enseignants ont désormais des tests qu'ils font chez eux avant d'aller à l'école deux fois par semaine. Pourquoi on n'a pas ça en France ? On comprenait que ça donnerait de l'oxygène considérablement parce que les gens sont raisonnables.
S'ils sont positifs, ils ne vont pas travailler. Est-ce qu'il faut refaire confiance aux gens ? D'abord, confiner Paris tout court, ça ne sert à rien. Je crois qu'il y a 4 millions de personnes qui entrent et sortent de Paris tous les jours.
C'est comme à Dunkerque, c'est quand même des bassins
d'emplois. Là, on est dans une zone hyper dense. Donc, quand on parle de zone hyper dense, c'est toute la zone qu'il faut prendre. Si on décide de faire quelque chose à Paris, en réalité, c'est Paris, région parisienne. Moi, j'habite dans les Hauts-de-Seine qui est un département qui joue, je travaille juste en face de chez vous à l'hôpital Pompidou dans le 15e arrondissement. Donc, je franchis le périphérique. Donc, l'idée que Paris, il y aurait des murailles, les fortifications de Paris, elle n'existe plus depuis le 19ème siècle.
Pourquoi est-ce que Anne Hidalgo et son équipe demandent ça ?
Écoutez, je n'ai pas bien compris, je vous avoue. S'il y a une décision qui est prise, il faut qu'elle soit prise avec toute la petite couronne, voire la grande couronne. Ça, c'est le premier point. Maintenant qu'Anne Hidalgo, en tant qu'élue locale, dit ce qu'elle pense pour sa ville, moi, ça ne me choque pas. On peut n'être pas d'accord. Mais elle est élue d'une grande ville, elle peut dire ce qu'elle pense. Simplement, je trouve que c'est une décision absurde.
Du point de vue sanitaire, ça vous paraît absurde ?
Non, mais comment vous allez contrôler les passages à la porte de Châtillon, à la porte de Champéret ou à la porte Maillot ? On ne va pas mettre des barrières avec des douanes et des douaniers.
Merci beaucoup, Philippe Juvin, d'avoir répondu à mes questions ce matin sur BFM TV et RMC. Vous êtes chef des urgences à l'hôpital Georges Pompidou à Paris. Et puis, on l'a bien dit, vous avez les deux casquettes puisque vous êtes aussi maire Les Républicains de la Garenne-Colombe dans les Hauts-de-Seine. Merci.
Merci beaucoup.