Travail le 1er mai : «Plutôt que de vouloir faire travailler les gens le 1er mai, le Premier ministre ferait bien de doubler l'augmentation du SMIC pour la passer de 2 à 4 %.» lance Pierre Jouvet
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Et à 8h12, il est l'heure d'accueillir le deuxième invité de cette matinale, le secrétaire général du Parti Socialiste, Pierre Jouvet. Bonjour Pierre Jouvet. Bonjour. Merci d'être avec nous en direct sur Europe 1. Le premier ministre espagnol socialiste Pedro Sanchez organise ce week-end à Barcelone un grand sommet de la gauche mondiale avec un positionnement très critique vis-à-vis de Donald Trump. Tout d'abord, est-ce que vous pouvez peut-être nous confirmer la présence du premier secrétaire du PS, Olivier Faure, sur place
ou pas ? Oui, tout à fait. Le premier secrétaire Olivier Faure est sur place aujourd'hui et il interviendra d'ailleurs cet après-midi.
Pour soutenir donc la stratégie de Pedro Sanchez. Et ma première question est simple, Pierre Jouvet. Est-ce que la gauche ne se trompe pas de combat en focalisant ses critiques sur Donald Trump plutôt que de s'attaquer au régime des MOLA, qui est un régime sanguinaire et qui, pour l'instant en tout cas, force est de constater, ne tombe pas ?
Vous savez, la gauche et les socialistes français en particulier, mais partout ailleurs en Europe, se sont toujours attaqués sans difficulté au régime des MOLA, ont toujours dénoncé le régime. Et l'un n'empêche pas l'autre. Si vous voulez, le régime des MOLA, il faut être effectivement très clair. C'est un régime sanguinaire, c'est un régime de répression, c'est un régime qui tue, c'est un régime dangereux à l'échelle du monde. Et il est évident que le régime des MOLA doit être condamné et doit tomber.
Il n'y a aucune contradiction dans le fait de dire que le régime des MOLA est dangereux et dans le fait de dire qu'aujourd'hui, ce qui est porté par Donald Trump à l'échelle du monde pose aussi un très grand nombre de contraintes et un grand nombre de contraintes qui vient créer des grandes difficultés, notamment économiques, pour les Françaises et les Français et ce qui pose aujourd'hui problème.
Alors ce qui a pu interpeller dans la position du Premier ministre socialiste Pedro Sanchez, Premier ministre espagnol, c'est que finalement, que veut-il pour faire tomber le régime des MOLA ? En ne voulant pas que Donald Trump intervienne en Iran, finalement, c'était vouloir laisser le régime en place.
Non, c'est dire qu'on est dans un monde qui est organisé, un monde qui est multilatéral où nous avons normalement un multilatéralisme qui doit fonctionner. Moi, je suis frappé depuis plusieurs semaines de voir que l'organisation des Nations Unies est silencieuse, qu'il n'y a aucune réunion, qu'il n'y a aucune coordination, qu'il n'y a aucune volonté de travailler de manière concertée. Moi, je refuse que le monde devienne de manière totalement désorganisée un espace dans lequel des puissances vont intervenir de manière autonome sur telle ou telle région du monde ou sur tel et tel État.
Ce n'est pas la loi du plus fort qui vient organiser partout à l'échelle du monde tel ou tel choix politique. Parce que si on peut dénoncer le régime des MOLA en Iran, on va ensuite avoir un certain nombre de difficultés par ailleurs. Comment est-ce qu'on justifie, par exemple, la poursuite de l'agression russe en Ukraine sans que personne ne vienne organiser, à l'échelle de l'organisation des Nations Unies, la bonne gestion du monde ? Et si vous voulez, je crois qu'il faut reprendre les choses de manière précise, telles qu'elles doivent s'organiser.
Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, le système du multilatéralisme dans le monde a permis d'éviter des conflits mondiaux qui viennent s'exporter et des conflits qui se multiplient. Eh bien, moi, j'appelle à ce que l'Organisation des Nations Unies reprenne sa place, son rôle et que chacun revienne dans ce cadre multilatéral.
Mais donc, vous étiez contre l'intervention de Donald Trump en Iran ?
Oui, j'étais contre une intervention qui était une intervention, il faut le rappeler, une intervention qui, à l'échelle du droit international, est une intervention illégale.
Parce que, Pierre Jouvet, je voulais vous citer, ça m'a fait, j'ai trouvé ça très intéressant, je voulais vous citer Luc Ferry, ancien ministre, qui a dit « Donald Trump est peut-être grossier, vulgaire, narcissique », mais il ajoute, ça, il dit « tout le monde le sait », « mais tout ce qui peut affaiblir le régime iranien, dit-il, m'enchante ». Est-ce que vous comprenez aussi ce rétonnement ? Parce qu'il ajoute « on critique Trump comme s'il avait assassiné 30 000 gamins aux États-Unis ».
Mais est-ce qu'on pourrait quand même lui donner raison, au président américain, sur le fait qu'il va peut-être débarrasser le monde d'une puissance qui voulait se doter, rappelons-le, de l'arme nucléaire ?
Oui, mais pour l'instant, excusez-moi du peu, les résultats ne sont pas efficaces, et pour l'instant, pardonnez-moi de vous dire que le régime des mots-là est malheureusement encore sur place, que l'enrichissement d'uranium est toujours présent, et permettez-moi de vous dire, malheureusement, que depuis un mois, ceux qui trinquent, ce sont les Françaises et les Français qui payent leur gasoil 2,30€ à la pompe.
Pardon de vous dire qu'à un moment, c'est bien sympathique de vouloir intervenir et de faire croire qu'on va régler tous les problèmes du monde en l'espace de quelques heures, sauf que les choses sont plus complexes que ça, et qu'on voit bien qu'aujourd'hui, ça ne fonctionne pas encore totalement. Et donc, voilà, c'est la raison pour laquelle, moi, je pense qu'on doit reprendre les choses de manière précise. Vous savez, la géopolitique, la question de la défense mondiale, c'est un sujet qui ne se fait pas par coup de menton.
Ce que vous dites, c'est que la stratégie guerrière du moment n'est pas la bonne solution. Et on l'entend ce matin sur Europe 1. Je voulais quand même vous faire réagir aussi, Pierre Jouvet, sur l'immigration, parce que l'Espagne a lancé cette semaine un vaste plan de régulation de centaines de milliers de sans-papiers, un demi-million, 500 000, ce n'est pas rien. Or, dans l'espace Schengen, on le sait, un titre de séjour espagnol permet de circuler librement en Europe. Donc, concrètement, cette décision prise à Madrid va produire des effets en France.
Est-ce que vous comprenez quand même que certains puissent, parlent d'une forme de décision imposée aux partenaires européens dans cette régulation massive de sans-papiers en Espagne ?
Non, parce que vous savez, quand la même chose a été faite en Italie par les amis de Mme Mélanie en Europe, je n'ai pas entendu la même critique. Moi, ce que je constate, c'est qu'aujourd'hui, on peut faire semblant de croire que l'immigration sera un problème majeur pour l'Europe. La réalité, c'est qu'on sait que les pays européens sont aujourd'hui dans un besoin, notamment pour la question du travail, notamment parce qu'aujourd'hui, on sait parfaitement que la question démographique est une question problématique en Europe, qu'il faudra de l'immigration aussi d'un point de vue du travail pour nos économies et pour nos entreprises.
Donc je crois que c'est tout ça un débat qui veut aussi agiter et faire peur pour rien. Je vous donne quand même... Et vous savez, d'une manière générale, quand on a une immigration qui vient dans un pays, elle n'est pas là pour se déplacer par ailleurs de manière globale.
Je voulais quand même aussi citer Nicolas Pouvromonti, directeur de l'Observatoire de l'immigration, qui vient de publier un livre, Immigration, Mythe et Réalité. La population immigrée en France a augmenté de 434 000 personnes en 2024. C'est trois fois plus que dans les années 2000, 25 fois plus que dans les années 90. Il y a une dynamique donc très forte d'immigration. Et la question, elle est simple. Est-ce qu'on est encore capable d'intégrer correctement à ce rythme que certains disent effrénés ?
Ah oui, je crois qu'on est capable d'intégrer comme on devrait le faire et malheureusement qu'on ne fait pas suffisamment. Vous savez, la France, ces dernières années, et ça ce sont les statistiques très précises, notamment du ministère de l'Intérieur, la France n'a jamais autant expulsé d'immigrés illégaux. Donc on est aussi dans un moment où il ne faut pas faire croire aux Françaises et aux Français qu'il y aurait une submersion qui arriverait dans notre pays. Et vous savez, je le redis, je sais que ce débat fait toujours polémique et qu'il ne fait pas plaisir. Mais c'est bien de pouvoir en parler de façon apaisée.
Oui, je pense qu'il faut le dire de façon apaisée, mais je vais vous dire, je pense que dans les années qui viennent, il faut assumer de dire que l'Europe, comme la France, auront besoin d'immigrés aussi pour les aider dans la reconstruction de leur pays, dans leur reconstruction économique, dans le fait d'arriver à articuler les choses.
Ça, c'est la stratégie du Parti Socialiste ?
C'est nécessairement, en tout cas, une intégration qui devra se faire, qui devra se faire de manière apaisée.
Parce que d'autres parties, vous le savez, disent l'inverse, disent justement que l'immigration, à une certaine époque, était peut-être bénéfique, mais qu'aujourd'hui, elle coûte plus que ce qu'elle ne rapporte. Donc il y a aussi plusieurs visions qui s'affrontent sur ce sujet-là.
C'est pour ça que j'espère que la prochaine campagne présidentielle permettra aussi d'avoir un débat apaisé sur le sujet. Tout à fait. Parce que je pense qu'il y a beaucoup de stigmatisations qui sont faites et qui sont mises sur la question migratoire, et qu'il faudrait un jour la poser de manière précise pour éviter toute mauvaise froid.
En tout cas, on a compris la stratégie du Parti Socialiste à un an de la présidentielle. Un mot quand même pour finir sur le 1er mai, Pierre Jouvet. Parce que vous savez qu'il y a le Premier ministre a fait des annonces. Il va permettre aux fleuristes, aux artisans, boulangers de pouvoir travailler. Les bouchers sont mis de côté. Mais est-ce que vous trouvez ça quand même... Oui, est-ce que c'est une bonne chose d'avoir permis à ces artisans qui voulaient bosser de pouvoir le faire ?
Vous savez, les artisans qui voulaient bosser, notamment dans les familles, dans les territoires ruraux, ils pouvaient déjà bosser. Les boulangers, les fleuristes, tout ça est un faux débat.
Et moi, je vais vous dire, je profite de votre antenne ce matin pour dire au Premier ministre que plutôt que de s'occuper de sujets qui sont des futilités pour défoncer encore une fois le droit du travail, le Premier ministre ferait bien de prendre des mesures d'urgence de pouvoir d'achat, que le Premier ministre ferait bien d'augmenter de manière plus significative le SMIC que ce qui va être fait au 1er juin, c'est-à-dire qu'il double l'augmentation du SMIC, qu'il la passe de 2 à 4% pour permettre aux Français, aux travailleuses, aux travailleurs de ce pays de vivre, plutôt que de vouloir les faire travailler le 1er mai.
Parce qu'on voit que quand on ouvre une porte, quand on commence à faire travailler une profession, après c'est la profession d'à côté qui veut travailler et on ne s'arrête pas. Et moi je considère que le 1er mai est une date à laquelle on ne doit pas toucher et que chacun doit pouvoir choisir librement quand il travaille. Mais que le sujet principal, c'est le pouvoir d'achat aujourd'hui et que le gouvernement devrait s'en occuper de manière immédiate. Et je le redis qu'il augmente de manière immédiate le SMIC de 4% plutôt que de 2% comme c'est prévu.
On a bien compris votre position qui va sûrement faire criser certaines professions qui, je le rappelle quand même, passent devant des grandes chaînes de fast-food qui les voient bosser et qui, eux, on leur dit, votre boulangerie, on ne peut pas la...
Eh bien fermons ces chaînes de fast-food le 1er mai. Ça, ce serait une position de la France qui peut-être sera entendue à l'échelle du monde parce que qu'il y ait un jour dans l'année où personne ne travaille serait aussi un bon point pour tous les droits des travailleurs qui se sont battus tout au long de leur vie.
Merci Pierre Jouvet. Merci à vous d'avoir été en direct ce matin sur Europe 1. Je rappelle que vous êtes le secrétaire général du Parti Socialiste.
Pierre Jouvet