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interviewFrançois Ruffin· 16 juin 2018 14 min

#BDR29 : LE POGNON DE DINGUE DE NOS ENFANTS, SE FAIRE RESPECTER !

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Donc c'est le bulletin spécial, un pognon de dingue. Bon c'est vrai que c'est l'expression de Macron là, mercredi pour parler des aides sociales. Et c'est une expression qu'il n'a jamais utilisée quand il parle de l'impôt sur la fortune.

Quand il parle de l'exit tax. Quand il parle du crédit d'impôt compétitivité emploi. C'est une évident, qu'à ce moment là, cette expression "un pognon de dingue" ne lui vient pas à l'esprit.

Ensuite il faut redire quand même que ces aides sociales et ces impôts sont utiles. Parce que que ça participe d'une redistribution et le taux d'inégalité à la sortie. Il est nettement inférieur que le taux d'inégalité à l'entrée.

Et donc le pognon de dingue c'est le pognon qu'on ne trouve pas dans l'hôpital psychiatrique ici. Mais c'est le pognon qu'on ne trouve pas aussi dans les collèges. Je vais parler d'éducation.

Là on est devant l'hôpital psychiatrique donc c'est la santé. Il y a un choix maintenant depuis une quinzaine d'années de baisser les budgets, de l'hôpital psychiatrique tous les ans. Et même pas de maintenir, ou des les faire augmenter de 2% comme ça se passe dans l'hopital public.

Lorsque ses besoins augmentent de 4% à peu près. Mais ici il s'agit de couper dans les budgets pour récupérer un pognon de dingue, qu'on ira filer en impôt sur la fortune et en crédit impôt compétitivité emploi, aux plus riches de ce pays. Le pognon de dingue il n'est pas là.

Le pognon de dingue il n'est pas non plus aujourd'hui dans l'éducation. On se trouve dans la Somme, la Somme les difficultés de lecture des jeunes de la Somme sont de 50% supérieures à la moyenne nationale. La région Picardie est la région de France où les jeunes ont la plus faible espérance d'aller au Baccalauréat.

Et c'est dans ce coin là, malgré ces difficultés là, ce retard éducatif. Dont nous a parlé la rectrice. Elle même elle nous a dit qu'on est bien conscient dans le coin, qu'il y a un retard éducatif.

Qu'il y aurait la suppression de 35 classes en collège. On est parti de 63 on s'est bien bagarré ce printemps. Qu'il y aurait la suppression de il me semble 29 postes d'enseignants.

C'est à dire, l'équivalent d'un collège. Pour seulement une baisse de 35 élèves c'est à à dire que c'est comme si on enlevait un enseignant par élève. Pour la rentrée prochaine.

Qu'il y aurait le déplacement du rectorat d'Amiens vers Lille. C'est à dire pour nous la difficulté d'avoir un interlocuteur en face. Qu'on peut interpeller pour justement faire baisser les suppressions de classes.

Mais surtout la dernière décision qui vient d'être prise par le Conseil départemental C'est de supprimer 3 collèges dans le département. Là un à Amiens sur ma circonscription à Guy Mareschal, un autre aussi sur ma circo à Domart-en-Ponthieu en plein coeur du Val de Nièvre. Et un dernier à Feuquières-en-Vimeu.

D'abord c'est la manière dont sont prises les décisions. Toutes ces décisions là elles sont prises sans discussion avec les enseignants, avec les parents d'élèves, avec les élus. Mais aussi je tiens à le dire avec les gens qui peuvent être des pédagogues, des spécialistes de la pédagogie.

C'est à dire il n'y a pas de discussion sur quelles conséquences ça va avoir en terme de réussite pour les gamins. De supprimer 3 collèges, d'allonger leur temps de transport. De les mettre dans des établissements qui vont être nettement plus grand.

On va être dans des établissements entre 600 et 800 personnes. Il n'y a pas de discussion autour de ces données là. Moi j'avais demandé, il y a eu une réunion lundi soir avec les membres de Picardie Debout !

Je leur ai dis que la première chose qu'il nous faut pour contrer l'enquête, qui est une enquête purement budgétaire en terme de sous effectifs dans les collèges, donc voilà c'est du budget. L'avenir de nos enfants c'est pour eux une ligne comptable. Et ils n'ont qu'un outil, c'est la calculette.

Pour contrer ça il nous faut des arguments scientifiques.Il nous faut une espèce de contre analyse, et qui permet de montrer par exemple que dans les collèges de petite taille et bien on réussit mieux que dans les collèges de grande taille. Je demande ça, on me dit c'est compliqué et puis tout ça.

Mais là je me suis exclamé dans la voiture. Vincent m'a remis ça. Ce papier, et dans la voiture je me suis exclamé à plusieurs reprises, c'est génial, c'est génial, c'est génial !

Pourquoi ? Parce que là vous voyez, on le voit le papier ? Là vous voyez vous avez la courbe de la réussite au brevet en fonction de la taille de l'établissement.

Là c'est plus l'établissement est grand. Ca c'est la courbe pour les collèges socialement très favorisés. Donc où quelque soit la taille de collège ça se maintient.

Mais là vous voyez là c'est pas mon cas là, ma circonscription que ça soit Guy Mareschal ou Domart-en-Pontieu ou même Feuquières-en en-Vimeu Dans le coin je peux vous assurer que dans le coin c'est pas du très favorisé. On est clairement sur du socialement défavorisé. C'est tout c'est comme ça.

Et là paf, c'est la courbe rouge. Et donc là on voit comment ça plonge. Les résultats au collège en fonction de la taille de l'établissement.

Et ça c'est vachement important pour moi. Moi quand je défends des dossiers c'est parce que je suis habité par une conviction. Ma conviction elle repose sur des rencontres avec les Hommes.

Mais elle repose aussi sur des éléments mesurables. Sur de l'enquête, de l'analyse. Et là c'est sûr que quand j'ai ça, je me dis maintenant je peux plus lâcher ce dossier.

Parce que c'est une évidence maintenant que la taille des établissements pour des gens qui sont déjà défavorisés, pour des élèves qui partent avec des difficultés. Ca va être un renforcement de la difficulté, donc là, il y a une véritable bagarre à mener. Et maintenant on a un socle.

On a une base scientifique pour se bagarre. On a un truc à mettre sous le nez du président du conseil départemental. Et pour répliquer à sa logique de la calculatrice.

Et c'est sûr qu'on va pouvoir se bagarrer là dessus et de la même manière qu'en primaire qu'en même il est prouvé que 25 élèves par classe ça devrait être le maximum. Ça chute les résultats après 25 élèves par classe. Donc il faut qu'on se bagarre pour qu'il n'y ait pas des classes à 12, 13 et qu'on fasse de la com' dessus.

Et qu'ensuite tu te retrouves avec des classes à 26, 27, 28 élèves quoi. Et donc voilà il y a une grosse bagarre à mener sur le terrain éducatif. Maintenant toute la question pour moi, il y a une question d'attitude.

Comment bordel on se fait respecter ? À un moment faut dresser la tête les gens. Il faut cesser de courber l'échine.

Tu vois là, non mais merde ! Non seulement il y a l'injustice, mais il y a l'arrogance de l'injustice. L'autre qui vient nous dire qu'il y a trop de pognon, qu'il y a un pognon de dingue.

Ce vocabulaire là il l'a quand il s'agit de parler non pas de ses amis du CAC40. Non pas du crédit impôt compétitivité emploi à plus de 20 milliards d'euros par an. Dont on sait qu'il ne crée quasiment pas d'emplois.

L'un des trucs qui reçoit le plus de pognon, c'est Carrefour. En crédit impôt compétitivité emploi. Carrefour qui supprime des milliers de postes là, 2400 postes.

Donc Carrefour c'est quand même l'enseigne de Bernard Arnault pour mémoire. Qu'est ce qui se passe là ? Pourquoi il y a la suppression de milliers de postes ?

Parce qu'il s'agit de rhabiller la mariée, et en l'occurence plutot de la déshabiller. Mais rhabiller la mariée en bourse ça veut dire je te prends un truc qui n'a pas l'air trop terrible, je te fais des coupes à l'intérieur. Je te la rhabille, ensuite Bernard Arnault va se débarrasser de ses actions et il va les revendre à la hausse ou avec une moindre perte.

Donc voilà, ce qu'il est en train de se passer avec le passage de Bompard et son départ. C'est il a rhabillé la mariée et Bernard Arnault va pouvoir sortir avec des capitaux. La supression de 2400 emplois, la fermeture de petits magasins.

Et j'en ai aussi dans ma circo. Là dessus c'est pour Bernard Arnault, à la fin vous verrez ça sera pour Bernard Arnault. C'est l'actionnaire principal, de Carrefour.

C'est Bernard Arnault. Qui est aussi l'actionnaire principal du Parisien, ce journal qui titrait à propos de Bompard au moment où il décide de supprimer 2400 postes "L' homme qui va renouveler, ou moderniser la grande distribution".Au moment où il décide de tuer, de massacrer 2400 familles.

Bon donc, voilà. Il faut se redresser les gens, non mais sans déc, quoi ! Tu vois ?

Je veux dire la psychiatrie ici, ils sont gentils. Ils sont trop gentils tous les soignants. Qu'est ce qu'il se passe ?

Ils prennent sur eux, ils avalent des cachetons et tout ça pour continuer à soigner. Quand ils luttent c'est en mettant en grève de la faim. C'est à dire en se faisant du mal à eux mêmes.

À un moment ça doit cesser. Je dis pas qu'il faut en appeler à la violence. Mais en tout cas il faut se faire respecter.

Là dedans dans l'éducation, il faut trouver un moyen de se faire redresser les gens, et de faire qu'il ait envie de se bagarrer bordel de dieu. Faut que je boive un coup ! Bon pour se faire respecter, on va commencer demain par faire un match de foot !

Eh ouais ! C'est parfois par les matchs de foot qu'on se fait respecter. Match de foot, dans un quartier de Camon, c'est un habitant qui a décidé d'organiser ça.

Avec les jeunes de son quartier, je trouve ça très sympa, un samedi après midi, après le match France - Australie. Donc on va regarder ça et après on ira jouer au foot. Et pourquoi c'est un acte de se faire respecter ?

C'est que l'office HLM, détenu par la chambre de commerce et d'industrie nous a adressé un courrier, adressé un courrier aux locataires. J'ai oublié de dire, un petit détail, que le président de l'OPSOM, donc de l'office HLM, c'était le candidat Les Républicains en face de moi sur la circo. Mais c'est un petit détail qui m'avait échappé.

Et donc a envoyé un courrier aux locataires pour dire que le député n'avait pas le droit d'aller jouer au foot sur le terrain. Où t'as vu ça ? Et le premier reflexe quand même, des copains.

C'est de dire ouais mais qu'est ce qui va nous arriver ? Est ce qu'on peut vraiment le faire ? Est ce qu'il va arriver des problèmes au locataire ?

Est ce qu'on va essayer de le virer de son appartement ? La peur. La domination de la peur.

Tout le temps, tu vois ? Et peut-être chez moi aussi, je me suis dis merde quoi. Mais non !

On peut pas ! On va aller le faire ce match de foot. Et je vous assure.

C'est con hein ! Mais c'est une petite résistance que de dire qu'on va le faire. Qu'est ce qu'ils vont faire ?

Ils vont envoyer les CRS ? Ils vont venir prendre des photos ? Ils vont venir filmer le député en train de faire des jongles sur le terrain ?

Et ça va être retenu dans un dossier de locataires à défaut d'être retenu dans un dossier judiciaire ? Non mais attends ! On est où là ?

C'est par ces petits trucs là, que la démocratie elle se fait exister ou elle est rongée. Et là voilà, ça sera ma résistance ! De cette semaine.

Ça sera d'aller jouer au foot à Camon ! Bon en l'occurence des hommes qui se dressent, et qui ne se laissent pas faire, on en a quand même rencontré un paquet cette semaine. Et qui se tiennent debout, et je pense qu'on doit les défendre non seulement pour leurs causes, mais pour le modèle qu'ils proposent aux autres hommes.

Je pense à Alexandre, à propos de sa boite là, qui fabrique des centrifugeuses de sang. Je pense à Marine Martin pour la Dépakine. Je pense à Jean-Baptiste Rivoire pour Canal + Je pense voilà, Denis Robert pour Clearstream.

Je pense à des tas de lanceurs d'alerte. Qui viennent se tenir debout, alors qu'eux ils perdent leur boulot. Et puis ils se préparent à des années de galère.

Mais il faut les défendre. Non seulement car ils sont des lanceurs d'alerte sur leur secteur, mais parce que ce sont des lanceurs d'alerte sur les hommes que nous voulons demain. Et que nous voudrons aujourd'hui.

Vous savez, je pense que c'est important d'avoir des mythes. D'avoir des repères, des phares. Moi j'ai des phares, j'ai Jaurès, j'ai même quelque part le Christ, je peux dire qu'il propose un modèle d'humanité.

J'ai des auteurs comme Vallès, j'ai tout ça. Et vous savez avec ça ce son des gens qui vous proposent de se tenir droit. Et eux aussi sans doute ils ont eu des moments de découragement, de résignation, de risque d'avachissement et tout ça.

Mais n'empêche que quand vous les avez en tête, vous vous dites bon, OK je vais me tenir droit aussi. Et je pense que les lanceurs d'alerte ce sont des hommes qui nous font qu'on se compare à eux et on se dit bon, nous aussi on doit se tenir droit. On doit être à la hauteur de ce qu'ils nous proposent.

Bon je vais arrêter là, ça vous va ? Non ? Oui bonne semaine !

Bon de toute façon à mon avis on va se revoir, parce que je pense que je vais refaire des trucs. Si un dernier truc pour la blague, on a reçu. Il est pas là Vincent ?

Vincent ? T'as le mec qui veut me révoquer ? Ah l'OPSOM tu l'as ?

On va lire le courrier de l'OPSOM. Alors l'OPSOM, elle est sympa avec le mec. Elle dit si effectivement l'intention est honorable et source de convivialité, je regrette de ne pas pouvoir apporter une suite favorable.

Les affiches apposées dans les espaces communs stipulent que cette manifestation est organisée avec monsieur le député de la circonscription. Alors c'est ça qu'il faut retenir en fait, l'OPSOM ne peut cautionner une manifestation, dès lors qu'un parti politique est mentionné. Notre role étant d'être apolitique.

Donc ça veut dire qu'on a pas le droit de venir jouer au foot ? Ceci dit je pense qu'il fallait pas les prévenir. C'est surtout ça le problème, on joue au foot, on joue au foot.

On a pas besoin de prévenir et la mairie d'Amiens, l'office HLM, le Conseil régional de Picardie, et le ministère de la jeunesse et des sports qu'on va faire un match de foot. Mais voilà ! Bon un dernier point, on reçu pour que je sois révoqué une personne de la circonscription.

Il demande ma révocation qui habite à Pont-Remy donc près d'Abbeville. Et je vais essayer d'aller le retourner, et de le convaincre quoi.