Trump, Orban, Le Pen : le point commun dans leur stratégie politique
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Des États-Unis à l'Italie, de la Hongrie à l'Argentine, de l'Inde à Israël, un peu partout sur la planète, une ombre plane sur nos démocraties, celle de figures politiques qui bousculent les règles du jeu. Elles ont de nombreux visages, naviguent dans des contextes différents, mais la plupart ont un positionnement commun : l'extrême droite ; et un même projet : affaiblir la démocratie. Leur idéologie a un nom : l'illibéralisme.
Et leur arrivée au pouvoir pourrait changer durablement nos paysages politiques. Après avoir un passage illibéral, on ne revient pas à ce qu'on a été avant. Marlène Laruelle est historienne à l'université George Washington aux États-Unis.
En étudiant de près les leaders illibéraux, élus ou favoris des sondages, elle remarque qu'ils ont une stratégie similaire. Ce qui nous a donné l'idée d'un portrait-robot, un archétype de leader illibéral, et sa boîte à outils. Tout commence dans les règles avec une élection.
Il faudra que notre personnage arrive au pouvoir démocratiquement. C'est le grand tour de force des leaders illibéraux. La quasi-totalité a conquis leur légitimité dans les urnes et ne manque pas de superlatifs pour le souligner.
La stratégie derrière ça, être identifié comme le choix indiscutable de tout un peuple. Les hommes politiques illibéraux se placent toujours dans le cadre rhétorique, au moins, de la démocratie. C'est-à-dire qu'on parle au nom du peuple et au nom de la souveraineté nationale.
La mission qu'il se donne : redonner la voix à la majorité silencieuse. Une expression très récurrente de la rhétorique illibérale. C'est cette idée que l'espace public, les réseaux sociaux, les institutions peuvent être capturés par des minorités.
Donc c'est une manière d'activer toute la partie de la population qui n'est pas nécessairement politisée et de dire qu'on parle en son nom. Étape 1 : Dire qu'il est la voix du peuple. Étape 2 : Expliquer que ce peuple est menacé de l'intérieur...
Face à quoi le leader serait le seul bouclier. En désignant un ennemi de l'intérieur, le leader installe un climat de peur. La société se polarise.
C'est eux contre nous. L'objectif : Générer un soutien inconditionnel à sa cause et attiser la défiance envers ces fameux ennemis. Ça peut être les immigrés...
Ça peut être tous ceux qui sont différents...
Tous ceux qui pensent à l'encontre de la majorité. C'est une sorte d'ensemble fourre-tout dans lequel on peut mettre tout ce qui n'est pas la majorité silencieuse qu'on imagine. Et dans la rhétorique illibérale, une seule personne peut faire obstacle à ces ennemis.
Maintenant qu'il a désigné ses ennemis, il reste à se débarrasser de ceux qui pourraient se mettre en travers de son chemin. Les contre-pouvoirs. Il a principalement 3 cibles.
La première, les juges, parce qu'ils peuvent freiner ses ambitions en bloquant ses décisions. La deuxième, les médias, parce qu'ils enquêtent, donnent la parole à l'opposition et révèlent des contradictions qui le dérangent. La troisième, la recherche et les universités, parce qu'elles produisent un savoir indépendant qui peut contredire les discours du leader.
La stratégie de communication, la voilà...
Il suffit de dire qu'écarter ces contre-pouvoirs, ce serait finalement rendre le pouvoir au peuple, puisque le leader serait la seule incarnation du peuple. Mais les ennemis du leader illibéral ne sont pas qu'à l'intérieur du pays. Selon lui, la menace vient aussi de l'extérieur.
Bruxelles, l'ONU, les accords internationaux, tout ce qui semble venir d'au-dessus est accusé de nuire aux intérêts du pays. Le leader illibéral reproche aux institutions supranationales d'être un monde de technocrates venus lui imposer une idéologie menaçante. Ces nations, encore faut-il savoir qui mérite d'en être ou pas.
Pour les illibéraux, être citoyen, c'est adhérer à une culture commune : la famille, les traditions, l'attachement à l'histoire nationale. Pour eux, toute transformation un peu trop rapide, liée à la mondialisation, à l'immigration, aux luttes de genre, c'est le chaos. Et il existe un outil très pratique pour légitimer un projet conservateur : la religion.
Voilà, les outils sont en place. Le leader est paré. En arrivant à se faire élire plusieurs fois, il pourra même implanter durablement son idéologie jusqu'à la dérive.
Un gouvernement illibéral, s'il a la capacité de rester au pouvoir pendant longtemps et à graduellement coopter les différentes institutions, peut se transformer en un régime autoritaire. Un régime où tous les pouvoirs sont bel et bien confisqués par le leader. Aujourd'hui, les regards se tournent vers les États-Unis.
C'est un illibéralisme très radical qui est en train de se mettre en place ici. Le cœur du libéralisme lui-même, les États-Unis, qui sont en train de basculer. Selon le rapport de cet institut de recherche.
Le pays vivrait l'épisode d'autocratisation le plus rapide de son histoire moderne. Une bascule qui s'inscrit dans une dynamique plus large. Selon ce même rapport, des régimes autoritaires gouvernent aujourd'hui 72% de la population mondiale, presque moitié plus qu'il y a 20 ans.
Marine Le Pen