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Podcast / conversationFrance Culture — L'invité(e) des Matins (sur Site radio)· 20 octobre 2023 9 minComplaisantFond programmatiqueImmigration & asileInstitutions & électionsEurope & international

Israël-Palestine : les mots de la guerre 6/18 · Le sionisme, aux racines d'Israël

Au micro : Guillaume ErnerSource d'origine 2 locuteurs

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Chapitres

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    « le terme sionisme a été forgé à la fin du XIXe siècle. Il tire son origine d'une colline qui se trouve au sud de la vieille ville de Jérusalem, qui s'appelle Sion »
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    « même s'il avait déjà un peu une figure tutélaire qui était un juif russe qui s'appelait Léo Pinsker, qui a écrit un livre qui s'appelle « Auto-émancipation » »
  • 1:18InvitéFait
    « Ce sont les pogroms dans l'Empire tsariste, qui sont donc une manifestation brutale de l'antisémitisme. Et le sionisme est évidemment une réponse à cela. »
  • 1:59InvitéFait
    « l'idée vraiment capitale, c'est de donner un territoire aux juifs. Et j'insiste sur le terme « territoire » et non pas « terre ». »
  • 4:08InvitéFait
    « l'une des expressions qu'on retient, c'est « un peuple sans terre pour une terre sans peuple ». »
  • 8:10InvitéChiffre
    « l'État d'Israël s'est trouvé avec une population d'à peu près 160 000 Arabes. »

Temps de parole

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Présentateur

Hors série, les matins de France Culture. Israël-Palestine, les mots de la guerre. Sionisme.

0:10
Invité

Les mots du conflit israélo-palestinien. Alain Diekhoff, vous êtes directeur du série Sciences Po, directeur de recherche au CNRS. Votre dernier ouvrage, Un monde en crise, aux presses de Sciences Po, que signifie le mot sionisme ? Alors, le terme sionisme a été forgé à la fin du XIXe siècle. Il tire son origine d'une colline qui se trouve au sud de la vieille ville de Jérusalem, qui s'appelle Sion, et qui, disons, par extension, est une sorte d'appellation générique pour Jérusalem. Voilà.

Donc, ce terme est apparu dans les années 1880, avec le développement d'un mouvement, au départ, relativement spontané, même s'il avait déjà un peu une figure tutélaire qui était un juif russe qui s'appelait Léo Pinsker, qui a écrit un livre qui s'appelle « Auto-émancipation », dont le titre est déjà assez clair. C'est l'émancipation du peuple juif, en fait. Et dans ces années 1880, il se passe un phénomène qui est évidemment important, qu'il faut intégrer dans notre réflexion sur le sionisme. Ce sont les pogroms dans l'Empire tsariste, qui sont donc une manifestation brutale de l'antisémitisme. Et le sionisme est évidemment une réponse à cela. Voilà.

Le sionisme, donc, c'est nécessairement quelque chose qui coïncide avec l'idée de retrouver la terre d'Israël, ou ça aurait pu fonctionner avec un autre pays. On a évoqué Madagascar, par exemple. Alors, l'idée vraiment capitale, c'est de donner un territoire aux juifs. Et j'insiste sur le terme « territoire » et non pas « terre ».

« Territoire » parce qu'en effet, le fondateur, je dirais, du sionisme politique, Théodore Herzl, qui était un juif viennois, lorsqu'il écrit « L'État des Juifs » en 1896, qui est donc une sorte de manifeste politique du sionisme, écrit d'ailleurs dans ce livre que son idée, c'est-à-dire de donner un État aux juifs, elle peut se matérialiser en Palestine, certes, ce qui paraît assez logique, étant donné les liens entre le peuple juif, le judaïsme en tant que tel, et évidemment la terre promise, la terre sainte. Mais il écrit aussi, dans ce livre, en 1896, Théodore Herzl, que ça peut aussi être éventuellement l'Argentine. Pourquoi l'Argentine ?

Parce qu'à l'époque, c'est une terre d'émigration, de personnes, juifs ou non d'ailleurs, qui quittent l'Europe pour s'installer dans ce pays. Et donc, Herzl envisage, pourquoi pas, la création d'un État en Argentine. Mais alors, pourquoi in fine ? Parce qu'après le décès de Herzl, en 1904, l'organisation sioniste, qui est en fait le parlement, un petit peu, des juifs, qui se reconnaissent dans le projet de Herzl, projet sioniste qui, il faut quand même le dire, au départ, est minoritaire dans le monde juif. Beaucoup de juifs ne croient pas à cette idée, n'y adhèrent pas pour tout un ensemble de raisons. Elles peuvent être religieuses, elles peuvent être politiques, etc.

Donc, l'idée, c'est vraiment, après le décès de Herzl, et sous la pression, assez largement, des juifs russes ou polonais, qui appartiennent en fait à l'Empire tsariste, mais les juifs, je dirais, l'intelligentsia, en fait. L'intelligentsia, c'est-à-dire pas des juifs religieux, ça aussi c'est important, mais plutôt des juifs laïcs, mais qui sont quand même attachés à la culture juive. Eh bien, pour eux, il n'y a pas d'alternative. Le projet, il ne peut s'incarner qu'à un endroit, pour des raisons historiques et mémorielles. C'est la Palestine, c'est la terre d'Israël, en hébreu, et reste d'Israël.

Mais alors, Alain Diekhoff, l'une des expressions qu'on retient, c'est « un peuple sans terre pour une terre sans peuple ». C'est la raison pour laquelle la Palestine est choisie, mais en réalité, les premiers arrivés en Palestine le savent fort bien. Il y a des Palestiniens dans ces conditions. Comment voient-ils les choses ?

Alors, en effet, lorsque les premiers immigrants juifs arrivent dès les années 1880, mais encore davantage à partir de 1904, lorsqu'il y a la première immigration qu'on appelle Aliyah, donc la première montée en Israël de juifs qui viennent là aussi de l'Empire tsariste, évidemment, ils rencontrent presque immédiatement la population arabe, parce que quand ils se débarquent à Jaffa ou à Haïfa, évidemment, ce sont des villes arabes. Donc, ils notent tout de suite, évidemment, cette présence. Mais, en fait, il y a une sorte de... je ne sais pas si c'est une ruse de l'histoire. Par...

un auteur sioniste a écrit, et je crois que c'est très juste, un article dans ces années-là, qui s'appelle « La question cachée ». La question cachée, c'est en fait la question arabe. C'est-à-dire, il y a eu une sorte de cécité volontaire. On ne pouvait pas ignorer l'existence de cette population qui était très importante à l'époque, et les juifs étaient très minoritaires comparativement. Mais, on a choisi, quelque part, plus ou moins consciemment, de ne pas l'avoir. En tous les cas, de ne pas considérer que c'était un problème suffisamment important pour éventuellement empêcher le projet de se concrétiser.

Mais alors, là aussi, il y a une tentative d'acheter ces terres, tentative d'ailleurs qui a fonctionné. Les juifs arrivants en Palestine, Alain Diekhoff, ont acheté des territoires. Oui, oui, ils ont commencé à... Alors, évidemment, ça, c'est assez original dans un mouvement national. C'est-à-dire qu'ils revendiquent la constitution d'un projet politique, mais sur un territoire sur lequel ils n'ont quasiment aucun contrôle au départ. Donc, ils commencent à s'implanter, en fait, en achetant des terres à des propriétaires arabes, souvent des propriétaires absentéistes, d'ailleurs, c'est-à-dire des propriétaires arabes qui ne résident pas en Palestine, ou souvent au Liban ou en Syrie.

Le résultat des courses, c'est qu'en 1945, donc à peu près après une trentaine d'années d'achat de terres, ils contrôlent à peu près 7% des terres en Palestine, qui donc ont été achetées à des propriétaires qui l'ont vendue. Mais alors, que faire des 93% restants ? Comment imaginent-ils les choses ? Alors, je crois qu'ils n'imaginent pas grand-chose, en réalité. En fait, ensuite, les choses vont se précipiter.

À la fois, le passage de cette question, qui était la question de Palestine, comme on l'appelait après la Deuxième Guerre mondiale, aux Nations Unies, qui vont trancher en envoyant d'abord une commission d'enquête, et ensuite, avec le fameux vote de novembre 1947, qui va partager la Palestine mandataire en deux États, un État juif et un État arabe, à partir de ce moment-là, ils obtiennent, en fait, par la communauté internationale, une souveraineté politique sur à peu près 55% de ce qu'était la Palestine mandataire. Et cet État juif, dans leur esprit, il ne doit être que juif, autrement dit, ceux qui sont musulmans, chrétiens, est-ce qu'ils doivent quitter ce territoire ?

Là aussi, il n'y a pas eu une réflexion très approfondie, en fait, sur ce qu'il fallait faire d'éventuelles populations non-juives. En fait, il y a eu deux choses. D'une part, évidemment, la guerre elle-même, qui a complètement changé la situation sur le terrain et conduit, entre autres, à l'exode, parfois volontaire, parfois forcé, des Palestiniens. Mais après, c'est vrai que l'État d'Israël s'est trouvé avec une population d'à peu près 160 000 Arabes. Et après quelques interrogations, finalement, il a été décidé de leur octroyer la citoyenneté israélienne.

Mais auparavant, ça c'est tout à fait frappant, il n'y a pas de réflexion en amont sur ce que ça signifie exactement un État juif, ni pour les juifs, en réalité, ni pour éventuellement les minorités non-juives. Merci Alain Diekhoff. Pour comprendre le conflit israélo-palestinien, il est essentiel d'en maîtriser les mots. Guillaume Erner. C'est pourquoi Les Matins vous propose un hors-série, un podcast où les meilleurs spécialistes de la région donnent un sens plus précis aux mots de ce conflit.

9:02
Présentateur

Hors-série, Les Matins de France Culture. Israël-Palestine, les mots de la guerre.

9:07
Invité

A écouter sur franceculture.fr et l'application Radio France.