Olivier Hoarau "On demande la suppression de la surtaxe"
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 40 %Attaque 10 %Défensif 50 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 80 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:15OuverteRéponse directe
D'abord, comment s'est déroulée la nuit ?
- 0:37OuverteRéponse partielle
Mais le couvre-feu n'est pas totalement respecté donc ?
- 2:02RelanceRéponse partielle
Mais justement, contre cette délinquance dont vous nous parlez là à l'instant, et vous faites bien la distinction avec les Gilets jaunes, contre cette délinquance, contre ces violences, ces pillages, ces incendies, il faut bien une réponse sécuritaire là quand même.
- 5:04OuverteRéponse directe
Il n'y a pas de transport en commun ? Ils ne sont pas suffisamment développés les transports en commun à la Réunion ?
- 5:36OuverteRéponse directe
Donc le discours de protection de l'environnement, de « il faut moins de voitures polluantes » et tout, ce discours-là, il ne passe pas à la Réunion ? Il n'est pas possible ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:30Invité politiqueChiffre
« plus de 50% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté. »
- 2:43Invité politiqueChiffre
« près de 40% de la population, qui est très jeune, est au chômage. »
- 4:18Invité politiqueFait
« la décision du Conseil Régional d'augmenter la surtaxe sur les carburants pour s'aligner sur celle de Métropole. »
- 5:59Invité politiqueChiffre
« un projet qui existait, qui s'appelait le tram-train, qui aujourd'hui a été remplacé par une grande route qui fait 3 milliards d'euros »
- 8:14Invité politiquePromesse
« au Conseil régional, de supprimer, d'annuler sa décision de faire augmenter la surtaxe. »
Temps de parole
- Olivier Hoarau87 %
- Présentateur13 %
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L'île de la Réunion, face à la colère des Gilets jaunes et face à la violence de casseurs, ça fait 5 jours que ça dure. Bonjour Olivier Oareau. Bonjour. Vous êtes le maire du Port, c'est une commune où les affrontements ont été particulièrement violents ces derniers jours. D'abord, comment s'est déroulée la nuit ?
Alors cette nuit, on enregistre une certaine accalmie. Les choses ne se sont pas passées comme les fois précédentes. On enregistre malgré tout quelques véhicules incendiés. Et des poubelles brûlées, bien entendu. Mais aucun commerce cette nuit n'a été vandalisé.
Mais le couvre-feu n'est pas totalement respecté donc ?
Effectivement, on se rend compte que c'est une mesure d'abord qui est très exceptionnelle à la Réunion. Ça fait très longtemps que la Réunion n'a pas connu cette mesure-là. Je pense que de manière générale, il y a une réponse qui n'est pas aujourd'hui adaptée à la réelle situation. J'ai l'impression que la répression et uniquement la répression ne peut être la seule réponse de l'État. Il faut poser les bases d'un dialogue, d'une discussion. Et moi, depuis le début du mouvement, j'invite les autorités de l'État et le préfet en lui-même, les présidents de la région notamment, pour ouvrir un dialogue.
La société réunionnaise est une société très fragile où la fracture sociale est une réalité qui met le réunionnais en grande difficulté. On a effectivement un taux de pauvreté qui est extraordinaire chez nous puisque plus de 50% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté. Alors, dès lors qu'on a un mouvement comme celui des Gilets jaunes, par exemple, on a naturellement une espèce de mouvement social auquel se rajoute un phénomène de délinquance extraordinaire, exceptionnel. Et on assiste à cette situation qu'on a pu vivre depuis bientôt une semaine à la Réunion.
Mais justement, contre cette délinquance dont vous nous parlez là à l'instant, et vous faites bien la distinction avec les Gilets jaunes, contre cette délinquance, contre ces violences, ces pillages, ces incendies, il faut bien une réponse sécuritaire là quand même.
Bien sûr. Je ne dis pas qu'il ne nous faut pas de représentants de force de l'ordre et de l'action des forces de police ou de gendarmerie. Il le faut pour protéger les biens et les personnes. Mais il ne faut pas avoir que cette réponse. Je crois que le cri que poussent les Réunionnais est un cri d'alerte et d'alarme. On ne peut plus rester dans un système comme celui-ci, où, comme je vous dis, une grande majorité de Réunionnais vivent de prestations sociales, où le taux de chômage est particulièrement élevé, et notamment dans ma commune, où près de 40% de la population, qui est très jeune, est au chômage.
Je crois que nous avons à imaginer et à reconstruire les bases d'une relation avec la République, parce que les Réunionnais sont attachés à la République française et aux valeurs de la République. Mais cette République doit nous servir, quand on assiste, comme ces derniers mois, à une suppression de manière unilatérale du gouvernement, de l'aide à la construction et à l'accession à la propriété, qui nous permettait de construire et de terminer les opérations de résorption d'habitat insalubre. Et que cette suppression fait que beaucoup de familles ne vont jamais connaître ce qu'elles ont pu construire depuis de nombreuses années, c'est-à-dire leur propre habitat.
Elles vont continuer à vivre dans des logements sociaux et dépendant d'un loyer. Quand on a une suppression par le gouvernement des exonérations sur l'impôt, exonération de 30% qui bénéficient au DOM, on se dit que le pouvoir d'achat va être remis en question. Et je reviens sur les Gilets jaunes. Dans ces rassemblements, on voit des pères, des mères de famille, des salariés, des indépendants, des chefs d'entreprise. Toute la société réunionnaise, aujourd'hui, dit qu'on n'en peut plus, et non seulement on n'en peut plus, cette fragilité dont je vous ai parlé est remise en question par ces décisions unilatérales.
Et la cerise sur le gâteau, j'ai envie de dire plutôt l'étincelle qui a mis le feu aux poudres, c'est la décision du Conseil Régional d'augmenter la surtaxe sur les carburants pour s'aligner sur celle de Métropole.
Sauf que là, maintenant, ça a été gelé. Il y a eu une décision qui a été prise de geler pour trois ans la taxe spéciale sur les carburants à la Réunion.
Effectivement, la décision a été prise, et tendivement. Je crois que la réflexion qui devait être menée n'aurait pas dû nous amener à créer et à vouloir augmenter cette taxe. C'est l'étincelle qui a mis le feu aux poudres. Parce que quand on est dans une île qui est à 13 000 km de la métropole et qui, pour se déplacer, laisse rien d'autre que la voiture et donc l'essence ou le gazole...
Il n'y a pas de transport en commun ? Ils ne sont pas suffisamment développés les transports en commun à la Réunion ?
Il n'y en a, mais ils ne sont vraiment pas... Aujourd'hui, le mode de déplacement le plus adéquat, c'est la voiture. Et le tout voiture, aujourd'hui, c'est le choix qui avait été fait il y a quelques années de rester sur le tout voiture, n'est pas la réponse. Et d'ailleurs, dès lors qu'on touche à l'essence, on touche aux porte-monnaies directes, on touche à la famille, on touche aux déplacements, on touche aux loisirs, on touche au cœur même de la société réunionnaise. Et le résultat, il est là.
Donc le discours de protection de l'environnement, de « il faut moins de voitures polluantes » et tout, ce discours-là, il ne passe pas à la Réunion ? Il n'est pas possible ?
Les alternatives n'existent pas. On aurait eu des alternatives, vous l'aurez donné, vous pouvez faire le choix d'un transport en commun, un transport collectif, efficace, rapide, ou le tout voiture, bien sûr qu'il aurait fait ce choix du transport collectif. Et je dénonce l'abandon d'un projet qui existait, qui s'appelait le tram-train, qui aujourd'hui a été remplacé par une grande route qui fait 3 milliards d'euros et qui va nous amener à consommer encore plus et à dépendre encore plus des énergies fossiles et bien entendu du gazole pour se déplacer.
Et quand on dit « on va augmenter la taxe sur les carburants », et en même temps on dit « mais vous n'avez pas d'autre choix que de contribuer parce que vous n'avez pas de transport en commun adapté », voilà la situation, la réalité réunionnaise.
Donc ce que vous dites c'est que la transition écologique ne peut pas se faire au même rythme à la Réunion et en métropole, ça prendra plus de temps à la Réunion parce qu'il n'y a pas les mêmes infrastructures.
Exactement. On aurait mis des infrastructures adaptées, modernes, on aurait pu effectivement engager ce débat. Le débat ne se pose pas en ces termes à la Réunion. Je crois qu'il faut vraiment partir sur une réflexion et s'engager sur un vrai transport en commun pour pouvoir y aller. Mais la société réunionnaise, ce qu'elle a vécu ces derniers jours, et moi particulièrement sur ma commune, j'ai une population qui est en demande, qui est au chômage. J'ai une population qui ne sait plus construire l'avenir parce qu'arrivée le 15 du mois, il n'y a plus rien. On ne sait pas si on va pouvoir nourrir ses enfants tellement on est dépendant des minimas sociaux.
Et lorsque, sur la base de ces minimas sociaux, on demande encore aux réunionnais de contribuer, on n'y arrive plus. Les personnes sont asphyxiées et c'est peu dire. Et donc, je pense que, malgré tout, le réunionnais est conscient de la difficulté dans laquelle il est et qu'il est capable, encore une fois, de poser les bases d'une réflexion pour construire l'avenir. D'abord, dans les moyens et courts termes, par une vraie politique de formation qui lui permette d'accéder à un emploi et donc un pouvoir d'achat.
Mais aussi, je demande au gouvernement d'être beaucoup plus vigilant sur la manière de prendre des décisions et de revenir sur des décisions telles qu'abandonner l'idée de la suppression de l'exonération sur l'impôt à la réunion. Et bien sûr, au Conseil régional, de supprimer, d'annuler sa décision de faire augmenter la surtaxe.
Merci beaucoup Olivier O'Haraud, le maire du Port, à la réunion, invité du 5-7 de France Inter.