Gaza : "Ce qui se passe est indéfendable et injustifiable", dénonce Stéphane Séjourné
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L'invité du grand entretien de la matinale ce vendredi avec Marion Lourdes. Nous recevons le ministre de l'Europe et des Affaires étrangères, également secrétaire général du parti Renaissance. Vos questions, elles sont déjà nouvreuses. Vos interventions, chers auditeurs, au 01 45 24 7000 ou sur l'application France Inter. Bonjour Stéphane Séjourné. Bonjour à vous deux. Bonjour. Merci d'être avec nous ce matin. Votre parole est très attendue et nous avons de nombreux dossiers à aborder avec vous. Et nous allons commencer par ce qui s'est passé hier à Gaza. Plus de 100 morts selon le Hamas lors d'une distribution d'aides alimentaires.
Et cette réaction extrêmement forte du président de la République, je cite Emmanuel Macron, ouvrez les guillemets, profonde indignation face aux images qui nous parviennent de Gaza où des civils ont été pris pour cibles par des soldats israéliens, écrivait le chef de l'État sur X-Star dans la nuit. Et il continuait. J'exprime ma plus ferme réprobation envers ces tirs et demande la vérité, la justice et le respect du droit international. Première question, assez rapidement, est-ce que vous aussi, vous êtes en colère ce matin contre Israël ?
Oui, d'abord la situation humanitaire est depuis maintenant plusieurs semaines catastrophique et ce qui se passe est indéfendable et injustifiable. Et je pense qu'Israël doit pouvoir l'entendre et cela doit cesser. Maintenant, nous avons franchi un cap supplémentaire. Les gens se battent pour de la nourriture et il y a des émeutes. Dans cette situation, j'ai entendu notamment la demande du secrétaire général des Nations Unies d'ouvrir une enquête indépendante et je pense que la France soutiendra cette démarche.
Il y a une question qui est importante aujourd'hui, c'est celle de savoir quelles sont les images dont parle le président de la République. Ces images qui nous parviennent de Gaza où des civils ont été pris pour cibles par des soldats israéliens, nous ne les avons pas vues mais elles tournent sur les réseaux. Vous avez des images particulières Stéphane Séjourné ?
Justement, les images ont tourné sur un certain nombre de réseaux et c'est pour ça qu'une enquête indépendante pour éclaircir ce qui s'est passé doit être menée. En général, le fait que des populations se battent aujourd'hui pour avoir de la nourriture, que normalement Rafa, qui est une ville qui compte à peu près 300 000 habitants et aujourd'hui submergée par 1,2 million d'habitants, qu'il y a des déplacements forcés de population, tout ça doit nous mener à qualifier à un moment donné des faits et puis à demander des explications.
Au gouvernement israélien ?
Le gouvernement israélien est responsable ? Je veux être très clair aujourd'hui, nous demandons des explications et il faudra une enquête indépendante pour déterminer ce qu'il s'est passé. Il ne peut pas y avoir dans notre narratif à nous deux poids deux mesures par rapport à des situations et donc la France dit les choses, elle dit les choses quand il s'agit de qualifier de terroriste le Hamas mais elle doit dire les choses aussi quand il se passe des atrocités à Gaza.
Mais donc quand le Président de la République écrit « Des civils ont été pris pour cible par des soldats israéliens », vous n'avez pas les images où ces soldats tirent en direction des civils ?
C'est les informations qu'on a, mais encore une fois, je pense qu'il faudra une enquête indépendante et nous soutiendrons la proposition du Secrétaire Général des Nations Unies.
Et si on vous écoute bien Stéphane Séjourné, en tout cas le gouvernement israélien est responsable. Vous êtes un peu sur la même ligne que MSF, Médecins Sans Frontières, qui dit ce matin « La responsabilité de tout cela revient à ceux qui ont organisé cette pénurie de nourriture, autrement dit Israël ».
On se bat depuis maintenant des semaines. Au niveau international, il suffit de regarder d'ailleurs nos votes aux Nations Unies, de regarder notre mobilisation humanitaire, je parle de la France, pour que nous puissions ouvrir des points de passage nécessaires pour l'aide humanitaire et puis pour que les gens puissent se nourrir, tout simplement. Et donc, je pense que la France a été un des pays moteurs de la mobilisation internationale sur ce sujet. Nous continuerons à le rester. Et l'indignation de penser même que des gens sont en train de mourir de faim à Gaza est insupportable pour nous.
Emmanuel Macron réclame la justice. Est-ce qu'il faudra juger ces soldats israéliens qui ont pris pour cible des civils, Stéphane Séjourné, ces soldats et leurs commandements ?
D'abord, il y a des instances internationales et une cour internationale de justice qui peut être saisie. D'ailleurs, elle est déjà saisie. Elle se prononcera sur un certain nombre d'éléments. Et nous suivrons attentivement les déroulés.
Emmanuel Macron demande la justice.
Oui, tout à fait. Et donc, il y a une justice internationale qui faudra.
Donc, il faudra qu'il soit traduit devant les tribunaux.
Évidemment, à partir du moment où on pourrait qualifier de crime de guerre ce genre de fait, évidemment qu'il faudra que la justice se prononce.
Et au vu de cette situation de la mort de plus de 100 civils palestiniens selon le Hamas, est-ce que de votre point de vue, à vous Stéphane Séjourné, un cessez-le-feu qu'on espérait encore il y a quelques jours est encore possible ?
Oui, je veux redire juste la position de la France pour être très clair. Nous souhaitons un cessez-le-feu durable, la libération des otages. Je veux rappeler quand même à vos auditeurs qu'il y a encore trois de nos compatriotes qui sont retenus à Gaza, que nous avons toujours dit les choses de manière transparente par rapport à des grands principes. Le principe, justement, de qualifier de terroriste les attentats du CET, de donner aussi le droit à Israël de se défendre face au terrorisme, mais en même temps, nous ne pouvons pas justifier l'injustifiable, et notamment la situation catastrophique qui est la situation humanitaire aujourd'hui.
Vous le souhaitez, mais est-ce qu'il est possible, ce cessez-le-feu ?
Nous y travaillons, on travaille en format différent. La France est dans beaucoup de formats pour justement travailler au jour d'après et au travail au cessez-le-feu. J'étais encore avec des homologues, notamment des pays arables, qui travaillent également à faire pression et à proposer une solution pour l'après.
Mais ça le repousse quand même ?
Oui, mais vous savez, moi je ne crois pas qu'on puisse résoudre la question sécuritaire de manière détachée de la question politique. Et donc il faudra réunir les deux. Et pour avoir un cessez-le-feu durable, il faudra également régler la situation politique. Et nous travaillons également avec l'ensemble des partenaires, et puis de mes homologues, sur ce sujet.
Il y a plusieurs questions d'auditeurs qui concernent la reconnaissance de la Palestine. Stéphane Séjournet, pour faire bouger Israël, je cite l'un d'entre eux, pour faire avancer vers une solution. Ne faut-il pas à un moment que la France reconnaisse la Palestine comme un État à part entière ? Aujourd'hui, à peu près 140 pays sur près de 190-200 reconnaissent la Palestine, mais pas la France, pas les États-Unis, pas beaucoup de pays européens.
Je vais être très transparent avec vous, c'est un outil dans le processus de paix. Et donc il faut l'utiliser au bon moment, mais à partir du moment où nous avons comme doctrine, et c'est notre position, c'est la position de la France, la solution à deux États, évidemment que ça reste un outil au service de la paix, et donc ça doit être utilisé dans le processus de paix à partir du moment où il y aura un accord.
La langue diplomatique, elle peut ressembler à de la langue de bois,
mais en l'occurrence, ça veut dire que la France y est prête. Je pense qu'aucun ministre des Affaires étrangères n'a jamais dit ça, donc c'est pas de la langue de bois.
Vous dites un des outils, c'est la reconnaissance éventuellement de la Palestine. Un autre outil pour peser pour la France, c'est quoi ? C'est une éventuelle alliance avec le Qatar, puisque le président de la République a reçu l'émir du Qatar cette semaine, et que tous les deux ont appelé d'une même voix au cessez-le-feu ?
Alors nous travaillons sur la question humanitaire avec l'Egypte et la Jordanie notamment, nous travaillons avec le Qatar et les Émirats sur la question du cessez-le-feu, de la libération des otages, vous le rappelez avec nos trois compatriotes qui sont encore retenus à Gaza. Donc oui, nous sommes dans tous les formats de discussion qui permettent une solution politique, et puis de régler la question sécuritaire, pour que deux États puissent vivre en paix, et puis pour que justement les garanties de sécurité soient données aux Palestiniens et aux Israéliens.
Alors je disais que nous avions beaucoup de dossiers à aborder avec vous, et Stéphane Séjourné, vous allez peut-être nous aider à faire l'anatomie d'une phrase qui a fait couler beaucoup, beaucoup d'encre cette semaine, après la déclaration du président de la République lundi soir, où il disait qu'il n'y avait pas de consensus pour envoyer de manière officielle des troupes au sol, mais que rien ne devait être exclu. Il y a eu la précision du ministre des Armées qui parlait d'opérations des minages, de formations.
Est-ce que ce n'est pas une erreur d'Emmanuel Macron d'avoir parlé d'envoyer des troupes combattantes, ou de laisser penser que ça pourrait être des troupes combattantes que les Français enverraient en Ukraine ?
Je pense que nous devons d'abord la vérité aux Français sur le constat, et c'est peut-être l'élément qui manque aujourd'hui dans le débat politique et médiatique sur ce sujet. D'abord, il y a un risque d'effondrement de l'Ukraine, et il y a des conséquences à ce risque d'effondrement de l'Ukraine, je pense notamment en ce qui concerne la violation du droit international, laisser un pays justement venir dans le cadre des frontières et de la Charte des Nations Unies et violer l'intégrité territoriale d'un État souverain, c'est aussi donner la justification de nombreux conflits dans le monde.
Il y aurait une catastrophe économique, je l'ai dit souvent, mais si l'Ukraine s'effondrait, 30% du marché du blé serait maîtrisé par la Russie, ce qui donnerait la possibilité de nous attaquer sur les marchés. Donc, également pour les Français, la question du pouvoir d'achat se reposerait, l'augmentation des matières premières, et puis probablement une vague...
Mais c'était vraiment important de faire cette déclaration quand on voit autant de rejets chez nos alliés, avec le chancelier allemand qui contredit brutalement le président de la République. Le signal envoyé, c'est la division des Européens, ce n'est pas une manifestation de force.
Je veux juste finir sur le constat, parce que c'est très important. Une des conséquences serait également, probablement, la question humanitaire, avec une vague, je pense, de réfugiés, jamais vus depuis la Deuxième Guerre mondiale. On parle de 10 millions d'Ukrainiens qui pourraient quitter l'Ukraine en cas d'effondrement. Et puis, on sait très bien, et nous avons des informations, que la Russie ne s'arrêtera pas là. Ne s'arrêtera pas là. Et donc, moi, ce que je veux éviter... Vous voulez dire qu'elle ira jusqu'où ?
La Pologne ?
Moi, je pense notamment à la Moldavie, qui sont des pays qui sont aujourd'hui en danger.
La Transnistrie.
Moi, ce que je veux vous dire ce matin, c'est qu'on ne peut pas se retrouver dans la même période que septembre 1938. Au moment où on a lâché la Tchécoslovaquie pour une paix éphémère.
Les Sudètes.
Les Sudètes. Et puis, un an après...
Alors, je vous dis qu'on ne peut pas se retrouver
dans cette période. Je ne dis pas qu'on est dans cette période, mais l'histoire se répète. Et moi, je retiens quand même peut-être un enseignement de cette période avec l'histoire. C'est qu'un pas de côté face à une puissance impérialiste, c'est lui donner la possibilité de faire un pas en avant. Et donc, aujourd'hui, qu'est-ce qui a été dit par le Président de la République ? Il y a un cadre très clair qui a été fixé. C'est-à-dire mettre en échec la Russie sans faire la guerre à la Russie. Et dans ce cadre-là, rien n'est exclu. Voilà. Et donc, les choses sont dites, sont claires, ça participe à l'ambiguïté stratégique. Mais en même temps, ça nous met du bon côté de l'histoire.
Et moi, je suis très content. Je suis très heureux que le Président de la République ait pu, justement, poser les choses et aussi créer ce débat
au niveau européen. Pourquoi ce changement de ligne politique ou stratégique ? Pourquoi maintenant, puisque la guerre dure maintenant depuis plus de deux ans, Stéphane, ces journées ?
Parce que le contexte est instable. On a des élections américaines qui, justement, nous rendent instables le soutien de l'Ukraine dans la durée. On a un Donald Trump qui a fait également des déclarations sur l'article 5 de l'OTAN et donc la solidarité envers les pays. Et donc, si cette clause est contractualisée, elle n'existe plus. Si les États-Unis ne soutiennent plus l'Ukraine, je ne sais pas si les Européens, aujourd'hui, pourront faire face. On ne représente que 30% de l'aide. Tous les Européens, 30% de l'aide à l'Ukraine. Sans les Américains, nous ne pouvons pas durer.
Et l'aide des Américains est bloquée.
Et l'aide des Américains, aujourd'hui, est bloquée. Et puis, il y a une deuxième conséquence. C'est que la Russie, aujourd'hui, nous attaque sur le volet informationnel, sur le volet informatique. On est dans une situation de fragilité avec la préparation des élections européennes, avec la préparation des Jeux Olympiques. Et la France ne permettra pas nos services publics, nos transports, nos hôpitaux. Et imaginez, deux minutes, que nous n'ayons plus d'hôpitaux dans la région parisienne, que les transports s'arrêtent à cause des attaques informatiques de la Russie. Tout ça fait que la Russie a changé de posture. C'est notre avis, c'est notre analyse.
Et que ça démontre aussi qu'elle ne s'arrêtera pas là. Et donc, dans ce cadre-là, le cadre fixé par le Président de la République, de ne rien exclure, permet d'envoyer un message très clair. Un message très clair à la Russie que nous ne lâcherons pas le combat avec les Ukrainiens.
Justement, Stéphane Séjourné, il y a eu les mots du Président de la République, Emmanuel Macron, et il y a eu la réponse de la Russie, notamment hier, le discours de Vladimir Poutine qui a agité la menace d'une guerre nucléaire. On entendait tout à l'heure l'édito de Pierre Haski. Est-ce qu'on ne nourrit pas une escalade en parlant de troupes au sol, même si elles ne sont pas combattantes ?
Attention à nous-mêmes ne pas nourrir le discours de la Russie. Ceux qui nourrissent aujourd'hui l'escalade, ce sont les Russes. Ceux qui attaquent l'Ukraine et qui mettent en danger la sécurité de l'Europe, ce sont les Russes. Ce sont les Russes. Nous-mêmes, Français, ne travaillons pas avec les éléments de langage et la doctrine du Kremlin. Il faut qu'on fasse très attention à ça parce que je pense qu'on fait le jeu aujourd'hui en évoquant ces sujets. D'ailleurs, il y a un certain nombre de formations politiques qui font le jeu aujourd'hui sans le savoir ou en le sachant de la Russie. Je vous dis les choses assez clairement. Et on va aller au standard.
Depuis que nous avons décidé de soutenir l'Ukraine, que ça soit d'ailleurs pour l'envoi de matériel humanitaire au début, Vladimir Poutine a agité la question nucléaire. Quand nous avons décidé d'envoyer du matériel militaire, il a agité la menace nucléaire. Quand nous avons décidé d'envoyer des chars, il a agité la menace nucléaire. Quand nous avons décidé d'envoyer des avions, il a agité la menace nucléaire. Et donc là, nous passons à un stade supérieur en excluant rien et il agite la menace nucléaire. Donc, j'ai envie de vous dire, c'est une logique et il y a une forme de désinhibition de la Russie par rapport à la menace nucléaire.
Bonjour Benjamin. Bonjour. Et merci d'être avec nous ce matin sur Inter. Vous avez une question pour le ministre de l'Europe et des Affaires étrangères, Stéphane Séjourné.
Une question. Bon, revenons quand même sur un truc, c'est que l'Union Européenne avait déclaré que c'était une cléocratie, l'Ukraine est comme la Russie. Et bon, passons. La question, hier dans le Figaro, Jean-Pierre Chavènement disait qu'il serait bon qu'Emmanuel Macron se souvienne que nous n'avions pas élu Volodymyr Zelensky comme président. Est-ce qu'il s'en souvient ? Est-ce que moi, je n'ai pas du tout envie de mourir pour l'Ukraine ? Et je pense que personne n'a envie d'envoyer ses enfants mourir pour l'Ukraine.
Merci pour votre intervention, Brice. Les Français ont élu Emmanuel Macron comme président, pas Volodymyr Zelensky, écrivait donc Jean-Pierre Chavènement dans le Figaro. Qu'est-ce que vous répondez à ceux qui vous rétorquent ça ?
Je pense que le parallèle que je disais, il ne fallait pas qu'on se retrouve dans la situation de septembre 1938 et exactement ce que je viens de dire, c'est-à-dire que tout ce que nous faisons est pour éviter la guerre et évidemment pas pour rajouter un degré d'inquiétude aux Français et donc notre stratégie de rajouter l'ambiguïté stratégique à ce moment-là et justement pour éviter l'effondrement de l'Ukraine. Je veux juste rappeler
à ceux qui vous disent je ne veux pas mourir pour l'Ukraine ou je ne veux pas mourir pour Danzig ou je ne veux pas mourir.
Les Français ne mourront pas pour l'Ukraine. On ne nous enverra pas de troupes militaires combattantes puisque le cadre a été fixé, c'est-à-dire empêcher la Russie de gagner sans faire la guerre à la Russie. Et dans ce cadre-là rien n'est exclu, c'est ce qu'a dit le Président de la République. Je veux juste rappeler peut-être une chose, c'est que l'effondrement de l'Ukraine nous coûterait beaucoup plus cher et on passe dans un autre monde. Ce n'est plus 2% du budget du PIB de la France qui serait consacré à la défense mais c'est plutôt 4 ou 5.
Les attaques sur les marchés de matières premières seraient évidentes, les vagues migratoires de plus de 10 millions d'Ukrainiens seraient massives et notre sécurité collective serait en danger. Par ailleurs, nous avons encore une fois des informations comme quoi la Russie ne s'arrêtera pas là. Donc, le contexte, je veux bien que vos auditeurs aient en tête, ce contexte-là nous pousse à un moment donné tout faire pour soutenir l'Ukraine dans la durée et justement garder la possibilité d'une paix durable en Europe et donc tout notre appareil diplomatique et les prises de parole du président de la République servent à protéger les Français.
Alors, il y a le militaire et puis il y a la communication, il y a l'influence. Le Monde rapporte que la DGSI enquête sur une tentative de déstabilisation des élections européennes par des pro-russes en France. Il y aurait en France une liste politique qui sert les intérêts de la Russie. Est-ce que vous avez vous connaissance de ces faits, de cette liste qui serait conduite par un ancien député FN, en l'occurrence Jean-Luc Schaffauser ?
Non, mais par contre j'ai connaissance de toutes les manœuvres de déstabilisation notamment informationnelles qui sont en cours. On en a dévoilé une avec mon homologue polonais et la ministre des affaires étrangères allemandes il y a maintenant 15 jours. Il s'agissait de 193 sites dormants qui sont très pros. D'ailleurs, on dirait le site de France Inter avec des vraies informations, des fausses informations. Ils n'étaient pas encore activés. Il fallait juste appuyer sur le bouton pour viraliser ces informations, les mettre sur les réseaux sociaux et les faire passer dans le système informationnel français, allemand et polonais classiques sur vos antennes etc.
Donc vous voyez qu'il y a une vraie stratégie, ça coûte très cher de mettre en place un réseau de 193 sites surtout avec un degré de professionnalisme important. Ce sont les groupes criminels liés au FSB ? C'est une organisation de désinformation et de manipulation des opinions publiques dans le cadre des élections européennes qui étaient en préparation.
Et qu'est-ce qu'on peut faire ?
Justement, d'abord le dénoncer. Vous savez, nous on a, à la différence peut-être de la Russie, nos médias sont libres, la presse est plurielle et je ne vous dicte pas les questions que vous devez me poser. Non ! Et donc, le seul élément pour justement contrer ces attaques informationnelles, c'est aussi que les gens soient éduqués à ça. Et donc, identifiez les fausses informations, voient aussi quand un site est tout nouveau, que le nom n'est pas connu, qu'ils puissent ne pas se fier à ce qu'il y a écrit dessus et puis, c'est vous qui aussi filtrez, récupérez les sources et organisez la France.
Ces groupes criminels ont attaqué le réseau électrique RTE en France ?
Je ne peux pas vous certifier ça, je n'ai pas totalement les informations mais c'est une des craintes qu'on a aujourd'hui notamment sur les services publics et dans le cadre de la préparation des Jeux olympiques en France.
Bien sûr. Alors, il y a évidemment une dimension politique à ces conflits. Est-ce que vous avez le sentiment que les Français comprennent bien le discours présidentiel deux ans après le début de la guerre en Ukraine ? On a vu par exemple cette campagne sur les réseaux au moment du Salon de l'Agriculture, ce qui faisait le parallèle entre les centaines de millions d'euros donnés aux agriculteurs pour les aider à traverser leurs difficultés et les milliards d'aides supplémentaires promis à l'Ukraine. Qu'est-ce que vous leur répondez lorsqu'ils vous parlent de cette disproportion-là ?
Je leur dis que ce qu'on donne à l'Ukraine aujourd'hui n'est rien comparé à ce que nous allons devoir payer si l'Ukraine s'effondre. Et donc, évidemment, ce sont des éléments de langage qui vont dans le sens d'ailleurs de la Russie. La Russie cherche à affaiblir notre soutien et pour affaiblir notre soutien, cherche à toucher nos opinions publiques en faisant des comparaisons de la sorte et puis pour lasser l'opinion publique européenne. Vous savez, on nous aurait dit il y a deux ans que les Ukrainiens auraient repoussé notamment le front aussi loin, qu'ils auraient réussi à ouvrir en mer noire un passage pour les céréales. Je pense qu'on n'y aurait pas cru.
Et donc, normalement, la Russie aurait dû écraser l'Ukraine en quelques jours. L'Ukraine a tenu grâce notamment aux Européens et il faut que ça continue comme ça. c'est notre responsabilité à nous de faire aussi ce décryptage politique et j'essaye de le faire également aujourd'hui avec vous.
Et justement, face à cette Russie écrasante, il faut évidemment une Europe forte. Alors, le parti Renew vient de lancer la campagne avec sa tête de liste, Valérie Ayet qui a été investie hier. Elle est peu connue, elle n'est pas très médiatique, elle est peu connue du grand public. C'est vrai que Julien Denormandie et Bruno Le Maire avaient refusé cette tête de liste. Est-ce que l'Europe finalement, ça n'intéresse plus la majorité présidentielle ?
Non, je pense que Valérie Ayet elle est légitime. Elle a pris d'ailleurs ma suite à la présidence du groupe Renew. Alors, le groupe Renew c'est 103 parlementaires pour vos auditeurs, 25 nationalités, donc 25 nationalités différentes. Donc, ce n'est pas uniquement le groupe des Français de la majorité présidentielle et donc ça lui donne une légitimité très forte pour obtenir. Et puis, je veux dire, elle a un bilan, elle est une des députés les plus influentes aujourd'hui au Parlement européen. Elle a beaucoup travaillé. Elle incarne une forme de sincérité que moi j'aime bien parce qu'elle croit en ses combats. Elle les porte depuis maintenant 5 ans.
C'est quelqu'un avec qui j'ai beaucoup travaillé.
Et vous allez soutenir Ursula von der Leyen pour sa réélection ?
Ah, pour l'instant, moi je prends les choses par étapes.
Bon, elle le souhaite en tout cas.
Et donc, là pour l'instant, il y aura la campagne des élections européennes. On fera campagne, on fera des propositions. Il y aura une liste aux européennes qui sera dévoilée dans les prochaines semaines. Et puis après, une fois que les élections seront passées, on s'attaquera au poste à responsabilité et donc à l'élection du président de la commission ou de la présidente de la commission en fonction du rapport de force du Parlement.
Évidemment. Il y a quelques jours, vous étiez au Maroc, Stéphane, ces journées pour, je cite, ouvrir un nouveau chapitre dans cette relation compliquée entre les deux pays. Est-ce que ça réussit pas franchement quand on lit la presse marocaine ? Qu'est-ce qui retient la France de faire comme l'Espagne, par exemple, pays voisin et de déclarer que la solution proposée par le Maroc pour régler le conflit ou le problème du Sahara, c'est la solution qu'il faut privilégier ? Pourquoi ne pas faire comme l'Espagne ou comme les Etats-Unis ? Oui, alors d'abord,
effectivement, ouvrir un nouveau chapitre. Je pense qu'on a une relation qui est très particulière avec le Maroc. Je l'ai expliqué sur place et nous avons besoin de ce lien diplomatique et de le réaffirmer. Et puis, je pense, de le construire également sur la base de contenus politiques et d'échanges économiques, touristiques. Bref, tout ça est encore en travail. Non, mais la question du Sahara, le grand. Nos diplomates ont travaillé énormément. Sur la question du Sahara, je me suis exprimé la France a été le premier pays à soutenir le plan d'autonomie du Sahara qui a été posé notamment et discuté aux Nations Unies.
On continue et je l'ai dit publiquement, je m'engagerai personnellement pour que ça avance. Donc, je le redis aujourd'hui jusqu'à vous aligner
sur l'Espagne ou les Etats-Unis.
Aujourd'hui, on s'aligne sur la position qui est la position française, qui est le soutien du plan marocain sur le Sahara.
En quelques secondes, parce qu'on arrive vraiment à la fin de cet entretien, l'opposant russe, Alexei Navalny, doit être enterré aujourd'hui dans un cimetière de Moscou. Est-ce que vous tenez le Kremlin pour être responsable de sa mort ?
Je ne vois pas comment on peut ne pas tenir le Kremlin responsable de sa mort. Il a été enfermé pour des raisons politiques. Il est mort dans des conditions de détention. Aujourd'hui, ça dit quelque chose d'un pays. Moi, j'y vois un aveu de faiblesse de la part de la Russie. Le fait, dans ce moment précis, justement, d'exécuter, en réalité, un opposant politique, de le laisser mourir. Bref, les circonstances de la mort, je pense qu'on les connaîtra jamais. La France,
ça sera représentée aux obsèques
d'Alexei Navalny ?
Je ne peux pas le dire encore
puisque ça n'a pas encore été décidé.
L'ambassadeur de France à Moscou s'y rendra ?
Je vous dirai ça dans les quelques heures qui viennent.
Merci infiniment, Stéphane, d'avoir été l'invité de France Inter ce matin. Bonne journée.
Stéphane Séjourné