Benjamin Lucas-Lundy, député "Écologiste et Social" des Yvelines | Politiques, à table !
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Générique --- --- Bonjour à tous et bienvenue dans Politiques à Table, notre restaurant sur La Chaîne Parlementaire. La recette est simple : des bons plats et des discussions autour de l'alimentation et de l'agriculture. Notre invité aujourd'hui, le député Benjamin Lucas-Lundy.
Bonjour. -Bonjour. -Et bonjour Jean-Pierre Montanay. -Bonjour Elsa. -Alors, vous avez grandi à Amiens avec des parents profs.
Vous qualifiez votre famille de bobos Picards. Votre engagement politique remonte à ce soir du 21 avril, 2002, la qualification de Jean-Marie Le Pen au second tour. Vous manifestez ensuite contre le CPE, le Contrat Premier Embauche d'un certain Dominique de Villepin.
Puis vous prenez la tête des Jeunes Socialistes et suivez Benoît Hamon dans son mouvement "Génération.s". En 2022, vous entrez à l'Assemblée, élu dans la 8e circonscription des Yvelines, réélu après la dissolution.
Vous êtes un des porte-parole du groupe Ecologiste et Social ici à l'Assemblée. Vous avez ajouté à "Lucas", le nom de votre compagne, "Lundy". Et c'est vraiment un menu Luca-Lundy que vous nous proposez.
Jean-Pierre ? -Exactement, avec une tikourbabine, plat traditionnel de Kabylie, ça c'est du côté de votre épouse, en dessert, une mousse au chocolat, attention, pas n'importe laquelle, la recette de sa grand-mère. Et oui, en cuisine, les mamies font de la Résistance. -Ensuite, on va s'intéresser aux Français qui consomment de plus en plus de poulet et d'oeufs, mais l'installation de poulaillers tourne parfois au conflit entre agriculteurs et riverains. -Ensuite, cultivés traditionnellement en Iran ou encore aux Etats-Unis, la pistache résistante aux fortes chaleurs fait son retour dans le sud de la France où elle remplace des cultures victimes du réchauffement climatique.
Reportage dans le Gard. -Voilà pour notre menu et on va commencer par Cuisine et confidences. Jingle -Cet exercice m'obligeant à comprendre pourquoi vous avez choisi ce plat, c'est vrai qu'en découvrant que c'était une tikourbabine, j'ai été un peu démuni, car je l'avoue, franchement, je n'avais jamais entendu parler de cette spécialité berbère de Kabylie, donc forcément, jamais goûtée.
Bref, j'ai aussitôt appelé mon ami Karim, du Paname, aux racines kabyles, qui m'a répondu par vocal, je cite texto : "Ouais, je connais, c'est des grosses boulettes de semoule, kabyles, c'est waouh, c'est fat, mais c'est bon". Sur Internet, j'ai lu aussi l'émouvante déclaration d'amour de l'écrivain français Mabrouk Rachedi à la tikourbabine de sa mère algérienne, mais ce n'est pas votre cas. Mais pourtant, vous avez déjà convoqué votre grand-mère pour le dessert, donc je me suis dit : "Ca suffit." Eh bien non !
Pourtant, cette histoire de famille continue, et j'appelle cette fois la grand-mère kabyle de votre épouse, Roxane. Hommage donc à cette spécialité du pays qu'elle a préparé, attention, rien que pour nous. Beau geste, mais garde à vous, les plats choisis ici disent toujours quelque chose de vous ou sur vous.
Vous prenez des risques au moment où vous lancez dans la présidentielle, Attention à ne pas passer pour le roi de la boulette et de donner le sentiment de pédaler dans la semoule. A vous d'assumer vos choix et de bien nous vendre cette tikourbabine qu'elle ne prête donc pas à confusion. -Alors, on vous écoute.
Pourquoi ce plat ? Et on va le goûter. Vous l'avez amené ce matin, Benjamin Lucas-Luny.. -Oui, donc c'est la grand-mère de mon épouse qui l'a préparé.
Je l'en remercie. Elle a préparé en plus, des portions qui sont généreuses, qui nous permettent de bien manger ensemble aujourd'hui. La nourriture...
On réfléchit, à ce qu'il faut amener chez vous. C'est un peu stressant, on voit qu'on est passé sur le grill, sans mauvais jeu de mots. Et la nourriture, c'est souvent une histoire de grand-mère.
En tout cas, moi, j'ai grandi... -De transmission. -Oui et les grand-mères, quand elles cuisinent, ce n'est pas juste de la cuisine, il y a de l'amour, de la transmission, du dialogue qui naît de la cuisine.
Et moi, je me suis senti intégré dans la famille de mon épouse, totalement, le jour où Mamie Axas, c'est comme ça qu'on l'appelle, m'a fait tikourbabine, et que j'ai adoré ça. Et voilà, c'est maintenant une espèce de tradition entre nous quand on se voit, et j'ai hâte que mon fils qui a 18 mois puisse découvrir bientôt, il commence à avoir de belles dents pour mâcher tout ça, puisse découvrir ça. -Rendez-lui hommage, justement, goûtez, vous avez l'habitude, mais dites-nous.
Pourquoi elle est particulièrement fantastique ? -Et vous, Elsa, comment vous trouvez ? -C'est très bon.
Moi non plus, je ne connaissais pas. Alors, on retrouve quand même des fondamentaux de la cuisine maghrébine. On a la semoule, mais sous forme de boulette.
Et on a les légumes et la viande. -Très bon. Un de ses meilleurs. -Moi, j'aime bien la menthe dans la boulette.
Elle est un peu dense. Karim, il avait un peu raison. C'est fat, mais c'est bon.
Fat, je ne sais pas... -Ca se mange. -Ah, oui !
Et puis, il y a les petits légumes. -C'est vrai que la menthe, du coup, apporte beaucoup de fraîcheur. -Oui, j'aime beaucoup les plats dans lesquels on ajoute de la menthe.
Donc j'avoue qu'il y avait une petite prédisposition aussi à choisir celui-là. -Et vous le disiez, c'était important pour vous de nous donner un plat avec une histoire de famille. Est-ce que c'est aussi parce qu'en région parisienne, il y a moins de spécialités culinaires peut-être qu'ailleurs en France ?
Et vous le disiez, il y a des villes où il y a aussi énormément de nationalités. D'où votre choix d'un plat qui vient d'ailleurs ? -J'ai le bonheur d'être élu d'un territoire qui représente la France, si je puis dire.
La 8e circonscription des Yvelines, qui correspond au territoire autour de Mantes-la-Jolie, il y a les petits villages du Vexin, un quartier à Mantes-la-Jolie. Si vous vous promenez sur le marché du dimanche ou un vendredi, vous allez sentir des odeurs différentes, goûter des plats différents, des choses qui viennent de partout et qui montrent la richesse, la diversité, la pluralité de ce qu'on peut manger et découvrir. Et donc, oui, je trouve qu'il y a une forme d'hommage aussi à rendre à l'idée que notre gastronomie, notre cuisine se nourrit de découvertes, de rencontres et qu'on peut toujours découvrir des choses.
Vous avez découvert aujourd'hui ce plat... -Est-ce que vous, vous la faites parce que vous aimez la déguster, ça vous arrive, vous ou avec votre épouse, d'essayer de challenger la grand-mère ? -Non, je vais apprendre.
Je ne me permets pas de challenger la grand-mère. Ca ne se fait pas. Il y a des us et coutumes, des règles à respecter.
Et je la ferai beaucoup moins bien, évidemment. Et je suis beaucoup plus doué pour déguster que pour faire. Donc, je m'en tiens aux experts. -On a parfois un peu les idées très arrêtées, ici.
Je me suis dit : "Tiens, un écolo, il ne va pas vouloir manger un plat avec de la viande", parce que ça nous arrive. Et je pensais que c'était un plat végé. Pas du tout.
Mais ça peut l'être aussi. Expliquez-nous le rôle de la viande parce que j'ai lu, je me suis intéressé à ce plat, c'est une tradition berbère. Ca permet de donner du goût.
Il y a du mouton, de la viande séchée parfois, souvent du mouton séché, parfois du poulet. On mange aussi la viande. -Oui, en tout cas, la recette qu'on m'a enseignée et que je déguste avec vous, mais que je déguste aussi en famille, elle est avec de la viande, évidemment, comme sur beaucoup de plats.
Vous avez reçu une collègue qui vous a fait déguster des lasagnes végétariennes. Il y a une version végétarienne, évidemment. Moi, en matière d'alimentation carnée, je suis croyant mais non pratiquant.
J'essaie de réduire...
Mais je dois avouer que...
Pas assez flexitarien. Mais que j'aime beaucoup manger une bonne viande. Moins, peut-être, mais mieux. -C'est vrai qu'au sein du groupe Ecolo notamment, ça se divise entre les véganes, les végétariens et ceux qui continuent à manger un peu de viande ? -Je sais pas si ça se divise, mais on voit bien quand on est à table ensemble qu'il y a des habitudes alimentaires différentes.
Mais comme chez tout le monde et partout. Il y a une affaire de goût, ou de conviction. Et comment on articule aussi ses convictions et puis ses envies.
Donc il y a une réflexion chez chacun qui évolue aussi avec le temps. On a des amis qui sont devenus végétariens, des gens qui l'étaient, qui ont repris des habitudes avec de la viande, donc voilà, ça évolue assez vite. -Quand on est picard, c'est pas évident aussi de ne pas aimer la viande, c'est une terre d'élevage, une terre de... -C'est vrai... -Et du coup, on a l'impression de tirer un peu contre son camp, ou contre son terroir, contre son identité régionale, donc c'est vrai qu'on sent bien que certains députés sont coincés entre toutes ces données, car ça dit quelque chose de ceux de votre territoire, et en même temps, oui...
Ce n'est pas très bon pour la planète, et il faut passer entre les mailles. -Comme tous les sujets d'ailleurs qui ont trait à l'écologie, nous avons des comportements à changer sans doute, un modèle à transformer et des vies aussi qui dépendent, de goût qui dépendent de pratiques. Mais c'est vrai sur l'alimentation, sur l'usage de la voiture, sur les voyages, etc. -On ne peut pas être 100 % aligné. -C'est dur d'articuler ses convictions et ce qu'il faut faire et ce vers quoi on doit tendre.
C'est pourquoi j'essaye de manger un peu moins de viande, mais de la bonne viande. -Justement, c'est ça. Le choix, c'est réduire la consommation de viande, mais qu'elle soit élevée en France...
On parlera du poulet plus tard dans l'émission. Que regardez-vous quand vous achetez une bonne viande ? -Quand on a la chance d'avoir les moyens de manger convenablement, on peut faire ces choix-là.
Privilégier un bon produit dont on connaît l'origine, dont on mesure la qualité, à prendre ce qui vous passe par la main et qui est souvent de moins bonne qualité, mais évidemment moins cher. Donc évidemment il faut privilégier, en tout cas moi j'essaye, de privilégier les produits dont je sais qu'ils sont plus vertueux d'un point de vue environnemental, aussi d'un point de vue social, de rémunération de ceux qui les ont produits et qui ont une qualité gustative qui fait la différence avec des produits bon marché qu'on peut avoir dans le commerce. -On connaît les conséquences négatives sur l'environnement de l'élevage intensif, mais il y a une question qui rend les écologistes ou les végétariens un peu embarrassés, quand on leur dit : "OK, on ne mange plus de viande", mais qu'est-ce qu'on fait de l'élevage ?
En France, il n'y aura plus d'élevage ? Vous l'imaginez ? J'ai entendu des députés dire qu'il n'y aura plus d'élevage, mais c'est possible ? -Non, je ne l'imagine pas.
Et je n'ai entendu aucun collègue dire qu'il faut interdire la consommation de viande. On peut avoir un discours et une réflexion sur la baisse nécessaire. -La réduire à tel point qu'on n'en mange quasiment plus. -Ce n'est pas mon cas.
Je pense qu'effectivement, il faut sans doute moins produire mais mieux produire et valoriser aussi nos savoir-faire, nos productions. Le problème de notre modèle, ce n'est pas la viande que nous produisons nous. Le problème, c'est ce qu'on importe de mauvaise qualité, le libre-échange débridé qui fait qu'on consomme beaucoup trop de viande de mauvaise qualité qui a fait un circuit extrêmement dramatique pour l'environnement et puis pour les droits et pour les conditions de vie aussi de ceux qui, chez nous pourraient produire pour notre population. -On y reviendra pour les poulets.
Qui cuisinait chez vous, à Amiens ? On cuisinait un peu les spécialités du coin ? Il y a la ficelle picarde...
Que mangeait-on chez vous ? -On parlait des grands-mères. C'était essentiellement ma grand-mère.
Nous sommes un pays de pommes de terre. Donc, la purée et les frites, évidemment. La friteuse dans la cour, les odeurs de bonnes frites préparées par la mamie.
La purée avec des aiguillettes de canard. Ca a bercé mon enfance. Et puis après, il y a eu une période roast beef, une période pot-au-feu.
Ma grand-mère a eu des périodes comme ça d'alimentation pour nous, avec pendant des années des plats, pas systématiques, mais qui revenaient de façon assez récurrente. -Le canard, plutôt le sud-ouest. Pourquoi, la Picardie a une tradition du canard ? -Pas du tout. -C'était une spécialité de votre grand-mère. -Je pense qu'une fois, on a dû aimer et trouver ça agréable avec mon frère, mes cousins.
Donc, il y a eu une période de quelques années avec des aiguillettes de canard. -J'aurais bien aimé une ficelle picarde. J'aime bien.
Pas vous ? -Si, si, bien sûr. Et vous disiez que vous préférez manger que cuisiner, mais vous cuisinez quand même un peu ?
On sait que les députés que par manque de temps, c'est plus compliqué. Mais vous aimez bien passer derrière les fourneaux ? -J'aime bien faire la moussaka.
Si je reçois du monde ou si en famille, j'ai envie de prendre un peu de temps, parce que d'abord ça prend du temps à faire, donc ça permet de penser à autre chose. -Sous le contrôle de Jean-Pierre, plat grec d'aubergine ? -Exactement, avec un peu de viande et puis de la béchamel, normalement. -De la béchamel, c'est une bonne synthèse.
Et il y a une variante avec les pommes de terre au fond du plat, moi, je la fais avec les pommes de terre parce que je suis Picard, et donc il y a une tradition de pommes de terre à respecter. -Ca dépend des régions. Mais c'est quand même un plat, là aussi, c'est un peu fat.
Mais j'aime bien une bonne moussaka. Vous aimez Venise. Des recettes vénitiennes que vous avez transportées jusqu'à chez vous, vous avez ?
La cuisine vénitienne, ce n'est pas évident. -Oui, le foie de veau à la vénitienne. Ca, c'est spécial, tout le monde n'aime pas.
Moi, j'aime beaucoup, c'est du foie de veau, mais en fines lamelles, avec oignons, polenta. J'adore ça. Le foie de veau à la vénitienne, je pense que c'est mon plat préféré. -Tikourbabine, moussaka, c'est des plats généreux, comme disait Jean-Pierre, et des plats conviviaux.
C'est un plat au milieu de la table. C'est ça aussi pour vous, le repas, l'alimentation, c'est avant tout la convivialité, pouvoir échanger avec des amis, de la famille ? -Oui, je pense que dans l'accélération du temps qui est la nôtre, tout s'accélère, l'information, nos vies s'accélèrent, le rythme parlementaire est souvent fait d'accélération.
Mais vous remarquerez qu'à l'Assemblée nationale, il y a deux heures sacrées tous les midis pour déjeuner. La pause méridienne est un droit sacré du parlementaire, un droit sacré du travailleur, je pense. -La séance s'arrête. -Elle permet d'abord de se retrouver soi-même parfois, parce qu'il arrive qu'on mange seul, mais elle permet aussi d'avoir un moment de convivialité qui peut aussi être un moment de travail, mais plus détendu qu'une réunion.
Le temps de repas est un temps utile et nécessaire pour être bien soi-même, pour être à l'aise, pour remettre un peu les choses sur pause et se retrouver soi-même. -Plat de partage, puis c'est populaire. La tikourbabine, je ne connaissais pas, mais maintenant je peux en parler parce que j'ai enquêté.
Souvent, il y a un peu de viande pour les familles qui étaient les plus riches. Mais parfois, on mettait quelques bouts d'os, des morceaux de viande pour donner du goût à la sauce. Mais c'était un plat réconfortant l'hiver avec de la semoule qui ne coûtait pas grand-chose.
Et puis c'était assez complet pour une famille et pour partager ça. Alors souvent, c'était fait les jours de fête. Je ne sais pas si dans votre belle famille, on fait ça, mais... -Dans une famille, quand on se voit à plusieurs, surtout quand on est tous éloignés, c'est toujours une fête.
Effectivement, c'est festif parce que la préparation d'un plat qui est fait pour être mangé à plusieurs, qui est un plat généreux, vous l'avez dit, elle revêt toujours une dimension festive. -Oui, et on a vu la taille de la marmite. Effectivement, il y en a pour nous, pour la totalité de l'équipe.
Sur les plats du Maghreb, on connaît davantage le couscous... est-ce que c'est des plats aussi que vous appréciez ?
Il y a la chakchouka... -Oui, moi je suis globalement toujours curieux et j'aime les plats, vous l'avez compris, je crois, assez généreux, on en a dans l'assiette.
Et donc effectivement, je suis assez ouvert et éclectique dans mes choix alimentaires. On gagne toujours, sur une même recette, sur des plats qu'on croit connaître, selon qui les cuisinent, selon les produits mis dedans, on découvre des saveurs différentes, les dosages, plus ou moins de menthe dans le plat, et puis on redécouvre des choses, donc oui, assez curieux. -Et vous le disiez, la sainte pause, elle est hyper importante, mais à l'Assemblée nationale, les députés, ce n'est pas le moment où ils peuvent cuisiner.
Alors, comment vous faites ? Vous apportez des spécialités un peu chacun ? Ou c'est sandwich aussi et réunion de travail ? -Non, je ne suis pas très partisan des sandwiches réunion de travail.
Je préfère prendre le temps de manger, ou d'attendre et de manger copieusement le soir. Nous, on a la chance, dans le groupe Ecologiste et Social, d'avoir Sébastien Peytavie, que vous avez reçu ici, de Dordogne. -Il nous a parlé de trafic. -Qui parfois, nous remonte de très bons produits de chez lui.
Mais, oui, on n'a pas le temps de cuisiner sur une semaine à l'Assemblée nationale. Pas de cuisine dans nos bureaux. Certains ont des douches et des lits, mais pas de cuisine.
Mais on est dans un endroit de Paris où il y a beaucoup de restaurants variés, italiens, libanais, arméniens, plus traditionnels. Donc on peut aussi déguster et varier les plaisirs. -Vous n'avez pas été très diseur sur l'étendue de vos talents au fourneau.
On comprend que vos mentors sont vos grand-mères et que vous alliez parfois régulièrement dans une enseigne de surgelé, par commodité. Est-ce que vous prenez du plaisir, vous avez l'air gourmand, vous en parlez avec les papilles et les yeux qui brillent, vous prenez plaisir quand vous êtes en cuisine ? Et j'ai l'impression que dans le partage des rôles, vous vous y collez quand même. -Non, c'est équilibré.
Oui, j'aime bien. D'abord, ça m'apprend la patience. Cuisiner, c'est un exercice de patience, de prendre les choses par étapes.
Ca met un peu de rigueur et on en manque parfois ici. On passe d'un sujet à l'autre, les choses vont vite, on a des rythmes de vie accélérés. La cuisine vous apprend à faire les choses par étapes.
Il y a un jugement de ceux qui goûtent. Une forme de pression aussi, mais bienveillante. On essaie de faire plaisir aux gens qu'on nourrit. -Ou intraitables. -Mais oui, j'aime bien.
Par exemple, je fais des gâteaux. Ca m'arrive, ça fait longtemps, parce qu'ils sont beaucoup trop gras et trop sucrés, j'en fais pas trop. J'aime faire un gâteau chocolat-poire, des choses comme ça.
Il y a une satisfaction, on l'a fait soi-même, en plus, qui est particulière, mais pas assez souvent que je l'aimerais. -On reviendra au dessert, vous nous direz vos habitudes dans le sucré, mais si ça vous donne envie, cette tikourbabine, on ne sait même plus si on dit le ou la, donc je vais dire tikourbabine, ce sont les trois choses à savoir de Jean-Pierre Montanay. -Plat d'origine berbère, traditionnellement servi en Kabylie, qui est une partie de l'Algérie dont les petits secrets se transmettent de génération en génération.
Hélas, on le voit très rarement à la carte des restaurants kabyles ou algériens à Paris. J'ai cherché et en vain, je n'en ai pas trouvé. Alors, si vous vous attaquez à la tikourbabine, Elsa, il faut commencer par préparer la sauce dans laquelle vont ensuite cuire les fameuses boulettes.
Il faut faire revenir dans une cocotte quelques morceaux de viande dans l'huile, généralement agneaux, moutons, ou viande de mouton séchée, voire, c'est à la mode, le poulet. On va ensuite rajouter des oignons, de la tomate, du concentré de tomate, des épices, comme le paprika, le ras el-hanout, qu'on retrouve dans le couscous, de la coriandre, des légumes au choix, carottes, haricots verts, courgettes, navets, cardons, qu'on mange beaucoup au Maghreb, et pois chiches, et un peu d'eau quand même, parce qu'il faut que ça soit une sauce pas aqueuse, mais volumineuse, car c'est là que vont cuire les boulettes. Les boulettes, c'est un mélange de beaucoup d'herbes, coriandre, menthe, là, il y a plus de menthe que de coriandre, il faut rajouter un peu d'huile, il y en a qui mettent des oeufs, pour donner un peu de consistance, pour lier, un peu d'ail, et un peu de sauce, car il va falloir faire des boules.
Alors là, votre grand-mère est généreuse dans les boulettes, elle sont grosses mais on peut les faire de la taille d'une balle de ping-pong, d'un oeuf, ou un peu plus grosse. Puis, une fois bien pétrées, bien façonnées, on les fait cuire environ entre 45 minutes et une heure dans la sauce, et on les sert comme elle a été servie ici, et moi je la trouve délicieuse, avec des pois chiches, des morceaux de viande et des légumes. -Vous remercierez votre belle-grand-mère et vous lui demanderez si les trois choses à savoir de Jean-Pierre étaient justes. -Je l'embrasse, elle nous regarde et je témoigne que les assiettes se vident assez rapidement. -Alors qu'elles sont généreuses, ça veut dire que c'est très bon. -On se lèche les babines. -Les "tikour babines".
Vous nous avez proposé du vin avec, alors parlez-nous, c'est un vin assez spécial, c'est un vin qui vient de l'Ain, c'est la famille de votre père qui est originaire ? -Les origines familiales du côté de mon père viennent de l'Ain. -Déjà la bouteille est très belle.
Bugey Manicle, dites-nous tout. -Donc le Manicle qui se fait en vin rouge et en vin blanc, et donc un vin blanc du Bugey, très difficile à trouver en dehors du caveau bugiste où je me le suis procuré. Et c'est un vin que nous buvons avec mon papa, qui a des origines familiales dans l'Ain, après avoir vécu en Picardie, il est retourné vivre dans l'Ain.
Et donc c'était pour moi un clin d'oeil, parce que c'est souvent, quand on se retrouve on boit un verre avec modération, évidemment, de Manicle. Et je trouve que c'est un vin qui est bon parce qu'il est une bonne synthèse, ni trop minéral, ni trop sucré. Moi, il m'évoque des bons souvenirs.
Souvent, en plus, avec le vin, on a à la fois des émotions et les papilles qui se mélangent. Et effectivement, vous l'avez dit, la bouteille est très jolie. Sur une table, c'est assez plaisant d'admirer cette jolie décoration. -Vous dites avec modération, évidemment.
Pour vous, un bon repas s'accompagne forcément d'un verre de vin ? On sait que les députés qui sont de plus en plus jeunes, par exemple, ils ont banni quasiment l'alcool à table le midi. -Oui, alors là aussi, croyant mais non pratiquant, comment dire ?
La difficulté, elle est effectivement dans nos rythmes. Je crois que si on boit le midi, c'est compliqué de bien faire son travail l'après-midi. Donc ça, c'est aussi une capacité à tenir le rythme.
Alors au début, quand vous arrivez, vous êtes nouveau parlementaire, il y a le plaisir d'accompagner un bon plat d'un bon vin. Je suis comme ça. J'aime quand tout va ensemble.
Un bon repas avec des bons amis, avec un bon plat, il faut l'accompagner d'une bonne boisson. Mais il y a des choses bonnes et pas forcément alcoolisées. Mais un bon vin, ça accompagne.
Après, on a ici la particularité d'être à la fois dans une vie quotidienne à l'Assemblée nationale. On est là, une séance peut se terminer à minuit. Donc, il faut aussi prendre un peu de plaisir.
Et quand on partage un bon repas entre deux séances, souvent, on l'accompagne d'un verre de vin. Mais il faut aussi faire attention parce qu'il y a une santé à préserver et puis des capacités à travailler, à réfléchir, à être réactif ce qui n'est pas toujours compatibles avec la prise d'alcool. -Evidemment, et là, sur ce plateau, c'est une exception, mais vous nous avez proposé du vin, mais aussi un cocktail, donc on va vous faire travailler. -Avec plaisir. -Tout le monde, ou en tout cas, beaucoup de gens connaissent le spritz.
Qui est plutôt normalement orange avec de l'Apérol. Mais là, c'est un Spritz un peu particulier. Vous disiez que vous aimiez Venise.
Voilà, on va vous donner nos verres et vous allez faire le mixologue. Vous allez nous faire les cocktails et parlez-nous en même temps de ce que c'est. C'est le vrai Spritz de Venise avec cette liqueur. -Oui, maintenant, on trouve du Spritz partout dans le monde, dans des endroits improbables.
Le Spritz qu'on connaît à l'Apérol, notamment. Au Campari aussi, un peu plus rare, mais un peu partout. Et moi, j'ai assez tardivement découvert une passion pour le Cynar qui est comme de l'Apérol ou du Campari mais ce n'est pas de l'orange, c'est de l'artichaut.
On ne retrouve pas le goût de l'artichaut, mais il y a un goût qui est plus floral, plus amer, et que je trouve moins sucré, donc peut-être plus agréable, évidemment là aussi avec modération, c'est quand même un apéritif, mais que moi j'aime beaucoup, qui est peut-être moins estival que l'orange qui va bien avec une terrasse l'été et du soleil. Celui-là peut se boire aussi, je trouve, l'hiver de façon assez réconfortante. -Et à Venise, on boit le Cynar Spritz ? -Il faut le demander comme ça ? -Il faut le demander, ça se fait maintenant un peu plus.
Quand j'ai découvert ça, c'est en voyant dans un café des Vénitiens d'un certain âge, un groupe de papys, quatre, cinq papys, qui buvaient ça. J'ai trouvé la bouteille jolie, intéressante. La première fois, je n'ai pas aimé.
J'étais plus jeune. Et un jour, j'ai repris ça dans un café, et j'ai trouvé ça très très bon. -Ce qui est intéressant, c'est que ça a bouleversé le monde de l'apéritif.
C'est un de nos invités qu'on a reçu, Massimo Mori, qui a introduit le Spritz, puisqu'il était Vénitien il y a quelques décennies en France, en pensant que ça pourrait plaire, et ça n'a pas plu, ça a été un tsunami. -On en trouve partout aujourd'hui. -Vous promenez dans Paris, vous regardez les terrasses, tout le monde boit ça. -Le Spritz, le Spritz Saint-Germain avec le sureau, mais celui-ci ? -A l'artichaut, on le connaît moins. -C'est vrai que ça a démarré très vite.
Moi, j'étais plus jeune. Il y avait un train de nuit. A l'époque, il y en avait encore.
C'est un beau combat à mener. Il y avait un train de nuit pour aller à Venise. On ne trouvait pas d'Apérol.
Même Campari. On trouvait dans quelques épiceries italiennes à Paris. Je ramenais en train de nuit dans ma valise de l'Apérol pour mes Spritz.
Maintenant, n'importe où, vous trouvez ces breuvages. -La petite rasade d'eau pétillante et je fais le service, Jean-Pierre, pour que vous puissiez goûter. On va voir, parce qu'effectivement, ce qui est assez impressionnant, c'est l'artichaut.
Ca sent l'artichaut ? -Moi, je ne suis pas un spécialiste du Spritz, vous me l'auriez servi sans me dire qu'il y avait du Cynar... -La couleur n'est pas la même.
C'est un peu plus amer, je trouve, quand même. -Le Campari, c'est amer. -Oui ? -Oui.
Mais c'est très bon, moi, je trouve très bon. On va se mettre au Cynar. -Comme ça, ça fera très chic de dire qu'à Venise, traditionnellement, on le boit comme ça. -Mais à Paris, si vous dites, moi je ne suis pas comme les autres, je veux mon Apé... -Je ne crois pas qu'on en trouve à Paris.
Même en Italie, hormis à Venise, j'ai rarement vu... -C'est niche. -Pour l'instant, mais l'Apérol et le Campari étaient une niche au départ.
Peut-être que dans quelques années... -On dira qu'à Politiques à Table, on en avait bu il y a déjà bien longtemps.
Vous l'avez rappelé, l'alcool, c'est avec modération. En revanche, ce qui se consomme sans modération, ce sont nos quiz. Jingle -Benjamin Lucas, vous avez été élève du lycée, bon élève ou mauvais, je ne sais pas, Robert de Luzarch, architecte médiéval, à l'origine de la cathédrale Notre-Dame d'Amiens, bravo à lui. -La plus belle de France, du monde même. -S'auriez-vous nous dire si ces affirmations concernant la cuisine au Moyen-Age sont vraies ou fausses ?
Faute d'assiette, les plats étaient servis sur de grosses tranches de pain. -Vrai ? -Oui, vrai.
Puis les paysans les mangeaient et les nobles, par charité, les donnaient aux plus pauvres. Chez les nobles, lors des banquets, du cygne était régulièrement servi. Vrai ou faux ? -Je dirais vrai. -Vrai.
Et il paraît que c'est absolument délicieux. Il a le goût du croisement d'un canard et d'une dinde avec juste une petite note légère de gibier. Les épices comme le poivre, le safran, le gingembre, très appréciés à l'époque, étaient surtout utilisés pour masquer le goût de la viande qui était souvent avariée ou un peu, disons-le, un peu pourrie. -Faux ? -Oui, faux.
Effectivement, ce n'était pas ça, on savait conserver la viande et on pouvait en manger de bonne qualité, mais c'était pour la parfumer, pour lui donner un peu de saveur, et aussi pour la colorer, notamment avec le safran, par exemple. Incollable ! Le chocolat était un aliment de luxe très apprécié par les nobles au Moyen-Age. -Vrai ou faux ? -Vrai. -Faux, parce qu'il était inconnu.
Le chocolat va arriver à la fin du XVe siècle, après les voyages de Christophe Colomb en Amérique du Sud. Donc, pas de bras, pas de chocolat, pas de nobles. -Trois sur quatre.
Très honorable pour l'instant. -Merci. -Quelques insuffisances, les écologistes approuvent le Nutri-Score visible sur les aliments pour établir leur valeur nutritionnelle.
Dites-nous si ces affirmations sont vraies ou fausses. Le Nutri-Score a été mis en place en France en 2020. -Vrai. -Alors, c'est faux.
C'est en 2017. Un peu avant. Pour établir son barème, le Nutri-Score se base sur dix grammes d'aliments. -Là, c'est vrai. -C'est faux. 100 grammes. -C'est piégeux. -C'est piégeux. -C'est précis.
Les aliments considérés défavorables sont le sucre, les acides gras saturés, les additifs et le sel. -Je serais tenté de dire vrai. -Alors, c'est faux, mais c'est dur, tout est pris en compte sauf les additifs.
Les additifs ne sont pas pris en compte et c'est seulement les édulcorants qui le sont pour les boissons. Avec le nouvel algorithme, l'huile d'olive est passée de la lettre D à la lettre C. -Là, c'est vrai. -C'est encore faux.
De la lettre C à la lettre B. -Oui...
L'intention était la bonne. -Voilà. -On montait... -Comme je savais que vous seriez incollable sur le Moyen-Age avec votre architecte, je m'étais dit... -Ah, le Nutri-Score, on va faire serrer. -Pourtant, nous avons débattu des heures, j'ai vraiment aucune excuse, en séance pour défendre le Nutri-Score. -Oui, mais davantage... -Il n'était pas question de 10 ou 100 grammes. -Peut-être davantage sur ses principes que sur les détails. -Je réviserai davantage. -On a demandé à chaque invité qui prépare cette émission, de se remémorer des souvenirs liés à des repas.
Vous avez deux Brèves de comptoir, Benjamin Lucas-Lundy. Jingle -Une première qui concerne les campagnes dans les Landes. Racontez-nous. -Vous l'avez rappelé, j'ai commencé mon engagement militant chez les Jeunes Socialistes.
Et quand même, la politique est souvent une affaire aussi de convivialité. C'est un réseau humain et affectif aussi. On y rencontre des amis parfois pour la vie.
A l'époque, il y avait un parti Socialiste puissant, qui était grand, dans lequel il y avait ce qu'on appelait les courants. Ca existe toujours d'ailleurs. J'étais dans ce groupe autour d'Henri Emmanuelli, qui était président de l'Assemblée nationale.
On se retrouvait tous les ans pour la rentrée politique dans les Landes. J'ai découvert les coeurs de canard à la plancha. La rentrée politique, de refaire de la politique après l'été et les vacances, c'était le moment où on mangeait des coeurs de canard...
Et je rends hommage à mon collègue Sébastien Peytavie, qui est mon fournisseur de coeurs de canard aujourd'hui, avec un peu de persil, d'ail, délicieux. -Et ça, délicieux. Il n'y a pas d'appréhension à manger des coeurs de canard. -Moi, j'aime beaucoup. -En politique, de toute façon, on ne peut pas tellement refuser, quand on fait campagne ou autre, dès qu'on vous propose... -C'est pas vrai, moi, j'ai réussi à faire des voeux, une campagne électorale au moment de la dissolution.
Mon épouse était enceinte et j'avais pris l'engagement seul et pas sous la contrainte, je le dis pour que personne ne l'en accuse, de ne pas boire d'alcool pendant qu'elle n'en buvait pas. Et c'est bien aussi pour ma propre santé. Et donc j'ai réussi à faire de la convivialité, participer à des événements, des mondanités en circonscription, en préfecture, etc., sans boire une seule goutte d'alcool durant neuf mois.
Ca n'a posé de problème à personne. -Les coeurs de canard...
Ah oui, à la plancha. Les Chinois mangent les langues de canard, je crois. -Jamais goûté. -Et ce qui avait fait scandale, ce n'est pas les coeurs de canard, mais avec les Socialistes, dans les Landes, c'était les Ortolans. -Jamais goûté. -Oui, il y a parfois des convictions politiques compliquées avec la nourriture.
Vous avez une deuxième anecdote. A l'Assemblée nationale, il y a beaucoup de restaurants, des déjeuners aussi. Vous êtes papa depuis un an... -Un an et demi.
Et on fait des déjeuners...
J'étais porte-parole de mon groupe. On fait des déjeuners-presse avec des journalistes. Et il n'y a pas de crèche à l'Assemblée nationale.
Et donc, si vous voulez être là, il faut jongler un peu avec les emplois du temps. Et il m'est arrivé d'aller dans des beaux restaurants avec mon fils dans la poussette. Et cette époque de grande tentation du "no kids" dans les hôtels, dans les restaurants, les trains.
J'ai vu qu'il y avait des propositions. Je l'ai porté un peu comme une revendication de dire, on va ensemble au restaurant. Et beaucoup de restaurateurs font un effort pour vous aider à vous sentir bien, vous mettre une table au calme, etc.
Maintenant, il marche, il court, il chante un peu plus fort, donc c'est plus compliqué dans certain restaurants. Mais il a fait à six mois des déjeuners-presse dans de bons restaurants. -Avec un menu enfant ?
Non... -A l'époque, c'était le biberon, le petit pot, mais qui a été gentiment réchauffé par les restaurateurs du Quartier. -On va parler politique à l'Assemblée nationale.
Un projet de loi qui vous a occupé, les députés, le projet de loi d'urgence agricole. Une des mesures concernée : la taille des élevages, on en parle dans Le dessous des plats. Jingle Alors, pour produire plus de poulets et plus d'oeufs, le gouvernement veut 2 200 poulaillers supplémentaires d'ici 2035, mais les projets d'installation font parfois des mécontents.
Reportage dans le Pas-de-Calais, Nicolas Fleury et Raphaël Lizambard avec Maïté Frémont. -Saint-Aubin, dans le Pas-de-Calais, un petit village de 300 habitants et son champ de la discorde. A 300 mètres des habitations, c'est ici que 9 000 poules devraient bientôt picorer en plein air. -C'est un beau projet, c'est des poules qui vont être dans des bonnes conditions, Label Rouge, mais peut-être moins proches des maisons. -Pas l'idéal pour cet habitant, mais pour d'autres, c'est totalement une hérésie.
Trop de bruit et trop d'odeur. Une pétition tourne même pour empêcher que le projet voie le jour, même si le permis de construire est déjà validé. -On n'est pas autour d'un lotissement, on n'est pas autour de...
Si on ne peut plus faire ça ici, c'est pas de l'élevage intensif, c'est rien. -Cette colère, Valentin, 30 ans agriculteur bio, ne la comprend pas. -Avec des volailles qui vont dehors, qui sont 9 000 mètres carrés par parcours, qui sont élevées sur paille, ventilation naturelle, lumière naturelle, ce n'est pas un élevage intensif. -Et alors qu'il nous montre le terrain où seront ses poules...
Klaxon ...un coup de klaxon en guise de protestation. -Après on peut être contre un projet.
Mais moi, ce qui me choque, c'est qu'on entend des propos de certaines personnes. Il faut être une pourriture pour faire ça et "on y mettra le feu". Je prends ça comme des menaces, c'est une intimidation. -De la tension et des prises de bec entre les riverains sur un élevage de 8 800 poules, considéré cinq fois moins qu'un élevage extensif classique, dont le seuil est de 40 000 bêtes. -On veut vivre à la campagne, mais sans la campagne.
C'est habituel, on le sait ça. -A la mairie, on se désole de la situation. -C'est quelque chose qui fait vivre aussi le village, quelque part. 53 % des poulets sont importés hors d'Europe.
Moi je veux bien, on mangera tout américain ou tout argentin. -La ministre de l'Agriculture s'en est mêlée, dénonçant l'attitude des habitants opposés au projet. Une caricature de l'individualisme, selon ses termes. -Alors, Benjamin Lucas-Lundy, on va revenir sur les grands élevages.
Là, ici, dans ce cas précis, c'est 8 000 poules à l'air libre. C'est peut-être un modèle que vous, les écologistes, vous défendez. On voit que c'est très compliqué. -Bien sûr.
C'est pourquoi, je crois beaucoup au dialogue, à la concertation, c'est important et c'est un équilibre toujours à trouver sur ces sujets. C'est simple pour moi, sur un plateau de télévision, fut-il sympathique et restauratif comme le vôtre, de dire à des gens qui habitent dans ce village : "Vous devriez accepter", ou "vous devriez refuser", etc. Je ne suis pas riverain.
La nécessité...
Il y a une attaque contre les normes, on l'a vu dans la loi agricole, qui est caricaturale, qui est problématique. Le problème ne sont pas les normes, le problème, c'est souvent aussi la capacité à dialoguer, à concerter. Et donc il faut trouver des solutions qui sont les plus adaptées aussi au terrain, au territoire, puis parfois proposer des alternatives si possible -Le maire redit bien l'enjeu, c'est qu'un poulet sur deux qu'on consomme est importé.
La solution donc, c'est de plus en produire en France. Il faut plus de poulaillers ou il faut agrandir les structures qui existent aujourd'hui, non ? -Oui, alors attention à l'agrandissement, on ne défend pas un modèle industriel intensif qui se fait au détriment souvent de la qualité des produits, puis la qualité environnementale notamment.
Et je crois que c'est 10 % des accidents industriels sont liés à des structures comme celles-ci. Donc, il faut là aussi mesurer et faire attention. Mais c'est vrai que c'est une nécessité de produire le plus possible localement et donc de construire les schémas qui permettent de le faire sur place. -"Je ne suis pas riverain", mais mettez-vous à leur place, vous votez la pétition contre l'installation de ces 8 000 poules Label Rouge ? -Je ne crois pas, après je n'ai jamais vécu à côté d'un élevage, je ne mesure pas quelles sont les nuisances éventuelles. -Cote-cote.
Il rit. Je ne sais pas, je dis ça parce que ceux qui vivent à côté sont sans doute atteints par des nuisances beaucoup plus dures. -Sans doute, c'est pourquoi il faut du dialogue, de la concertation, des compensations aussi, investir pour de l'isolation phonique, il y a des choses qui existent, ce qui compte, c'est l'accompagnement et qu'on laisse pas le maire, les élus, seuls face à ces problématiques. c'est vrai sur ces questions, comme c'est vrai sur les questions d'installation de diverses structures, d'antennes-relais, c'est un thème très vaste, et il faut là aussi un accompagnement, des compensations, et essayer de concerter le plus possible. -Est-ce qu'on peut tenir ce modèle où on dit qu'il faut produire de plus en plus et garder des structures familiales, comme vous les défendez ?
On rappelle qu'entre le petit modèle familial français et les grosses fermes-usines, est-ce qu'il n'y a pas un juste milieu pour produire un peu plus, à des quantités plus grandes et surtout à des prix forcément un peu moins importants que le poulet qui va être élevé dehors avec énormément d'espace ? -Oui, le modèle familial, j'y crois, il est précieux. Et la difficulté aujourd'hui, c'est qu'il ne peut pas se perpétuer parce que c'est très difficile de reprendre une exploitation.
Plein de gens, au moment de passer la main, supplient leurs enfants de ne pas la reprendre parce qu'ils mesurent les difficultés financières, de rythme de vie et d'organisation. Il faut tout faire pour accompagner matériellement, dans l'organisation, mais aussi financièrement. C'est ceux qui voudraient avoir des exploitations familiales et qu'on en ait plus.
Et qu'on arrête d'en fermer. C'est beaucoup plus rapide de faire disparaître une exploitation familiale que d'en recréer, de se réimplanter. Ca fait partie de notre patrimoine et de notre identité agricole.
J'en reviens à cette question qui est mathématique. A gauche comme à droite, on défend la souveraineté alimentaire. Elle n'existe pas en ce qui concerne le poulet, puisqu'on en importe d'Amérique du Sud, en Pologne.
Que fait-on concrètement pour augmenter la production de poulet pour satisfaire la consommation française ? -Je vous ai dit qu'on pouvait aussi réfléchir à réduire l'alimentation de viande. -On a déjà fait un travail sur la viande rouge qui a apporté ses fruits.
Du coup, les gens consomment de la viande blanche et les médecins s'en félicitent. -Et ceux sans viande, mangent des oeufs. -Pour les protéines, voilà. -Déjà, on permet qu'on maintienne et qu'on développe les exploitations familiales et qu'on les aide éventuellement à s'agrandir d'une façon raisonnable.
Mais pas de fermes-usines. -Oui, mais à partir de quand vous tiquez ? c'est pas avec des petites exploitations de 8 000 poules, plus 8 000 poules, qu'on va revenir sur cette souveraineté alimentaire. -Des exploitations de taille plus moyenne, qui ne sont pas de la ferme-usine, mais exploitation familiale, exploitation qui peut progresser, s'agrandir, et surtout qu'on puisse favoriser aussi l'installation de nouvelles exploitations familiales, ce qui aujourd'hui, on en a plus qui ferment qui se créent, donc il y a là un travail à faire très méticuleux. -Et on imagine que ces produits-là, effectivement, mieux ils sont élevés en France, plus à la fin ça a un coût.
Est-ce qu'il faut aussi accepter de dire, un bon produit, de la bonne viande, elle est forcément plus chère ? Et ça, c'est toujours compliqué. C'est difficile de dire ça à ceux qui ont du mal à la fin du mois.
Mais n'est pas la réalité ? La viande, c'est un produit qui coûte cher à produire. Et donc, on ne peut pas être en concurrence avec des pays qui les vendent à très bas prix. -Comment on supporte ce coût ?
Une proposition est sur la table, portée par mon collègue Boris Tavernier, grand spécialiste de ces sujets, qui porte la sécurité sociale de l'alimentation, qui est un projet magnifique, qui nous permet de façon universelle de cotiser, de répartir la richesse alimentaire, si je puis dire, et puis de façon démocratique, c'est-à-dire que le choix de l'alimentation, la qualité qu'on veut mettre dans notre alimentation indispensable pour notre santé indispensable aussi pour notre bonheur. Bien manger c'est plus agréable que de manger même quand on y est contraint, des choses de mauvaise qualité. Ca nous permet aussi de décider démocratiquement de ce qu'on mange sans que la publicité, les lobbies, l'agro-industrie décident mais que ce soit une délibération et une discussion collective au nom de l'intérêt général alimentaire.
C'est une belle proposition, que je soutiens de toutes mes forces, cette sécurité sociale de l'alimentation. Voilà une manière de réfléchir à la question des prix. Puis il y a des questions de régulation et d'actes d'autorité vis-à-vis la grande distribution qui aujourd'hui s'accapare la richesse alimentaire, si je puis dire. -Dans ce cas, les écologistes n'ont-ils pas une responsabilité à force d'être dans une posture de refus, de condamnation, d'objection, de critique ?
Finalement, au final, se développe dans ces petits villages, le maire le dit, une espèce de culture du non. Et on refuse même des choses quand elles sont plutôt acceptables mais non-justifiées. -C'est assez caricatural ce que vous dites sur nous.
Je ne crois pas qu'on soit...
C'est le Spritz... ...dans la posture du refus de la contestation.
On est extrêmement...
On propose justement des alternatives qui permettent de mieux vivre et qui sont bonnes pour tous, pour celles et ceux qui élèvent le bétail, celles et ceux qui produisent, qui cultivent. En réalité, la transformation écologique de la société est vertueuse pour tout le monde. Peut-être qu'on n'explique pas bien, Mais les gens comprennent très bien.
Peut-être qu'on ne le défend pas assez bien. Je veux bien prendre cette critique. Mais je ne crois pas qu'on soit des gens sectaires, bornés dans le refus, comme je peux l'entendre souvent.
Oui, il y a une tradition du refus. C'est bien. Je préfère avoir affaire à des citoyens exigeants vis-à-vis des décisions publiques qui sont prises que des gens qui acceptent et subissent les choses.
C'est le pire. -On va continuer à parler d'agriculture, d'adaptation au réchauffement climatique dans Les pieds et dans le plat. Jingle -Confrontés à des épisodes de sécheresse de plus en plus rudes et longs, les agriculteurs remplacent d'anciennes cultures par des nouvelles, moins gourmandes en eau et plus résistantes à la chaleur.
Voilà pourquoi la pistache et la grenade s'invitent dans nos paysages et nos vergers, notamment dans le sud. Reportage dans le Gard, signé Kathia Gilder, Philippe Lecroc et Alicia Rogge. -Viticulteur depuis 30 ans, Stéphane a vu les épisodes de sécheresse fragiliser peu à peu ses cultures.
Pour s'adapter aux changements climatiques, il a choisi de diversifier son exploitation. Il y a quatre ans, il a planté ses premiers pistachiers. -Voilà, c'est les arbres les plus âgés.
Donc on voit sur les arbres les plus avancés les premières grappes qui vont donner les premiers fruits. Maintenant, ce ne sera pas encore des arbres adultes pour faire une production raisonnable. -C'est encore trop tôt pour la récolte.
Stéphane doit encore patienter. Un pistachier met au moins six ans avant de produire réellement. Pour accompagner ces cultures émergentes, la région Occitanie soutient leur implantation face au réchauffement climatique.
Ici, l'été dernier, le thermomètre est monté jusqu'à 48,6 degrés à l'ombre et l'eau venait à manquer. -Il y a quand même une volonté d'implanter des cultures qui sont déjà connues de nos anciens. Ca, il ne faut pas l'oublier.
On ne part pas à l'aventure. Mais surtout, ce sont des cultures qui se prêtent très bien à notre territoire avec des sols très filtrants liés au galet de la Costières. -Au total, 450 pistachés ont été plantés sur le domaine.
Stéphane mise avant tout sur la diversité des espèces. La polyculture, c'est aussi une barrière contre les maladies. Autre atout de l'exploitation, ses grenadiers.
Sept variétés ont été plantées ici il y a huit ans et ils produisent déjà. -Là, on est au démarrage de la floraison. Les premières feuilles apparaissent.
Comme la vigne, vous avez des variétés qui se ramassent de bonne heure, d'autres un peu plus tard. Et ça se complète bien avec la vigne parce que ça vient à la suite des vendages. -En attendant les prochaines récoltes, Stéphane fait découvrir aux visiteurs un autre goût du Sud, un verre de jus de grenade, ni trop doux, ni trop amer. -Comment l'écologiste que vous êtes, plein de bon sens, vous jugez ces changements de culture liés au dérèglement climatique un peu imposés, à marche forcée.
C'est du bon sens ou c'est une hérésie ? -D'abord, je crois à la diversification. Elle est précieuse pour les biodiversités.
Elle est précieuse aussi pour la pérennité de notre modèle agricole. Je vois d'un bon oeil tout ce qui permet de diversifier nos productions et modes de production. Le réchauffement climatique, il est une réalité à laquelle nous sommes contraints de nous adapter et d'évoluer.
Les bouleversements du climat et de la biodiversité impliquent des changements, des transformations. Ce qui compte, c'est que la puissance publique et que le législateur que nous sommes puissent l'anticiper, l'accompagner et être une forme de protection pour ceux pour qui c'est risqué. C'est un pari aussi de changer de nature de métier, d'aller sur autre chose.
Il faut qu'on soit en soutien, en accompagnement de ça et en anticipation. Le problème en matière agricole comme écologique de nos temps, c'est qu'on subit les événements, les catastrophes, les mutations et qu'on ne les anticipe pas. Il faut réinventer, ça me paraît indispensable. -C'est pour colmater les brèches, pour faire survivre ces exploitations ?
C'est vraiment, là c'est pistache et grenade, on a aussi d'autres exemples, le sorgho qui remplace le maïs, est-ce une solution d'avenir pour notre agriculture ? Est-ce que c'est une voie qui est tracée et qu'il faut suivre ? -Ca peut l'être.
En faisant confiance aux acteurs de terrain eux-mêmes, ça peut l'être et ça doit l'être. Et voilà, le retour de la pistache, c'est une bonne chose. -Il y en avait des pistaches avant. -Mais il n'y en avait plus depuis longtemps.
Ce n'est pas quelque chose d'incongru. Puisqu'on revient à des choses qui, finalement, sont anciennes et existaient déjà dans notre histoire. En plus, je suis amateur de pistache, donc c'est bien, je pourrai consommer local.
Mais oui, c'est quelque chose à accompagner, à soutenir avec beaucoup plus d'ambition, peut-être qu'on ne le fait aujourd'hui. -Justement, là, la France est encore un petit poucet sur ce marché de l'or vert par rapport à l'Iran, Turquie et Etats-Unis. Peut-on arriver à concurrencer ces grandes puissances ?
Et on retrouve aussi la question que je vous posais tout à l'heure sur la question du coût. La pistache française sera plus chère que la pistache produite en masse dans d'autres pays. Comment on fait ? -Là aussi, encore une fois, il y a ce qu'on peut faire sur les marges de la grande distribution, il y a la façon dont on peut réguler, encadrer, sans interdire, sans dire non à tout, mais comment on peut remettre un peu d'ordre dans tout ça, car il y a une bataille au niveau international.
La concurrence libre et non faussée, comme on disait autrefois, le marché totalement dérégulé, le libre-échange à outrance, oui, nous ne pourrons jamais être moins chers et réussir à concurrencer des pays dont les normes environnementales et sociales sont totalement inférieures aux nôtres, sont totalement inexistantes, même parfois. Et moi, je crois aux normes, contrairement au discours ambiant, parce c'est ce qui protège, régule, c'est ce qui fait qu'on peut vivre en société. en matière environnementale singulièrement.
On a besoin de protéger notre santé, notre environnement, le climat. Si on veut pouvoir assumer des normes qui sont exigeantes, vertueuses pour la santé, pour l'environnement, pour les droits sociaux, alors il faut assumer une forme de protection européenne, de juste échange face au libre-échange débridé. Et c'est le sens de notre combat contre les traités de libre-échange, comme le Mercosur notamment. -La condition "sine qua non" pour que ça marche, ne serait-ce pas une filière mature alors qu'elle débute ?
Cette filière n'existe pas vraiment, très mature, très maligne, comme l'a dit Elsa, car cette pistache française sera deux fois plus chère. Si jamais elle est excellence, c'est la Rolls des pistaches, on l'achètera peut-être, mais il faut construire une tradition de la pistache française alors qu'elle n'existe pas. Il faut accompagner. -Oui, mais je vais sortir de la question concrète.
Je pense qu'on a besoin aussi de projets comme celui-ci, dans une société un peu déprimée, dans un moment où beaucoup de nos compatriotes ont le sentiment du déclin, du déclassement de la France, se dire... je ne suis pas spécialiste de la pistache, amateur mais pas spécialiste, mais qu'on se donne sur certains secteurs l'idée que dans quelques années, nous serons un modèle, excellents.
Ca peut être aussi une manière de fédérer, de nous réentraîner dans une aventure collective dont on manque. -Vous avez parlé de la puissance publique. Y a-t-il aussi un travail à faire sur les consommateurs, sans donner le sentiment de donner des leçons, mais de dire, effectivement, il faut aussi encourager l'agriculture française ?
Parfois, acheter un peu moins, car c'est un peu plus cher, faire certains arbitrages. Vous parliez de subventions, d'aider financièrement, mais n'y a-t-il pas aussi la mentalité et les actes des consommateurs à changer ? -Moi, je ne suis pas du tout pour donner la leçon, en plus on la donne toujours aux mêmes, aux plus précaires, à ceux qui n'ont pas le choix.
On ne la donne jamais à ceux qui peuvent aller au restaurant tous les midis, de où ils doivent aller manger, comment ils doivent consommer, etc. Et ceux-là ont un comportement plus dangereux pour le climat et l'environnement, parce qu'ils considèrent que... sans viser personne, mais qu'on peut manger en toute saison n'importe quoi puisqu'on y a accès et que le prix n'est pas un problème et un obstacle.
Mais c'est pour ça que le projet de sécurité sociale de l'alimentation il n'est pas simplement un projet social, financier, il est aussi une manière de repenser notre rapport collectif à l'alimentation, au choix collectifs,, à là où nous décidons d'investir, d'aider, d'accompagner, de nous approvisionner. Et je pense que c'est un changement de modèle culturel, qui ne se fait pas par la contrainte ni par l'injonction, par le fait de donner des leçons, mais par la délibération collective et la démocratie. C'est un beau projet qui peut redonner de l'optimisme au pays. -On va continuer à parler sucré dans le Péché mignon.
Jingle -Vu comme ça, cette mousse au chocolat ressemble à toutes celles de Paris. Mais elle est particulière parce que derrière, il y a la grand-mère de Benjamin Lucas avec sa recette grammée très précise. Hommage à cette mousse puisque votre grand-mère a disparu.
On a hâte de la goûter et de savoir quel est le secret de votre grand-mère. J'ai l'impression qu'il y a du chocolat, des oeufs, du sucre. -Goûtez d'abord et dites-nous.
Expliquez-nous ce qui s'est passé. Vous avez transmis la recette ? -Parfait.
C'est très émouvant parce que je disais avant que les caméras ne s'allument que je n'ai pas mangé cette mousse depuis que ma grand-mère est décédée, il y a trois ans maintenant, parce que c'était le moment...
La mousse était liée à ma grand-mère. Je ne peux toujours pas en manger au restaurant. J'étais toujours déçu.
Elle est très simple, cette mousse. Pas grand-chose de particulier, mais il y avait...
J'arrivais chez ma grand-mère, il y avait la mousse. Mes grands-parents passaient des mois dans le sud de la France vers Perpignan. Il m'est arrivé d'avoir un meeting dans les parages, de rentrer à 2 h 30 du matin dans l'appartement.
Une mousse m'attendait avec un petit mot de ma grand-mère. Donc, on mangeait la mousse en toute occasion. Et la petite blague, c'était de me dire qu'il n'y avait pas de mousse quand j'arrivais, pour voir si je partais ou pas.
Je restais, évidemment. Mais elle est simple et c'est peut-être sa simplicité qui fait le bonheur de la manger. -On remercie le Bourbon. -Oui, merci beaucoup. -...d'avoir suivi cette recette, de l'avoir réussie et de vous avoir replongé aussi dans ces souvenirs.
Parfois, on dit que pour faire une bonne mousse au chocolat, il suffit de battre les blancs en neige et de rajouter du chocolat. C'est le cas là ? Il y a autre chose ? -Y a les jaunes. -Oui, ils y sont, évidemment. -On sent qu'elle est dense, qu'elle est riche, qu'elle tient au corps.
Ce n'est pas une mousse de Mickey. -C'est une vraie mousse au chocolat de mamie. Une mamie veut vous faire plaisir.
Elle pense aussi au fait que vous ayez l'estomac bien accroché pour affronter, quand on est à l'école, la séquence des devoirs après la classe, un match de foot si on va au terrain de foot. Ou à leur rigueur, ça lui est arrivé après une petite gueule de bois, là aussi avec modération, de vous reconstituer. Donc une mousse au chocolat de mamie, a cette particularité-là d'être faite pour faire du bien, mais aussi pour tenir au corps, et je retrouve ça. -Elle est délicieuse.
Le chocolat est votre péché mignon ? Ou qu'est-ce que vous appréciez d'autre ? -Je suis un amoureux des Paris-Brest.
C'est délicieux. Je ne sais pas les faire. -Mais vous savez le manger ? -Je sais le manger.
Je sais très bien le manger, le déguster, en parler, commenter. Il n'y a pas de problème. Mais oui, le chocolat, c'est merveilleux.
Tout ce qu'on peut faire avec du chocolat. De la petite tablette qu'on mange pour se réconforter un dimanche de pluie à des plats plus élaborés. -Mais quand vous faites votre gâteau poire-chocolat, vous dites qu'il est trop gras, trop sucré.
Pour vous, une bonne pâtisserie est grasse et sucrée ? -Non, pas nécessairement. C'est un peu caricatural de ma part.
Non, pas forcément. Mais c'est vrai que le moment du sucré, le moment qui vient...
Je disais tout à l'heure que j'aime bien quand les choses vont ensemble. C'est un bon plat, une bonne ambiance, une belle vue si vous avez la chance d'être en voyage, etc. Et évidemment, le petit moment sucré à la fin sublime tout ça. -Rapidement, vous disiez, la cuisine est une affaire de transmission.
Vous devez faire cette mousse. Sinon, elle ne sera plus transmissible et plus transmettable. -Eh bien, je vais la faire. -Alors, actez-le ici. -Engagement pris et vous nous la ferez goûter. -Je vous la ferai goûter avec plaisir. -On va entendre ces quelques notes de musique, "Bella Ciao".
Vous allez nous dire qui, quand, cette version. "Bella Ciao" --- "Bella Ciao", mais pas n'importe laquelle, dites-nous. -C'est une version de Goran Bregovic que j'aime beaucoup, j'ai eu l'occasion de voir un concert dans la Somme il y a quelques années, lors d'un très beau festival, et je l'aime bien parce qu'on m'a demandé de choisir une chanson, je réfléchissais à ne pas être trop prévisible non plus, et ce que j'aime c'est que c'est une chanson qui est politiquement très forte sur le combat antifasciste, et sans plomber l'ambiance de ce déjeuner, on est dans une période politique angoissante, difficile.
Et donc c'est un chant qui, pour ceux comme moi qui viennent de la gauche, veut dire beaucoup de choses. On a parlé d'Italie donc ça éveille des choses fortes. Mais elle est festive, elle est chantée de façon très festive.
Je l'ai passée à mon mariage, c'est une version qui se danse. Mon fils qui a 18 mois la danse, il danse très bien d'ailleurs, il a du rythme. Et donc elle est, ce dont l'époque a besoin, du combat, de la Résistance, de la détermination, mais mettre de la joie et l'envie aussi de se retrouver, de fraterniser, elle résume bien ça. -On l'a vu avec les femmes iraniennes aussi, qui la dansaient dans les rues de Téhéran en jetant leur voile, et c'était très fort. -Oui, c'est une période dure, les combats écologiques sont durs, les combats sociaux, démocratiques.
Réussir à le faire en mettant de la joie, et du "être ensemble", c'est un beau message. -Joie et volonté d'être ensemble. C'est Politiques à Table.
On finit sur ces notes de musique. Merci beaucoup, Benjamin Lucas-Lundy. Merci, Jean-Pierre. ---
Benjamin Lucas