Dette : « La dernière station avant la falaise », selon François Bayrou
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Il ne s'agit plus de savoir seulement quelles sont nos exigences, quelles sont nos préférence, mais qui nous sommes, quel peuple formons-nous ? À quoi ce peuple croit-il ? De quel ciment est-il soudé ?
Et quelle part chacun de nous, citoyenne et citoyens, est-il prêt à prendre à notre avenir collectif ? Alors, je ne vais pas refaire sur cette question des finances publiques la longue histoire de notre étrange défaite. Comme disait Mark Block pour un autre temps, il y a plus de 50 ans que notre pays, tout courant politique confondu, n'a pas présenté un budget en équilibre. 50 années que nos dépenses publiques dépassent chaque année les recettes et peu à peu, on s'est habitué à ce déficit et cette habitude du déficit a gagné aussi ce qui est invraisemblable, les budgets sociaux, santé et retraite qu'on devrait pourtant assumer ensemble chaque année.
Et les collectivités locales contribuent par leur dynamisme même aux besoins de financement public. Or, le déficit en soi, ça n'existe pas. Le déficit c'est purement et simplement de la dette.
C'est comme ça dans toutes les familles, c'est comme ça dans toutes les associations, dans toutes les entreprises. Ce qu'on dépense en plus de ses revenus, en plus de ses ressources, il faut l'emprunter. Alors encore, faut-il savoir à quoi servent les sommes empruntées ?
Si dans votre famille, vous avez de quoi boucler les fins de mois sans difficulté et que vous empruntez pour l'avenir, pour construire une maison ou pour investir dans un appartement ou dans de nouvelles technologies ou des équipements, tout va bien. C'est normal, c'est un effort bien sûr, mais c'est un effort pour la famille, pour l'entreprise. C'est le développement, l'éternel mouvement des êtres humains qui permet d'avancer.
Et si vous êtes un état, si vous empruntez pour construire des universités, des voies de chemin de fer ou des hôpitaux, alors ce sont les générations qui viennent qui en profiteront autant que vous. Il est donc normal qu'elles remboursent leur part des annuités, qu'elles assument une partie de la charge. Mais si vous êtes tous les mois en déficit, si vous êtes obligé d'emprunter non pas pour investir pour une maison ou pour un équipement, mais pour payer les dépenses de tous les jours et que tous les mois votre mensualité augmente.
Mis après mois, vous vous asphixiez et ça s'appelle le surendettement. Tous les Français savent de quelle malédiction il s'agit. C'est une malédiction pour les familles, pour les entreprises et pour un pays, c'est la même chose.
Être obligé d'emprunter tous les mois pour payer les retraites ou payer les salaires des fonctionnaires, c'est une malédiction qui n'a pas d'issu. Alors bien sûr, pendant longtemps, on ne voit pas le risque, on s'en accommode, on détourne les yeux et puis un jour on est rattrapé et on ne peut plus payer ce qu'on doit. Alors, c'est la crise, la vraie crise.
Votre pays est acculé, il est traqué et vous ne pouvez plus éviter le piège. Un pays qui ne peut pas faire ses fins de mois sans emprunter et qui un beau jour ne retrouve plus de prêteur. Il ne peut plus payer les fonctionnaires, il ne peut plus payer les retraites.
Alors, il n'y a plus aucun échappatoire. Et alors, sans l'ombre d'un doute, sans l'ombre d'une hésitation, ce pays-là ne peut pas survivre. Il est obligé de plier.
Et ceci n'est pas une théorie en l'air. C'est arrivé à des pays aussi dignes et aussi respectables que le Canada ou la Suède dans les années 90, que le Portugal, l'Italie ou l'Espagne au début des années 2010. Tout d'un coup, les prêteurs cessent d'avoir confiance et nous l'avons vu sous nos yeux arrivé à la Grèce.
Et je pense qu'il ne faut jamais oublier l'histoire de la Grèce ou l'exemple de la Grèce. Le premier ministre tout à l'heure s'appelait Alexis Cypras. Il était à la tête d'une coalition qui s'appelait Syria, de gauche et d'extrême gauche.
Et pour éviter cet obstacle, il a convoqué un référendum du peuple grec pour que son pays dise non et que officiellement son pays derrière lui refuse les conditions de redressement qui lui étaient faites par l'Union européenne et le FMI. Ce référendum pour dire non, Alexis Cipras l'a gagné très largement le dimanche et le jeudi 4 jours après, il a été obligé de signer tout ce qu'on lui demandait, tout ce qu'il avait juré de ne jamais accepter. Et le peuple grec, l'État grec ont dû consentir des sacrifices immense.
Ils ont dû baisser de 30 % les retraites et de 15 % le salaire des fonctionnaires. Et c'est exactement ce que nous ne voulons pas. Et c'est pourquoi il faut constater que c'est là que nous en sommes.
Et c'est pourquoi c'est notre moment de vérité. La dette de notre pays représente aujourd'hui plus de 3300 milliards d'euros. Ça signifie 114 % du produit national de chaque année.
Ce qui signifie que cette dette représente plus d'une année de la totalité de ce que notre pays a produit dans toutes ces activités agricoles, industrielles, intellectuelles, dans le secteur du commerce, des services de la santé ou du soin. La totalité de cela, la dette le dépasse de au moins 2 mois entiers et plus la dette s'accroit, plus c'est la double peine car si les taux d'intérêt progressent, il faut emprunter toujours davantage si l'on veut continuer à dépenser autant et payer en même temps les mensualités de la dette. et la charge de la dette devient un poste budgétaire écrasant en 2029 si nous ne changeons rien.
La part des dépenses publiques consacrées au paiement des intérêts de cette dette serait de 100 milliards d'euros, c'est-à-dire de loin le premier poste budgétaire de l'État, bien plus que le budget consacré à l'éducation nationale. Alors, ce sont des chiffres que on a beaucoup de mal à se représenter. 3300 milliards, c'est 3300 fois 1000 millions d'euros.
Et cette dette augmente augmente de plus de 150 milliards par an. Et pour le dire plus simplement et pour que chacun mesure exactement la charge immense qui pèse sur nos épaulle, ça ça signifie que chaque seconde qui passe, chaque seconde, la dette de la France augmente de 5000 €. 5000 € de dette supplémentaire par seconde.
Voilà où nous en sommes. Et c'est pourquoi je crois que comme nous le disons depuis l'installation du gouvernement, nous avons désormais le devoir de prendre nos responsabilités. Je crois que c'est la dernière station avant la falaise et l'écrasement par la dette. faut l'appeler par son nom, c'est un danger mortel pour un pays.
Voilà, si l'on voit dans la vérité l'arme des citoyens, voilà ce qu'il faut partager avec les Français. L' vie a fait que j'ai personnellement comme citoyen engagé, comme candidat, comme élu depuis plus de 20 ans identifier ce risque que j'en ai fait le sujet de plusieurs campagnes présidentielles et que le hasard ou le destin qui est un autre nom du hasard m'a confié la charge d'en saisir le pays à ce moment critique de notre histoire. Je dis moment critique parce que l'urgence est là, moment critique parce qu'il n'y a pas de majorité à l'Assemblée nationale, ni majorité absolue, ni majorité relative pour affronter les choses avec détermination et constance.
Et c'est la première fois depuis plus de 60 ans que nous sommes dans une telle situation politique. Un moment critique parce que disons la vérité, le monde politique depuis des années n'est pas en voie de ressaisissement mais disons-le en voie de division, de progressive violence et de délitement. Sans doute aussi à l'image de la société française tout entière.
C'est donc un moment de vérité parce que nous ne pouvons plus, en tout cas c'est notre conviction et c'est la mienne. Nous ne pouvons plus ni éluder ni retarder cette menace. Je crois qu'il est tard mais qu'il est encore temps.
Il est encore temps dans les temps de crise grave. C'est le mot d'ordre des peuples courageux. Alors, il faut agir, agir vite et agir fort, mais il faut agir avec justesse et justice.
Et pour cela, il faut essayer de comprendre ce qui s'est passé dans notre pays plus que dans aucun autre pour que nous nous retrouvions dans la situation où nous sommes aujourd'hui. Et je vois deux grandes raisons. Nous avons considéré comme normal dans notre pays depuis des années et des décennies que l'État puissance publique et sécurité sociale que l'État pai tout.
Nous sommes devenus accros à la dépense publique. Il n'y a pas de difficulté du pays. Il n'y a pas de changement nécessaire.
Il y a pas d'obstacle à surmonter, ni d'ordre sanitaire, ni d'ordre climatique, ni d'ordre énergétique ou familial devant lesquels les élus, les citoyens, les médias n'ai euent chaque fois qu'une seule réponse à la bouche se tourner vers l'État. que l'État prenne en charge les difficultés sectorielles. Ça a été réclamé pour tous les secteurs, des personnes, aux familles et aux entreprises.
Et la France est ainsi devenue le pays du monde qui dépense le plus d'argent public. 57 % de notre production nationale chaque année 57 % dépensé contre 50 % seulement de recettes. Et je vous invite à mesurer avec moi le paradoxe français.
Nous sommes le pays du monde qui mobilise le plus de dépenses publiques. Nous sommes le pays du monde qui a les impôts et les charges sociales les plus élevées. Et si l'abondance des impôts faisait la richesse et le bien-être d'une nation, nous serions le pays le plus prospère et le plus heureux de la planète.
Et pourtant, les Français sont de plus en plus mécontents de leurs services publics. Et pourtant, notre économie souffre. Et pourtant, ce qui est plus frappant encore, nous sommes le pays le plus pessimiste au monde. [Musique]
François Bayrou